PREFACE
" Liiujjhe stazioiii tV-ci io iiella Secrki \ SI per {«eiiio d'investi|;azione, si per obblifjo (li raccolte a lume d(?Ila storia'... »
Je veux dire en peu de mots quel est l'ouvrage que je ^iens de terminer et que je publie présentement.
Il s'adresse particulièrement à ceux qui ont honoré de leur intérêt le précédent volume que j'ai tiré de la même source, et qui a paru sous ce titre « La Diplomatie Vénitienne et les Princes de l'Europe au seizième siècle. »
Consacré uniquement aux Papiers d'État de l'ancienne République des Vénitiens, il est le tableau des importantes séries de Documents politiques qui constituent aujourd'hui la partie des Archives de Venise qu'on appelle la Chancellerie Secrète, et à laquelle sont joints les Papiers du Conseil des Dix et des Inquisiteurs d'État.
Mon but a été d'en tirer, pour ainsi parler, l'essence historique au point de vue de la France. J'ai été encouragé de tout côté à produire cet ouvrage.
.l'ai adopté le plan qui m'a semblé à la fois le plus sinq)le et le plus capable de répondre par ses effets à rii/térétdo tous ceux qui cultivent les études liistoriques. Avant de m'engager plus avant dans des travaux spéciaux et limités par un sujet déterminé, tels que Henri IJf à Venise, les Princes de l'Europe au dix-septième siècle, Henri IV et les Vénitiens, les Audiences et les Conversations politiques du Cardinal de Richelieu, et d'autres productions que j ai pi(îparées dans mes voyages d'exploration,
' PlKxno OAnzOM , sénali'Ur M-iiiticii et siiriiiteiidaiit ilc l;i (lliaiicel- Irrio Secn'to, en son /iapport au Cimsi'il, du 21l juillet 1720,
en réunissant un nombre considérable de matériaux diplomatiques, il m'a paru que c'était mon devoir de mettre en lumière le tableau le plus développé possible des sources fécondes qui m'ont si heureusement inspiré, et auprès desquelles, pendant un temps si prolongé, j'ai vu et senti en moi se développer aussi vivement le goût pour les recherches, l'attrait pour les découvertes, la passion pour l'inédit.
J'aurais pu ne présenter qu'un catalogue froid et sec des séries de ces Papiers d'Etat, en faisant précéder chacune de quelques lignes explicatives. C'eut été une besogne aussi rapide qu'aisée. J'ai ambitionné de faire mieux et plus : ai-je réussi? Donnerai -je satisfaction à chacun de ceux qui , attirés par le titre du livre , ouvriront le volume et en parcourront les pages? C'est assurément mon plus vif désir.
Ce que j'ai fait, le voici :
Ayant les cadres sous la main, c'est-à-dire les séries des Papiers d'État du Sénat, du Cabinet des Ministres, du Conseil des Dix, etc. , j'ai cherché à en animer le fond par le pinceau de l'histoire. J'ai dit ce qu'étaient ce Sénat, ce Cabinet des Ministres, ce Conseil des Dix, ce Tribunal des Inquisiteurs d'État; puis j'ai décrit leuis richesses, j'ai cité et reproduit celles que j'avais estimées principalement propres à séduire un esprit curieux. Partout j'ai cherché dans les écrits de ces fameux Vénitiens les traces intéressantes de la politique de la France. Que le Lecteur qui désire se rendre compte sur-le-champ du procédé (pie j'ai suivi, veuille bien se porter vers les chapitres que j'ai consacrés, par exemple, à l'exposé des Dépêches des Ambassadeurs de Venise accrédités auprès des Cours étrangères'. Il connaîtra promptement la manière que
1 Voyez la Troisième partie de ce volume, les chapllrex vu , viii et ix.
j'ai tenté d'avoir pour réussir à faire sentir l'intérêt d'un sujet, sans en épuiser les ressources. Entré sous le pavillon de la France dans les Archives de Venise, j'ai voulu n'en pas sortir sans donner à cette partie du public lettré qui aime l'histoire, les preuves des connaissances que j'y avais acquises, et aider d'une façon incontestablement efficace ceux qui voudraient m'y suivre. Mon ambition a été d'être ici à la fois un guide et un informateur.
Cinq parties distinctes forment ce livre. Dans la première, je décris le lieu où sont rangées ces Archives, c'est-à-dire ce pittoresque et grand cloître de Sainte- Marie-Glorieuse des Frères Mineurs, les F?ar/, comme on dit à Venise. Dans un chapitre spécial présenté sous la rubrique « Historiens , Chercheurs et Visiteurs » , je me suis appliqué à dire quelles furent les personnes, soit érudites qui ont séjourné aux Archives, soit curieuses qui n'ont fait que les traverser, et j'ai signalé le but particulier ou de leur séjour, ou de leur visite. Tels y ont passé des mois à la recherche des relations politiques qui s'étaient établies entre leur pays et Venise, tels ne leur ont consacré qu'un petit nombre de jours pour y lire quehjues dépêches ou y vérifier quelques parchemins; je les ai nommés les uns et les autres. Cette j)artie est l'histoire de la maison, depuis qu'elle fut ouverte en 1822, jusqu'en l'aimée 18G0.
La seconde partie touche au passé. Qu'étaient ces Archives proprement dites d'Etat sous la République des Vénitiens? On les appelait la Chancellerie Secrète. J'ai fait son histoire , désigné son personnel , reproduit son inventaire, rappelé ses règlements.
Dans la troisième parti<', le Lecteur est intjoduit au
sein des assemblées politiques du Séréuissime Etat. Les lle(jistres qui en renlennent les (lélihérations , tenues jadis très-secrètes, sont examinés ; le mécanisme pour les consulter est expliqué. Ici est le Sénat, à côté le Conseil des Ministres, autrement dit le Collegio. Le second prépare la besogne du premier et lui soumet toutes choses. Le premier reçoit les Dépêches ordinaires des Ambassadeurs , et quand ces Ambassadeurs sont revenus de leurs missions, le premier encore les reçoit à sa barre, que dis-je, à sa tribune, et ils lui font rapport sur les usages du pays d'où ils reviennent et sur les habitudes politiques des Princes et des Ministres avec lesquels ils ont négocié. Je me suis beaucoup étendu sur le caractère historique de la Coy^respondance et des Relations des Vénitiens. Plus que jamais j'ai conclu à dire, qu'étant adopté le mode qu'on a d'étudier l'histoire depuis trente ans environ, il n'est possible de la bien faire que par la consultation simultanée de tous les écrits fournis par la Diplomatie sur les éléments d'une même question politique, et sur le naturel, le tempérament, les instincts, les intérêts, les sentiments, les qualités et les défauts de ceux qui l'ont fait naître et soulevée, nourrie et entretenue, traitée et conclue. Gomme c'était le Conseil des Ministres qui donnait audience aux Ambassadeurs étrangers, j'ai rattaché à cette partie ma dissertation sur ces Audiences, où j'ai introduit plus particulièrement que tout autre l'Ambassadeur de France.
Le Conseil des Dix et le Tribunal des Inquisiteurs d'État forment la quatrième et la cinquième partie, .l'ai principalement cherché à faire ressortir le rôle qu'ils ont eu à jouer dans les Affaires étrangères, et pour ce qui regarde leur action dans la vie j)oIitique vénitienne,
j'ai soumis au Lccteui" les iiiventaiies précis des papiers qui forment présentement encore leurs célèbres archives.
En un mot, j'ai voulu décrire toutes les Archives de ces différents Conseils cpi'on appelait à Venise le Corps jjoliticiue de la Republùiue, mettre en relief l'utilité de leurs documents dans la pratique actuelle de l'étude de l'histoire, et guider sûrement à travers ces vastes séries de monuments écrits, les Curieux et les Chercheurs qui auraient la louable ambition de s'y arrêter.
A l'Appendice, le Lecteur trouvera un répertoire des anciennes Magistratures non politùiues de la République de Venise. Elles étaient extrêmement nombreuses, et il nous a paru qu'une nomenclature sur ce point aurait l'utilité de donner une direction précise à telles ou telles investigations qui n'auraient rien de commun avec les séries politiques et diplomatiques décrites par nous avectant de détails. Nous avons fait suivre ce répertoire d'un état nominal, dressé d'après les correspondances mêmes, des Ambassadeurs Vénitiens accrédités à la Cour de France, et nous avons signalé la date de leur arrivée et de leur départ, et le nombre de dépêches qu'ils ont écrites pendant le cours de l'ambassade, soit ordinaire, soit extraordinaire, qu'ils ont accomplie.
J'aurais maintenant à offrir l'expression de tous mes sentiments de gratitude à qui a mis une elHcacité, une bonté, un empressement si grands pour seconder mon ardeur à ces intéressants travaux. De quelque côté que je regarde, ]e me vois si particulièrement obli.'jc" , <[ue je me sens embarrassé pour la préséance à donner à la mention de Ceux qui m'ont comblé de leurs bienfaits.
Ce ne sont [)as seulement les Archives de Venise <|ui m'ont été ouvertes avec la libéralit('' la |)lus large, alors
même qu'elles étaient très-réservées, ce sont encore les Archives de Florence, de Mantoue, de Parme, de Modène, (le Milan. Partout mes stations ont été Iructuenses en documents intéressants. Je dois, à ce sujet, de sin^juliers hommages à MM. Fabio Mutinelli, fJirolamo Dandolo, Tommaso Gar, Teodoro Toderini, Bartolommeo Cecclietti , et Lui^i Pasini , de Venise ; au commandeur Bonaini et à M. Cesare (^uasti, de Florence; au comte d'Arco et an chanoine W. Kraghiroli, de Mantoue; au chevalier lionchini, de Parme; à M. Ciampi , au comte Ferrari-Moreni, de Modène; au chevalier Lui{>i Osio, et à M. Pietro Ferrario, de Milan.
Dernièrement, j'ai été à même d'éprouver les effets de la notable courtoisie de la Grande-Bretagne, et les renseignements que j'ai puisés à Londres dans la Correspondance diplomatique anglaise sur l'ancien Etat des Vénitiens, m'ont permis d'angmenter l'ensemble des informations cnrieuses et variées que, depuis bientôt dix ans, je vais formant sur les mœurs politiques et privées de la Sérénissime République, distinguée dans le passe par un si particulier éclat. Hommages soient rendus par moi h l'illnstre Lord Stanley, depuis Comte de Derby, alors principal Secrétaire d'Etat, (jui m'a fait ouvrir les State Papers Office; à Lord Romillv, Master of the Rolls, sous la direction duquel le grand Record Office a piis n\\ développement si éclatant; enfin à Sir Thomas Hardy, «pii a dirigé avec tant de complaisance les communications qne j'ai reçues. Je profite donc ici de la j)nl)licit{' qui sera bientôt faite à cet ouvrage par son habile éditeur, pour j)rier tous ceux qui m'ont obligé dans l'accomplissement de mes travanx , d'agréer l'expression de la vive reconnaissance dont je me sens animé.
Paris, 15 juin 1870.