‹ Les archives de VeniseChapitre 114 sur 176 · ENTREE ET AUDIENCE DE M. AMELOT. V · texte numérisé non relu

ENTREE ET AUDIENCE DE M. AMELOT. V

lé{je et fit trois révérences triplées, c'est-à-dire au Poge, à ceux qui sont à sa droi(e et à sa gauche. La première fut en entrant, la seconde au milieu de la salle, et la troisième après avoir monté les degrez du trosne, on pour mieux dire de l'estrade eslevéede cinq ou six marches où est la séance. Il alla ensuite asseoir à la droite du Doye et se couvrit sans attendre d'y estre invité : il présenta au Doge sa lettre de créance, lequel la donna aussitôt à un Sccrélaire du Collège qui la lent à hante voix de françois en italien, ensuite de qnoy l'Ambassadeuiprononça son discours, que le mesme secrétaire répéta en italien. Le Doj";e y répondit par des remerciements en termes fort généreux, pleins de respect [)our Sa Majesté et d'honnesteté pour l'Ambassadeur. Lorsqu'il eut achevé, l'Ambassadeur se leva et sortit après avoir fait les mesmes révérences qu'en entrant; il fut reconduit par le chevalier et les Sénateurs comme la veille jusques dans sa chambre d'andiance, et les reconduisit aussy de la mesme manière au bruit de toutes sortes d'instruments. In quart d'heure après que ces messieurs se furent retirés, un maistre d'hostel du Doge vint présenter à l'Ambassadeur le présent ordinaire.de la République, composé de quatorze bassins de confitures et d'une douzaine et demye de bouteilles de vin. Cet officier fut régalé par l'Ambassadeur d'une montre d'or de dix louis. L'Ambassadeur donna ce jour-là à disner à tous les gentilshommes et autres qui lui avoient fait •cortège jusqu'au nombre de cincjuaute. L'après-disner les portes furent ouvertes à tout le monde, et l'on trouva dans les •chambres les mesmes musiques et les mesmes raffraichissemcns que la veille. Le soir du mesme lour, lui secrétaire vini prier l'Ambassadeur de la part du Coiiéj'e d'v aller le lendemain recevoir la lespouse du Scual, car c'est dans le Sénat que tous les offices des Ambassadeurs sont leus et examinez pour leur donner ensuite les respoiisc's qui v sont arrestées, celles que le Doge fait sur-l(>-rh,iiii|) nélaut jamais que des hounestetez générales qu'on peut dire estre comptées pour rien. L'Ambassadeur s'v rendit doue le lendemain 25, dans sa goudole, suivyde l;i plupart des gentilshommes qui luy avoient fait cortège les dciw jours précédents; il trouva les portes du Collège fermées selon lacoustume, et un lieu dans l'antichambre

{farny d'un tapis pour se reposer. Cet usagée a esté introduit parce que l'escallier estant fort haut, on a quelquefois besoin de prendre haleine avant ijue d'entrer dans le Colléfje où l'on a ordinairement à parler. Dès que l'Ambassadeur (ut arrivé, il fit dire par l'huissier qu'il estoit là, et aussitôt les portes luy furent ouvertes; il entra seul , fit ses révérences et alla prendre sa place comme la veille, avant aussv esté receu de la mesme manière. Le Doge luy dit que le Sénat faisoit à son discours la réponse qu'il alloit entendre; le Secrétaire en fit en mesme temps la lecture. L'Ambassadeur prit ensuite la parole et fit au Collège un compliment de trois ou quatre périodes auxquelles le Doge respondit en des termes pleins d'estime pour son caractère et pour sa personne. L'Ambassadeui- sortit ensuite après avoir fait ses trois révérences, mais par une autre porte à main gauche. Il fut suivy par le secrétaire du Collège qui le mena dans la chapelle du palais, qui est tout proche, et là il dicta au Secrétaire d'ambassade cette response du Sénat qu'il venoit de lire à l'Ambassadeur, leur usage estant de ne jamais rien donner par écrit. En ce mesme lieu, il donna aussv la lettre du Sénat en response à celle de créance que l'Ambassadeur avoit présenté dans sa première audience, et le reconduisit seulement jusques à la porte d'une grande salle attenant d'un côté au Collège et de l'autre à la chapelle; après <|uov l'Ambassadeur se remit en marche avec son cortège, et au lieu d'aller remonter dans ses barques à la place de S' Marc, il passa à pied au travers de la Mercerie, suivant la coutume, pour aller remonter en gondole au bas du pont de Realte. >»

M. de Froulluv, en 1738, fit une entrée fort belle: sa prenmière et sa seconde gondole étaient appareillées de velours lamé d'or, et sa troisième de drap d'argenl hiodé de flems lonjjcs ; le bois était doré, cliar.'jé de sculptures embh'niatiques, et la livrée de Son Excellence ne com|)tait pas moins de cinquante individus'.

' " I/.i jiiiiiia et la secoiifln j;nii(lol.i saranno il ciolo fnniito di dctla ri)lilia (i'oi'ii, ma iiiellaiio (uni in un pcv./o scnzn lafjiiarla, li ciissini.

DU CERÉMOJNIAL A VEÎSISE. 485

L'entrée do M. de Charmont, fuite le 29 avril 1703, lut plus magnifique encore, et elle a été décrite dans les plus grands détails'. L'Abbé de Pomponne, (jui lui avait succédé et qui fut le dernier ambassadeur du roi Louis XIV auprès des Vénitiens, régla du reste, en un mémoire très -développé, le cérémonial de France à Venise, et cette note a depuis servi d'instruction sur cet article à tous ceux qui vinrent après lui.

« Sa Majesté (écrit le [Ministre des Affaires étrangères à l'abbé de Bernis) a fait joindre à cette instruction le même journal qui a élé remis au prédécesseur de cet Ambassadeur (M. de Gliavi(jiiy), et qui contient dans un grand détail tout

strama/.ctto c banoliette, medesiina lohha. La terza gnndola foniiia di ilrappo (l'ar{;ent(j t-on fiori natiii-ali rossi ; paj^gl h; staftieri 10; lacliè 8. — Barcaroli nella peota 12. — JNellc 3 gondole doro -t. Nella negrona 4. ?Jella seconda nera 4. — iSella Sereiia 4. fGosi la chiamaiio essendo una spczio di mezza bissona.) L'intaglio, una xerena tutto indorata da novo. » ]\ole relative à Ventrée que doit faire M. de FrouUay, 1738, 25 févriei-.

' Voici une noie nianLisirite que ncuis avons rencontrée sur cet Ambassadeur à l'occasion de scjn entre'e :

u Je A'ous envoyé la Uclation .que ^■ou.s souhaitez, et vous dirai que je vous la lerai autant instructive qu'il nie sera possible. Vous scaurez «lonc que S(m Excellence Monseignein- Josepli Itenncquin de Cliarinont. Ambassadeur d(! Sa Majesté Très-Clirétienne auprès de la Séré- «issime llépublicpio de Venise, est un liomme très-bien fait, d'une taille un peu an-dessus de la nmvenne, cl d'une famille très-ancienne de robbc, originaire de Flandrc's, laquelle vint s'établir en Cliampagne il y a environ deux cents ans, et eut I honneur de servir plusieurs Rois prédécesseurs de S. M. Ce seigneur, à l'âge de trente-deux ans, ayant exercé la charge de procuicur général, le Roy le jugea capable d'estre secrétaire du Cabinet <le S. M., puis, connoissant la sublimité (.v/c) et la pénétration de son es|irit, le numuia son ambassadeur à Venise en 1702. Il détermina donc le 29'" jour du mois d'avril 1703 pour faire sa magnifique entrée dans cette belle ville. "

Suit, dans ce; si vie |)om|ieux, la desciiplion des «piatre gondoles de l'Ambassadeur.

le cérémonial observé à Venise pendant l'ambassade du sieur abbé de Pomponne. Ce journal servira de rè{,'le au sieur abbé (le lîernis pour tout ce qui a rapport à la République, en observant neantmoins qu'il ne doit point rendre de visite aux cardinaux à moins qu'ils ne consentent à luy donner la main chez eux... Quant aux Ambassadeurs étrangers qui résident ordinairement à Venise, le sieur abbé comte de Bernis sçait que le jjremier venu doit estre le premier visité après qu'il a fait notifier son arrivée dans la forme et suivant l'usage ordinaires '... »

Pendant son séjour, il était d'autres cérémonies qui obligeaient l'Ambassadeur à paraître, telles que celles dites en chapelle et celles dites des banquets.

Le Doge donne à dîner à messieurs les Ambassadeurs quatre Fois dans l'année avec plusieurs nobles ou sénateurs; les jours destinés pour cela sont le lendemain de Noël, jour de saint Ktienne, où l'on a accoutumé de commencer le cainaval; le jour de l'Ascension, au retour de la cérémonie qui se fait avec le Bncentaure; le jour de saint Marc et le jour de san Vito. Le Doge, dans les cérémonies, suit immédiatement après les étendarts et les trompettes, et marche au milieu du Nonce du Pape et de l'Ambassadeur de Fiance. S'il y avoit à Venise d'autres Ambassadeurs, ils marclieroient tous de front, suivant leur rang, à côté du Nonce et de l'Ambassadeur de trauce. Depuis que la République, à l'exemple de la Gourde Home, décida la préséance de la France au-dessus de l'Espagne (qui fut lorsque messire François de IN'oailles, évesque de Dac(|s, estoit ambassadeur de lleiul II auprès de la République;, l'Ambassadeur d'Fspagne ne s'esl plus trouvé aux fonctions publiques; cela est cause qu'il est moins connu et moins aimé à Venise que celuy de France, que le peuple nomme comuumément l'Ambassadeur, comme s'il n'yenavoil poiiil d'autre -.

' Mémoire pour servir d Iiislructioii cm S>' abhc comte de Bernis. - Lu Ville et lu Re'pultligue Je Venise, « De la poniiie avec laquelle le D<)j;e marclic aii\ céréiiiunies solennelles, » paye 192.

CEREMONIxVL DE LA PUISE DE CO.NGE. 487

Lorsque l'Ambassadeur prenait congé, il accomplissait cet oFfice encore avec cérémonie, et faisait ses adieux dans la forme la plus solennelle. Tout ce que l'éloge peut fournir d'expressions magnifiques était naturellement mis en réquisition pour ces occasions. Et souvent même tel ambassadeur (pii, comme Amelot de Gournay ', n'avait eu que des rapports personnels fort désagréables avec la Seigneurie, par suite de ses prétentions les plus exorbitantes, se trouvait dans ce cas singulier de devoir lui marquer le plus éloquemment possible et son profond respect et son admiration grande, en allant lui annoncer son départ. Son prédécesseui", le sieur de Yarengeville, avait été plus heureux, s'il en faut croire le ton de ses adieux, dont noiTS reproduisons, à titre de spécimen, les premières paroles :

« Serenissimf. Prince et très-excellexs Seigneurs. La lettre du Roy mon inaitie, dont Yostre Sérénité et Vos Excellences \ien lient d'entendre la lecture, leur a fait counoître que c'est pour la dernière (ois (|ue j'ay l'honneur de paroître dans cette au(;ii.sie assemblée, et c'est ce qui fait qu'elles ne voient pas anjourd'huv sur mon visa{;e cette joye que j'av toujours eiie d'y paroUre. La \eneialion que j'ay [)Our Vostre Sérénité el pour Vos Lxci.i.i.i.ncks, les inanpies qn'Elles

' Toutes les difticultés personnelles auxquelles nous faisons ici nliiisiiiii tenaient à toutes sortes de contrariétés |)rocurces par des agents subalternes aux gens de rainl»:issadeur, soit au sujet de ses franchises pour les vivres, soit an sujet de ([uerelles advenues entre ses gondoliers et les sliires. Atnelot avait cru devoir échanger des notes si aigres avec la Seigneurie sur ces sortes d'aflaires, que sa position n'était eu effet plus tcnahle. Il fut nonnné auiliassadeur en Portugal. Voyez la Corrcfpoiitlaiice (le Louis XIV avec h- iiiarriuix Anielut , son utnbassudcw en Portuf/al (1085-1688), |)ulili(''c el annotée pai- le ii.xnux de GiiiAitooT (Nantes, 1803).

m'ont si souvent doniK'es de leur affection, la part que je prends à leur [jloire, el l'admiration où je suis de leur sa{je et heureux gouvernement, m'avoient rendu ces lieux presque aussi chers que ma patrie, et la seule ])eine que je pou vois avoir auprès de cette République estoit la nécessité que je prevoiois de m'en esloi(fner un jour. I.orsque le Roy m'eut honoré de cet employ, après la gloire qu'il y a de le servir, rien ne me toucha davantage que l'idée que je me fis de ce climat que la douceur du ciel et celle de ses habitants rendent si tempéré et si agréable; de cette ville que l'art et la nature, la protection de Dieu et l'industrie des hommes ont rendue si l'iche et si florissante, de ce Sénat qui conserve depuis tant de siècles la réputation d'une sagesse extraoïdinaire et d'une équité aussy souveraine que sa puissance, enfin de cette Republique qui a toujours augmenté sa gloire et sa grandeur, et qui n'a jamais rien perdu de sa liberté uv de son ancienne discipline. L'expérience m'a fait connoitre que je ne m'estois pas trompé dans mes pensées, et j'ay plus veu que je n'avois imaginé.

» Aussy j'ay regardé comme un extresme 1 onbeiir pour nioy d'avoir esté emploie par Sa Majesté à cultiver ,une alliance qui luy est si considérable et si chère. Mon devoir s'est accordé avec inon inclination, et je n'ay eu besoin dans tout le cours de mon employ ny de précaution ny de ménagement ny d'habileté; je n'av fait que serrer les nœuds d'une correspondance eslablie

» Pour mov, Serenissime Prince, très-iixusthes et tuès- EXCELLENS Seigneuus , je pfcndray seulement la liberté de témoigner à Yostre Sérénité et à Vos Excellences combien je suis touché de la bienveillance dont Elles m'ont honoré dans tout le temps de mon séjour auprès d'Elles. Dans tous les autres employs, si l'on est habile on va exercer la sagesse; dansceluy-ci, quelque habile qu'on soit, on la vient apprendre. J'ay profité de tes lumières, et j'ay receu de jilus toutes les marques de vostrc bonté. Quoique j'aye eu soin dans les occasions de vous faire connoitre ma reconiioissance, j'en ay gardé dans le cœur une partie que je puis sentir et qu'il ne m'est pas possible d'exprimer. J'assure Votre Sérénité et Vos Excellences

DISCOUllS DU COMTE D'AVAUX. 489

que j'en conserveray l'éternel souvenir, et que dans le repos et le soin de ma patrie, je n'auray pas de plus agréable ny de plus douce occupation que de penser combien je les honore et combien je leur suis obligée. »

Il est vraiment curieux de voir à quel tle{jré d'éloge arrivaient même les ambassadeurs du caractère le plus froid et le plus mesuré. M. le comte d'Avaux, prenant congé de la Sérénissime République, au mois de novembre 1674, leur disait entre autres choses :

K Eu effet, quelque surprenantes que soient la situation et la struclure de Venise, l'ordre et la forme de son fjouvernement sont encore plus admirables, et il me paroît bien moins difficile d'avoir affermi cette ville sur rinstabilité des flots que d'avoir fixé et uni tant d'esprits à un mesme interest, et malgré les passions différentes qui agitent les particuliers, tenir toujours uniforme et inébranlable ce grand corps de la Képublique. Aussy ne peut-on assés admirer avec combien d'art et de prudence elle sait distribuer à chacun les employs qui lui sont propres, de sorte que, comme dans une machine où quantité de pièces d'inégale grandeur mises en leur place composent un tout régulier et parfait, ainsi toutes ces différentes personnes agissent de concert chacune dans son employ, concourent pour ainsy dire dans l'assemblage des parties pour former ce cor[»s politique dont toute la terre admire la justesse et la régularité des mouvemens. Si la gloire en effet desayculx est un flambeau qui esclaire la postérité, esl-il un jour plus serein et plus esclalant que le voslre, est-il extraction égale à la noblesse de Vos Excellencesl* Le temps qui dévore tout l'a respectée, et son ancienneté a consacré la plus granile partie de \os familles. Semblables à ces rochers que la nature a plantés sur le bord d'un fleuve qui le voyent sans cesse renouveller demeurant eux-mesmcs immobiles, ou, sans aller plus loing, seud)lables à vostre cliere j)alrie qui estatU fondée sur les va{;ues de la mei-, xoil sa colère et ses tempestes sans pour cela en pcrdie le moindre de ses ornements, vous avez veu

des throsnes s'élever et sedcstruire, et vous avés veu plusieurs fois chanfjer la face de la terre, sans que la splendeur de vos maisons ait souffert la moindre esclipse. Fasse le Ciel que rien ne puisse jamais troubler cette juste harmonie que Dieu par un miracle a voulu mettre entre la plus parfaite monaicliie el la plus parfaite Republique de F univers, fusant que deux choses si opposées parussent au monde en mesme temps et y gardassent entre elles un perpétuel accord... Qu'il y ait toujours en France des admirateurs et des partisans de la sagesse et de la gloire de la République de Venise, comme à Venise des personnes qui fassent des vœux pour la grandeur et la conservation de la monarchie françoise '. »

Les livres Cerimoniali (\e. la République traitent aussi, comme nous l'avons dit, de l'arrivée, de Taccueil et de la réception des Princes. Et dans les détails qu'ils rap-

• Lettres et Dépêches du comte (i Auaiix , refjistre 11° 3. En même temps cet ambassadeur adressait au Roi son maître cette singulière lettre, chef-d'<envre d'un coiirlisan (jui n'en peut mais quant aux llatteries et qui fait un effort suprême.

■• Sire,

» .l'av pris congé de la RÉPfBi.iQUE que je laisse dans une très-ferme résolution de ne se desnartir pour rien du nu)nde des intérêts de Votre Majksté. C'est un sentiment dans lequel Elle m'a toujours fait paroistie qu'elle estoit.,,

» Mais quand Ils ont considéré que Votre Majesté dans ses dernières campagnes a formé des desseins et a pris des résolutions que toute la sagesse de Venise recueillie dans son Sénat n'auroit pas seulement imaginés, pardonnes moy, Sire, si je dis qu'ils n'ont pu voir sans quelque peine que le Cabinet de Votre Majesté .soit maintenant dans l'opinion du monde ce qu'a esté jnsqu à ceste heure I'assemblÉe des Sacks de Venise, et que Votre Majesté leur enlève une qualité que ce Sénat s'estoit apropriée par une possession coniinuellc de douze cents ans. Mais d'un autre coslé, Sire, ils n'ont pu considérer qu'avec joye qu'il n'y a jamais eu <pii.' Votre Majesté qui leur ait pu disputer ceste qualité, et tpi'il leur est bien glorieux d'avoir quelque cliose «la commun avec le plus grand Prince de la terre!... «

DES PRIiNCES FRANÇAIS REÇUS A VEMSE. 491

portent et exposent, la politique paraît avoir moins à faire encore (|ue dans les cérémonies particulières aux fonctions des ambassadeurs. Ainsi nous voilà bien loin, pour un moment , de l'histoire proprement dite. Nous sommes dans la chronique et ses détails. Parler de la réception de chacun des princes et seijjneurs français serait chose vaine, aussi n'indiquerons-nous que les noms de ceux que nous avons relevés sur les registres du Cérémonial, laissant ainsi ce soin de rassembler les détails et de les produire , aux chercheurs que l'intérêt de leurs études ou l'ayrément de leur curiosité porterait vers ces documents officiels. La réception d'un andjassadenr, celle d'un prince, d'une princesse, étaient du reste complètement différentes. Pour le premier, un cérémonial invariable présidait à son accueil , tandis (jiie pour les Princes les cérémonies devenaient des fêtes publiques dont l'éclat, le brillant et la variété étaient mesurés à la puissance et au renom des héros qui en étaient l'objet. Les textes officiels sont silencieux sur les fêtes données en l'honneur de Charlotte fie Bourbon, (jui vint de France à Venise (mi 1 .'î 11 poui' y rencontrer le Pioi de Chypre, son tianc(''; mais [tour J/t/^ef/c Caudales, parente d'Anne de Breta^^ne et de Louis XII, accompa(jnée du sieur de la Guierche , ambassadeur du Roi, et <pii fut de p;issa;je à Venise, pour se rendre en Hongrie, où l'attendait la couronne de reine, aucun détail ne man(|ue. Marin Sanndo, de son côté, a consacré de nombreuses pajjes aux fêtes <|ui lurent données à C(;tte |)rin((;sse française, et en trois nn)ts il a fait d'elle ce j)ortr;iit aimable, bella, piccola, dolce nel parlar. File

arriva lo 31 juillet de l'année 1502, fut reçue avee le Bucentaure et logée au palais du marquis de Ferrare. Son séjour à Venise dura vingt et un jours, elle sut dire au Doge un compliment charmant, à savoir, qu'elle ne s'était en vérité point connue Reine avant d'être entrée sur les terres vénitiennes. De 1502 à 1574, nul prince de France ne vint à Venise; mais au mois de juillet de l'an 1574 fut reçu avec la plus grande pompe le Iloi de France en personne, ce Henri de Valois qui revenait de Pologne pour aller occuper le trône que la mort inopinée de Charles IX venait de laisser vacant. Jamais la splendeur vénitienne n'a été depuis dépassée, et toute l'histoire du séjour de ce jîrince dans la ville des Vénitiens est la plus brillante et la plus intéressante qui se puisse connaître. Arrivé le 2 juillet, Henri 111, roi de France et de Pologne, quitta A'enise le 12 du même mois. Anne de Joyeuse, heau-frère du Roi, pair et amiral de France, fut reçu le 26 juillet de l'année 1583, et ])our ses dignités non moins que pour l'amitié si particulière que lui jiortait Sa Majesté, la République de Venise le reçut avec des honneurs presque égaux à ceux qu'elle eût décrétés pour une tête couronnée. Les autres personnages reçus en cérémonie pendant le reste de ce siècle furent Charles de Lorraine, le 21 juin 1584; le Cardinal de Joyeuse, le 25 juin 1585; le Cardinal de Gondi, le 12 août 1588; le Duc de Nevers, le 15 février 1593; le Duc de Luxembourg, le 20 juin 1598 ; le Duc d'Aumale, le 2G novembre 1598. Mais aucune fête publique n'a signalé la présence de ces princes à Venise. Au dixseptième siècle, sous le règne de Henri IV, le Duc et la

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