CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
des chartes, que le hasard des transmissions avait amenés au Cabinet des manuscrits.
Après une polémique passionnée, ce fut la raisonnable opinion de la minorité qui triompha. On comprit que rien n'est plus dangereux, en matière d'archivéconomie, que la passion de la logique et de la symétrie. L'appétit de la Direction des Archives fut apaisé par l'offrande propitiatoire, consentie par la Bibliothèque, trop heureuse d'écarter de la sorte un danger si redoutable, de quatre registres de Philippe x\uguste * ; de plusieurs inventaires du Trésor; de plusieurs chartes provenant des archives de l'Université et de quelques établissements religieux du département de la Seine ; de cinq registres du Châtelet; des papiers du Clergé de France et de ceux du Contrôle des Finances^. A ce prix, la Bibliothèque a gardé le reste de ses trésors diplomatiques.
Personne ne songe plus aujourd'hui à lui en contester la jouissance. Les pièces d'archives que possède le Cabinet des manuscrits y sont en sûreté; qu'elles y restent. Le respect du fait accompli, des cotes et des classements consacrés, est le commencement de la sagesse. Tout ce que l'on peut demander aux bibliothécaires qui détiennent des fonds d'archives, c'est d'en publier de bons inventaires.
Au sujet des acquisitions nouvelles de pièces ou de fonds d'archives par les Bibliothèques, nous ne saurions mieux faire que de reproduire textuellement une déclaration récente de M. L. Delisle : « La Bibliothèque nationale s'abstient de poursuivre l'acquisition de chartes ou de cartulaires toutes les fois que les archives locales peuvent, par achat ou autrement, s'en assurer la possession. C'est ainsi qu'à la vente de M. Mathon, de Beauvais, en 1885, elle s'est uniquement fait adjuger les chartes que les archivistes de l'Oise et de la Seine-Inférieure n'avaient pas l'intention ou le moyen d'acquérir. Plus récemment, elle a acheté un cartulaire de Solignac et une collection de chartes limousines, que l'archiviste de la Haute-Vienne avait déclaré ne pouvoir pas faire entrer dans son dépôt. — Il y a
1. Tous les registres de la Chancellerie royale qui figuraient dans le fonda latin de la Bibliothèque n'ont pas été réintégrés aux Archives en même temps que ceux de Philippe Auguste. On y a laissé le ms. lat. 9784, registre de lettres expédiées par Philippe le Bel de 1309 à 1311.