REGISTRES DE LA CHAMBRE
en Orient ou dans les régions de l'Ilalie sur lesquelles le roi étendait son prole(;torat, comme Rome et la Toscane; et enfin, ce qui pesait assez lourdement sur le budget de l'Etat, à acquitter le tribut annuel de huit mille onces d'or, soit vingt mille livres tournois, dû au Saint-Siège en signe de vassalité, aux termes de la bulle d'inl'éodation du 28 juin 1265 (I).
Aussi, malgré les ressources considérables dont il disposait, malgré l'accroissement continu de la suboenlio generalis ^ Charles d'Anjou se Irouva-t-il souvent fort embari-assé pour faire face à tous les besoins, surtout aux débuts de son règne. Faute d'argent, il fallait recourir à des expédients.: emprunter aux marchands et aux banquiers italiens (2), ou à la cour pontificale (3) ; mettre en gage les joyaux de la Couroiine (4); ou imposer aux propriétaires les plus aisés du royaume la contribution à un impôt forcé, remboursable sur les fonds à provenir de la plus prochaine subventio generalis (b) .
Bien entendu, tout ce qui précède ne s'applique qu'au royaume de Sicile. Pour ses possessions de France, pour l'Anjou et la Provence, Charles I" continuait à avoir une comptabilité spéciale qui n'a laissé aucune trace dans les archives de Naples, sauf peut-être quelques actes aux Colleclores Francie (6).
Ce sont donc tous les documents relatifs, de près ou de loin, à cette administration financière qui sont transcrits dans les registres de la Chambre : « Magistri rationales debent habere unum registrum de mandatis omnibus que fiebant super recipiendis et exhibendis peccunia et rébus quibuscumque fiscalibus (7). »
A l'origine, ces registres de la Chambre sont absolument différents, comme plan général et comme physionomie, des registres de la Chancellerie. Ils se distinguent surtout par une particularité essentielle. Dans les registres de la Chancellerie , on ne transcrivait que les lettres et les mandements émanés du roi ou , pendant ses absences , des capitaines et vi-
(1) Consulter, à ce sujet, Del Giadice, Codice diplom., I, pp. 174-179.
(2) Nous avons dit plus haut, p. 78, qu'il y a quelquefois, dans les registres de la Chancellerie, une division spéciale pour les actes concernant les emprunts ou lUicre de mutuo contrakendo.
(3) Del Giudice, Codice diplom., II , pp. 125-129.
(4) Minieri-Riccio, /( rcgno di Carlo J d'Angiv, anno 1276, p. 2G.
(5) Minieii-lliccio, H regno di Carlo I d'Anyiù, anno 1273, p. 24.
(6) Voir plus haut, p. 74 , note 1.
(7) Bibl. nationale, Ms. latin 462J , f° 103.
caires généraux chargés de gouverner le royaume en son nom. Dans les registres de la Chambre, au contraire, on rencontre non seulement des actes du pouvoir souverain , mais encore des pièces variées , provenant de fonctionnaires de tous rangs ou même de simples particuliers , et qui sont enregistrées parce qu'elles se rérèrent de plus ou moins loin à des perceptions ou à des versements opérés par la Chambre, faisant office du Trésor.
Comme exemples de pareils documents transcrits dans des registres de la Chambre, nous avons déjà rapporté (p. 52 en note) une lettre d'un justicier relative à un envoi de fonds provenant de la subventio generalis. Nous donnerons plus loin, dans le chapitre VI, une attestation de réception à l'Hôtel. Nous pouvons encore mentionner, parmi les actes qui ont été publiés, une lettre du doyen de Saint-Martin d'Angers aux trésoriers du roi, relative à des objets de toilette achetés à Paris pour la reine (1), et une curieuse lettre du vicaire royal à Corfou écrite à l'occasion de son arrivée dans l'île (2).
D'autre part, on ne retrouve dans ces premiers registres de la Chambre aucune des divisions en usage dans les registres de la Chancellerie. Les actes sont simplement répartis en un grand nombre de chapitres ou de cahiers , rapprochant quelques pièces de même genre ou relatives aux mêmes faits, et absolument indépendants les uns des autres au point de vue chronologique. Bien plus, la règle de l'indiclion n'est pas observée dans la confection de ces registres. Tel d'entre eux embrasse plus de trois ans (3); tel autre , au contraire, quelques mois seulement (4). Ils semblent avoir été commencés et terminés d'une façon tout à fait arbitraire , à une époque quelconque de l'année.
Enfin il y a des différences sensibles au point de vue matériel. Les marges sont beaucoup plus larges que dans les registres de la Chancellerie. On y reporte en manchette , pour faciliter les calculs, le chiffre des sommes touchées ou dépensées par la Chambre ; disposition qui se retrouvera plus tard dans les comptes des trésoriers du Château de i'OEuf. En outre , pour distinguer les différents chapitres ou cahiei's, on emploie souvent une grand e lettre majuscule gothique , qui est soit placée dans le milieu de
(1) Del Giudice , Codice diplom., II, p. 276, en note.
(2) Mmieri-Riccio, Saggio di codice diplom., I, p. 99.
(3) Registre primitif n° XXVI.
(4) Registres primitifs n°' LIX, LX, LXXI et LXXII.