A DI 5 MAR/,0, IN CONSIGI.IO X
Occorre moite volte clie nelle matcrie iinportanti et di Stato clie se devcno consigliar dalli Savii del Collojjio nostro nel ritiovar le scritture el aldo (lie appartieiic a qiialclie iiiateiia, si trovano moite difficollà rispetto aile iiiterinissioni de' nejjolii et alla molliplicità dtlle scritture (•lie vanno in consideralione, di maniera elie lien spesso con tiitta la fatica et dili.;;entia , ctie nsano li secretarii nostri, non si puô ritrovare tntto (|uello che saria neeessario, il elie apporta aile volte danno alli nc{;otii et deliberationi, onde è a proposito a trover modo clie con majjfjior facilita si possa sempre clie orcorrerà veder distinfaineiile tntto quello che vi sarà in tal proposito, pein L'aiidcrà parte che li Snvii del Colle{;ii) nostro che hanno carico délie Relationi et Aniiali, col parère et ron,si{;lio di messer lo Cancellier {pande nostro dcbbano haver cnra, che nelT avvenire sia fatto un indice distinto per le materie et capi delli ncyotii spettanti al Senalo, clie aeceiiiiaiio cosî sominariainente délie Corli et altre conie délie Delil)era(ioiii di esso Senalo iiosiro, Esposi/ioni de ambasciatori et secretarii de' l'i-eneipi , el d'ojpii allra scrittura, disse- (jni, modelli , che toccheranno al particolar di fjuelia tal niateria con li liniclii et teinpi dislinlaniente , acci(î con rpiesta via si possa f'acilitar majjgiorrnente le consnliationi delli ncfiolii, che occorreranno alla {|iornata per si^rvitio del Stato nostro, et afline che (juesto ordine sia continuato conie conviene, siano obiilijjati li predetti Savii aile relationi et annali che saranno di lempo in Icmpo procnrate, che si sia dala la débita eseculionc.
qui n'auraient pas remis à l'État, selon qu'ils auraient dû le faire, les lettres, les relations, les mémoires et toutes écritures politiques, d'avoir à les réunir et aies apporter au tribunal , lequel ensuite se chargerait de les répartir dans le lieu où il était naturel qu'ils fussent. Des peines sévères seraient infligées à tous délinquants à cet ordre irrévocable *. Or, il était constant que depuis la dernière guerre que la République avait eu à soutenir contre le Turc, plus d'un , à qui la loi imposait le retour
1 1596, A Di 29 LrcLio in" co^SILlo x.
E stato dalli sapientissimi progenitori nostri prudeiitemente delihernto per questo conseglio sotto li 30 zugno 1518, e poi anco del 1558 a 27 gennaro nel predetto consiglio con la zonta, che tutti li Capitaiii général! , Oratori , Piovveditori, Baili, Rettori, Secretaiii et altri quor.umque nomine censeantur, dovessero al giugner loro in questa città presentar subito alli capi di qiiesto Gonsigiio tutti li suoi Registri, Lettere, et altre Scritture pubblice di materie secrète et parimenti le Relazioni fatte dai detti rappresentanti in scrittura senza tenerne copia alcuna, giurando alla presentia di detti capi di non baver tenuto ne dato ad alcuno copia ne dcUa Relatione ne dei Regi>itri, ne di alcun' altra delle dette scritture et percbè per la longhezza del tempo non viene data aile dette parti de certo tempo in qiia la débita esecuzione, con molto disordine, et non poco pregiuditio délie cose nostra contra ITntentione dei predetto consiglio, perô ,
L'A>nERA PAniE, che sia comnjcsso alli capi di questo consiglio che <:oiiforiue aile dette deliberationi del 1518, 30 zugno, et 1558, 27 gennaro, dcbbino far chianiare al loro tribunal tutti qnelli delli suddetti rappresentanti nostri, che non haveranno presentate le loro relation!, registri, ne altre scritture pubbliche, et li heredi delli mort! , cominettendo le che |)er parte di questo Consiglio, che debbino dentro de giorni otio andar al loro tribunal a presentar tutte le relation! , registri et scritture pubbliche, che havessero, et a giurar di non baver tenuto alcuna cosa , conforme aile suddettc délibération!, le quai! siano per I avvenire dalli suddetti capi mandate ad esecutione, come è mente et voluntà résolut» del predetto consiglio. E debbano li secretari! ogni primo giorno del mese ricordar alli antedetti capi l'eseculione délia présente parle.
d'écritures importantes à la Chancellerie secrète, les avait gardées dans sa demeure \ Si cet ordre fut rigoureusement exécuté, il y a lieu de penser qu'il valut à la Chancellerie un accroissement considérahie de documents. Deux ans plus tard, en 1599, d'autres papiers firent retour. C'était une partie de ceux que, jjendant l'incendie de 1577, on avait précipitamment enfermés dans une pièce voisine du lieu dit des plombs. Deux conseillers furent éhis pour présider au triage : les archives des Dix reçurent la part qui leur appartenait (la plus grande part d'ailleurs) , et le reste fut porté à la Secrète -.
Ce fut avec l'avènement du dix-septième siècle que, de par la volonté des Dix, cette Secrète prit nouvelle hgure , en recevant pour la diriger et y présider la personne d'un patricien qualifié de surinteyidant. Cette innovation importante devait amener avec elle de grandes
* 1596, 20 SKTIEMBRK I>' CONSIGI.IO X.
Se l)eri t-oTi ninlta prudentia si sono cnstitiiilc le l'^ggi in proposito délia présentation che deveno far délie Relationi , lettere et altre scritture, gli ainbasriatoii...
L'andera parti-: clic falta usar dalli capi di questo conseglio la dcliita diligentia di tutti li predetti rappresontanti iiostrî cKe sono niorti dal principio dell' ultima giierra tiirchesca in qui s'Iiahbino a levar le scritture pulililiche da quelli apprcsso quali , csscndo morti li principaii autori, *\ Irovano eSse srriiture {;ià passate nelle loro uiaiii. Qnelli vcraniente clie ritornali dalli loro caridii vivono al présente siano tenuti in termine di giorni 15 dar in nota in scrittura .sottoscritta di loro proj)ria niano alli capi di questo conseglio tutte quelle scritlure puliMlclie clie essi trovono liavcre prosso...
- 1599, 15 MAH7.li, i> coîisiCLio x.
Pei- inancanionto di liiogo sono stati in più volte rijiosti nella softitia sotiii li pidiiilii , etc.. .
améliorations. Le Grand Chancelier ne perdait aucun de ses droits de gardien suprême des écritures secrètes de l'État vénitien par cette élection d'un patricien illustre, fort éclairé et lettré, et la Chancellerie y gagnait d'avoir un président spécial, uniquement occupé d'elle, capable d'initiative pour proposer des mesures excellentes aux magistrats à qui il appartenait de les approuver. Le 17 septembre 1601, fut élu le premier surintendant, Andréa Morosini ', qui , par un décret antérieur de trois ans , avait été élu historiographe de la République. Son premier soin , après examen fait de toutes les séries de documents contenus dans la Chancellerie , fut de soumettre ses observations au tribunal des Dix. Il fit son rapport en 1602 ^
K Sérénissime Prince,
» Illustrissimes et Excellentissimes Seigneurs,
» L'année dernière, le 17 du mois de septembre, Votre Sérénité et Vos Seigneuries Excellentissimes, conjointement avec le suprême Conseil des Dix, ont trouvé bon de commander que, comme députe pour écrire rhi.stt>irede la République,
1 Voyez Délia diphmazia itallana dal secolo xiii al xvi, par Alfbed DE REr.MOST, trois (lociimenfs relatifs aux Archives secrètes de la Ilé- |iulili(|iie (le Venise, page 317.
1600, 21 aprile, in Consiglio dei X. L'anueiia i-ahte clie sia dato il rarico e la .soprintendenza del luogo délia scgreta al diletto nob. nostro Andréa Morosini, deputato a scrivere l'istoric, e successori suoi , con agnincnto alli diicati dugento, che se 11 dà al présente, di allri ducati ceiilo air anno, si clic in tiitto siano trccento. 11 rpial noijile nostro deputato abhia a procurare l'eseouzione di quanto sarà iniposlo alli soltoscrilti segretari, perché quanto prima sia remcdialo alli mancamenti dellc puhhliche scritture.
"^ Le texte original italien du ra|)port ci-dessus a été reproduit en son entier par M. de Ueuinont. lUplomazia itatiaiia , page 322.
je dusse aussi être promu à la charjje de Surintendant de la Secrète. Considérant do quelle importance il est que ces archives, où sont conservées les écritures touchant les nég^ociations et les affaires les plus gtaves de ce Sérénissime Etat, soient tenues dans le plus grand ordre, c'est-à-dire que tout ce qui a été négligé à l'endroit des livres en parchemin et des registres soit mis au courant, et ayant donné toute mon attention au texte niéuie des résolutions du Conseil, j'ai apporté tous mes soins à leur exécution, selon que Votre Sérénité et Vos Excel- Jences ont pu le remarquer. Maintenant, dans le désir où je suis, pour l'acquit de la charge qui m'est donnée et pour celui de ma conscience, de faire connaître à Votre Sérénité et à Vos Seigneuries l'état présent de la Secrète, afin que s'il leur paraissait, pour le bien du service public, devoir réduire ou accroître quelque chose de leurs délibérations, elles le pussent faire en connaissance de cause, je viens leur représenter dans cet écrit le cours de cette importante affaire.
)) Je trouve, Sérénissime Prince, qu'avant l'année 1459. toutes les écritures et les livres contenant les plus importants secrets de l'Etal se conservaient sans réserve aucune dans la Chancelleiie ducale, où chacun pouvait les lire et les examiner avec facilité. On j)ouvail donc ainsi connaître toutes les négociations relatives aux intérêts de cet État; on pouvait prendre copie des dépêches; rien ne s'opposait à ce qu'il en fût donné part au dehors : il y avait là grand péril à d'infinis inconvénients. Le suprême Conseil des Dix s'en émut alors, et il décida que tous les livres secrets, tant ceux des déllbéralions que ceux (les dépêclws réunis ensemble, fussent placés dans un endroit de la Chancellerie fermé sous une seule clef. Un notaire de cette Chancellerie, dépositaire de ladite clef, fut préposé à la garde des livres et chargé de tenir note au fur età mesure, dans un registre spécial, des lettres et dépêches, des proposiùnns et délibérations (\ii Sénat, accompagnant chaque chose d'un sommaire. Ce notaire avait accès au Collège et au Sénat, et le Conseil des Dix lui assigna certains avantages comme récompense à son labeur. Ainsi fut-il fait pcndaul bien des années. Ainsi furent enregistrées dans une seule série par un Secrétaire tontes les délihcrations et les lettres jusqu'en l'année 15fi0. Ce
tiii alois que heaucoiip de ces registres avant ét('" remplis, on commença dos séries nouvelles; les affaires de Rome furent, entre autres, consignées sur un registre à part; il Fut aussi procédé à une rédaction ample des audiences des Ambassadeurs des Princes et autres personnages, desquelles primitivement on j)renaif à peine note, l'usage étant que le Sérénissime Prince en rendît compte tout simplement au Sénat. C'est alors que le travail de la Secrète prit une grande extension, et un Secrétaire ne suffit plus à enregistrer les matières traitées dans le Sénat. Car si d'abord, comme je l'ai dit, un seul livre était destiné à cet enregistrement, peu à peu il en fallut d'autres, et aujourd'hui le secret d'Etat, pour être consigné, exige cinq recueils différents. Dans le premier, le relevé des affaires de Rome ; dans le second, celles de Constantijiople ; dans le troisième, celles des autres cours, et désigné sous le nom de II Comune; le quatrième contient les audiences du Nonce; le cinquième celles des Ambassadeurs des autres princes. C'est peut-être pour cela que pendant beaucoup d'années on a négligé de transcrire les Esposizioni , et les choses écrites se sont tellement multipliées de jour en jour qu'il a été nécessaire, pour arrêter le désordre qui menaçait les archives, de prendre de nouvelles mesures. En ces derniers temps, en 1600, le 21 avril, il fut décidé, dans le Conseil des Dix d'adjoindre un autre Secrétaire au fidèle messer Alvise Agustini , déjà vieux dans sa charge, afin qu'ensemble ils gardassent la Secrète et eussent à enregistrer toutes les propositions et les déiibérations du Sénat, et missent au courant les audiences des ^ambassadeurs a\ec la Rubrica générale commencée par le susdit Agustini. Messer Zacharia Rosso fut élu ; puis, le 30 octobre suivant, messer Valerio Antelmi, alors résidant à Milan, mis au lieu et place de l'Agustini, devenu trop âgé. Cette décision ayant paru ne pas encore suffire pour l'accomplissement d'une besogne si {fraude, le 17 septembre de l'année dernière, le Conseil des Dix trouva bon d'imprimer jilus d'activité à la rédaction des registres et rubricaires anciens, et il députa messer Zuane Meraveglia à la surveillance de la Secrète. Messer Valerio Antelmi et messer Zaccharia Rosso furent appliqués aux registres courants, et messer Alvise Saetta fut
chargé de la rédaction des Annales depuis Tépoque où on les avait négligées jusques et y compris celles du moment pendant trois années consécutives. Pour la plus grande lucidité (les faits, je dirai qu'en septembre dernier je reconnus que les audiences relatives aux affaires de Rome n'avaient pas été enregistrées aux dates suivantes :
» De l'année 1574, 28 août, à 1580, juillet.
') — 1586, G octobre, à 1593, mars.
" — 1595, 11 juin, à 1597, mars.
» — 1597, août, à 1600, mai.
» En somme, seize ans des audiences dites de Rome {Exposizioni Roma) n'avaient pas été enregistrées. Puis, pour les autres Cours, manquaient près de quatorze années, c'està-dire :
n De Tannée 1584, 15 août, à 1593, mars. » — 1593, i janvier, à 1600, juillet.
» Au soin d'enregistrer les audiences ci-indiquées, tant celles de Rome qne celles des autres cours, fut appliqué Messer Zuaue Meraveglia, qui a l'édigé les volumes dits Esposizione délie Corti depuis 1584 jusques en 1590. Et il n'y a pas à douter que, malgré son labeur continuel, il faudra encore un temps considérable pour arriver au ternie, et j'estime que deux ans ne suffiront pas, en supposant même que les obstailes nombreux qui peuvent se présenter ne viennent point contrarier le cours de cet important travail, d
A l'époque où fut créée la charge dite Surintendance de la Secrète, il y a lieu de penser que cette Chancellerie était déjà installée dans un endroit du Palais séparé complètement de la Chancellerie ducale. Il ne nous a malheureusement pas été donné de retrouver aucun plan de cette installation , mais d'après certaines indications tirées de documents particiUiers, nous avons lien de
dire que la Secrète était situe'e au delà de la salle des séances du Sénat. Étant donc sous le portique où aboutit l'escalier des Géants, le Secrétaire qui se rendait à la Secrète devait se diriger par l'escalier d'Or {^scala d'Oro) vers l'étage où se trouvaient conjointement les salles du Collège et du Sénat; tournant alors à droite, il traversait la salle des Quatre Portes, puis le Sénat, puis le petit espace dit Y Atitichiesetta, d'où il pénétrait dans la Secrète par la belle porte Lombarde qui se voit encore aujourd'hui h droite '. Les transformations locales qui en divers temps, et surtout depuis les temps postérieurs à la chute de la République, ont été opérées, ne permet-
1 Voici en quels termes, fort confus du reste, G. Rossi décrit l'endroit du palais où se trouvait la Cancelleria sécréta : « Fatta la sala detta dei Filo.iofi o corridore (perché sulle pareti si dipinsero appunto dei filosofi) e continuando dirittamente, trovavasi un finestrone, da cui è scarsamente illuminato rpiell' andito molto lungo. Esso ha una porta fatta a modo di finestra contijjua ad una piccola terrazza coperta : almeno cosl era, {jiacchè tratto tratto si fecero poi dei cangiamenti. Contigua era la terrazza ad una piuttosto stretta e cattiva scala conducente ad un appartamento con poche stanze piuttosto alte e vaste ma disadorne. Ivi . alciini Archivi di magistrature serbavansi in appositi grandi armadi, e singolai mente carte vecchie, di poco o ne.ssnn uso. Trapassate alcunc di tali stanze, pervenivasi ail' nltima Lislunga destinata ail' Archivio segreto, dette appunto la Se(frela, dove quel preziosissimi document! (ora par la maggior parle nell' Archivio di Santa Maria Gloriosa de' Frari) tanto gelosamente si custodirano. Gli scaffali ove giacevano erano affatto scmplici e a|)erti di larice massiccio. Al di sopra di tali stanze trovavansi queir ampie soffitte che si estendevano poi a tutto il Palazzo ducale capnci [)er la loro struttura di destare in chiunque la mcraviglia. » (A/emorie dei siti ne quali risiedevano le marji<:tiatuie délia Reppublica di Venezia.) Rossi, Leggi e Coslumi , tome XVII. Même volume, à la page 54 : « Ivi pure (in un corridore) trovansi le scalctte comunicanti anch' esse a quelle dei Doge, c superiormente aile una volta prigioni politiche, e ad allri luoglii , cd Archivi, tra cui alla Se<jicta, alla CancoUcria superiore, e Knalmentc aile soffitte dei Palazzo. »
tent pas de dire que telle salle plutôt cpie telle autre (il V en avait beaucoup, les unes étroites, les autres longues , en cet endroit) fut véritablement la fameuse S'écréma; aussi ne préciserons-nous pas davantage. Ce que l'on a dit de son ameublement ne révèle aucun luxe. Tout y était simple et sévère. Des armoires de bois de mélèze et quelques inscriptions propres à la désignation des séries, des tables de chêne ou de nover, quelques sié^jes pour les Secrétaires occupés à dresser les inventaires et à préparer les sommaires des documents constituaient tout le mobilier de ce lieu, dont l'abord était rendu si difficile par des règlements rigoureux affichés à la porte même. D'autres règlements émanés du Conseil des Dix pour la police intérieure de la salle étaient affichés au dedans. Rien du reste n'est singulier comme le choix abondant d'expressions relatives à la vigilance exercée et à exercer sur le contenu de ce mystérieux endroit du Palais de la Seigneurie. Les décrets des Dix (jui y ont rapport semblent avoir été rédigés dans un style inventé tout exprès. Pour sauvegarder de l'indiscrétion la plus ténébreuse aventure pohtique, on n'aurait pas d'autres précautions. Le Doge n'y pouvait jamais entrer seul. Giovanni Uossi rapporte ceci : « Pour gardien infinie {j)er mater ia le custode, autant dire geôlier) de ces Archives, on choisissait un individu vulgaire. Le dernier conmi fut Giovanni Polacco; il en avait acquis, matériellemenl p;ulant, une pratique parfaite. Le gouvernement, — d'aucuns l'affirment, — recherchait pour ce métier quelqu'un qui bien que judicieux et fidèle, fut de la plus crasse ignorance, et qui.
pour plus de sûreté dans la discrétion , ne sût ni lire ni écrire. Nous ne croyons pas cependant que la chose allât jusque-là, et le Polacco, bien que très-ignare, savait pourtant lire et écrire. Quoi qu'il en soit, on raconte qu'un jour nous ne savons quel Sénateur le voyant écrire dans un endroit fort proche de la .Secrète , en marqua le plus grand étonnement et lui aurait dit : « Comment! vous savez donc éci^ire? » A quoi le gardien aurait répondu avec assez d'esprit : « Non, Excellence, je dessine. » A tout prendre, cet homme vulgaire était un fin matois... ' » En un mot, la vigilance la plus raifinée fut de tout temps exercée à l'endroit de la Chancellerie secrète vénitienne, et nous verrons par divers extraits des documents officiels dans quelles circonstances et à quelles rares personnes l'accès en pouvait être autorisé.
Une recherche des plus intéressantes, et à laquelle nous avons consacré la patience la plus éprouvée, a été celle de tous les décrets émanés du Conseil des Dix dans l'intérêt et pour la préservation de la Secrète. Nous croyons avoir réussi à former le plus complet recueil qui se puisse produire. C'est dans cette réunion de textes spéciaux qu'est toute l'histoire de la Secrète. Là sont les rapports des Surintendants, ici des mémoires particuliers des Grands Chanceliers, ailleurs des consultations rédigées par les Conseillers juristes de l'État à diverses époques : toutes écritures qui étaient, pour ainsi parler,
• Giov. llu.ssi, l.v(j(fi € Cvriuini. Manuscrits. Tome I*"". (Hiblioihèqiie de S.i'mt-Marc".^
les nièces justificatives des décrets votés et des mesures prises par le Tribunal des Dix. Dès l'année 1601, il est aisé de faire ressortir celles de ces mesures les plus notables, en les répartissant selon l'ordre successif des Surintendances. Il faut dès lors considérer la Secrète comme une sorte de petit gouvernement dont le chef du pouvoir exécutif est le surintendant, et dont le Corps législatif est l'Assemblée des pix.
Nous avons dit que le premier appelé à cette intéressante et grave fonction fut Andréa Morosini, historiographe de la République, c'est-à-dire chargé de continuer d'écrire l'histoire de l'Etat au point où l'avait laissée son prédécesseur, Paolo Paruta ' . Nous avons dit quels furent ses premiers soins. Non moins importants furent ceux
' La Ré|)iibli(jue de Venise, depuis le seizième siècle jusqu'à la fin du dix-huitième, a eu div-neuf historiographes officiellement élus; mais les travaux de chacun n'ont pas été tous publiés. Les seules histoires imprimées furent celles de Sabellico, Pietro Bembo, Paolo Paruta, Andréa Morosini, Giovanni Battista INani, Michèle Foscarini et Pietro Garzoni. Dans un carton des papiei's des Réformateurs à l'université de Padouo, aux Archives de Venise (fil/a 363. A. B.), vovez les décrets suivants, relatifs aux historio{;ra[)Ii('s de Venise:
1577. 13 mars. Parte per le Storie.
1599. 9 décembre. Id.
IGOl. 17 décembre. Id.
1()5(). 27 j.invler. Id.
Ifi'JS. 1(1 juin, concernant Michèle Foscarini.
17(13. 17 mars. Per morte di Maico Foscarini, eletlo Nicolo Donado.
1781. 20 août. Fraucesco Donado , filio del INicolô.
1784. 26 mai. Scrittura di F'"" Donado.
1793. 30 avril.
Id. 4 juin.
Un décret du Conseil Aca Dix, on 16V5, défendit l'itnjjnîssion do l'histoire que ÏNicolô Contarini avait cftmposée.
auxquels il présida ensuite de concert avec le grand chancelier Bonifazio Antelmi , soins dont le résultat fut la première formation d'un catalogue complet des documents conservés. Certes, la Chancellerie n'était pas arrivée à la date de 1610 sans qu'aucun inventaire plus ou moins exact ait été fait de ses richesses, puisque nous avons eu dans les mains un Inventariuni librorum Cancellariae composé en 1537; mais c'était un index matériel, fait sans méthode, et non point un hon répertoire. En 1610, au contraire, on voit, d'après les termes dont se sert le Grand Chancelier pour présenter le Catalogue de la Ducale, combien il s'est appliqué au travail qu'exigeait un classement de cette nature. Nous ne reproduirons pas tout son discours, mais nous serions coupable de ne pas traduire au moins ce passage intéressant :
(( Ayant, après deux ans de considérable fatigue, mené à perfection cette entreprise véritablement ntile, il me reste à faire reloge des jeunes gens de la Cbancellerie, qui non-seulement se sont acquittés avec diligence de la mise en ordre des Registres officiels des magistratures ordinaires et extraordinaires, mais encore ont achevé d'enregistrer la matière de neuf énormes volumes contenant les ordres et les couunissions du Conseil (CoUegio), ont résumé jour par jour les registres du Conseil des Dix, du Grand Conseil, du Sénat et de la Seigneurie; ont revisé les livres anciens, tant du criminel que de l'ordinaire du Conseil des Dix, et ont suppléé à divers(!s lacunes qui v ont été reconnues. »
Puis, passant de rot exposé général au d('tail des séries, le Grand Chancelier, en les établissant sur le Catalogue de manière que les documents indiqués cor-
LA CliANCELLEIlIE SECRETE. 17<>
respondissent aux armoires numérotées, dit, entre autres choses, à la pa^e 48 :
<c Je fais ici observer que les dépêches des Âinbassacleuis près les Cours étranjjfères, îles Envoyés à Coiistantinople et ties Secrétaires résidents, ne sont pas dans les armoires désignées ci-après, mais rassemblées dans la Sécréta. Cbaque Cour est inventoriée séparément, et les dépêches commencent aux millésimes ci-dessus transcrits :
» Rome 1566.
)) AUema^jne 1566.
)' Constantinople . . . 1595.
" France 1566.
11 Espajjne 15(56.
» Angleterre I()u3.
» Savoie 1570.
11 ^lilan 1568.
!) rv'aplcs 1570.
)) Florence 1589.
11 Et quant aux lettres et dépêches provenant de^diles Cours, et datées antérieurement aux millésimes ci-inscrits, ou bien elles ont été brûlées dans les incendies du Palais ducal, ou bien elles se trouvent, selon l'ordre des ten)ps, dans les autres armoires ci-numérotées, avec les lettres des gouverneurs des provinces et autres représentants pnblics'. »
1 La dernière parlie de cette sorte iVaveitisspinenI au Iccleitr aitjsi donné par le Grand Chaiicciier relativement aux correspondances étiangères, et le soin rjn'il prend de dater, dans son classement, les séries di|il(imatiqMes de certains Etats d'une époque manifestement postérieure à celle dont des dépêches avaiinit cejjcndant été conservées, sont d'inu; particulière importance |)our qui s'est familiarisé avec le maniement des papiers d'I'kat vénitiens. Pourcpuji, eu effet, ce riiépris apparent pour les treize ou quatorze années de dépcdies de France, entre autres, qui [)récèdent l'année 156(i? " Li-s di'pèelies antérieures à celte année (dit-il avec lun; indifférence fort siujjidière tout d'aboi'd) ont été brûlées ou bien reléguées dans des aiuioiiiis. n I^a vérité est — et cela est fort curieux à
Cet Inventaire et ce Catalogue furent terminés eu 1610, et le frrancl chancelier Bonifazio Antelmi, (jui en avait diri^^fé l'œuvre, mourut peu de mois après l'avoir vue terminée. Il Ait remplacé par Leonardo Oltoboni. Le surintendant à la Secrète, Andréa Morosini, nommé en 1601, demeura près de dix-sept ans dans .sa charge. Il mourut en 1618, et fut remplacé par Nicole Contarini, historiographe de la République.
Sous cette seconde surintendance, nous rencontrons d'abord un arrêté du 19 janvier 1621. Contarini a reconstater — qu'il a ciMi devoir ne faire dater le classement régulier des correspondances diplomatiques de chaque cour que de l'époque où il a trouvé que le déchiffrement àe la partie chiffrée des dépêches ne manquait pas aux feuillets. Les dépêches de France, en effet, sauvées des deux incendies de 157-V et de 1570, commencent véritablement à l'année 1554, mais il faut arriver à raniiéc 15(iG pour trouver déchiffrée par le Seciétaire d'office la partie que l'Ambassadeur avait cru devoir chiffrer. Les déchiffrements des treize années précédentes ayant été perdus et manquant absolument, le Grand Chancelier leur reconnaissait évidemment une importance moins {jrande. jNous reviendrons sur ces observations dans notre chapitre sur la valeur des documents diplomatiques vénitiens pour rhistoir(; de Franci; en particulier.
« 1610, a di 1° agosto. Revisione, rcgolatione ed indice formato da me BonL'"acio Antelmi, Gran Cancelier, da tuti i libri , rcgistri, Klze, lettere et di ogni altra sorte di scritture che hora si trovano nella Cancelleria ducale, tanto nelli arniari délia caméra che ho fatto nuovanvente accomodarc et in quelli délia softitta vecchi et altri che ho di nuovo fatti fabricare quantoin quella délia medesirna Cancellaria ancora dove con parlicolar et minuta revisione de lutte le cose, ho scparata el dislinlamente fatto métier iusieme con la niia colidiana assistenza ogni materia sia o in fiize o in libri sccondo l'ordine ài.\ tempi e degl' arinaii, esscndosi smarito o brucialo ne fuochi del Palazzo e ne tenq)i passali tutio (|uello che inanti i sudetti miilesimi et da quelli sino al présente <i cra, non si Irova. Si comincia dalle tilze délie materie di Pregadi da terra, poi si viene a quelli di Pregadi da mare et aile sottoscritte délia seren" Signoria le quali tre materie sono negl' arma ri délia sudetta caméra nuova. »
présenté combien il est urgent de députer deux Secrétaires aux écritures de la Secrète ; il démontre que , la quantité de documents s'augmentant chaque jour, il est du plus grand intérêt de ne laisser en arrière aucune série des registres ordinaires. Giovanni Gerardo et Domenico Domenici, Secrétaires du Sénat, sont chargés des inventaires et des sommaires des délibérations secrètes, des dépêches et des audiences . Les autres Secrétaires, Francesco Secco, Horatio Ziliolo et Giulio Prioli, devront néanmoins poursuivre le travail qui leur a été assigné dans la Secrète ' .
Quatre ans après fut voté un règlement définitil pour l'ordre à tenir dans cette Chancellerie. Ce décret, du 30 mai ÏG24, est un de ces documents que dans le style administratif des Vénitiens on appelait legr/c statuaria. S'appuyant sur les décrets an-