‹ Les archives de l'histoire de FranceChapitre 148 sur 182 · CHAPITRE PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRELIMINAIRE

« Il convient de transférer aux Archives [nationales] les pièces d'archives de toute espèce et de toutes formes que renferment nos dépôts littéraires et particulièrement celui qui en possède incomparablement le plus grand nombre, c'est-à-dire la Bibliothèque [nationale]. »

C est en ces termes très nets que M. Félix Ravaisson réclamait, dans un volume qui a pour titre Rapport adressé à Son Exe. le Ministre d Etat au nom de la Commission instituée le 22 ai'ril 1861 (Paris, 1862, in-S" de 373 pp.)^ Je transfert à l'établissement de la rue des Francs-Bourgeois de tous les documents conservés dans l'établissement de la rue de Richelieu qui pouvaient être compris sous la vague dénomination de pièces d'archives.

Une réclamation analogue avait été formulée dès 1817 par M. de la Rue, garde général des Archives, qui avait proposé de « compléter le Trésor des chartes au moyen des copies de titres que Bréquigny avait autrefois rapportées de Londres, déposées provisoirement à la Bibliothèque du roi, et au moyen des litres de famille apportés à ladite Bibliothèque en 1793 et 1794 du cabinet des Bénédictins de Saint-Martin des Champs. »

« La majorité de la Commission a considéré, disait M. Ravaisson (|). 222), que les archives publiques ont été établies pour recueillir et conserver les papiers publics et d'Etat de toute nature; que telle a été autrefois la destination du Trésor des chartes, archives centrales de notre ancien gouvernement, et que telle est aujourd'hui, d'après les lois et décrets, la destination des archives de l'Empire. Elle a considéré que, si les chartes, diplômes et autres papiers publics appartenant aux anciennes archives ont été en grande partie dispersés, principalement depuis la fin du xvi® siècle, il convient aujourd'hui, dans l'intérêt surtout des études historiques, de réunir au Trésor des chartes les mem])res qui en ont été séparés, et de

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compléter ainsi autant que possible le grand corps des archives centrales de l'ancienne France, ainsi que les autres corps d'archives anciennes que renferment les Archives de l'Empire. Il lui a paru en outre que, par le motif seul de l'avantage qu'il y a pour le public à ce que les monuments d'un même genre soient rapprochés les uns des autres, les chartes mêmes qui proviennent de divers chartriers particuliers, et qui n'ont jamais dû appartenir aux anciennes archives publiques, ne sont pas aussi bien placées dans la Bibliothèque qu'elles le seraient dans les Archives, à côté de tant d'autres pièces à tous égards de la même nature. »

Si l'avis de la majorité de la Commission de 1862 avait prévalu, le Cabinet des titres et tous les autres fonds de pièces d'archives qui seront indiqués ci-dessous dans notre chapitre I*'' auraient été transportés aux Archives nationales. La Commission n'avait reculé que devant la nécessité de dépecer les manuscrits où se trouvaient à la fois des documents diplomatiques et des textes littéraires. Cette conséquence extrême de son principe, elle n'osa pas l'accepter : « Il a paru néanmoins qu'un certain nombre de pièces d'archives que possède le département des manuscrits de la Bibliothèque s'y trouvent mêlées à des monuments proprement littéraires dont on ne saurait les séparer sans dommages plus ou moins graves ; une partie de ces pièces devrait, pour cette raison, rester à la Bibliothèque, sauf par l'administration des Archives à en faire prendre des copies. »

La minorité de la commission, dont M. Ravaisson fut l'habile rapporteur, présenta heureusement contre le système de la majorité plusieurs objections très fortes. D'abord elle fit valoir une raison d'opportunité : « les documents en question seraient moins utiles aux Archives qu'à la Bibliothèque, parce que la communication des pièces au public est sujette à plus de resti'ictions dans le premier de ces deux établissements que dans le second. » En second lieu, on fit remarquer (|ue « lesdits documents ne pourraient être distraits des collections de la Bibliothè<{ue sans que les nombreux ouvrages où ils se trouvent cités perdissent une partie de leur utilité'. » — La minorité accordait toutefois qu'il était légitime de rendre aux Archives les carlulaires de Philippe Auguste, en déficit au Trésor

1. Rapport cité, pp. 28-36. — Cf. La Bihliollièt/ue impériale et les Areltives de Empire, réponse au Rapport de M. Rai>aisson, purNatalis de Wiiilly, Paris, 1803, in-8° (40 pp.); — cl L. Dclisle, Cabinet des Manuscrits, II, p. 308.

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