‹ Les archives de Nancy, ou Documents inédits relatifs á l'histoire de cette ville, pub. sous le patronage de l'administration municipaleChapitre 14 sur 36 · AA · texte numérisé non relu

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Registre des chartes, ordonnances et règlements de la Chambre du Conseil de ville de Nancy. — Copie des privilèges cl franchises accordés par René II aux habitants de Nancy, le 13 juin 1497. — 20 août 1570. Ordonnance de Charles 111 prescrivant aux étrangers qui voudront résider à Nancy d'eu faire la déclaration aux prévôt et deux de ville, et Oxant le droit de bourgeoisie à 12 francs. — 22 décembre 1580. Ordonnance touchant les nouveaux entrants et le droit de bourgeoisie , fixé à 40 fr. pour les étrangers, et à 12 fr. pour ceux qui auront résidé pendant six ans dans la ville comme domestiques. — 16 octobre 1590. Ordonnance sur le fait des pauvres.

Le duc y dit qu'il a fait dresser rôle des nombre , âge, qualité, charge d'enfants de famille et autres nécessités de ceux qui demeurent à Nancy, pour être faite la distribution de l'aumône à chacun par semaine.

Il enjoint aux prévôt et deux de ville de faire rédiger et mettre par écrit les offres des bourgeois , pour être remis au comte de Salm, gouverneur, alin qu'il s'assure si chacun en a fait de convenables ; dans le cas contraire, les taxer et régler par la rigueur du droit et raison ; et, selon les rôles que le gouverneur aura fait arrêter, faire lever, par deux bourgeois notables de chaque quartier, les deniers qui en seront remis par les collecteurs, chaque jeudi, à celui qui sera choisi pour receveur général de ladite cueillette , pour , par lui , le même jour , en faire la remise à ceux qui seront élus pour les distribuer dans les rues et quartiers, etc. Le duc réitère, en terminant, les défenses faites aux pauvres de mendier dans les églises et maisons.

19 octobre 1593. Décret touchant l'érection des cures de \ancy (voy. Lion., t. Il, p. 558-569). — 13 mars 1595. Concession aux gens du Conseil de ville du droit d'ouir les comptes des fabriques et des revenus des églises.

15 mai 1595 et 28 mars 1605. Ordonnances sur le fait des pauvres. — Sur la remontrance à lui faite par le comte de Salin et des notables bourgeois, que, depuis quelques années, plusieurs individus, sous prétexte des aumônes

qui se distribuent aux pauvres mendiants invalides, délaissent leur travail et mendient comme les autres, abusant ainsi de la charité des gens de bien, le duc ordonne : Premièrement , que trois du Conseil et les trois de ville feront, jours après autres, soigneuse et exacte recherche de tous les mendiants qui se sont habitués et domiciliés dans cette ville sans avoir payé leur entrée, leur commandant d'en sortir dans vingt-quatre heures , avec défense d'y rentrer, à peine du fouet. Les propriétaires ou locataires qui les logeront seront punis d'une amende de 10 francs pour la première fois, et de 20 francs pour la seconde ; s'ils ne peuvent y satisfaire, ils seront expulsés de la ville comme les mendiants. Il est enjoint aux députés de s'informer du déporlement des autres mendiants domiciliés , savoir s'ils sont valides , ou de vie et conversation scandaleuse, ou tels qu'il soit expédient de les faire travailler aux fortifications , ou autrement d'en décharger la ville ; de faire exacte recherche des autres mendiants vagabonds qui ne sont domiciliés, pour être au plus tôt expulsés. « Et la ville estante , par ce moyen , deschargée et soulagée des mendians estrangers, feront lesdicts commis et députez convocquer en la neuve halle tous les mandians bourgeois et domiciliez, pour estre enroollés par noms et surnoms, et à chacun d'iceulx sera donnée une marque et enseigne, laquelle ilz seront tenuz porter ordi-

nairement sur eulx, à peine d'estre expulsez et deschassez comme les foraios. • Défense est faite auxdits mendiants d'entrer dans les églises pour y quêter et demander l'aumône, pour laquelle recevoir ils demeureront au-devant des « porlaulx • desdites églises , à peine d'être expulsés sur-le-champ de la ville, et du fouet s'ils y rentrent. Défense aussi, sous les mêmes peines, de se trouver par les rues ni demander l'aumône aux portes des bourgeois après huit heures du soir, depuis Pâques jusqu'à la Saint-Remy, et après cinq heures, depuis la Saint-Remy jusqu'à Pâques.

L'ordonnance de 1605, adressée à M. de Villers (M. de Gournay) , chef du conseil et bailli de Nancy, lui enjoint d'appeler tous les quarteniers et de leur prescrire de faire une recherche exacte des pauvres mendiants, chacun dans leur quartier, et d'en dresser rôle. Le duc veut, « sans aucune redite », que tous les bourgeois des deux villes, gentilshommes, ecclésiastiques, nobles, affranchis et roturiers, sans exception de personne, soient indifféremment contribuables à l'aumône générale qui sera trouvée nécessaire pour la nourriture des pauvres , leur en voulant luimême montrer l'exemple. Ordonne à mondit sieur le bailli de savoir des gentilshommes habitués dans Nancy combien ils voudront contribuer, et, pour les autres, il choisira telles personnes qu'il jugera raisonnable pour en savoir leur volonté, pour du tout lui étant fait rapport, et reconnaissant si cette cotisation volontaire ne revient pas à ce

qui a élé jugé nécessaire pour la subsistance desdits pauvres, recharger ceux qu'il jugera n'avoir offert raisonnablement

4 janvier 1606. Donation aux gens du Conseil de ville, pour six années, de la part advenant à S. A. sur les nouveaux entrants , « à cause des grands frais qu'ilz ont déjà supportés et auront encore à supporter , tant à la fermeté de landres que S. À. a désiré être faite du parquet de la Neuve rue (la Carrière), qu'à faire fluer le canal d'eau qui passait devant le grand Jeu-dc-Paume, par-dessus le pavé, et le conduire dans le fossé ». — 27 février 1612. Permission d'établir des prisons en l'Hôtel-de-ville de Nancy la neuve.

AA. 4 (registre). — 1634-1661.

Ordonnances des gouverneurs français en Lorraine. — Ordonnances émanées du comte de Brassac, gouverneur (1 634) 5 ; — de Henri de Bourbon, prince de Condé, lieutenant général pour le roi (1635) ; — du comte de Barrault, gouverneur et lieutenant général pour le roi és pays de Lorraine et Barrois (1635) ; — du marquis de Fossez (ou des Fossés), lieutenant général pour le roi ès pays de Lorraine, villes et citadelle de Nancy (1635-1636) ;

1 Le texte complet de ces ordonnances a été public plus haut (p. I62-169 X : mais il m'a semblé lion d'en donner ici une courte analvsc, en raisou de l'intérêt qu'elles présentent.

a Les dates que j'iudique se rapporleut aux ordonnances.

— de M. de la Coup d'Argy, lieutenant pour S. M. au gouvernement de Nancy (1036) ; — du marquis de Sourdis, gouverneur et lieutenant général pour le roi en ses pays de Lorraine et Barrois, villes et citadelle de Nancy (1636) ; — de M. d Ilauquincourl (d Hocquincourl), gouverneur des villes et citadelle de Nancy (1636-1637) ; — du vicomte d'Arpajon, gouverneur et lieutenant général pour S. M. en ses pays de Lorraine et Barrois, villes et citadelle de Nancy (1638-1639) ; — du marquis de Fontenay, gouverneur et lieutenant général pour le roi en ses pays de Lorraine et de Barrois, villes et citadelle de Nancy (1638) ; — de François de l'Hôpital, seigneur du Hallier, comte de Rosnay, gouverneur des provinces de Lorraine, villes et citadelle de Nancy, duché de Bar et pays Barrois (1639-1642) ; — du baron de Lamberlye, lieutenant pour le roi au gouvernement de Nancy (1640- 1648); — du marquis de Lenoncourt, gouverneur et lieutenant général pour le roi en la province de Lorraine, villes et citadelle de Nancy, duché de Bar, pays Barrois et comté de Clermont (1643) ; — du marquis de La Ferlé Senectère (Senueterre), lieutenant général pour le roi, gouverneur des villes et citadelle de Nancy (1644-1659) ;

— de M. de Pradel, lieutenant général des armées, gouverneur pour le roi à Nancy (1661).

1636-1638. Ordonnances du marquis des Fossés et de M. d'Hocquincourt prescrivant à ceux qui résident à Nancy

sans permission d'en sortir le jour» à peine de la vie et de confiscation de leurs biens. — Arrêt du Conseil souverain, établi à Nancy, contre ceux qui « s'étaient jetés dans les troupes et parti » du duc Charles IV. — 9 juillet 1639. Ordre de M. du Hallier pour imposer 3,000 fr. sur les habitants de Nancy pour le rasement des défenses et de ce qui reste des forliflcations de Lunéville.

24 mai 1641. Ordonnance du même pour la répression des désordres des gens de guerre : « Le seigneur du Hallier, etc., gouverneur des villes et citadelle de Nancy. Sur les plaincles qui nous ont estez faicles par les sieurs du Conseil de ville de Nancy, que quantité de soldalz vont journellement, depuis le matin jusques au soir, tenir des assemblées et berlans à jouer, tant en la cour de l'Hostel-de-ville que dans les galleries et salles dudict Hostel, empeschans, par ce moyen, la distribution de la justice, outre les blasphèmes et querelles qui y surviennent journellement ; à quoy désirans apporter remède convenable, nous avons faict et faisons deflence expresse à tous soldatz de ceste garnison de hanter ny fréquenter audict Hostel pour y jouer ; et affin que noslre présente ordonnance soit exécutée, enjoingnons aux officiers et soldatz de la garde suisse d'y tenir la main , et que , sur la première plaincte qui leur sera faicte par les résidans audict Hostel ou autres, ilz ayent à leur presler maiu forte pour faire sortir lesdietz soldatz dudict Hostel , et , en cas

de résistance, constituer prisonniers les contrevenans. »

23 avril 1643. Ordonnance de M. de Lenoncourt, rendue ensuite de la requête suivante à lui adressée par le Conseil de ville, pour l'expulsion des juifs :

« Remonstrent très-humblement les sieurs du Conseil de la ville de Nancy que la pratique est telle, par toutes les villes bien policées, que personne ne peut estre admis ny souffert dans une ville que de l'authorité et aggréement de ceux qui ont la police en mains ; ce qui s'est toujours tellement observé audit Nancy que, mesme pour y repcevoir les HR. PP. Dominiquaius et Tiercelins, il a esté nécessaire d'assembler les notables bourgeois d'icelle. Néantmoings, la ville se trouve aujourd'hui chargée de juifs, qui insensiblement s'y sont glissez et contracté une demeurance, ayans, au commencement, faict entendre à monseigneur d'Hauquincourt, gouverneur dudit Nancy, qu'ilz avoient certains procès à poursuivre ; et, sur ce qui fut proposé par les remonslrans, il leur fut limité ung temps pour faire leurs affaires et se retirer après ; de sorte qu'ayant toujours gagné temps, ilz ont obtenu de messeigneurs les gouverneurs, ainsy qu'ilz ont desjà de mondit seigneur, la continuation de leur résidence, sans qu'ilz facent paroislre du premier décret par eulx obtenu de mondit seigneur d'Hauquincourt, contenant la condition soubz laquelle ilz ont esté receus en ladite ville ; lequel ilz disent avoir perdu, et, par ce moyen d'une permission

qu'ilz ont demandé pour solliciter leurs affaires, ilz ont aujourd'huy formé une communaullé de cinq ménages et en nombre de quinze personnes, possédant divers logis, et pesle mcsle avec les bourgeois, et mesme commencent de prendre une liberté d'exercer haultemenl leur façon de vivre et prières, au grand scandai du peuple ; ce qui oblige les remonstrans de recourir à la justice de mondit seigneur pour le supplier très-humblement de vouloir ordonner ausdilz juifs de se retirer promptemenl de ceste ville avec toute leur famille, ne pouvans lesditz remonstrans les souffrir davantage audit Nancy, comme personnes de dangereuse conversation, et que, d'ailleurs, ilz sont du tout inutiles à ladite ville et plus fort capables d'y apporter du désordre qu'autrement, leur plus grand trafficq n'estant que de billonner les bonnes espèces et fournir le mauvais argent dans la ville ; quoy faisant, ce sera justice. »

« Veu la requête cy-dessus, nous ordonnons aux juifs qui sont résidans en ceste ville, d'en sortir dans huicl jours après la signification de la présente, révocquant, à cet effect toutlc permission de résider que nous pourrions avoir donné par cy-devant. Faict à Nancy, le 23 e avril

1655-1656. Ordonnances du maréchal de La Ferlé révoquant les exemptions d'impôts accordées à certains individus, à cause des graudes charges de la ville.

AA. 5 (carton). — 1626-1781.

Cérémonies et fêtes publiques.

1 er mars 1656. « Harangue faicle, au nom des bourgeois et habitans de Nancy, à très-hault, très-puissant et sérénissime prince Charles quatriesme du nom , par la grâce de Dieu, duc de Lorraine, marchis, duc de Calabre, Bar, Gueldres, marquis du Pont-à-.Mousson et de Nomeny, comte de Provence, Yaudémont, Blâmont, Zutphen, etc., au jour de la joyeuse et solennelle entrée en sadietc ville de Nancy, capitale de Lorraine, le premier jour de mars mil six centz vingt-six, prononcée par le sieur George Collignon, seigneur de Silly, Jandelaincourt, les Mesnilz, Pulligny, Ceinlrey, Voinémont en partie, etc. ,' conseiller d'Estat de Son Altesse, premier conseiller du Conseil de la ville de Narçcy, commis et député à cet elTect par les sieurs dudict Conseil ; lequel , après une grande et profonde révérence faicte à Sadicte Altesse, elle reçut de luy la harangue que s'ensuit :

» De toute ancienneté les bourgeois et habitans de ceste ville de Naucy, noz anceslres et devanciers (prince sérénissime et très-redoublé seigneur) ont bien affectueusement et franchement esvertué touttes leurs forces, et de corps et d'entendement, pour faire service à leur souverain, comme ilz esloient tenuz et obligez ; à quoy ilz ont constamment persévéré, non seulement en temps de paix, mais

aussy en temps de guerre; et, de faict, cesle ville de Nancy ayant esté eslroictemcnt assiégée de toulles partz par des eunemis très-puissantz, tant du règne de Simon premier du nom, duc de Lorraine, il y a proche de cinq cenlz ans, que depuis, en Tan 147G, régnant le roy René second du nom, duc de Lorraine, les bourgeois et habilans de Nancy de lors ont, soubs la magnanimité de leurs princes, soustenu ces sièges d'un courage invincible cl fidélité inviolable, non seulement en faisant sur les assiégeans des saillies, deffendant leurs bresches , repoulsans leurs assaullz, se hazardans à tous périlz, espandanlz leur sang et espuisans leurs veines, mais aussy en endurant la faim cruelle et toutes nécessitez extrêmes pour le service el la querelle de leurs princes, et affin que cesle ville de Nancy, pays de leur naissance el demeurance, capital cl boulever de Lorraine, ne fût asservie aux ennemis, qui furent contrainetz de se retirer el fuir avec leurs hontes et ignominie ; en quoy ilz ont acquis une louange telle qu'aucune injure du temps ne pourra jamais envieillir, et dont la mémoire glorieuse vole parmy les nations longtaines, est recommandée par les histoires el reluicl ez privilèges, franchises el immunitez concédés et octroyés par les duez de Lorraine, voz prédécesseurs, ausdiclz bourgeois el habilans, pour guerdon et recognoissance de leurs mérites.

• Nous, les bourgeois et habilans de Nancy de présent, qui sommes de leur sang et leurs descendans et succès-

seurs , désirans imiter leur vertu héroïque , estimons que toute nostre félicité consiste à bien servir noslre prince souverain, l'honorer et révérer ne plus ne moings que l'image en terre de Dieu vivant, attendu qu'il gouverne cl modère les choses à sa volonté, et qu'en luy seul gist l'heur ou malheur, le repos ou le travail, l'aise ou misère de ses subjectz, tenant en ses mains leurs biens, honneurs et vies ; et, comme il a pieu à Dieu, aulheur de la souveraine et héréditaire principauté de Lorraine, d'appeller Vostre Altesse à icelle, nous, les gens du Conseil de ville de Nancy, venons, au nom de toute la bourgeoisie, rendre, de cœur, d'affection et de bouche, à Vostre Altesse, l'entière et prompte obéissance, submission, Gdélitè, service, honneur et révérence que luy debvons perpétuellement comme à noslre vray et légitime prince, chef souverain, absolut seigneur et unique héritier du duché de Lorraine, pour lequel et pour son service nous employerons entièrement noz biens, corps, sang et vies. Outre ce, tout le peuple de la ville de Nancy, applaudissant et tressaillant d'affection, de joye, d'allégresse et de liesse cordiale, merveilleuse et immense, à cause de la joyeuse, solemnclle et tant désirée entrée que Vostre Altesse faict en icelle ù la bon heure pour son duché de Lorraine, accourt et avole à qui mieux mieux en telle multitude que les rues sont trop petites et eslroictes, non seulement pour veoir Vostre Altesse, comme un bel astre, resplaudissant, prospère et

favorable, qui le maintient en repos, seureté et félicité, et mesmement entre les orages et troubles de guerre esmeuz ès pays voisins , qui leur causent un océan de malheurs, mais aussy pour rendre grâces immortelles à Dieu, principe de tout bien, de ce que, pour souverain, il leur a donné Vostre Altesse, excellente en piété, prudence et vertus dignes d'un grand prince , extraict de tant de ducz souverains qui out esté dcffenseurs de l'Église calholicque, apostolicque et romaine, vainqueurs et triomphateurs des InGdelz en la Terre sainctc, comme aussy de très-effroyables ennemis en l'Europe, Iesquelz ilz ont rompus, vaincus, mis en pièces et desconûtz. Bref, Monseigneur, cestuy cy mesme vostre peuple accourt aussy pour faire prières et vœux publicques à la Majesté divine, comme il faict en toute ferveur , dévotion et zèle , d'inspirer Vostre Altesse de son sainct Esprit, le proléger de sa dextre et le corroborer en verluz, force et constance en toutes ses affaires, luy donner continuation de longue vie, en bonne santé, heureuse lignée, prospérité et accroissement d'honneur, le tout à la gloire de Dieu, de son Église et de Vostre Altesse, ensemble à l'affermissement et perpétuité de la trèsancienne , sérénissime et souveraine Maison de Lorraine, et au bien et salut des pays de Vostre Altesse, et particulièrement de sa très-fidelle et très-obéissante ville de Nancy, illustrée de la naissance et séjour ordinaire de Vostre Altesse, à laquelle elle faict très-humble supplica-

lion et prière de l'avoir à jamais en ses bonnes grâces, comme aussy ses privilèges, immunitez, exemptions et franchises, sy justement concédés en foy et marque aulhenticque de sa fidélité et services à jamais mémorables ; à raison desquelles grâces et bénéfices nous serons de tant plus obligés de crier tous à haulle voix, comme nous faisons, unis de cœur et volonté : Vive le duc! vive Son Altesse ! vive nostre souverain seigneur !

» Ceste harangue fut aucunement raccourcie à la prononciation d'icelle, à cause que Son Altesse commencea un peu tard à faire son entrée ; laquelle ayant, de sa bonté, presté audience au sieur Collignon, respondit en ces termes :

« Je m'asseure de voz bonnes volontez ; continuez-les moy, et je vous seray favorable en toutles occasions » .

> Sur ce ledict sieur Collignon dict à Sadicte Altesse : « Monseigneur, nous prions Dieu de tout nostre cœur qu'il continue ses saincles grâces et bénédictions sur Vostre Altesse et luy donne une heureuse lignée, parfaicte santé et longue vie » .

• Le tout ainsy achevé, fust eslevé au-dessus de Sadicte Altesse un poêle de toile d'argent à doubles pantes, avec franges de soye bleue et crespines d'argent, chacunes desquelles pantes , comme aussy le fond d iceluy , estoit enrichy des armes et chiffres de Sadicte Altesse. Ce poêle estoit porté par six conseillers de la ville de Nancy, sça-

voir : le sieur G. Collignon , conseiller d'Eslat de Son Altesse et premier conseiller de la ville de Nancy ; le sieur François Fournier, conseiller d'Eslat de Sadicte Altesse et second conseiller de ladicte ville ; le sieur François Perrin, cinquiesme conseiller de ladicte ville ; le sieur Dominique, Florentin , recepveur de Naucy et sixiesme conseiller de ladicte ville ; le sieur François Caboche, conseiller d'Estat de Sadicte Altesse et sixiesme conseiller de la ville ; le sieur Jean Maimbourg, seigneur de Maxéville en partie et septiesme conseiller de ladicte ville ■.

Au dos de celle pièce se trouve un dessin fait par le sculpteur Siniéon Drouin 1 • pour représenter la statue d'un Hercule ayant une massue eu main et un hydre à ses pieds, pour faire fluer de l'eau au milieu de la place de l'Hostel-de-ville, à Nancy la neuve ».

Je crois devoir compléter le document qui précède, en donnant le procès-verbal officiel de l'entrée de Charles IV, avec la harangue qui lui fui adressée, au nom des États, par M. de Ligniville, prévôt de la collégiale Saint-Georges a .

- En nom de Dieu, amen. Sçachcnt tous que Tan de grâce Nostre Seigoeur mil six centz vingt-six, indiction neuflesme, le premier jour du mois de mars, environ les trois ou quattre heures après midy, l'an troisiesme du pontifical de nostre très-sainct père le pape Urbain huictiesme, en présence de nous Jean Virion et Florentin Blanvarlety, notaires jurés de l'authorité apostolique, demeuranlz à Nancy, sérénissime prince Monseigneur Charles quallriesme, par la grâce de Dieu, duc de Lorraine, etc., environ cent ou six vingt*

1 J'ai donné un fac-similé de ce dessin, à la suite d'une note sur les Drouin, dans les Mémoires de la Société d'Archéologie lorraine, l. VI.

3 Celle pièce est au Trésor des Chartes , lay. Nancy IV, n» 76, en un • cahier couvert de parchemin écrit en vélin ..

pas hors et proche de la porte neufve ditte de Saincl-Nicolas, estant ledit seigneur duc monté sur un cheval d'Espaignc Diane, pompeusement et richement enharnachô, accompagné de quelques princes de sa maison et de son sang, et suivy de plusieurs seigneurs et genlilzhommes ses vassaulx et autres, voulant pour lors et se présentant pour foire son entrée ducolle et solennelle en sa ville de Nancy, métropolitaine de ses pays...; auquel lieu et place tout le clergé de Nancy luy alla au -devant en l'ordre que s'ensuit : Premièrement marchoyent les Héremiles, puis les pères Tiercclins, en après les pères Capucins, puis les pères Minimes, et delà les pères Cordelicrs avec leurs croix précédentes, puis après quelques Jacobins et les paroisses des deux villes de Nancy, chacune avec leur croix, puis la croix de Messieurs les vénérables de l'insigne ccclise collégialte de Sainct-George, précédée du vergier de leurditte ecclise, revestu d'une robe viollelte doublée de camelot rouge, la tocque de velour en teste et la masse d'argent sur son espaule. Après laditle croix, nous notaires jurés soubzcritz,suyvions, chacun revestu d'une robe, d'un surpelis et bonet quarré, cl moy Virion portant mon chaperon de maislre aux arlz sur mes espaules, ayantz tous deux papier et escriptoire en main, pour notlcr exactement louttes les particularités de cette entrée ; puis après suivoit vénérable et discrette personne messire Didier Jullet, chanoine et eschoiaslre de laditte ecclise, marchant en ce rang à cause d'office, comme il l'a dit, précédé de son homme de fer », armé de cuirasse et espée, portant l'amus dudil sieur escholastre sur son bras droict et quelques fois le baslon d'argent, et ledit sieur escholastre botté de bottes blanches avecq espérons dorés soubs une sottane, surpelis et chappe riche, portant quelques fols son baston d'argent. Qui estoit suivy immédiatement des enfans do chœur, puis des vi-

1 Le duc Raoul avait donné à l'écolâtre de Saint-Georges un homme mainmortable du village de La Neuveville-devant-Nancy , lequel était obligé du le servir toute sa vie ; il était remplacé par son fils aîné, et, à défaut d'hoirs mâles dans la famille, le seigneur du lieu devait en fournir un autre : c'était ce qu'on appelait l'homme de fer.

caires, et finalement de Messieurs les chanoynes, revestus des plus riches rhappes de leur ecclise, et desqucli les trois derniers estoient vénérables messire Mansuel Caillou, aulmosnier, ayant au col un grand crespe ronge et blanc, portant en ses mains le benoisiier d'argent avec eau benisle et le gueppillon ; puis messire Guillaume Le Grain, trésorier, revestu comme dessus, ayant à son col un crespe blanc, et portant la riche paix en ses mains. Suyvoit messire Melchior de La Vallée, protonolaire apostolique, chantre, revestu comme dit est et ayant sur ses espaules une riche loillettc incarnadine en broderie d'or et d'argent, portant révéremment en ses mains le libvre d'argent des sainctes Évangiles, sur lequel mondit seigneur le duc debvoit prester le serment; et esloit ledit clergé suivy d'un grand nombre de peuple de toute qualité.

» Et estans arrivés à l'église du Novilialdes révérendz pères Jésuites, qui est proche de ladilte porte neuve de ?aincl-Nicolas, furent assistés des révérendissime et vénérables sieurs primat, doyen, chanoynes et vicaires de l'insigne ecclise collégiatte de Nostre- Dame, ditle Primalialle, de ladilte ville Neufve de Nancy, qui se vindrenl illec trouver avec leurs croix et vergers revestus de roge avec leurs masses, et tous ensemblement sortirent hors de la ville au-devant dudit seigneur duc, lequel estant sorty de sa maison de Sorrupx, monté et accompagné comme dit est, approchant d'environ dix pas ledit clergé, descendit de cheval et vint avec révérence se prosterner à deux genoulx sur un tapis de velour cramoisy appresté pour baiser la croix que portoit ledit sieur primat, habillé ponliflcalement, la mitlre en leste ; à l'adoration de laquelle mesditz sieurs de Sainct-Gcorge, qui l'environnoyent, commencèrent a chanter l'hymme Veni Creator spiritus; et ledit seigneur duc ayant baisé laditle croix et receu l'aspersion de l'eau béniste par ledit sieur aulmosnier de l'ecclise Sainct-Gcorge, remonté à cheval.

• Le clergé rentra en m es me ordre que dit est dedans la ville ; et esloit le seigneur duc précédé immédiatement de hault et puissant seigneur Afîricain deBassompierre, marquis de Removille, etc., grand escuyer de Lorraine, portant l'épée ducale nue ; et, arrivé entre les deux portes de Sainct-Nicolas, se présenta révèrent sei-

gneur Philippe-Emmanuel de Ligniville, grand prévost de Remiremont et de Sainct-Georgo de Nancy, accompagné de plusieurs prélatz, seigneurs et gentilzhommes vassaulx de Sadite Altesse, conduictz par hault et puissant seigneur Paul de Haraucourt, en qualité de bailly de Nancy, pour faire la harangue de la part de ses trois Estalz de ses pays à Son Altesse et recevoir son serment en tel cas accoustumé; lequel serment il a presté, et incontinent après a entré soubs un dez de satin blanc orné de broderie d'or, porté de six basions, qui luy fust présenté par la bourgeoisie dudit Nancy ; et, en cet ordre, suyvanl ledit clergé, il arriva directement et sans se détourner ou arresler ailleurs, à laditle ecclise de Saincl- Gcorge, comme d'ancienneté richement ornée partout de riches tapisseries, et, sur le portai, de peintures, tableaux et plusieurs beaux vers à sa louange , faietz et apposés par lesdilz sieurs de Sainct-George. Le clergé estant entré dans laditle ecclise, excepté ledit sieur escholaslre, lequel, au portai d'icelle, assisté de nous notaires apostoliques, attendit ledit seigneur duc, qui, estant arrivé, mit aussy tost la main à la bride du cheval d'Espaigne sur lequel il esloit monté, et aussy tost que ledit seigneur duc fust descendu, il monta dessus avecq ses ornementz, chappe et baston d'argent, et l'emmena en sa maison comme acquis à laditle ecclise, ledit seigneur duc et loutte sa noblesse le voyant, et en présence du peuple qui remplissoit les rues ; à l'entrée de laquelle, ecclise révérendissime seigneur Philippe-Emmanuel de Ligniville, prévost de laditte ecclise, assisté de ses confrères, lui donna de l'eau béniste, puis le conduisit devant le grand autel, où il s'agenouilla sur un oratoire couvert d'un grand drap d'or, pour faire ses prières devant le saincl Sacrement, qui estoil sur ledit autel moult richement aorné et chargé de plusieurs saincles reliques ; au milieu duquel ledit sieur chantre avoit ouvert le sainct canon de la messe avec le libvre d'argent des saincles Évangiles, qu'il portoit, sur lequel, ainsy ouvert, il posa le sainct Sacrement, qu'il tira de son tabernacle, puis mondit sieur le prévost, qui estoil en une chaise à costé droict dudit grand autel, attendant que mondit seigneur le duc aye faille son oraison, se leva, et adressant ses parolles à Son Altesse, luy

dit telles ou semblables parolles : • Monseigneur, la dévotion sin-

• gulière que Messeigneurs voz prédécesseurs , noz souverains » princes et seigneurs, ont porté a l'ecclise de céans, de laquelle ilz

• sont fondateurs, les a incité d'ordonner qu'eulx et leurs succès- » seurs ducz de Lorraine, faisant! leur entrée en leur ville de

• Nancy, capitale de leur duché de Lorraine, seroyent tenus de » venir descendre directement en cette ecclise, et y faire serment » solemnel, sur le précieux corps de nostre seigneur Jésus-Christ,

• contenu au sainct sacrement de l'autel , sur le sainct canon de la

• messe et par le sainct Évangile, sur les reliques sainct George et

• sur leur part et portion de paradis, qu'ilz tiendront et garderont

• bonnement et loyalemenl, toute leur vie, et feront garder et tenir » par leurs enfans, successeurs, et leurs officiers présent! et à ve-

• nir, les droilz, franchises, libertés, privilèges, exemptions et im-

• munités de celte ecclise de Saincl-George et autres biens en

• deppendans, ensemble toutes les personnes d'icclle, présentes et » à venir ; ce qui a donné tesmoingnage perpétuel de leur foy et de

• l'humble obéissance qu'ilz ont porté à nostre mère saincle Église ;

• dont nostre Dieu les a faict prospérer en estime et réputation de

• princes très-chrestiens • ; demandant et interrogeant ledit sieur prévost : • Monseigneur, est-ce le plaisir de Voslre Altesse Séré-

• nissime de faire et prester le mesme serment? • Sur quoy Sadite Altesse respondil que Irès-volunliers ; dont ledit sieur prévost le pria de vouloir s'approcher de l'autel ; ce qu'il fist promptement, et, se prosternant à deux genoulx tout au milieu dudit grand autel, la teste descouverte, il baisa révéremment sa main et la mil sur le ciboire, dans lequel estoit le sainct Sacrement à descouvert, posé sur le sainct Évangile et canon de la messe, comme dit est. Et ledit sieur prévost estant tout debout auprès de sa personne, ayant la main sur ledit sainct Sacrement, proféra haultement et intelligiblement les parolles que s'ensuivent : - Monseigneur, vous jurés et

• failles solemnel serment, sur le précieux corps de nostre sei-

• gneur Jésus-Christ, contenu soub les espèces sacrées, comme

• vous voyés, en ce vaisseau que vous touchés, sur le sainct canon

• de la messe et sur les sainctes Évangiles qui sont sur cest autel,

. sur les reliques de sainct George, sur la part et portion que vous > prétendés en paradis , que vous tiendrés et garderés bonnement

• et loyalmenl, toutte vostrc vie , et ferés garder par voz enfans et

• par voz ofllcicrs, présenlz et à venir, les droiclz, franchises, li- » bertés, privilèges, exemptions et immunités de cette insigne ec-

• dise de Sainci-George et touitesles personnes d'icelle, présentes . et à venir, et leurs biens en deppendantz A quoy ledit seigneur duc a respondu : • Très-volunliers ainsy je le jure baisant sa main, qu'il relira de dessus le sainct Sacrement; lequel estant remis dans le tabernacle, Sadittc Altesse se relira avec révérence et s'assit dans une chaise de drap d'or mise au coslé droit du grand autel, où ledit sieur prévost luy porta à baiser ledit sainct Évangile.

• Après ce, honoré seigneur Claude Daillivy, maistre aux requestes de l'hostcl de Saditle Altesse, adressant la parolle audit sieur prévost, luy fist une petite harangue par laquelle il le convioit de reprendre du temporel de leurdilte ecchse de Sadilte Altesse ; ce qu'incontinent il flst et luy presla le serment de fidélité, lant en son nom que des sieurs ses confrères, et reprint, autant qu'il debvoit, du temporel de ladille ecclisc, promettant le bien administrer, n'en rien alliéner, mais récupérer l'alliéné, luy faisant une profonde révérence, l'embrassant et luy donnant le baiser de paix en la joue. Ce qu'ayant faict, il luy (au duc) flst une harangue, puis le convia de venir prendre possession du premier canonicat et du siège du premier et primitif chanoync de laditte ecclise, assçavoir à l'entrée du chœur, à costé gauche, proche et au-dessus du sieur cscholastre ; laquelle place estoit richement ornée d'un dés de drap d'or frizé et d'un grand drap de pied, aussy de drap d'or, couvrant! les trois premiers sièges et pendantz de tous costés, avec les careaux et coussins de mesme ; où fust Sadilte Altesse conduilte par ledit sieur prévost, qui, le priant de s'y asseoir, luy dit : . Prenés, Monseigneur, possession du siège dheu et appartenant

• à Vostre Altesse Sérénissimc comme premier et primitif cha-

• noync et fondateur de celte ecclise, et pour participer à tous les

• suffrages qui s'y font et recepvoir les distributions toutles les » fois qu'il plaira à Vostre Altesse d'y assister • ; et, en mesme

temps, luy donna une pièce d'or armoyée des armes et chiffre de Sadltte Altesse, avec le jour, le mois et an de saditte entrée, et faicte exprès à cest effect, et ce pour sa première distribution. Ce qu'ayant faict, il commença et entonna le Te Deum laudamus, qui fust chanté solemnellement, à deux orgues et deux chœurs de musique ; pendant lequel lesditz sieurs prévost et chantre montèrent en leurs sièges , comme aussy firent les sieurs cscholastre, trésorier, aulmosnier et leurs confrères ; et, le Te Deum achevé, et l'action de grâce faicte par ledit sieur prévost , Saditte Altesse s'en alla, avec toutte la noblesse, trouva Madame, qui Pattendoiten l'oratoire de ladilte ecclisc, et qui avoit veu et assisté à touttes les solemnllés passées ; delà se retira en son chasteau, et ehascun se départit.

• Sur touttes lesquelles choses et chascunc d'icelles lesditz sieurs prévost et chanoynes et chapitre nous ont demandé Tact présent pour leur servir ce que de raison. Que furent faicles et passées les an, jour, mois, indiction et pontificat que dessus, présenlz et assistans partout sérénisslme et réverendissime prince Monseigneur Nicolas-François de Lorraine, évesque et comte de Toul, prince du Salnct-Empire, frère germain de Saditte Altesse ; Henry de Lorraine, marquis de Mouy ; Charles de Lorraine, abbé de Gorze ; ÉVard du Chastellet, maréchal de Lorraine ; Simon de Poully, baron d'Esne, maréchal de Barrois ; Charles-Émanuel comte de Tornielle, marquis de Gerbéviller, grand maistre en l'hostel de Son Altesse, chef de ses finances ; Charles de Tornielle , comte de Brionne, grand chambelan de Lorraine, lequel, en cette qualité, tenoit sa main du costé gauche appuyée sur la chaise de Son Altesse, et ledit sieur comte de Tornielle, son père, en qualité de grand maistre, du costé droit sur la mesme chaise ; ... et plusieurs aultres seigneurs et gentilzhommes vassaulx de Saditte Altesse....

• Harangue du sieur de Ligniville, grand prévost de Rcmiremont et de Sainct-George de Nancy, faicte à l'Altesse Sérénissime de Charles quatlriesme. duc de Lorraine, marchis, de la part des Estatz de son duché de Lorraine, au jour de son entrée solemnelle en sa ville capitale de Nancy :

• Prince srbénissime, si un autre qu'un grand roy et le plus sage de tous ceulx qui ont portés sceptre et couronne, nous disoit qu'il n'y a rien qui marche ensemble d'un pas plus esgal et mesuré et d'un accord plus admirable, qu'un lion, un mouton, un cocq bien retroussé et un roy, on se riroit de ce discours, comme d'un resveur, de ravaller l'auctorilé souveraine, qui ne relève que du Ciel, et la rabaisser jusques en terre pour luy faire tenir son rang avec des animaulx ; mais ce sage prince imiloit les peuples ses voisins en leurs figures et caraclbères mystérieux, contenante plusieurs beaux secretz, pour représenter aux roys de la terre les qualitezet vertus desquelles ilz doibvent estre plus richement revestus , que de la pourpre et du manteau royal.

• Le lion est le symbole du courage invincible du prince souverain qui sçait (commandant à ses propres passions) régler et assubjectir celles de ses subjeetz à la raison, repoussant les efforts et desseings injurieux des ennemis de Dieu, de l'Église et de l'Eslat, pardonnant volontier à ceux qui s'humilient soub son bras armé ; pour marque de laquelle vertu , je crois que plusieurs de Messelgneurs ses sérénissimes prédécesseurs ont portez sur leurs afmes un bras armé issanl d'une nue, avec ceste belle devise : Fecit potentiam in brachio suo.

• Le mouton est marque du sacrifice de la piété et religion, qui est l'héritage le plus précieux et glorieux, et le thrésor le plus riche que Godefroy de Bouillon ayt laissé à sa postérité et à Vostre Altesse, pour la conservation duquel ilz ont exposés mille et mille fois leur vie et leurs Estatz, à l'imitation de ce grand prince Cambyses à son fils Cyrus : Hune unutn tibi t fie saur um preciosum super régna mundi a pâtre tibi donalum lego, esto Dei amicus et in eum pi us.

• Le cocq est la sentinelle ridelle du Soleil, qui est l'image du prince qui veille pour nous et nous excitte à laisser la paresse du sommeil pour nous rendre à nos debvoirs journaliers ; et c'est ceste belle qualité seulle du soing que le prince a de ses subjeetz, laquelle, au rapport de sainct Paul, oblige le reste des mortels à se rendre hommes lièges et vassaulx du prince souverain : Obedite

prœpositis vestris, et subjacele eis, ipsi enim pervigilant pro vobis.

• Ce sont les trois pièces les plus riches que j'ay peu choisir pour présenter à Vostre Altesse Sérénissime, pour tesmoignage de la resjouyssance que nous ressentons de son heureux advènement à la couronne et entrée solemnelle en sa ville capitale du duché de Lorraine, qui seront d'aullant plus agréables à Vostre Altesse, qu'elles sont façonnées de la main d'un grand ouvrier et d'un grand roy et présentées à Vostre Altesse Sérénissime de la part de ses très-dévotz, très-humbles et Irès-obéissaniz orateurs, vassaulx, subjeclz et serviteurs de son duché de Lorraine.

. Messieurs les ecclésiastiques luy offrent le mouton de leurs vœux, prières et sacrifices, qu'ilz continueront d'offrir au Tout- Puissant pour la prospérité et grandeur de Vostre Altesse, et qu'elle soit bien heuréc d'une belle lignée, pour perpétuer son nom et son règne, et en terre et au ciel.

. Messieurs de l'ancienne Chevalerie de Lorraine et autres gentilzhommes, le lion, de ce masle courage de leurs prédécesseurs, qui ont, par leurs espées et au pris de leur sang, méritez de la bienveillance de messelgneurs ses sérénissimes prédécesseurs les droietz ot les honneurs desquelz présentement ilz jouissent, et qu'avec les mesmes debvoirs ilz se promettent de la bonté et générosité de Vostre Altesse.

• Les sieurs du tiers estât portent le hyérogliflque de l'abondance des fruiclz de la terre, pour contribuer, avec leurs très-humbles services, le labeur de leurs mains, au bien des affaires de Vostre Altesse et de ses provinces, dans le repos de la paix qu'elle leurs a conservé et procuré.

. Nous supplions donc tous Vostre Altesse d'accepter ces présens pour s'en servir de base et d'embellissement au throsne royal duquel elle prend aujourd'hui possession, comme vray et légitime héritier de la sérénissime Maison de Lorraine ; et pour tesmoignage qu'elle les a agréables, qu'elle nous Tasse l'honneur de prester le serment qu'en semblables occasions messelgneurs ses sérénissimes prédécesseurs ont faietz à leurs Estatz.

• Forme du serment que l'Altesse Sérénissime de Charles 4« a faict au sieur de Ligniville, député de Messieurs des Estalz de Lorraine pour le recepvoir à l'entrée ducale de Saditte Altesse : Trèsredoubté et souverain seigneur, Voslre Altesse Sérénissime jure et promet loyalement, solemnellemenl et en paroile de prince, qu'elle gardera, maintiendra et entretiendra les trois Estalz de cestuy vostre duché de Lorraine, assçavoir les gens d'Église, l'ancienne Chevalerie, la noblesse et le commun peuple, en leurs droiclz, anciennes libertés, franchises et usages qu'ilz ont eus de messeigneurs vos prédécesseurs, et de ce en donnerez vos lettres patentes, ainsi que messeigneurs vos prédécesseurs ont faiclz, quant requis en serez. Lequel seigneur duc a dict et respondu de son plain vouloir qu'ouy, et qu'il tesmoigneroit ses affections à ses nobles Estalz....

. De quoi fut dressé procès- verbal, présenlz à ce révérendissime et révérends prélatz messires Anthoine de Lenoncourt, primat en Lorraine ; Chrislopfle de Mitry, abbé de Bonfaiy ; Henry-Frideric de Bildslin, doyen de l'église cotlégiatte de Rosoy en Thiérache ; Jean Martin, abbé de Clairlicu ; Claude Géneval, abbé de N'oslre- Dame de Freyslroff ; Mclchior de La Vallée, chantre de l'insigne église de Sainct -George de Nancy; le prévost des chanoines de Saincte-Croix du Pont-à-Mousson, et haultz, puissanlz cl honorez seigneurs Charles-Emmanuel comte de Tornielle, grand maistre en l'hostel de S. A. et chef de ses finances ; Gaspard de Ligniville, comte de Tumejus, premier gentilhomme de la chambre de Monseigneur le duc François ; Jean de Beauvau , sénéchal de Barrois, conseiller d'Esial de S. A. et assistant Monsieur le maréchal de Barrois pour je duché de Bar ; René de Stainvïlle, gouverneur de Marsal ; François d'Igny, comte de Fontenoy ; Ferry de Haraucourt, baron de Chamblay ; Chrislopfle de Serocourt, gouverneur de Hombourg et Saincl-Avod ; Abraham du Haultoy, seigneur de Rissecourt; Ferry de Ligniville, comte de Tantonville, maislre-decamp d'un régiment pour le service de S. A. ; M. de Thomassin, seigneur de Villeparoy, conseiller et maistre d'hostel de S. A. ; Jonatas du Haultoy, seigneur de Vadoncourt ; Claude de Fellignys, seigneur de Monlanbaien, escuyer de Monseigneur le duc François,

et plusieurs aultres personnes, tant d'églises, gentilhomme* et nobles que bourgeois et commun peuple ».

Harangue, en lalin, faite par le sieur Royer, premier conseiller de ville, et au nom dicclle, au R. P. général de l'ordre des Capucins, arrivé à Nancy en 1G48. — Description (imprimée) du feu d'artifice du R. P. Élecle, capucin, lequel fut tiré au mariage de Son Altesse Sérénissime (le duc Léopold) avec Madame Elisabeth d'Orléans, le 10 novembre 1698.

Érection de la statue de Louis XV sur la place Royale, le 26 novembre 1755. — Prière faite par le Roi de Pologue pour le Roi de France le jour qu'on posera sa statue. — Relation de la dédicace de la statue pédestre de Sa Majesté Très-Chrétienne, érigée par Sa Majesté le Roi de Pologne, etc. — Discours prononcé en présence de Sa Majesté Polonoise,... le... jour de la dédicace,.... par le comte de Tressan. — Compliments au Roi par M. le comte du Rouvrois, premier président de la Cour souveraine; par M. Datlel, second président, et par M. le comte de Bressey, en sa qualité de directeur de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Nancy. — Ode présentée au Roi de Pologne, le jour de la dédicace. — Épitre au Roi de Pologne. — Réflexions de l'auteur du revers de la médaille frappée à l'honneur de Stanislas et de Louis XV.

Toutes ces pièces sont imprimées.

Relation de la dépulation 1 envoyée à Paris pour présenter au roi, à la reine, à la famille royale et à d'autres grands personnages, des exemplaires de la médaille gravée par M mc Vaultrin (fille du célèbre Saint-Urbain), à l'occasion de l'érection de la statue. Discours adressés par M. Thibault, lieutenant général de police, au roi, à la reine, au dauphin, à la dauphine, à Mesdames de France, au duc de Bourgogne (âgé de quatre ans et trois mois), au duc de Berry et au comte de Provence, « dont les yeux s'ouvraient à peine à la clarté du jour ».

Des médailles furent également offertes à l'archevêque de Besançon, primat de Lorraine, et à l'infante d'Espagne, qui remercia les magistrats municipaux en ces termes :

« Messieurs, l'infant et moi avons reçu les médailles que vous uous avez présentées ; tout ce qui tend à célébrer et à éterniser l'éclat du nom et du règne du Roi, mon seigneur et père, m'est prétieux ; je reconnois ce caractère dans un monument élevé par l'ordre du Roi de Pologne,

* Les députés occupaient, à Paris, dit la Relation, l'hôtel de Bretagne, me Croix-des-Petits-Champs ; ils y tinrent maison, pendant le mois de leur séjour, pour y faire honneur au* trois ordres de la ville capitale de la Lorraine, et même à la province qu'ils représentaient.

L'année précédente, la ville de Paris avait envoyé à celle de Nancy deux médailles, l'une en argent, l'autre en bronze, portant d'un côté l'effigie de Louis XV et de l'autre une inscription rappelant l'érection de la statue équestre de ce prince sur uue place nouvelle daus la capitale, en 1734.

Trois ans après, Louis XV fit présent à la ville de Nancy de son portrait peint par Jean- Baptiste Vanloo, qui se voit au Musée sous le n* ilO.

mon bien aimé ayeul, et qui me le rend doublement cher, et doit vous répondre de la satisfaction avec laquelle j'ai agréé ce témoignage de vôtre attention.

• A Parme, ce 27 mars 1756.

> Louise Elizabeth. ■

Il ne 8'était pas écoulé plus de 37 ans depuis l'inauguration solennelle de la statue de Louis XV, et des réjouissances faites à cette occasion, que déjà l'on s'occupait à la faire disparaître. Les Archives de la ville contiennent, à ce sujet, divers documents que j'ai cru devoir mentionner, parce qu'ils se rattachent intimement à ceux qui précèdent et forment avec eux un curieux contraste.

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