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ENTRÉE ET AUDIE>XE DE M. AMELOT

pour venir à sa rencontre. Le chevalier lui fit un compliment en italien, et après que l'Ambassadeur y eut respondu en François et qu'ils eurent satisfait l'un et l'autre par des paroles plus familières au devoir de riionnesteté, le chevalier donna la droite à l'Ambassadeur et le conduisit dans sa barque, où, la gauche estant la place d'honneur, TAmbassadeur se mit de ce côté, et chaque Sénateur fit la mesnie chose à l'égard de tous ceux (pii composoient le cortège. Comme le temps cstoit alors fort beau, la mer estoit couverte non-seulement des gondoles de l'Ambassadeur, des gentilshommes du cortège et de celles des nobles, mais encore d'une infinité d'autres personnes que la curiosité avoit attiré, parmy lesquels estoient les Ambassadeurs de l'Empereur et d'Espagne. L'on vint dans cet ordre jusqu'au palais de l'Ambassadeur, où le cortège, sur la fin de la marche, s'empressoit d'arriver pour y recevoir l'Ambassadeur qui ne descend de gondole que le dernier. Les Sénateurs et tous ceux du cortège estoient langez en haye dans le portique d en bas. L'Ambassadeur et le chevalier ayant mis pied à terre passeient au travers et montèrent jusque dans la chambre d'audiance au bruit des trompettes, des fifres et des tambours. Le chevalier fit alors un compliment à l'Ambassadeur sur son heureuse arrivée, auquel après avoir répondu il le reconduisit en luy donnant la main, parce que c'est alors une action domestique, et l'accompagna jusques au troisième degré de la rive. Lorsque la gondole du chevalier commença à se remuer pour [)artii', l'Ambassadeur se retira sur le pas de sa porte, où il demeura à recevoir les révérences de tous les Sénateurs et à leur en rendre jusques au dernier. Aussitôt après les portes furent ouvertes à tout le monde. Le concours des nobles et des gentilshommes en masque et à découvert y fut fort grand, ceste occasion estant la seule où l'entrée de la maison des Ambassadeurs n'est pas un crime capital pour les nobles. La grande porte cl l'escallier estoient gardez par un capitaine et douze soldats esclavons, les chambres estoient fort esclairées et fort ornées; douze violons se faisoieut entendre dans le portique d'en haut, des concertos dans les chambres particulières, et l«;s lronq)ettes et les fifres aux fencstres du second estage, les confitures saiches, les eaues glacées de toutes

sortes et des vins do liqueur estoient servies avec abondance par les payes et les officiers de la maison jusqu'à onze heures du soir que dura Taffluance du monde. On donnoit en Ijas du vin à boire à tout le peuple. Ce premier jour l'Ambassadeur estoit en juste au corps brodé d'or, parce qu'il est censé n'arriver qu'alors de son voyance.

)) Le lendemain il- se mit en habit de cérémonie avec la robbe du conseil de satin noir, le chapeau à cordon d'or et les gants à franges de mesme. Sur les huit heures du matin, le mesme chevalier Cornaro et les soixante Sénateurs, après avoir envoyé un secrétaire de Chancelerie comme la veille scavoir si l'Ambassadeur estoit prest, se rendirent à sa maison : tous ceux qui luy avoient fait cortège la veille s'y trouvèrent aussy bien que les gentilshommes de l'Ambassadeur, ceux du Nonce et ceux du Patriarclie, qui envoya seulement alors suivant l'usage qui luy est parliculier en cela, luy faire compliment sur son arrivée. L'Ambassadeur, après avoir envoyé tous ceux de sa maison à la rive pour recevoir le chevalier et les Sénateurs, alla luv mesine les recevoir au milieu de l'escallier, se faisant porter sa robbe par deux pages, et donnant la main au chevalier il le conduisit dans la chambre d'audiance, et l'on se mit ensuite en marche comme la veille pour se rendre au palais de S' ^larc. L'Aml)assadeur reprenant alors la main droite en marchant, et la gauche dans la gondole, aussv bien que ceux du cortège à l'égard des Sénateurs, on alla descendre à la petite place S' iMarc, où les Sénateurs et le cortège s'estoient rangez en bave; après quoy, au travers d'un monde infini , par la grande cour du palais et par le grand escallier, on monta au Collège, qui est rassemblée où l'on reçoit les ministres estrangers, là où réside la majesté du Prince. Les portes en estoient toutes ouvertes, et la salle estoit remplie de la plus grande partie des nobles et mesme des gentilshommes, ce qui se fait seulement celte première fois. Dès que l'Ambassadeur parut quelques pas, mesme hors de la porte, le Doge el tous ceux (jui composent le Collège se levèrent et se découvrirent tous, à la réserve du Doge, qui se lève et ne se découvre jamais. Alors l'Ambassadeur avant fait quitter sa robbe aux deux pages (jui la lui poitoient, s'avança dans la salle du Col-

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