‹ Les archives de l'histoire de FranceChapitre 119 sur 182 · I. — ARCHIVES DU VATICAN · texte numérisé non relu

I. — ARCHIVES DU VATICAN

L'histoire des archives du Saint Siège au moyen âge, et jusqu'aux premières années du xix" siècle, n'est plus à faire. On la trouvera, correctement résumée, dans le Handhuch der Urkundenlehre fur Deutscliland und Italien, de H. Bressiau, I (1889), Leipzig, in-S", pp. 120-131, qui nous dispense d'indiquer ici une bibliographie détaillée. Qu'il suffise de savoir que les archives pontificales ont été longtemps réparties entre plusieurs dépôts [BibliotJieca sécréta, Château Saint-Ange, Daterie, etc.), avant d'être centralisées au Vatican. — Il est inutile, d'autre part, de faire ressortir l'extrême importance de ce vénérable établissement pour notre histoire nationale, si intimement mêlée à celle de l'Eglise catholique. Qu'il suffise de dire que c'est au Vatican que se conservent, entre autres choses, la collection la plus complète d'anciens actes pontificaux (transcrits sur registres) ; les rapports des nonces et des légats, ambassadeurs de la cour romaine en France ; la correspondance des papes avec nos rois; les comptes des recettes faites en France par la cour romaine ; et la meilleure partie des archives du Comtat Venaissin depuis le xiv*^ siècle.

Les archives du Vatican ont été longtemps secrètes. « De tous les grands dépôts de l'Europe, écrivait M. Gachard en 1873, il n'en est aucun sur lequel on possède moins de renseignements que sur celui du Saint Siège. » Le glaive de l'excommunication en a défendu

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l'entrée jusqu'en 1881. A cette date, le libéralisme éclairé du pape Léon XIII les a ouvertes largement' aux érudits de tous les pays. Ce n'est pas à dire, cependant, qu'avant 1881 les archives romaines n'eussent jamais été explorées. — La continuation des Annales ecclesiastici du cardinal C. Baronius, par Rayn;ildi, fit connaître de bonne heure une foule de documents précieux des collections pontificales, qui s'y trouvent textuellement insérés (cf. l'éd. la plus complète, Lucques, 1738-1759, 38 vol. in-fol.). — Plusieurs o bullaires », embrassant les actes d'un grand nombre de papes, furent publiés dès le xviii^ siècle; on cite surtout celui de C. Cocquelines ; Bullarum, privilegioru/n ac diplomatuni Rom. Pont, amplissima collecdo (qui porte le titre de Bullariiun roinanum à partir du t. VI), Rome, 1733-1756, 28 vol. in-fol. ; et le Bnllar'mni uKtgniun ronianuni a Leone magno ad Benedictuni XIV, éd. nov. (a L. Gherubino), Luxembourg, 1727-1758, 19 vol. in-fol., complété par le Bullariiun de Benoît XIV (Rome, 1754-1758, 4 vol. in-fol.), et par les continuations de Barberi et autres -. — Au xv!!!*^ siècle, quelques savants étrangers furent admis à travailler au Vatican. M. de La Porte du Theil fut chargé, en 1776, par le ministre Berlin, d'étudier, avec la ])ermission du Pontife régnant , la série des registres pontificaux; il en tira environ huit mille lettres papales relatives à l'histoire de France depuis Innocent III jusqu'à Boniface IX. Le recueil des copies de La Porte du Theil est aujourd'hui conservé dans la collection Moreau, à la Bibliothèque natio-

1. « Si Ion défalque les jours de congé et de fêtes, les archiAcs ne sont guère accessibles en moyenne plus de quatre jours par semaine, et cela pour trois heures et demie. » (A. Gauchie, Misnion aux Archires valicanes, Bruxelles, 1892, in-S", p. 2't ; extr. du Bull, de la Commission l'oy. d'iiist. de Belgique, 5° série, t. II.)

2. Cf. card. Pitra, Analecta noi'issima spicilegii Solesmensis, I, 36'i (Bibliographie des bullaires).

Parmi les bullaires spéciaux, il convient de signaler: Acla provinciae ecclesiasticse Rhemensis,Rcinii, ÏSkO, 4 vol. in-fol. Le cardinal de Bcrnis, archevêque d'Albi, profita de son ambassade à Rome, sous Clément XIV, pour faire copier dans les archives vaticanes les bulles relatives à son diocèse; ce recueil est aujourd'hui à la bibliothèque d'Albi. « La bibliothèque de Chartres possède un bullaire complet de l'ordre de Grandmont; M. 1 abbé Cucherat, à Paray-le-Monial, celui du prieuré de Marcigny. Nous savons que des travaux sont commences pour former un bullaire de l'église de Rodez » (Pitra, op. cit., p. 365-6). — Depuis ont été entrepris celui de la province ecclésiastique d'Auch et celui des Frères prêcheurs.

nale fn"' H63-1259) ; il a été fort utilisé depuis cent ans, notamment par M. B. Hauréau, qui en a extrait des textes très importants pour notre histoire littéraire [Notices et extraits des manuscrits, XXI, 2^ p., pp. 163-249).

En même temps, des personnes attachées au palais pontifical menaient à bien de grandes entreprises de dépouillement. Un contemporain de La Porte du Theil, J.-B. Pistolesi, dressa un répertoire méthodique (^600.000 fiches) de la série des registres pontificaux, et un inv. général du dépôt en dix volumes. Il convient de mentionner aussi les travaux de G. Garampi et de Felice Contelori. Le dépôt du Vatican est très riche en ixv. >iss. du xviii* siècle (cf. ci-dessous, p. 750, note 2; p. 752, note .1, etc.).

En 1810, les archives du Vatican furent transportées à Paris, par ordre de Napoléon P"". L histoire de cette étonnante translation a été écrite par M. Gachard, èi l'aide des pièces comptables conservées aux Archives nationales de Paris [Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire de Belgique, 4® sér., I (1873); tiré à part sous ce titre : Les archives du Vatican, Bruxelles, 1874, in-S") ; et, plus récemment, par M. L. Delisle [Journal des Savants, 1892, pp. 436-441). L'archiviste impérial, Daunou, classa sommairement, de 1810 à 1815, et entreprit même de faire cataloguer, transcrire et analyser les trésors ainsi entreposés à l'hôtel Soubise. Les « archives de Rome » forment la « première section » de la « division italienne » du Tableau systématique des archives de V Empire que Daunou fit imprimer en 1811 (réimprimé par H. Bordier, Les archives de la France, pp. 396 et suiv.)

Sous la Restauration, la cour de Rome réclama et obtint la restitution de ses archives, qui furent ramenées au Vatican par les soins de Gaëtano et de son neveu Marino Marini. Le chevalier de la Rue, successeur de Daunou aux Archives nationales, reçut entière décharge le 24 juillet 1817. Du séjour des archives pontificales à Paris, le dépôt de la rue des Francs-Bourgeois n'a conservé que quelques inventaires très sommaires (p. p. Gachard, op. cit., pp. 316 et s.), et des cartons d'extraits sans valeur, aujourd'hui cotés L. 372-398 (partiellement inventoriés par le même, ih.,

1. Voy. L. Dclislcdans le Journal des Savants, 1892, pp. 489-498 (à propos des Mémoires, récemment publiés, de Marino Marini). — Un certain comte G. Gin-

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Depuis 1817 jusqu'à la date mémorable de 1881, un petit nombre seulement d'étrangers (tels que Palacky, Hôfler, Dudik, de Lépinois, G. Amati, E. Miintz, E. Berger, P. -A. Munchj * , furent admis à consulter quelques documents des archives de l'église romaine ^. Mais les préfets nommés par le pape, Marini et le P. Theiner, ne restèrent pas inactifs. Le premier, il est vrai, absorbé par de grands travaux d'érudition, ne réussit qu'à moitié à réparer le désordre introduit dans les collections par les déménagements précipités de 1810 et de 1815 ; préposé pendant quarante ans à la gai'de du dépôt, il n'en a laissé qu'une histoire très brève, où manque toute indication des fonds, entièrement dépourvue d'inventaires sommaires^. Le P. Aug. Theiner, nommé en 1858, fut, au contraire, un archiviste très consciencieux, un infatigable éditeur de textes ; on lui doit, entre autres', les recueils suivants, qui intéressent directement la France : Annales ecclesiastici ab anno MDLXXII

nasi avait été chargé de renvoyer à Rome la partie la moins précieuse des archives de la papauté, les papiers des administrations ecclésiastiques. 11 s'en acquitta mal, car il vendit au poids des séries entières. Miirino Marini, en 1817, ne racheta pas moins de 700 volumes des archives de la Daterie à des épiciers et à des charcutiers, a Mais beaucoup de pièces, dit M. Delisle (p. 492), durent échapper à ses recherches, et de temps à autre nous voyons sortir des magasins de vieux papiers différents registres ou dossiers qui ont certainement fait partie des archives pontificales. Telle est l'origine d'un registre du Saint-Office, auj. n" Sya-i du fonds latin, de la fin du xvi° siècle, où nous remarquons des documents relatifs aux poursuites dirigées contre ceux qui, avant l'abjuration de Henri IV, gardaient par devers eux des portraits de ce prince avec la qualification de roi de France. » — Ce sont les archives du Saint-Office qui ont le plus souffert. Mavini lui-même en vendit pour 4300 fr. à des fabricants de carton (L. Delisle, l. c, p. 493); on en trouve des débris à Dublin et dans diverses bibliothèques de Rome (cf. Rei'uc des études j'uiccs, III, 1881, pp. 94-108).

1. P. -A. Milnch, Aufschlussc iiber das papstliche Archii>, trad. du norvégien par Samuel Lowcnfcld, Berlin, 1880, in-8" ; cf. Archh>allsche Zeitschrlft,^ (1880), pp. 78 et suiv.

2. Sur l'histoire des'archives du Vatican depuis 1817, voy. S. Lowcnfcld, Zur neucsten Geschichte des pâpstlichen Aichù's, dans Historisches Taschenbuch, 1887, pp. 78 et suiv. — Sur les « indiscrétions » antérieures à 1881, voy. B. Fontana, Renala di Francia, Rome, 1889, in-8°, p. xv.

Z. Memorie isloric/ie degli arc/iifi délia santa 5cf/e (1825), réimprimé dans les Monumenla Vaticana du D"^ Liimmcr (P'ribourg en Brisgau, 18(50, in-8°), pp. 431- 453. Cf. Arch. nat., L. 399.

4. Voy. la liste des ouvrages du P. Theiner dans I. Garini, Le lettcre e i regesli de' papi in ordiiie al loro primato , discorso letto ail' Accademia di rclligione caltolica il 26 marzo 1885, Rome, 1885, in-8'>, p. 84, note.

ad nostra usque tempora continuati, Rome, 1856, 3 vol. in-fol. (cf. Bi/jl. de VÉc. des c/iarles, 1859, pp. 526 et suiv.) ; Codex diplomatieus dominii temporalis sanctse sedis; Recueil de documents pour servir à Vliistoire du gouvernement temporel du Saint Siège (de l'année 756 à l'année 1793), Rome, 1861-62, 3 vol. in-fol; — Documents inédits relatifs aux affaires religieuses de la France [1790-1800), extr. des archives secrètes du Vatican, Paris, 1857-58, 2 vol. in-S*^ ; — Histoire des deux Concordats de la République française et de la République Cisalpine, Bar-le-Duc, 1869, 2 vol. in-S".

Cependant, les immenses richesses historiques du Vatican ne devaient être mises convenablement en valeur qu'à partir du jour où les savants du dehors seraient appelés à collaborer à cet effet avec un personnel administratif nombreux, compétent et zélé. C'est pourquoi Léon XIII, en même temps qu'il a ouvert le dépôt, l'a doté d'un personnel d'archivistes et d'une école annexe de paléographie ^ . De leur côté, presque tous les gouvernements ont envoyé à Rome depuis 1881 des érudits chargés de recueillir dans le dépôt du Vatican les documents relatifs à l'histoire de leur nation. Les Anglais, les Allemands, les Hongrois, les Polonais, les Scandinaves, sans parler des Italiens, ont rivalisé de zèle à cet égard. Quant à la France, elle a utilisé de bonne heure l'Ecole qu'elle entretient au Palais Farnèse pour l'exploitation méthodique des collections pontificales ^.

Un mémoire présenté au cardinal Corsini vers 1740, atteste que le corps des archives pontificales secrètes, au xviii*' siècle, était divisé en trois classes : « Les Archives d'Etat ou de la Secrétairerie sont celles où se conservent les dépêches, les registres, les chiffres

1. Sur le personnel de la fondation et pour !a bibliographie des articles publiés dans toute l'Europe à l'occasion de cet événement, cf. Historisches Taschenbuch, 1887, pp. 293 et suiv. ; cf. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1884, p. 436. — Depuis 1892, MM. Palmieri, Carini, etc., des archives du Vatican, publient une revue mensuelle. Il Muratori, où seront imprimés beaucoup de documents tirés des archives du Vatican.

2. Sur les travaux accomplis par les missions étrangères au Vatican jusqu'en 1885, voy. I. Carini, op. cit., pp. 115-121; et spécialement par les Allemands, Deutsche Zeitschrift fiir Geschichtswissenschaft, VIII (1892), p. 176. — On sait que l'Académie de Vienne publie depuis 1889 des Miltheilungen ans dem Vatican isclicn Archive. — Cf. le rapport de W. Abraham sur les matériaux relatifs à l'histoire médiévale de la Pologne aux archives du Vatican, dans YArchiwum komisyi historycznej, t. V (1888).

de la secrétairerie d'Etat, les mémoires et les correspondances deministres apostoliques, et divers traités et concordats du Saint- Siège ; — les Archives de la Clianibre comprennent les bulles, les brefs communs, ceux adressés aux princes, les donations, les acquisitions de l'Etat pontifical, les serments de fidélité, les investitures, les vicariats, les payements de tributs, les revenus et les dépenses de la Chambre, et un grand nombre d'écritures, de défenses, de réponses et de documents originaux concernant les affaires anciennes et modernes du Saint-Siège ; — les Archives d'Avignon renferment tous les documents qui se recueillirent lorsque le Saint-Siège revint d'Avignon à Rome. » G. Amati, en 1866, reproduit textuellement, sans le dire, les termes de ce mémoire \ comme le meilleur exposé de la classification en vigueur de son temps. Cette division tripartite existe-t-elle encore aujourd hui ? Des érudils nous ont affirmé qu' « ils n'en avaient jamais vu faire acception » ; en tout cas, elle ne s'appliquerait qu'à \' Archivio segreto Vaticano, tout à fait distinct, au temps du cardinal Corsini, de \ Archivio di Castello (Château Saint-Ange). Nous n'en tiendrons donc aucun compte, et nous nous contenterons d'énumérer les fonds qui, à notre connaissance, existent aujourd'hui au dépôt, en indiquant seulement entre parenthèses, quand nous le savons, la classe où ils figuraient jadis. Il serait fort à souhaiter, soit dit en passant, que les archivistes du Vatican s'employassent à rétablir, ce qui serait facile, V Archivio Vaticano et Y Archivio di Castello très exactement dans l'état où Garampi les trouva en 1759.

Romanorum pontificum regesta [Archivio segreto). — L'attention du personnel d'archivistes institué par Léon XIII s'est portée d'abord sur la belle collection de registres pontificaux [litterarum, bullarum, brevium, officiorum, etc., au nombre de 2441) qui s'est conservée jiresque sans lacunes depuis le règne d'Innocent III jusqu'à celui de Sixte-Quint 2. — Un inv. très sommaire en a été publié d'abord par dom Gregorio Palmieri, Ad Vaticani archivi romanorum

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