‹ Les architectes par leurs œuvresChapitre 88 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

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que l’on décore de frises et de toules sortes d’ornements agréables ; au lieu de ces tableaux et de ces énormes bas-reliefs, on les a décorés de glaces, qui par leur répétition avec celles qu’on leur oppose, forment des tableaux mouvants qui grandissent et animent les appartements et leur donnent un air de gaieté et de magnificence qu’ils n’avaient pas. On a obligation à M. de Cotte de cette nouveauté. »

On peut sans doute savoir gré aux architectes du xviu0 siècle des heureuses modifications apportées par eux à l’habitation de l’homme, ces modifications que Patte traite, avec tant d’éloges, de nouveautés; mais la véritable architêcture, celle qui se manifesta dans la création des grands édifices religieux ou civils où la trouverons-nous désormais? Ce n’est assurément pas dans les églises et chapelles de ce siècle qui sont, pour la plupart, des œuvres de décadence. Négligeant avec intention, à cause de leur valeur négative, au point de vue architectural, celles que les congrégations élevèrent alors dans Paris, au point de devenir un danger pour la monarchie, nous dirons seulement un mot des trois seules églises importantes du règne de Louis XV : Saint- Sulpice, Saint-Philippe du Roule et Sainte-Geneviève (devenue le Panthéon) faisant observer que le monarque vit seulement l’achèvement du premier de ces édifices et le commencement des deux autres.

Nous avons décrit l’état de l’église Saint-Sulpice au moment de la mort (probable) de l’architecte Gittard en 1675. A partir de cette année (quelques auteurs disent : l’année 1677), les travaux furent suspendus jusqu’en 1718; les fonds manquant et ne purent être repris, comme on l’a dit, que grâce au produit d’une loterie. C’est à Gilles-Marie Oppenord, directeur général des bâtiments du duc d’Orléans, né à Paris le 27 juillet 1672, qu’échut le périlleux honneur de continuer l’œuvre de Le Vau et de Gittard.

Oppenord, ou Oppen Oordt, fils de Cander Johan, ébéniste du roi, élève d’Hardouin Mansard, avait obtenu la faveur de faire, aux frais de l’État, le voyage de Rome et y avait passé six années comme pensionnaire du roi. Malheureusement, Oppenord avait pris ses modèles non dans les fragments épars de l’architecture antique, mais dans les ouvrages qu’exécutait alors Borromini, le rival du Bernin et le grand maître de la détestable

école à laquelle ou a d’ailleurs donné son nom. N’est-ce pas à Borromini qu’on doit ces colonnes ventrues, torses, entortillées sur des monceaux de piédestaux, de socles, de plinthes sans motifs, ces chapitaux fantasques à volutes au rebours, ces entablements bâtards, interrompus, ondulés, ces frontons déplacés, brisés, difformes et même à cornes ; ces balustrades à facettes et prodiguées jusqu’aux frontons; ces églises cintrées, sans caractère, à façades en forme de turbans ; ces ornements surabondants, à contresens, qui déparent les édifices de ce siècle. Toutefois le goût d’Oppenord sut heureusement l’arrêter quelque peu sur la voie dangereuse de l imitation des œuvres d’un pareil maître et son premier ouvrage, le portail latéral de Saint-Sulpice (rue Palatine), « production timide et insignifiante », ne pouvait guère faire présager la hardiesse future de son auteur. Mais peu après, nommé par le régent intendant des jardins des maisons royales, il dirigea en cette qualité l’ordonnance de la fête que le prince donna au roi dans son château de Yillers- Cotterels en 1722. Le succès qui accueillit l’architecte, lui fit découvrir sa véritable vacation ; il était et resta à peu d'exception près, décorateur; chargé de la décoration de la galerie d’Enée, au Palais Royal (1), il y fit prévaloir ce style désordonné et bizarre qui constitua l’architecture de ce temps. A la même date, le chevalier du Temple, grand prieur de France désirant modifier le corps de logis du fond de cet établissement s’adressa aussi à Oppenord (1721).

Le tombeau de la marquise de Leuville semble avoir été le premier ouvrage de cet architecte, puis vinrent la décoration du chœur et de l’autel de l’église Saint-Victor, le maître-autel de Saint-Germain-des-Prés, détruit pendant la Révolution et un tombeau : celui d’Anne des Essarta, dans l’église Saint-Benoît, rue Saint-Jacques, qui a disparu; enfin hors Paris, le petit château de Montmorency et l’orangerie de ce château. Oppenord mourut le 13 mars 1742, à l’hôtel Croizal, rue de Richelieu. Gomme il fallait s’y attendre, Oppenord eut des imitateurs qui, pour la plupart, exagérèrent ses défauts; d’autres purent les éviter et réussirent parfois à produire des œuvres véritablement architecturales : nous les rencontrerons dans la nomenclature

1) Détruite lors de La construction de la salle du Théâtre-Français.

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