CHAPITRE QUATRIÈME
AHCHTVBS BCCL^IASTIQUES
ous arrivons maintenant à une nouvelle série d'Archives, bien importantes pour notre histoire locale et malheareusement preainues. Les cordes qui lient ses ou les cartons qui les t, sont presque les mêmes dont on les entoura, quand usant du droit du plus fort, jua au préjudice de leurs a légitimes, qu'elle envoya e à l'écha&ud ou dans les iuorius empoisonnés de Sinnamari.
C'est à peine si elles ont été soumises déjà à un triage préparatoire et si on peut se rendre compte de ce qu'elles ont' été et de ce que la Révolution, l'incurie ou l'inintelligence de certains conservateurs, nous en ont laissé. — Cependant, dans ces énormes regristres , dans ces milliers de titres est l'histoire religieuse vraie de notre ville, souvent si étrang-ement écrite par certains auteurs, mais qui ont pour excuse de n'avoir pas pu puiser à ces
sources. Quand leur inventaire sera-t-il achevé ? Notre génération ne le verra pas, si l'administration supérieure reste à se traîner toujours dans la même ornière et si, sans plus de retard, de nouvelles et indispensables mesures ne sont pas adoptées par noB conseils électifs.
Le gouvernement a déjà obtenu un grand résultat en mettant à la charge des départements les frais de classement, de conservation et d'inventaire de cette partie de nos Archives nationales. Mais son action n'est pas sufKsante. Il ne stimule pas assez les conseils généraux, qui ont charge d'âme de ces Dépôts ; il ne leur demande pas assez de crédits pour hâter l'achèvement de leurs inventaires ; et le Conseil général se préoccupe*t-il assez de cette série de nos richesses nationales? Ily envoie, une fois l'an, deux de ses délégués. Ceux-ci, surtout depuis la Révolution de 4870, se bornent, comme je l'ai déjà dit, à une simple promenade, n'osant pas risquer un seul mot d'interrogation, pour ne pas trahir leur impéritie. Rentrés au Conseil, ils se hâtent de constater que tout est pour le mieux. Os ont vu, en effet, des cartons bien alignés, «des liasses bien faites, des étiquettes bien collées et aperçu de nombreuses feuilles d'inventaire en cours d'impression. Mais savent-ils seulement ce qu'il y a dans ces liasses, dans ces cartons et sous ces étiquettes, et quel est le degré d'avancement de l'inventaire ? Se sont-ils enquis des légitimes doléances du public studieux sur la lenteur de la confection des inventaires, sur le mauvais mode de la conservation des titres ? Pas le moins du monde. Et cependant ils croient avoir bien rempli leur mission et se félicitent d'être des
représentants accomplis de leur département
Ah ! ce n'est pas ainsi que nos pères comprenaient leur mandat. Eux aussi étaient issus de l'élection pour certaines charges ; mais non pas du suffrage universel, la plus stupide et la plus dangereuse des institutions actuelles. Il étaient élus par des hommes intelligents et honnêtes, et non pas par la tourbe ignorante, inconsciente, asservie et avilie par son aveugle soumission à des meneurs occultes; et quand ils étaient en charge, avec quelle supériorité et quel dévoûment ne la remplissaienirils pas? Qu'on ouvre, en effet, le premier volume venu des anciens inventaires de nos Archives municipales et hospitalières, et nos conseillers généraux et municipaux verront que, soit, Tun des Échevins, soit, V\m des Becteurs de nos hospices, se sont toujours chargés spécialement du soin de nos Archives, pendant tout le cours de leur exercice. Tantôt ce furent M. Dufoumel, M. de Lafont, M. François Deschamps, M. Chappe, M. Bertin , et tant d'autres que je pourrais citer. Ces personnages ne se bornaient pas à une promenade aimuelle dans nos Archives ; ils y allaient chaque jour , ils y travaillaient eux-mêmes, ils y mettaient la main à l'œuvre, et c'est à leur intelligent et généreux dévoftment que nous devons les magnifiques inventaires qui nous restent. La ville, d'ailleurs, n'a pas été ingrate envers eux : elle a donné le nom de Lafont à Tune de nos principales rues ; le portrait de Deschamps est suspendu dans la belle salle des Archives de la Charité, et tous les hommes studieux bénissent leur mémoire. Tandis qu'aujourd'hui, que font nos conseils électifs pour nos Archives ? On peut le leur demander. . . Qu'ils
laissent donc de côté la politique, qui ne les regarde pas ; qu'ils repoussent du pied le mandat impératif, qui les déshonore, et qu'ils imitent nos pères ! ! ! qu'ils mettent la main dans la bourse du département et de la ville, où ils puisaient si largement naguère.... et pour tant de folies, — qu'ils fassent les frais d'un second archiviste paléographe... — qu'ils achètent des cartons qui protégeront efficacement nos titres contre la poussière graisseuse qui les ronge;— qu'ils ordonnent la reliure de tant de volumes éraillés, des divers fonds; — qu'ils s*assurent par euxmêmes et souvent de Tétat matériel de nos Dépôts,
et alors, mais alors seulement ils pourront se
diro qu'ils ont bien mérité de leurs commettants
Mais pouvons-nous Tespérer ?.... Quoi qu'il en soit et quoi qu*il arrive, je crois de mon devoir de signaler cette situation ; de me faire l'organe des légitimes doléances de tous les hommes studieux qui ont le droit d'exiger, au nom de la science, que désormais nos monuments nationaux soient lobjet d une vraie et constante sollicitude de la part de ceux qui ont brigué les honneurs de la représentation, et qui
n'en remplissent pas suffisamment la charge
Et pour que ma voix soit mieux entendue , je vais aussi dire, dans cette partie de mon travail, ce que furent et ce que sont nos anciennes Archives ecclésiastiques. Pour faire apprécier surtout leur importance, je raconterai, en deux mots, d*abord notre histoire religieuse locale, depuis le jour où la croix triomphante fut arborée, comme un drapeau glorieux, sur les hécatombes des martyrs de la foi, jusqu'à l'heure néfaste où, au nom de la Raison et de la Liberté y la Révolution impie de 1793 arrosa en
core notre sol du sang des saints prêtres de cette religion qui avait sauvé le monde de la barbarie. Puis je dirai quels splendides monuments ces apôtres du vrai Dieu surent élever à sa gloire, dans le cours de cliaque siècle, et les titres si nombreux que leur pieuse sollicitude conservait avec tant de soin dans le trésor de chacun de ces monuments. Ce rapide récit intéressera peut-être quelque peu nos mandataires électifs (1), et si leur patriotisme s'en émeut, ils se rendront peut-être enfin k la prière que leur adresse l'universalité des hommes de science et de savoir, si indignés de l'imperfection de nos Dépôts d'Archives actuels
(l) Certains journaux de Lyon viennent de faire un grand bruit de nombreux vœux émis avl sujet de nos Bibliothèques et de louer le Conseil municipal de « l'intelligente initiatioe qu il a prise de provoquer des réformes radicales dans ces établissements, n Mais ces journaux sont bien mal renseignés ou feignent d'ignorer ce qui se passe. S'ils avaient pris la peine, avant d*emboucher la trompette, d'aller aux informations, ils auraient su que M. le préfet et la Commission des Bibliothèques et des Archives ont pris, depuis longtemps, cette initiative ; que les réformes demandées par le Conseil municipal ont été, en partie, déjà accomplies, et que d'autres sont à l'étude, et qu'avant bientôt nos Bibliothèques ne laisseront rien à désirer. Ces réformes se font sans bruit, comme il convient de les faire, et sans réclames dans les journaux. On ne se vante pas du bien qu'on fait... Le moi est haïssable, a dit un philosophe...
Quant aux Bibliothèques populaires, dont le Conseil municipal prend aussi, tout à coup, un si grand souci, si elles ne sont pas ce qu'elles pourraient être, c'est que certains députés qui s'étaient engagés, à défaut de ressources des finances de la ville, si honteusement dilapidées par le Conseil municipal de 1870, à les enrichir de dons de l'Etat» ont oublié leurs promesses.
N est convenu généralement de fixer la fondation de Lyon à Tan 42 avant Jésus-Christ, et la première prédication de TËvangile dans no* tre ville vers Tan 430.
Aucune Eglise de France n'offre des preuves plus incontestables d une plus haute antiquité que celle de Lyon; Tépiscopat de saint Pothin, celui de saint Irénée, la confession des martyrs de Lyon et de Vienne, les lettres des chrétiens de ces deux Eglises à leurs frères de l'Asie mineure sont unanimement reconnus. Les traditions des Eglises qui remontent plus loin associent Lyon à leur antiquité.
On ne connaît pas cependant le nom des premiers apôtres qui annoncèrent et propagèrent TÉvangile à Lyon, avant l'arrivée de saint Pothin ; mais on sait que ce saint évêque et son successeur Irénée amenèrent avec eux des prôtres et des diacres et qu'ils envoyèrent aussi d autres ouvriers évangéliques porter la bonne nouvelle en divers pays des Gaules : Bénigne à Dijon, Marcel à Chalon, Valérien à Tournus Sans doute TÉvangile ne fit pas des progrès
aussi rapides dans ces diverses contrées qu'à Lyon et dans la province où la civilisation de TOrient et de Rome avait préparé les esprits à recevoir la lumière, mais partout la voix des disciples et des apôtres annonça la Rédemption. Tertullien(ilc/t?efsti5 JudœoSf
c. 7 Gallia christ.) écrivait à la fin du ii^ siècle : « Leur voix a retenti dans toute la terre, jusqu'aux extrémités les plus éloignées, dans les Gaules, etc. b Saint Irénée reconnaissait que les apôtres et les disciples avaient porté le christianisme jusqu'aux extrémités de la terre, dans les Gaules, les Espagnes. (Ireneus. AdverstÂS hœreses^ liv. I, c.3, 40.) Lactance le proclamait aussi au iv^ siècle.
Grégoire de Tours, en parlant de l'Eglise de Lyon (liv. I, c. 26), a dit : « Sous l'empire de Marc-Aurèle, l'hérésie de Valentin se répandit avec fureur. Justinle-Philosophe reçut la couronne du martyre en confessant le nom chrétien en Tan 463 ou 467, sous Maro-Âurèle. Une persécution s'étant élevée dans l'Asie, le bienheureux Poly carpe, disciple de Jean Tapôtre et Tévangéliste, périt par le feu à Tftge de quatre-vingts ans. Bagia les Gaules, un grand nombre de chrétiens reçurent le martyre; parmi ces confesseurs, le premier fut Pothin, évoque de Lyon, qui , dans un âge avancé, confessa la foi au milieu des supplices. »
Le bienheureux Irénée, son successeur, envoyé dans cette ville par Poly carpe, propagea le christianisme dans tout le pays. Bossuet, dans son Histoire universelle^ reproduisant littéralement le témoignage de Tertullien , ajoute^ que , « sous Marc-Aurèle , l'Eglise gallicane remplit Tunivers de sa gloire. »
Mais Lyon n'existait-il pas déjà avant l'an 42, comme je l'ai indiqué plus haut , d'après de nombreux auteurs? N*étaitrce pas déjà un ancien centre de population, lorsque Munatius Planciis y donna asile aux Viennois chassés par les AUobroges? Dès que la Gaule fut habitée, le confluent du Rhône
et de la Saône dut attirer et fixer une population active, étendre ses relations par les intérêts multiples que fiavorisaient les deux fleuves, et dès Fan 25, Lyon devient la capitale de tous les pays situés entre la Belgique, l'Aquitaine, la grande Séquanaise, dont l'étendue forma quatre provinces dans le IV* siècle. La dénomination de Lyonnais dut être prise d'une ville ancienne, importante, la plus connue des huit cents villes et des quatre cents peuples de la Gaule. L'on peut se demander de même si le christianisme n'avait pas pénétré aussi déjà à Lyon avant saint Pothin et saint Irénée? L'absence des annales sur les premiers pas du christianisme en Occident s'explique par le mystère nécessaire de la première prédication, par les cruelles persécutions contre le nom chrétien durant les premiers siècles, par les invasions des barbares et par les destructions commises par les Sarrasins jusqu*à la fin du X* siècle ; mais je me garderai bien de vouloir trancher ces deux grandes et difficiles questions, qu'ont tenté en vain de résoudre les plus grands historiens.
Quoi qu'il en soit, le nombre des martyrs, à Lyon, fut des plus considérables; le sang coula à flots, et ces glorieux confesseurs de la foi furent inhumés, pour la plupart, dans les terrains sur lesquels on éleva ensuite l'église paroissiale de Saint-Romain. « C'était une des plus anciennes de Lyon, elle se trouvait derrière Thôstel de l'archevêque et touchait à la maison de larchidiacre qui en était le curé.
« Nous ne saurions donner autres marques de son ancienneté ni des anciennes reliques qu'elle conserve dans son sacré vaisseau, car, de tout temps, on
y a toujours gardé quelques corps de ces bienheu* reux martyrs et innocents qui furent martyrisés en grand nombre, au plus haut de la ville, au lieu appelé vulgairement la Croix de Colle^ et on tient par une vieille tradition que du sacré sang qui des* cendit par la rue du GourguiUon, il en entra en cette église et c'est pourquoy on n'y enterre personne. » (Isaac Lefèvre, <627.)
Je ne tracerai pas ici la carte de l'ancien diocèse de Lyon : son vaste territoire, dit M. Guigne, dans sa remarquable introduction à l'Obituaire de l'église de Lyon, se trouve formé de l'antique civitas Lugdunmsium ou Pagus major lugdunensis ; il comprenait encore au dernier siècle, avant la formation du diocèse de Saint-Claude, la presque totalité des départements actuels du Rhône et de la Loire, le département de l'Ain, moins Tarrondissement de Gex, et la moitié à peu près de celui de Belley, et en outre une grande partie des cantons de Saint-Amour et de Saint-Claude, dans le département du Jura. Neuf cent trente-une paroisses, annexes ou succursales (non comptées celles de Lyon qui étaient très-nombreuses), étaient soumises à la juridiction directe de son siège archiépiscopal.
Sous la domination des premiers souverains temporels, les rois de France ou de Bourgogne ou les empereurs des romains, ce Pagus fiit un tout homogène, mais au x® siècle, ce grand Pagus se démembra et forma plusieurs gouvernements civils qui se subdivisèrent en agri qui devinrent , en se rendant indépendants, autant de petites seigneuries. L'Église seule échappa à ce morcellement territorial, elle conserva sa juridiction spiritudU
dans les anciennes limites àwPagus major; mais déjà, elle avait aussi une juridiction temporelle très-importante. Cette juridiction lui avait été concédée par Charlemagne, en la personne de Leydrade, l'un des missi du grand empereur, envoyé à Lyon pour relever aea ruines et reconstruire ses temples démolis ou saccagés par les hordes des Sarrazins. Au x® siècle, les églises de Lyon avaient recouvré leur ancienne splendeur etleurs richesses.Les archevêques s'étaient vu cependant contester plus d'une fois leur pouvoir temporel par les comtes héréditaires du Lyonnais et du Forez ; mais le 48 novembre H58, ajoute M. Guigue, Héraclius de Montboissier sut obtenir de Tempereur Frédéric II, dont le pouvoir n'était plus que nominal à Lyon, la reconnaissance du pouvoir temporel de son église sur la cité et le diocèse de Lyon avec défense à quiconque autre que l'église d'y exercer aucune espèce de juridiction a nuUus comes aut judex legem in his facere pnesumat prœter archiepiscopum et primatem lugdunensem. » Cette concession, on le sait, partagea le pouvoir entre l'archevêque et son Chapitre qui l'exerçaient simultanément, ce qui lui enlevait Tunité dans la direction, et les habitants qui jouissaient, en apparence, des antiques libertés municipales romaines, ne virent pas sans regrets cette spoliation. Je ne dirai pas ici les nombreux conflits qui s'en suivirent entre les archevêques, le Chapitre et les citiens de Lyon ; ces conflits allèrent jusqu*à l'effusion du sang. La ville se leva sous le commandement du seigneur de la Tour-du-Pin ; le Chapitre mit vingt mille hommes sous les armes « magnam multitudinem armatorum usque ad vigenti millia equitum et peditum. » Le.^
cloîtres de Saint-Jean et de Saint-Just (1), véritables citadelles, furent attaqués et forcés, et les citiens demeurèrent vainqueurs. Ces luttes dans lesquelles intervinrent la papauté et les rois de France, qui convoitaient le pouvoir temporel, se terminèrent enfin par le traité du 40 avril 4312, qui réunit le Lyonnais à la Couronne. Par suite, nos rois exercèrent, sans conteste, leur puissance dans Lyon, et les habitants jouirent en paix de leur liberté si chèrement conquise et s'administrèrent eux-mêmes par les soins de leurs consuls.
Saint Pothin et saint Irénée furent, comme je Tai déjà dit, les premiers évêques de Lyon. Le siège épiscopal fut établi, d'abord, d'après la tradition, dans l'église des Saints- Apôtres, aujourd'hui Saint- Nizier. En 390, on le transféra dans celle de Saint- Etienne , près de la cathédrale Saint-Jean , bâtie plus tard. En 682, Lambert de Tavemo le replaça dans l'église des Saints - Apôtres, et au x* siècle Leydrade le reporta & Saint-Etienne, puis bientôt après dans l'église Saint-Jean d'où il n'est plus sorti. Quant à la résidence des archevêques, elle a souvent varié. Dans l'origine, ils habitèrent la maison de Tun des custodes, près l'église Saint-Etienne (2). — Puis
(1) Des auteurs prétendent que saint Zacharie, troisième archevêque de Lyon établit son siège archiépiscopal à Saint- Just, dans la crypte que quelques chrétiens avaient fondée l'an 215 sous le vocable des Hachabées. Ce siège aorait été transféré ensuite, au V<^ siècle, à l'église Saint-Etienne, unie ao baptistère de Saint-Jean-Baptiste.
(2) On pense que ce fut Aridius qui éleva, au temps de Branehaut, la petite église Sainte-€roix, le riche et pieux évoque y
le chftteau de Pierre-Seize qui devint leur demeure privilégiée, d'où ils ne sortaient qu'à certains jours de fêtes pour ne rester que temporairement dans leur maison près de la cathédrale. En 1635, ils perdirent
joignit un baptistère entièrement isolé, selon Tancien usage et cependant uni à Téglise par un même office liturgique. Cette humble annexe devint plus tard la métropole de la ville. A côté de Sainte-Croix se trouvait Tégiise Saint-Etienne, bâtie par révèque Patient et déjà vieille de quatre siècles ; elle avait conservé sa forme en croix, et une partie des ornements dont ravalent dotée les rois de Bourgogne. Les restes de saint Etienne y avaient été apportés au v* siècle. Associées par la même liturgie et desservies par le même chapitre, les deux églises avaient les mêmes intérêts matériels et religieux. (Monfaloon, 1. 1, p. 204.)
Les archevêques de Lyon avaient, dans Torigine, choisi réglise de Saint-Just pour le lieu de leur sépulture. Quelques uns même habitaient son cloître. Un mémoire, sans nom d'auteur» mais du dernier siècle, conservé dans ce qui reste des anciennes Archives de Saint-Just, s'exprime en ces termes au sujet de la résidence des archevêques dans cette maison religieuse. L'on peut ajouter que saint Polycarpe, ayant été envoyé par saint Paul, dans les Gaules, pour y prêcher l'Evangile, y envoya saint Pothin qui fut nommé premier évêqu ) et fit eons" truire V église ioui le voeahle des llachabées. Saint I renée lui succéda. Depuis ce temps-là, les évêques avaient choisi la même église jxmr lewr sépulture, ainsi que le siége^ comme il en est Eût mention par un procès-verbal dressé par des commissaires nommés par Tarchevêque de Vienne à la prière du Chapitre, en septembre 1288. — Il y est fait mention de la présence dans ladite église de treixe corps saints d'évèques de Lyon, sans comprendre plusieurs autres reliques particulières. »
« C'est une vérité constante par l'histoire ecclésiastique que dans le v* siècle Téglise Saint-Just était métropole et la première de la ville ; on n'avait rien négligé, selon Sidoine Apollinaire. pour la rendre une des plus magnifiques du monde chrétien »
la propriété de Pierre-Scize par la vente qu'ils en firent au roi Louis XIII, au prix de 400,000 livres qu'on employa à rachëvement du palais actuel. Sur son emplacement, Leydrade en avait déjà élevé im. a J'en ai fait construire un autre, écrivait-il à Charlemagne, je l'ai disposé pour voua afin de vous y recevoir. » Le cardinal de Bourbon restaura ce palais, en 1 072. — Humbert I®' y ajouta des tourelles.
— Charles de Bourbon le reconstruisit au xv« siècle.
— Louis-Alphonse de Richelieu y fît des changements. — CamiUe de Neufdlle de Villeroy édifia la bibliothèque (1), la nouvelle façade, — et le cardinal de Tencin, sur les plans de Soufflet, bâtit le grand salon et la terrasse, les deux portails au fond de la
(2) Camille de Neurville-Villeroy légua sa bibliothèqae aux PP. Jésuites qui dirigeaient alors le grand collège de la Trinité de Lyon. Ces derniers, par reconnaissance, donnèrent le nom de Villeroy à la galerie vitrée de leur grande bibliothèque. Les livres de rarcheyêque de Villeroy ont été nécessairement pillés et volés, en grande partie, pendant la Révolution, mais je viens d'en retrouver le catalogue manuscrit aax Archives judiciaires de la Cour d'appel de Lyon, au milieu d'une masse informe de vieux titres presque pourris. Cet inventaire forme un volume in-folio et fut dressé, par ordre de justice, après la mort de l'archevêque, au moment de la liquidation de sa succession. Sur la dernière page, on lit la mention suivante : «Toute laquelle estimation de livres contenus au présent inventaire revenant à la somme de dix-neuf mille trente-trois livres, dix sols^ sauf erreur de calcul, a esté faite par nous experts susdits et soussignez, en nos fpys et conscience, ce que nous sommes prêts d'affirmer véritable et d'avoir vaqué audit inventaire et estimation pendant vingt-quatre jours entiers. Fait à Lyon, le 17 aoust 1693. Signé Plaignard, Rellier; paraphé ne varietur à Lyon, le 17 aoust 1693. Signé Dcscul. »
cour. La Révolution le vendit; et la ville dut le racheter au prix de 320,000 fr. quand Napoléon P', en rouvrant les églises, nomma son oncle, le cardinal Fesch, archevêque de Lyon,
L'archevdché de Lyon est regardé comme le pre* mier siège des Gaules, prinia sedes Galliarum.
L'Eglise romaine lui avait accordé un droit de primatie, c'est-à-dire une supériorité de juridiction sur les autres archevêchés et évêchés de France établis dans l'ancienne Gaule celtique. Cette supériorité fut souvent disputée^ mais toujours reconnue. Leydrade porta, dit-on, le premier le titre d'archevêque, — ses prédécesseurs furent seulement qualifiés d*évêques.
Le siège de leur juridiction, comme je l'ai déjà dit, a varié plusieurs fois et l'église Saint-Jean, ou du moins l'église qui exista d'abord sur son emplacement, n'avait pas le titre de cathédrale. Ce fut seulement sous le pontificat de Guichard qui gouverna l'Eglise de Lyon, de 1 1 66 à 4 1 80, que fiit commencée Tœuvre de la construction de ce monument. « Hoc prssidente opus ecclesiœ Sancti Johannis inchoatum (ICenestrier, Hist. cons. Preuves xii et xxxviii.)
 côté de l'archevêque était placé son Chapitre (4 )
(i) Primitivement, les chanoines étaient qualifiés senlement de frères de Saint-Etienne. L'archevêque Renaud de Forez.pour donner plus de prestige aux membres de son Chapitre qu'il avait enrichis du tiers des domaines do son église, leur conféra le titre de chanoines-comtes, et il établit parmi eux, d'une manière plus fixe qu'auparavant, la nécessité des preuves de noblesse. « Renaudus de Foresio ecclesiam lugdunensem nobilitavit. >
qui constituait le conseil (consilium venerabilium ecclesiœ personnarum). L'archevêque le consultait sur toutes les questions administratives, liturgiques et dogmatiques. Le Chapitre Télisait et le choisissait d'ordinaire dans son sein. A sa mort, il se chargeait de l'administration du diocèse et la gardait jusqu'à ce que Tévôque d'Âutun qui en avait la Régale (custos regalise) la demandât.
Les membres du Chapitre, dit M. Guigne, dans son excellente introduction à l'Obituaire de l'Eglise de Lyon, se recrutaient parmi les cadets de grandes familles. Leurs statuts ne leur imposaient qu'une résidence temporaire et un service de chœur qui ne pouvait être pénible, puisqu'ils ne remplissaient aucune fonction du sacerdoce. Avant le xv* siècle, très-peu de chanoines et même de dignitaires étaient prêtres. La noblesse était requise comme condition préalable par les statuts anciens. Dans le principe, la preuve n'était exigée que pour quatre degrés paternels et maternels. Au commencement du xv* siècle, on exigea la preuve même du cinquième.
Le titre de chanoine-comte était très-recherché à cause des prébendes qui y étaient attachées. Des hommes de grand mérite sont sortis de ce Chapitre qui a fourni à TEglise les papea Grégoire X, Innocent IV, Adrien V, Boniface VIII, Clément V et Jean XXII.
Dans l'origine et jusqu'aux premières années du xiv^ siècle, le nombre des chanoines ne fut limité que par les ressources du Chapitre. Du xii* à la fin du XIII*, il varia entre 72 et 48. En <32<, on le fixa à 32 ; depuis lors, il ne changea plus.
Les chanoines étaient répartis en trois classes. La
première comprenait les neuf dignitaires, le doyen, l'archidiacre, le précenteur, le chantre» le chamarier, le sacristain, le grand custode, le prévôt de Fourvières et le maître de chœur (1).
La deuxième classe comprenait les hôteliers, c'està-dire les chanoines d'un âge mur et jouissant d'un revenu élevé. Us étaient tenus de recevoir à leur table les jeunes chanoines qui formaient la troisième classe et dont ils devaient diriger la conduite.
Après les chanoines, mais à distance, venaient comme leurs auxiliaires, dans le service de la métropole, les custodes, les chevaliers de l'église et les perpétuels.
U y avait quatre custodes; les deux premiers avaient le titre de custodes de Sainte-Croix , trèsancienne église située autrefois à côté de la cathédrale et démolie depuis la Révolution ; le quatrième était custode de Saint-Etienne , autre église située jadis à côté de la dernière.
Les chevaliers (milites in ecclesia), appelés, dans Torigine, à soutenir les droits de la métropole par les armes, n'étaient plus, en dernier lieu, que docteurs en droit canon. Ils constituèrent avec le théologal la partie savante du chapitre.
Les perpétuels (capellani perpetui) amovibles, malgré leur titre, étaient d'abord au nombre de douze, puis, ils furent portés à vingt; ils étaient
(1) Je ne dirai pas ici en qnoi consistaient les fonctions de chacun de ces dignitaires. Je renvoie le lecteur à Tintrotlaction de robitoaire de FËglise de Lyon, par M. Gaigae, qui donne à cet égard les renseignements les plu» intéressants.
chargés d'officier dans les chapelles et d'assurer le service des fondations.
Outre ce nombreux personnel, on comptait quarante prêtres habitués, vingt clercs et vingt-quatre enfants de chœur.
A l'origine, les Chanoines vivaient de la vie commune, dans le silence de leur cloître. Ils mangeaient ensemble dans un local appelé la dapiférie ou réfectoire, dont les restes subsistent encore au côté méridional de la cathédrale. En 1453, on y plaça les clergeons a in domo dapiferiœ et parva caméra prope » cette maison prit alors le nom de Manécanterie [mansio cantorum, magni eantus, mane catktare). Les mutilations qu'on remarque dans cette remarquable construction sont l'œuvre stupide des bandes du baron des Adrets, en 1562.
Le premier cloître élevé à côté de la cathédrale paraît avoir été fondé en Tan 800 par Leydrade. Les chanoines l'habitèrent sous des lois sévères, dont saint Bernard les félicita, jusqu'en 1220.
Ce petit cloître, devenu insuffisant, fit place à un second, mais tous deux furent détruits au xn* siècle par le comte de Forez ; au milieu du dernier siècle, il en restait encore une partie, entre autres un immense réfectoire dans lequel on voyait le* lion et le griffon, armes du Chapitre, et la salle capitulaire. Dans ce cloître, au-dessus des portiques, logeaient les enfants de chœur ; ce fut le noyau du petit séminaire fondé, en 1762, parles chanoines.
Le grand cloître ou cloître extérieur renfermait dans son enceinte une partie notable du quartier de Saint-Jean, la cathédrale, les églises de Sainte- Croix et de Saint-Etienne, Thôtel de Chevrières, le
petit cloître et une quantité de maisons habitées par les chanoines ou par des officiers subalternes du chapitre. Cette vaste enceinte avait six portes. La plus importante, vers la rue Saint-Jean, se nommait Porte-frau {porta fratrum)^ ou Porte-fro (statuts de < 4 75). Cette porte fut reconstruite en 4437, par le custode de Sainte-Croix Bercheri. Le baron des Adrets la renversa en 1562. En 4661^ il en subsistait encore des vestiges.
La porte qui regardait la Saône avait le nom de porte de Savoie ; ces portes se fermaient chaque soir quand on avait tinté à Saint-Nizier le chasse^ibaud ou Seval. Elles ne se rouvraient que lorsque la guette de Fourviëres avaient sonné de nouveau. Dans ce cloître se trouvaient aussi les prisons de l'archevêché ; le pilori était en face du portail de la cathédrale.
Dès son origine, Tarchevôché de Lyon jouit du droit de justice dans Lyon et dans la province. On sait à combien de conflits avec les citiens de Lyon et avec la royauté ce privilège exorbitant donna lieu. En 1562, Lyon étant tombé au pouvoir des calvinistes, la justice de l'archevêque se trouva forcément suspendue. Après l'édit de pacification du 1 8 mars 1 563, 1 archevêque, pour contribuer aux impôts extraordinaires levés alors pour repousser les Anglais établis au Havre, vendit ses droits de juridiction au roi, au prix de 30,000 francs, ou une rente annuelle de 1,200 livres portée plus tard à 2,000 et qui se payait encore en 1789. C'est ainsi (1) que les archevêques de Lyon perdirent la justice temporelle qu'ils
(1) 11. Fayard, Juridiction sécul, et ecclés.
avaient exercée pendant plusieurs siècles dans la ville, d'abord y comme seigneurs suzerains et ensuite comme simples délégués de la Couronne.
Le juge ordinaire de Tarchevôque devint premier conseiller au siège présidial, le promoteur ou procureur général devint avocat du roi ; Tavocat du roi fut fait conseiller super-numéraire, et le courrier, de juge criminel, fat nommé chevalier du guet, chargé de Tarrestation des délinquants.
La justice ordinaire du roi revint ainsi & sa première origine et la sénéchaussée reçut un accroissement considérable, en réunissant le premier degré de juridiction au second qu'elle possédait déjà.
L'archevêque de Lyon ne perdit pas cependant la juridiction de sa seigneurie de Pierre-Scise et de ses dépendances, dont Pierre de Savoie avait fait la réserve formelle, lors du traité intervenu avec Philippe-le-Bel.
Cette juridiction temporelle de rarchevô]ue ne fut pas, du reste, la seule qui subsista à Lyon, après la réunion de la justice ordinaire à celle du roi. Il y eut également la juridiction temporelle du comté ou du Chapitre de Saint- Jean, celle de la baronnie de Saint-Just et enfin celle de l'abbé d'Ainav.
Outre la justice haute, moyenne et basse exercée par Tarchevôque dans sa seigneurie de Pierre- Scise, ce prélat avait conservé encore, au xvin^ siècle, le droit de justice dans ses terres d'Oullins, de Ternand, à la Guillotière, qui dépendaient du mandement de Béchevelin, que l'archevêque, M^ de Saint- Georges, finit par vendre au Consulat.
L'archevêque jouissait aussi de sept juridictions ecclésiastiques. Pour en parler, je demanderai encore
à M. Fayard rautorisation de faire divers emprunts à son remarquable travail sur ce sujet.
De ces sept juridictions ecclésiastiques, les unes étaient générales comme celles de la Primatie» de rOfficialité métropolitaine, de TOfficialité ordinaire, de la Chambre souveraine et de la Chambre diocésaine. Les autres étaient particulières comme la justice du Glaive du Chapitre de Saint-Jean et celle du Chapitre de Saint-Just.
Les évoques et les archevêques auxquels appartenait la juridiction ecclésiastique l'exercèrent d'abord par eux-mdmes, puis par des ecclésiastiques qui formèrent les Cours de chrétienté, appelés Officialitis après le xiv* siècle. L'Officialité connaissait, au civil, de toutes les causes purement personnelles entre les clercs ou dirigées contre eux, de tout ce qui concernait les sacrements, la discipline ecclésiastique et les autres matières spirituelles.
Au criminel, l'Officialité était limitée aux délits susceptibles de Tapplication des peines canoniques. Mais comme l'Eglise n'avait pas de territoire, Tofficial était obligé de recourir au bras séculier pour l'exécution de ses sentences contre les personnes ou sur les immeubles.
Deux voies étaient ouvertes contre les sentences de rOfficialité : Tappel simple et l'appel comme d*abus.
V Officialité métropolitaine de Lyon statuait sur les appellations des sentences rendues par VO/fieialité ordinaire ou par celle des suffragants de Tarchevâ* que.
La Primatie était un tribunal supérieur auquel on portait, par appel, les causes de TOfficialité métropolitaine de Lyon, et celles des Officialités métropo-
litaines de Paris, Sens et de Tours ; celles de Rouen y furent portées aussi jusqu'en 1702.
La Chambre diocésaine composée de l'archevêque, de huit conseillers députés, d'un promoteur et d'un greffier, connaissait des demandes concernant les taxes annuelles appelées décimes levées par le roi sur le clergé, par l'entremise d un bureau des décimes établi dans chaque diocèse et qui imposait les taxes des particuliers et des corps assujétis à payer ces subventions.
Les appels des sentences de la Chambre diocésaine étaient portés devant la Chambre souveraine du clergé de Lyon. Il existait en France huit de ces chambres.
Le Chapitre de la Primatiale de Lyon avait aussi, comme je Tai déjà dit plus haut, sa justice particulière. Si celle de Farchevôque n'avait qu'un territoire restreint, il n'en était pas ainsi de la justice séculière du Chapître deTEgHsede Lyon, plus connue sous le nom de Juridiction du Comté. — Elle comprenait le cloître de Saint- Jean, celui de l'église de Fourvières, avec ses dépendances des quartiers de Serin et de l'Observance, cinquante-deux paroisses hors la ville qu'il serait trop long d'énumérer ici. M. Fayard en donne la liste complète à la page 214 de son excellent livre sur nos anciennes juridictions.
Dans chaque terre dépendante de la Justice du Comté, il y avait un seigneur mansionnaire, un châtelain, un lieutenant du juge, un procureur fiscal et un greffier. Les châtelains ne pouvaient connaître des causes qui excédaient 60 livres ; les appels étaient portés devant le juge général du Comté.
Le Chapitre de SaintJean avait aussi sa justice du Glaive qui lui avait été accordée par le pape Nico*
las IV, en 1290. Elle s'étendait à toute personne qui maltraitait ou injuriait un membre du clergé ou des employés au service de l'Eglise. Pour rappeler ce droit, les comtes de Lyon avaient placé dans les armes du Chapître une épée droite et une crosse. Les habitants de Lyon n'acceptèrent jamais cette double juridiction.
Enfin, pour compléter cette partie de mes recherches sur la Primatie de Lyon, je crois donc reproduire le tableau de ses bénéfices. J'ai préféré celui que je trouve dans le Pouillé de 1648.