‹ Les archives de VeniseChapitre 14 sur 176 · OK.NSARO, IX CONS. X · texte numérisé non relu

OK.NSARO, IX CONS. X

E stato al iiilmnal dei capi di qiiesto consi[;lio dal diletti.s^iino iioli. iKistro iNicoIô Contaiiiii dopiitatd a scriver l'IIistoria et alla soprainteiidcnza del luojjo della Sécréta , rappresentato l'urgente Lisogiio pcr varii accideiiti e cause di deputar due secretarii almeno die possint» con l'attitiidiiio I' dili.|;nnza luro perictiionare li re<jistri et ruhriche di-Ile Delihridtiiiiii vi Lettere secrète clic di molto teiiipo restano a rogisti'arsi cl ciiiiiiniiarli scii/.a inlermi.ssionc aiuu iicll' avvenire , rinscciid'» |k-i- la iiMdli|)lica(ii)nc massiniaiiicntc clic si va sempre piii inajjgiore, niù diFfiiilc tii-lic i»cc(iroii/.e di valersi do' successi passati nellc frequeiiii coiisnltatiniii de' ncjjoci rpiel scrvitio clie suolc dalla pionlezza délie scritture riccversi iii'i varii ciiiergcnii clic siiccedciio et ciie lien spesso riccicaiio prcsia risoliilioiic.

Perô cssciulosi |iri- (picsla causa liavulo malura considérât ioiic sopra il secrcOiii del 8<.'naln,(;l iiilcso qciaiito dal iiia(;nilic() ( '.aiiceliicr Grande noslni è stalo detio lier piiblilico servilio.

L'.\NDEH\ PAUTi:, clie siano e s'inlcndano (l<|iiiia(l li ciicosiiclti c l'cdcli'simi secr.-lai-ii del Scnato, elc...

182 LES AKCmVES DE VEîNISE.

térieurs du 31 octobre 1459, du 21 aviil 1600, du 30 octobre et du 15 novembre IGll), le décret nouveau confirme les prescriptions imposées aux deux Secrétaires ])r('posés à la (jarde des écritures qui sont apportées chatpie jour dans la Secrète. Nul personnage, à moins qu'il ne soit du Sénat, n'v peut pénétrer. Aucune copie, aucun sommaire, aucune note ne ])oiirront y être faits. Sont exceptés de cette interdiction les Conseillers dits Consullori in jure, qui, selon les circonstances, v ont à consulter des pièces dont la connaissance leur est nécessaire pom' les informations politiques qui leur sont demandées officiellement. Mais nul, sauf les membres du Collège, c'est-à-dire les Ministres, ne peut emporter aucun registre, ni aucune liasse, ni aucun mémoire. Les jeunes notaires employés aux copies demandées d'office doivent les effectuer dans la salle qui précède le lieu de la Secrète, dont jamais ils ne pourront passer le seuil. De toute copie d'office commandée, soit d'une délibération, soit d'une dépéclie, soit de toute autre écriture, il en sera fait note sur \\n livre spécial. En un mot, les informations à cet égard devront être si précises, que l'on pourra renseigner, dans le cas de nécessité, sur ce (juc tel personnage, Sénateiu' ou Ministre, aura demandé et lu, à quel moment il se sera présenté, à quel autre il sera sorti. Ces prescriptions seront affichées dans la Secrète , et le soin de leur rigoureuse exécution sera confié aux cliefs du Conseil. Enfin, les minutes de telles ou telles délibérations ou dépêches se trouvant avoir (pielquefois en marge des apostilles, ou, dans le corps même du texte, cpieNjucs phrases effacées

LA CnA>CELLERIE SECRETE. 183

OU corrigées, ces minutes ne devront jamais être jointes à la mise au net des registres, mais former des liasses séparées. Cette précaution est considérée comme très-importante pour éviter ensuite l'inconvénient de réflexions ou de considérations aussi inutiles qu'intempestives de la part de ceux sous les veux desquels tomberaient lesdites minutes. Sur dix-sept personnes présentes au Conseil, trois ont voté contre ces mesures, et quatorze les ont approuvées. Ce décret fut donc adopté'.

En 1630 fut élu Doge le patricien Nicolo Gontarini, qui remplissait alors depuis douze ans la charge de Surintendant de la Secrète. Ce personnage, en acceptant la dignité ducale, dut renoncer à tout autre emploi dans la République dont il devenait le chef. Girolamo Cornaro le remplaça à la Chancellerie. Son élection est en date du 27 septembre 1630.

Pendant l'année 1633, la plus grande activité (trop

t 1624, 30 MAOCIO, IN- COXSIGLIO X.

E cosi necessaria la sempre tlebita e diligente custodia clie deve del continuo tenersi délie publ)liclic deliberatioiii lettere et strittiire che nella Sécréta del Senato si coiiservano, olic potendo sempre giovare ])cr levar massiinamente gli ahusi, e maie introdiitioni in contrario, l'cfHcace insistenza nelie provi.sioni prudontemento in diversi ten)|ii faite in qiU'Sto importantissimo proposito, per la effettiva loro eseculionc, non si deve diffei ii' (piello che possa rimediara disordini et oviare a successi pregiudiliali al pnblico servi/io. Pero :

L'andeha parte cVie inlierendo a (pianto è disposto dalle parti del 1459, 31 ottobre, 1600, 21 aprile e 30 ottobre, et 15 novembre 1619, in materia délia Cancelleria Secrela del Senato, et per la loro intiera osservazione, sia efticacemente rinovata la commissione cbe particolaimente è data alli duc seci'etarii dcpiiiati alla cnstudia dellc scriliiiic secrète in quella conservate n ilu; {jiornabnente si vanno rcponendo,... etc. (Cons. X. Parti Coiiumi, filza 351.)

yrande même, parait-il) régnait dans la Secrète. Un rapport du secrétaire Rizzardo , adressé aux Inquisiteurs sur la demande qu'ils lui en avaient laite, au sujet d'un registre des Commemoriali disparu, puis remis en place, nous fournit ces renseignements. Ce Secrétaire se plaint du trop de mouvement qui s'y pratique. Vieux serviteur, il ne craint pas de dire que quarantesix ans auparavant, alors que le lieu de la Secrète était près de la Chancellerie supérieure, les choses se passaient avec plus de réserve et de mvstère. Alors on consignait aux mains jalouses de l'Agostini les minutes et les écritures. Il les mettait aussitôt en place; il rubrkjuait les pièces au fur et à mesure; il était seul et il suffisait à tout. Rizzardo convient que depuis cette époque, déjà lointaine, tout a pris croissance dans l'Etat : les ambassadeurs sont plus nombreux, les négociations abondent de tous côtés; il faut bien plus de paroles et d'écrits, et par conséquent plus d'employés à les rapporter. Domenico Vico enregistre les affaires de Rome, Querini celles des autres Cours, Antonio Padavin les affaires dites de terre et de mer tiaitées au Sénat, Marc Ottobou les audiences, et il donne suite aux Commemoriali; Gorona met au courant les deliberazioni du Sénat laissées en arrière; Bianchi tient les papiers relatifs aux finances; on recopie les anciens Commemoriali ; les Docteurs nommés j)Our informer sur les affaires qui ont eu cours avec Home et le Père Fulgenzio ont tous les mains aux j)apiers, nialgr('' les prescriptions qui s'y opposent; enfin, le Prieur de Saint-Georges voit et lit tout. Il V a la de grands inroiivénienls sui" Icscpiels un

long mémoire se pourrait faire. Lorsqu'il a été chargé par le Conseil des Dix de former un rubricario général , il a trouvé il Secreto dans une certaine confusion. Vite il a mis sous clef les pièces, les communications et relations émanées de ce Conseil, ainsi que toutes autres écritures d'une particulière importance ; il n'a laissé dans les armoires ouvertes que les répertoires et inventaires; il a fait quatre ?-«/6?-/crt?vV généraux de trois cents feuilles chacun, et il travaille à un cinquième pour mettre au courant les trente dernières années. Il en est à l'année H)32, dont on transcrit en ce moment les délibérations. Une fois finies, il transcrira sous bonne forme et bel aspect l'inventaire général qu'il a préparé en cahiers. Il voudrait faire le rubricario ^énévai des affaires de Rome, (•ette matière ayant été séparée de toutes les autres. Ce travail serait urgent, car lorsqu'on n'a ])oint sous les veux les affaires classées par date, comment les retrouver et les reconnaître sans une peine extrême? Pour conclure, son opinion est qu'il y a trop d'employés aux alentours de la Secrète. On ne peut avoir l'œil que sur peu. H voudrait revenir aux anciens usages. Il termine en avouant à Leurs Excellences que s'il en avait troj) <lil, (jne s'il était allé trop loin, elles le veuillent excuser, et (ju'elles soient certaines (jiie son zèle seul pour le service de la Sérénissime République lui a dicté ces choses, zèle avec le(piel il continuera de n'avoir en vue que le bien île l'I^tat pendant le peu (U,' [ours (pie lui laisseront encore et son âge avancé et ses infirmités'.

' Il.l,r.SIIIIS.SIMI II ECCELI.KMISSIMI SICNOItl iNOriSlTOIU,

(Mirfllscu con la miaileliita et .s<ilil.i liuinilissiina livcicnza al coinaiitln

Quelles rigueurs plus grandes pouvait ce})endant exercer, quelles mesures plus jalouses pouvait prendre le Conseil des Dix après les règlements prescrits dans la loi de 1624? Divers ambassadeurs, nous le savons, et Gontarini entre autres, alors à Rome, s'étaient plaints que telle de leurs dépêches avait été révélée à des cabinets étrangers; mais les lois les plus sévères sont inhabiles à prévenir tous abus. Les transgresseurs ont été et seront dans tous les temps. Le tribunal des Dix, le tribunal des Trois, ne pouvaient donc faire plus que ce qu'ils avaient fait, c'est-à-dire formuler des décrets qui par les répressions annoncées étaient propres à prévenir le plus d'abus possible. Les tentatives corruptrices abondaient : ils étaient incapables de les empêcher toutes de réussir.

Paul Morosini, frère d'André, premier Surintendant, succéda à Girolamo Cornaro, mort eu 1G35 '. Il remplit

(lelle Signoiie V'' Illu.sti'"'= et Excellenl'"^ di inettere in scrittura qnello che per la servitù ch' io presto nella Sécréta, rappresentai alli Etxell"" Sig" Capi dell' Eccelso Consiglio in proposito di qualche disordine ultimamente seguito, et aggiongerô quel di più che per informalione in tal proposito et per riflesso da farne quelle provisioui che fussero conferenti al pubblico scrvizio secondo la loro somma prudenza et intelligenza, etc. (Tergo : 1633, a di 18 gennaro. Scrittura del circospetto segr'o dell' Ecc""" Senato Znaiine Rizzardo depulato ail:i Segreta, intorno a disortlini che setjuono nella medesimu , presentala da lui alli Ecc"^^ sic/itori Inquisitori di Siato. Venise. (Papiers des Inquisiteurs.)

• Voyez dans les Secrète du Conseil des Dix la lettre de ce patricien. « Sereniss'"" Principe, Illustriss. et Eccelleiit. Signori. Essendomi io l'aolo Moresini, sempre tonuto molto lontano da ogni pretensione et in particolare ncl injjerinni ne' cariolii mentre non mi siano staii commessi, con grande amaritudine convenirsi sentire clic potesse alcun slimare che io avessi senza fondamento a ragione voluto usurpare il carico délia soprintendenza délia S«?creta, perciù siimo che mi convenga narrar conie sia in quanto alla pcrsona mia passalo «picsto negozio, •• etc.

LA GHAINGELLERIE SECRETE. 187

sa charge avec une conscience rare, et prit une initiative dos plus louables pour que le Conseil des Dix consacrât ses plus grands soins à la bonne administration de la Chancellerie (jui lui fut confie'e. Peu ambitieux, mais jaloux de bien l'aire, il avait d'abord voulu renoncer à l'exercice de cette charge, effrayé qu'il était de l'étendue et de l'importance des travaux qu'il aurait à commander, pour réparer de grandes né(;ligences reconnues dans la mise au courant de plusieurs séries. Il constatait avec amertume que les registres de Rome étaient loin d'être au complet; que les annales , qui, dit-il, sont l'ànie de la Chancellerie secrète, n'avaient plus de rédacteurs depuis un certain temps; que les registres de Co)istantinop!e avaient été délaissés; enfin que si on ne lui donnait pas plus de mains pour suffire, suppléer et réparer, il préférait ne point accepter une chaige qu'il estimait pour lui trop pesante. Le Conseil des Dix promit réparation , passa outre aux réflexions du Surintendant, et Morosini demeura en charge'. Il est, en effet, certain que malgré tant et tant de rapports si pressants, tant et tant de décrets salutaires , le service des Chancelleries , pour ce (pii était du courant dans toutes les séries des re- {{istres, avait été fort irrégulier. Le Giand Chancelier Giovanni Battista Padavin, dans un mémoire daté du 5 décembre 1635, n'h('!sit(; |)as à dire que lorsqu'il avait reçu de la munificence pnl)li(|iu' l'honneur et la grâce d'être promu à la dignité (ju il occupe, il n'avait pas ('té j)eu effrayé de constater que, tant dans la Ducale que la Secrète, il y avail plus de trois i\ (jiialre mille pages ii

• 1635, 18 ln{;liM iii (Ions. X.

mettre nu net pour arriver au service courant'. Il confesse qu'il Y a à cet énorme retard des motifs plausibles, la durée d'une peste meurtrière, la multiplicité surprenante des écritures, le poste vacant de douze notaires et l'âge extrêmement avancé du Grand Chancelier son prédécesseur. Jadis, deux Secrétaires suffisaient à la Secrète; depuis, le Conseil en a adjoint quatre, et ces six sont encore insuffisants. Un tel état de choses nécessitait un prompt examen et les plus urgentes précautions. Le Surintendant Paul Morosini, au mois de février 1636, supplia les Dix de lui adjoindre un Sénateur éclairé, bien versé dans le maniement des écritures d'État, afin de rédiger en commun un mémoire dans lequel seraient présentées à la discussion du Conseil les mesures qu'ils croiraient convenables". Il s'agissait d'un

1 Les observations rju Grand Chancelier concernent, il faut le dire, plus la Chancellerie ducale que la Secrète. Il dit cependant formellement, en se plaignant qu'il n'y a point assez de secrétaires attachés an service spécial des Chancelleries : " Pelli Reyistri délia Cancelleria sécréta oitre due secretarii del Senato sono stati per délibération di questo consiglio deputati quatiro corne ho prcdetto con assegnamento Ira tutti di più di 30 ducati il mese délia cassa pubblica. Ne possono queili supplire a tutto, essendosi coiivennto tralasciar di molto tempo il Hegistro dellc Expoxizioni degli Ambascialori et altri insieme con le ('oniiiiissioni del Senato a pubblici rapprescntanti. »

- 1635, 20 FKvnii:n, in coxs. x.

Necessario niente meno si rende a qnaliniquc beii rcjjolato jjovern» Tordinata ciistodia délie srritture segreti;, clie quella de{;li arazzi stessi. Lo ha in tutti i teinpi riconosciuto la prndcnza di ipiesto cunsijjlio. Lo conferma ben cbiaro la scrittura diffusa dei consullori hora Ictta...

L'a>deha PAniK flic a lien giusto s(jllievo de! (iollo dilcKissinio N. II. Polo Moresiiii chc n' lia nclla ixinsuhalioiic teiiiilanc con lui dalîi ca|ti mostrato particolare desiderio, sia di présente eb'tio tui lionorevole uob. nosiro clie p(>n(;a voto ncl Scnalo, il «piale liabiii a coopcrar et

nouveau mode de sommaire et de nouveaux règlements. Le Conseil des Dix, en rendant souveraine justice au Surintendant, accéda à sa requête, nomma aussitôt le Sénateur Giaconio Marcello, et décida qu'un rapport et un mémoire leur seraient aussitôt commandés, pour être comparés à celui qu'avaient présenté au mois d'août précédent les Consultores in jure Scipion Feramosca et Ludovico Raitelli. A lire en effet ce dernier, on comprend que le Conseil n'ait pas été peu embarrassé pour décider avec clarté, justesse et prévoyance. Jamais propositions ne furent plus confuses. Le morceau est éloquent, mais la conclusion impraticable. Quant au mémoire fait en commun par le Surintendant et par le sénateur Marcello, nous avons eu le regret, malgré nos recherches patientes, de n'en pas faire la rencontre. Le lecteur curieux des documents de cette nature trouvera à l'appendice de ce volume le mémoire singulier des Consultores ùi jure sur cette matière intéressante, à savoir

unitainente con esso Moresini assister aile re(;olatioiii et ordini clie (lovevan decretarsi soprà cssa secre'.a. E perché a fine di ben incainiiiare esse regole, convicne che ollre al rappresentalo dci consultori, s'lial)lji il parère di essi due nohili nostii, qiiali corne senatori di liinga inaiio vcrsati nel governo possino soinniiriislrar li proprii raccordi, sia ad essi commesso di dover rifFerir nel termiiK- di giorni otto in issritco il Idio senso sopra la più agcvole e spedita maniera di distinguer le iiiaterie e di forniarvi le nibriclu-, portando lo stato in clie sono di ])rcsente cosi li Rcgistri corne le stesse nil)riclii.' particolari et universali ilella Sécréta : acciô sopra le cose Len incaniinate da nostri maggioii , sopra li sensi prudenti di detti nob. nostri , col rignardo nocessario alli inodi habili per porli in alto, possa d<'liberarsi fjiiello clic ricliiederà in niateria si grave degna di particolare maturatione il pnbblico rilevanfe servitit) ; et su deila présente data noiitia ai savii del Coll(>gio per lor inforinatione.

(Illico fu eletto Giacomo Murcello fit ilr acr Andréa.)

quel est le meilleur ordre à suivre, selon eux, pour mener à bien l'œuvre d'un répertoire {général des archives secrètes d'un Etat '.

A la mort du Surintendant Paolo Morosini (20 décembre JG37), fut élu le même Sénateur Giacomo Marcello, qui lui avait été adjoint l'année précédente. Il mourut le 26 décembre 1650, et fut remplacé par Battista Nani le 1 7 mars 1651.

Battista Nani occupa la surintendance pendant près de vin^t-sept ans, et ce fut de son temps que fut écrit le magnifique catalogue de la Chancellerie que possède encore la ville de Venise et qui est déposé en ses archives. Mais avant de signaler cet ouvrage et d'en reproduire les parties principales, nous parlerons d'un fait singulier qui touche de bien près aux choses de la Secrète.

C'était en 1660. Le Surintendant ne présidait pas alors à sa charge. Il avait, en effet, accepté d'aller en France Ambassadeur extraordinaire pour la République auprès du Roi Très-Chrétien. Le 27 septembre, les Inquisiteurs d'État reçurent, entre autres papiers à l'adresse de leur tribunal, une longue lettre qui, sous le voile mvstérieux de l'anonyme , les avertissait du danger que pouvait courir le précieux dépôt de la Secrète, dans le cas où le crime serait tenté d'en surprendre les trésors. Les termes de cet avis si longuement

' Arcllives des Dix, fil/.e, 27 août 1635. « Serenissiino Principe, Ha coinandata la Serenità Vostra clie per puhblico servitio dolibiamo iiivcstipare (|iialchc modo col fjual si potesse formare un Indice o Reperlorio de-i Lil)ri el scriuure,... » etc. Voyez l'Ap/x'iidice.

motivé sont curieux. Il est aise de reconnaître que celui qui les a écrits avait l'habitude du palais de la Seigneurie. Il serait trop long de reproduire en entier cette information , mais en voici les traits principaux :

)) Illustrissimes et Excelientissimfs Seigneirs Inqi isiTEURs d'Etat,

n C'est le propre d'un esprit trùs-fidèle d'avertir son Prince d'un dan(;er qu'on a découvert, pour en prévenir les malheurs possihles. jMoi, dont je tais le nom pour le moment, ayant pendant long temps pratiqué le Palais de l'État, et ayant présents à la mémoire les moindres endroits de ce Palais, je connais (les inconvénients et des dan(;ers si grands pour la chose publique, que je me tiens pour obligé à ne les pas taire, puisqu'ils regardent les plus inqiortantes affaires que ce Sérénissime Gouvernement ait à cœur de |)réscrver de tonte curiosité. Comme témoi{;nage donc de mon dévouement, je viens aux jiieds de Vos Excellences leur donner part des périls et deti abus suivants.

)) Je dirai d'abord que le lieu où se réunit l'Excellentissinie Collège comme étant celui qui renferme la quintessence des secrets les plus jaloux, semble être pourvu des plus grandes sûretés. Une grande porte située au haut de l'escalier des Ruijionali et d'auties; portes doubles empêchent d'y pénétrer. Confiante en ces clôtures, la Majesté publique se croit assurée de l'inviolabilité de ses secrets et retient qu'aucune main puisse tenter de se frayer une voie dans le lieu même du Conseil, son sancluaire vénéré.

» Mais, considérant autrement l'état des choses, l'esprit s'épouvante et le cœur fréuùt en pensant que, malgré ces vigilances, les dangers ne sont pas moins imminents, et que tant de lettres d'Etat, les chiffres eux-mêmes et les plus délicates matières peuvent être surpris.

)) Que chacune de Vos Excellences veuille bien considérer ce que les faits mêmes démontrent :

» 1" Dans la petite chapelle de ri'i^xcellentissime Collège se

trouve l'escalier qui correspond en-dessous aux appartements de Sa Sért'nifé, escalier laissé libre, fréquenté et continuellement ouvert. Les Sages du Conseil et d'autres personnes y passent le plus souvent.

Il 2' Dans la salle de l'ancien Sénat, au milieu, sur la gauche, se trouve la porte qui correspond avec l'Excellentissime Collège, et toute sa sûreté réside dans le simple saggiador (verrou?) qui ouvre et ferme.

» 3" La petite chapelle du Collège est divisée en deux parts. Dans la première se tient Sa Sérénité pour entendre la messe, dans la seconde les écuyers ; et là se trouve la porte qui conduit à la Secrète; puis on en voit une autre fort petite dans nn coin qui conduit par nn très-étroit escalier à des cabinets.

» 4» Dans la salle susdite de l'ancien Sénat est un balcon avec de grandes fenêtres, et sous le tribunal même où se tiennent Sa Sérénité et les Sages, existe un très-grand vide avec une ouverture.

n Gela étant, j'ai fait la léHexion et j'ai considéré que des personnes mal intentionnées, persuadées et convaincues par quelque Ministre ou Ambassadeur de Princes, pourraient, au moyen de cet escalier ainsi laissé libre, se postera la faveur de l'obscurité si promptement venue en hiver, se cacher ou sur le balcon ou sous le tribunal, et v surprendre les délibérations secrètes du Sénat pendant les séances.

') !*uis, aux heures plus avancées de la nuit, une fois les portes fermées, Thuissier en chef parti, la personne envoyée, sûre de n'être pas vue, pourrait ouvrir les tiroirs des secrétaires et emporter ce qu'il v aurait de plus précieux en matière d'écritures d'État, puisqu'il n'y a pas d'autre obstacle pour entrer dans le Collège que la simple ferrure de la porte flonnant accès au Sénat.

» Dans ce même endroit, n'y a-t-il ])as l'armo/r^ des écritures des Sages du Conseil? Ne serait-il pas facile aussi d'y porter une main coupable?

» Mais là encore, Seigneurs Excellentissimes, ne s'arrêterait pas cet excès; car les Princes, qui sont toujours avides de pé-

LA CHANCELLERIE SECRETE. lîKÎ

iirtrer et surprendie les secrets tles autres Princes, profitant (le cette opportuiiitc, pourraient faire attenter aussi ;'i la Secrète, s'emparer des chiffres et prendre les empreintes des clefs. L'antichambre de la Secrète reste habituellement ouverte ; le coupable pourrait donc aisément s'introduire et prendre le trésor des papiers d'Etat qui y sont rassemblés, ce trésor pour la conservation duquel l'autorité de la Seigneurie dépenserait un monde — peut-on dire — pour que le contenu n'en fût ni touché ni révélé, tandis que d'autre part il ne serait argent qu'on ne dépenserait, stratagèmes dont on n'userait, pour y atteindre. La prudence et l'expérience de Vos Seigneuries n'ignorent pas jusqu'où peuvent aller les artifices et les moyens employés par les Princes en de telles affaires, et combien d'or ils dépensent pour réussir'. »

Lu lettre de ce tcnéhieux donneur d'avis ne finit ])as là. Après avoir exposé le péril, l'auteur propose les moyens préservatifs. Nous ne le suivrons pas dans son énumération. Il conclut en demandant pour unique récompense aux Inquisiteurs, dans le cas où ils prendraient en considération ses observations, la remise d'une peine qu'il a été condamné à subir, et sur laquelle, ainsi que sur sa personne, le Conseil des Dix informera leiu's Excellences. Le document fut en effet soumis au

1 CoxsEii, DKS Dix. Archive». I'. ii. fi/ze, 1660, 27 septembre. Trois (iociimeiits. « lll'"' et l'Irr-™' SS'' IiK[uisitori di Stato. E proprio d'un aniiiio fodelissiiiio avvertire il siio Principe qiialunque scoperto pciicoli) primo che m; sortisrano i mali, et havendo io persona clie ])er ora non (•■ipriini; il sud iioiiio pcl lonjjo corso d'anni escrcit;tto il piihl)° l'alazzu i; r(î.stan(lomi impressc ie miMiioiic (Il i|iiaiini(|iio silo (l(;l in(.'<l(?simo, scnio liora sojjjjerirmi dal fatto sicsso incmivciiionic cl pcricolo cosi {'rave verso il piilij)" iiitercss(!, clio m'ojjblijja non tacerio, mciitrc ('; toccantc le pin (jelosc e( aile in.dcric, die liabbia in ciiori! (picslo Sercn'"" Crovcrno, » etc.

194 LES ARCHIVES DE VEiNISE.

Conseil, qui ju^ea bon d'en faire cas. Le jour même, les chefs {i tre capi) délibérèrent, et ils arrêtèrent que la personne à laquelle on était redevable de ces avis serait libérée de toute condamnation, et que les Inquisiteurs seraient chargés de prescrire les mesures convenables pour obvier aux dangers indiqués afin de sauvegarder de toute atteinte coupable la salle du Collège et la Secrète ' .

Il est à croire que Battista Nani, revenu de son ambassade extraordinaire en France, dut s'occuper activement des devoirs auxquels l'obligeait la charge de surintendant de la Secrète qu'il avait acceptée. Ce qui est certain, c'est que ce fut sous son règne, en l'an 1669, f[ue fut enfin terminé le magnifique Catalogue du Trésor des écritures secrètes de la République. Les Archives actuelles le possèdent encore en son intégrité. C'est un beau et riche volume de deux cent cinquante-cinq pages sur parchemin, relié en maroquin rouge du Levant, et orné sur les plats de miignifi(pies enjolivements. L'effigie du lion de Saint-Marc y est marquée au miHeu, ressortant comme d'un vaste cercle d'or. Le premier feuil-

1 IGOO, 27 .sEUKMiiiti;. ('.. \.

« Che stante quello d'essentiaiissiino |iiibLli('u intéresse che gravoiiienle puô Incorrere nel pericolo evideiile rappresciitato nelle scritture lettc de peisona segreta,e stare imininenic all<; scritture pubblichc csi-;tcnli iiel Colle{;i() et a quelle dell' istessa Sccicla : conosciuticon l'ocihitj (jropiio da Iii(|iiisit()ri nostri di Stato liavor bisoyiio di provvedere e rFhiedio équivalente, tiaitandosi di maUi !a tanto {jclosa, e che rileva aile cosc più essenliali dd Govorno, etc.. K dia riinessu agli Inquisitoii iiosdi di Stato di dar quell' urdinc che .stimeranno proprio e suffiriente a ripaio dclli pericoli niaiiifeslati cosi nella [)arle di Collc(;io, segieta cd altii Inoghi dove vi è il bisdgno evidenlc... »

let porte ce titre en superbes majuscules diversement |)(ii)tes et ingénieusement combinées :

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