‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 89 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

des nombreux hôtels qui seconslruisircntalors ; maison admettra qu’entraînés à adopter le style et le goût imposés par les grands seigneurs ou les financiers dont ils élaient les architectes, ils ont droit à l’indulgence de la critique; revenons à l’église Saint- Sulpice à laquelle il manquait encore le grand portail, et, au besoin, des tours.

Depuis longtemps déjà s’élail fixé à Paris un Ilalien nommé Giovanni Geronimo Servandoni, né à Florence (d’autres disent à Lyon), en 1695, qui avait étudié la peinture sous Panini et l’architecture sous llossi, deux artistes qui, heureusement, ne faussèrent pas ses qualités originales. Peintre et architecte, il se livra à la décoration et oblint bientôt dans l’Europe entière une réelle réputation comme décorateur. On est étonné, dit un de ses biographes, de la quantité de plans, de dessins, de tableaux, de ruines et de perspectives dont il est l’auteur. Il fut l’ordonnateur des fêles données dans toutes les cours et celle qu’il organisa à Paris, à l’occasion du mariage d’Élisabeth de France avec l’infant don Philippe, en 1739, lui fit ouvrir les portes de l’Académie ; on accepta même le projet de portail qu’il avait présenté pour achever Sainl-Sulpice. L’œuvre de Servandoni, terminée vers 1755, est celle que nous connaissons, sauf ce qui est dit ciaprès de la part revenant à Maclaurin et à Chalgrin dans la composition des tours et des critiques autorisés l’ont considérée «comme le résultat de l’un des plus sérieux efforts tenlés dans l'architecture de la façade d’une église, en dehors des principes de l’art du moyen âge ». Ce fut aussi Servandoni qui éleva la chapelle de la Vierge. On nous accordera que là, il fut plus décorateur qu’archilecte et le mélange, assez harmonieux d’ailleurs, des marbres et des métaux ainsi que l’éclairage mystérieux de la statue de la Vierge révèlent sa prédilection pour l’effet théâtral.

Servandoni avait conçu deux tours qui flanquaient le portail principal de Sainl-Sulpice sur un plan octogonal, et les avait commencées, suivant l’ouvrage de Thiéry, en 1749. Pourquoi n’acheva-t-il pas son œuvre puisqu’il ne mourut que le 10 janvier 1*766? nous l’ignorons; ce qui est certain, c’est que la fabrique confiace soin àun architecle assezmédiocre, Maclaurin. Celui-ci employa une double ordonnance : la première octogonale, sur plan carré; la seconde, circulaire et les deux lours qui ne dépassaient guère la lanterne du comble de l’église élaient

réunies par un fronton garni d’une balustrade. Ce ne fut qu’en 1777, qu’on pria Chalgrin, l’architecte de Saint-Philippedu-Roule de les réédifier sur un plan nouveau. Jean-François-Thérèse Chalgrin, né à Paris le 20 octobre 1739, élève de Moreau et de Roulée avait remporté en 1758, à l’âge de dixhuit ans et concurremment avec Clierpi tel , le grand prix d’architecture et fait, aux frais du gouvernement, le voyage de Rome. De retour à Paris, Chalgrin fut chargé de la construction de l’hôtel de la Vrillère (1765-1767) et dans ce travail aussi bien que dans toutes les décorations de monuments ordonnées à l’occasion du mariage du Dauphin, fit preuve d’une haute intelligence. Nommé architecte du roi et membre de l’Académie, en 1770, Chalgrin put traverser la période révolutionnaire sans être inquiété. Au moment oü elle commença, il avait construit l’église de Saint-Philippe-du-Roule, de 1769 à 1784 et édifié un hôtel rue Saint-Florentin, fliôtel de Langeac, les écuries neuves et un pavillon pour Madame Elisabeth à Versailles, le château de Brunoy, les jardins de Madame au Petit-Montreuil, le séminaire de la rue des Postes (depuis le collège Rollin), l’église Saint- Chaumont, le Collège de France place Cambrai (1776) fondé par François Ier, le 24 mai 1529; on lui devait également la reconstruction du chœur de Notre-Dame-de-la-Délivrance, au Gros- Caillou. Devenu architecte de Sainl-Sulpice, Chalgrin fit détruire une partie de la construction de Maclaurin, mais ne put achever que l’une des deux tours. Il remplaça l’ancienne ordonnance par une ordonnance sur plan quadrangulaire, surmonté de quatre frontons, au-dessus desquels règne un quatrième ordre de huit colonnes sur plan circulaire et terminé par une balustrade. A Saint-Sulpicc, le buffet des grandes orgues et la chapelle du Baptistère, placée au rez-de-chaussée de l’une des tours, sont également de Chalgrin. Mais l’œuvre la plus considérable de cet artiste est, sans contredit, l’Arc de triomphe de l’Étoile, Saint-Philippe n’étant remarquable que par son extrême simplicité, alliée à une grqnde pureté de goût. On trouvera l’histoire de ce monument qui appartient au xixe siècle dans le volume suivant : mais disons ici que Chalgrin fut chargé de la restauration du palais du Luxembourg, lors de l’installation du Directoire dans cet édifice et qu’il mourut presque pauvre, malgré des efforts sans relâche, le 21 janvier 1811. A ce moment les

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