‹ Les archives de la FranceChapitre 26 sur 27 · I . La première édition de ce livre a été accueillie · texte numérisé non relu

I . La première édition de ce livre a été accueillie

par les hommes les plus compétents, avec une bienveillance qui m'encourage à suivre la voie de réforme & d'amélioration où je me suis engagé depuis dix ans que l'Empereur m'a fait l'honneur de me confier la direction générale des Archives. Au moment où je donne le bon à tirer de cette dernière feuille, on me remet la Revue critique d'histoire €r de littérature. On sait combien cette publication historique, qui n'a pas deux années d'existence, s'est placée haut dans l'opinion des érudits de tous les pays. On y a vu à l'œuvre une revue de bonne foi , flagellant avec la même impartialité amis II ennemis, ou leur accordant une juste répartition d'éloges , sans jamais faiblir devant la camaraderie. C'est dans cette revue que M. Léopold Delisle, le paléographe habile, le savant le plus consommé dans toutes les questions historiques du moyen âge, a inséré un article sur l'inventaire des Cartons des Rois, publié par M. J. Tardif &. en tête duquel j'ai placé comme introduction l'étude que je réimprime ici. Qu'on me permette d'en citer un passage : « M. le marquis de Laborde, en entreprenant la « publication d'inventaires détaillés des principales « collections qui forment la partie ancienne des Arec chives de l'Empire, a rendu à l'érudition un émi- « nent service. On peut sans doute regretter qu'avant a de décrire dans le plus grand détail quelques fonds « plus ou moins considérables, l'administration n'ait

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(( pas fait connaître par un tableau sommaire analo- « gue à ceux que M. Daunou & M. Bordier ont pu- (( bliés eni8ii&en 185$, l'ensemble du dépôt & (( les règles qui ont présidé &. qui président au clas- « sèment des pièces. On peut encore discuter le « plan ou plutôt les différents plans d'après lesquels (( ont été inventoriés plusieurs fonds; mais il faut « reconnaître que la direction actuelle des Archives i( de l'Empire est entrée dans une bonne voie en « ordonnant la publication d'inventaires détaillés, & u qu'elle a fait un acte de haute sagesse en n'imposant « pas aux rédacteurs l'obligation d'une rigoureuse « uniformité, en abandonnant à leur appréciation « rétendue des différents articles, &. surtout. en laisce sant à chaque archiviste la responsabilité & l'hon- « neur de son travail. Les résultats déjà obtenus « prouvent qu'on a adopté un bon système & perce mettent d'espérer que s'il est suivi avec persévé- « rance & avec les améliorations que suggérera l'ex- {( périence, nous posséderons, dans un avenir plus ou a moins rapproché, d'excellents catalogues de tous (( les documents historiques conservés aux Archives « de l'Empire, catalogues qui rectifieront les défauts « d'un classement radicalement vicieux, qui abrége- « ront les recherches fie qui, dans un grand nombre (( de cas, dispenseront l'historien de recourir aux « documents eux-mêmes. 11 est impossible de mécon-

« naître ces avantages quand on est en présence « des six gros volumes publiés depuis 1863 U tt dans lesquels on trouve le texte ou l'analyse d'enu viron 15,000 pièces & la description de 3,000 « sceaux. L'importance de ces chiffres est encore a moins à considérer que les soins apportés au trace vail par MM. Teulet, Douët d'Arcq, Boutaric, « Huillard-Bréholies fie Jules Tardif. Les inventaires (( auxquels ces archivistes ont attaché leurs noms « seront incontestablement classés parmi les meil- « leures publications diplomatiques du xix* siècle.

« Aujourd'hui^ je n'ai à parler que du dernier « volume paru. C'est l'inventaire d'une collection « peu nombreuse, mais qui renferme les documents a les plus anciens des archives. Cette collection, « qu'on appelle vulgairement Cartons des Rois & qui (( forme la tète de la série K, est consacrée aux actes « royaux qui, en dehors du Trésor des chartes &. de « quelques fonds particuliers, se sont trouvés dans la (( plupart des établissements dont les dépouilles sont « venues enrichir notre dépôt national. La formation « de la série K se rattache intimement à toutes les a vicissitudes de nos archives depuis la révolution de 1789 jusqu'à nos jours. 11 est donc tout naturel « qu'à un inventaire de lâ principale partie de cette « série M. le marquis de Laborde ait joint une lon- « gue introduction dans laquelle il traite les points

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« les plus essentiels de l'histoire des archives pendant « les soixante-dix dernières années. Les renseigne- « m?nts qu'il a recueillis & qu'il soumet au jugece ment du public savant tendent avant tout à justifier « ces deux propositions : i'^ le régime révolutionnaire (( a été désastreux pour les archives de l'ancienne « France; a" les classements arbitraires qu'on a appli- « qués aux fonds d'archives conservés dans le dépôt central sont en contradiction avec les principes de « la critique historique, & n'ont abouti qu'à la plus « désespérante confusion.

« Que le régime révolutionnaire ail été désastreux « pour nos archives, c'est là une vérité qui me sem- « ble démontrée depuis longtemps, &. les savants qui « refusent encore de l'admettre ne sont peut-être (( pas exempts de préoccupations politiques. Les « exemples rapportés par M. de Laborde prouvent « surabondamment la thèse qu'il voulait établir, « cependant il serait facile d'en augmenter le nom- « bre. » [Revue critique, n® 1 5, du i j avril 1867, page a86).

M. L. Delisle a. le droit de m'adresser le reproche de n'avoir pas plus que mes prédécesseurs publié d'inventaire sommaire fie général , parce qu'il ne sait pas que depuis quatre ans cet inventaire est en préparation & a été rédigé, sous ma direction, par tout le personnel des archives, & par chaque archiviste

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sur les documents qu'il connaît le mieux, puisqu'il les consulte chaque jour. Depuis deux mois l'Imprimerie impériale en a le manuscrit fie elle pourra terminer avant la fin de Tannée ce volume in-4°, à deux colonnes, pareil aux autres inventaires & contenant cinq Fois plus de matières que l'abrégé de M. Bordier. Quant à ce que Daunou a Tait, c'est un simple tableau général des Archives centrales de la France & des pays conquis, qui n'occupe qu'une feuille & demie in-4*».

En même temps que cet ouvrage recevait des approbations si flatteuses, il était attaqué violemment dans des diatribes dépourvues d'esprit de justice fie inspirées par l'aveugle esprit de parti. J'ai transmis à mes approbateurs l'expression des sentiments que m'ont inspirés leurs lettres si chaudes, si bien empreintes de l'intelligence de ce qu'on doit, de ce qu'on peut faire aux archives pour les mettre à la hauteur de leur mission, fit j'ai dédaigné les diatribes. Depuis 40 ans que j'écris des livres je n'ai pas répondu à une attaque littéraire. En 1827, j'étais dans la capitale des Nabathéens, je dessinais un monument sépulcral, détaché en monolithe dans des roches de grès accidentées, qui lui faisaient un encadrement pittoresque. A dix heures la frise du tombeau paraissait toute lisse, à trois heures sa surface accusa peu à. peu des saillies fit des creux dans lesquels je reconnus une

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inscription latine. Je la copiai, U à mon retour en France elle parut dans la relation de mon voyage de l'Arabie Pétrée. A peu de temps de là, un clergyman anglais me suivit dans ces ruines, retrouva le monument, mais chercha vainement l'inscription ; ce n'était pas le moment où le soleil l'éclairé. 11 revint dans son île publier le fruit de ses recherches, U il écrivit dans sa relation qu'il n'y a pas d'inscription sur ce tombeau, que je suis un falsificateur. L'accusation, on en conviendra, est violente, j'étais jeune fie susceptible; cependant je me tins ce langage : L'homme est un être malfaisant, son plus grand plaisir est de mordre son prochain; laissons venir à Pétra d'autres voyageurs, qui auront l'esprit de retrouver Tinscription , U ils ne ménageront pas mon calomniateur.

En effet, une nuée d'Anglais & d'Anglaises s'abattirent sur la merveille du désert, virent le tombeau au moment de la bonne direction du soleil, & à leur retour à Londres assaillirent d'épithètes que je n'aurais jamais laissées découler de ma plume leur malencontreux compatriote. On comprendra qu'en 1867 je ne déserte pas une règle de conduite qui m'a évité bien des irritations & épargné une grande perte de temps.

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