‹ Les archives de VeniseChapitre 35 sur 176 · PAPIERS DU SENAT · texte numérisé non relu

PAPIERS DU SENAT

ne seroient pas toujours conformes aux véritables intérêts de la République, si les plus habiles testes de ce coips , qui en connaissent les défauts, ne remédioient à ces inconvénients par un autre, c'est de temporiser, afin qu'avec le temps et par le moven de leurs harangues ils puissent ramener les esprits et faire prendre un meilleur biais aux affaires importantes ' . »

Il était naturel que la grande variété des matières traitées dans le Sénat eût pour premier résultat une non moins grande variété d'écritures ; de là ces Archives imposantes, proprement dites del Senato, et divisées en deux parts absolument distinctes, les unes secrètes, les autres non. Giovanni Rossi, dans ses Essais sur les choses vénitiennes, demeurés encore à l'état de manuscrit,

' Nous citons fré((ueinmcnt le livre du sieur de Saint-Didier comme étant l'un des meilleurs sinon le meilleur qui ait été écrit sur l'Etat des Vénitiens par un Français de l'ancienne France. Le sieur de Saint-Didier n'a j)as eu la prétention de se faire le juge suprême de cette Réptdilifpic comme son |)réd6cesseur à Venise, Amelot de la lloussaye, dont l'œuvre respire, à toute pajje, la partialité et la mauvaise humeui'. Il en a voulu simplement i-eprésenter le tableau qu'il avait eu sous les yeux pendant les deux ans qu'il avait été attaché à la personne du comte d' A vaux, ambassadeur pour le Roi, à Venise. Voici d'ailletu'S sa déclaration au public, en l'AvEnnssKMENT de l'édition de 1680 : u Tout ce (jui aroit esté écrit cy-devunt de Venise était ou peu conforme à lu vérité au ne traittoil que de la moindre partie des choses nue l'on en doit coiinoitre. Le séjour rfue j'y ai fuit depuis le commencement de l'unnée 1(172 jusqu'à la fin de 167'i', pendant ramhassade de M. le roinlc il'Avaiix, m'a inspiré le dessein défaire un tableau de la ville, du aouverneiiient et des manières de vivre des Vénitiens , le plus au naturel qui me serait possible, et de reiifermvr dans les trois parties de cet oiirrat/c tout ce que plusieurs autlieurs ont traitlé séparément , et J'ose même dire iiiiparjaitement. Toutes ces choses ensemble m'ont paru si rares cl \i si>,tjulieres, que Je ne les crois pas mains ilij/érentes de tout ce qu'on mit dans le reste de l'Europe, que la Chine l'est de la France. »

incline ii établir douze catégories dans les papiers du Sénat, et sa répartition est la suivante :

1" Registres- désignés Mistî.

2° )' » Serre tl.

3" » j) Délie Corti.

4» » » De' Rettori.

5° » )» Terra.

6° )' >' Mare.

"l" )' » Ronia.

8» » M Roina espulsis.

9° " )) Consultori.

10° ;< » Affarl Ecclesiastici.

11" ') » Communie ate .

12" » » Dispacci e Relaziotu.

Ce mode de répartition me parait diffus, et il confond les registres de la politique , tels que les Misti et les -S'ecreti, avec ceux de l'administration , Terra e Mare. Ne convient-il pas mieux de ranger complètement à part les séries de Terra et de Mare, pour réunir toutes les autres sur un même territoire. Ainsi l'avait pratiqué le gouvernement vénitien, qui n'avait point encombré avec l'interminable agglomération des registres de cette catégorie les rayons de la Secrète réservés aux affaires spéciales. Pourquoi d'ailleurs Rossi n'admet-il que douze séries au lieu de quinze? Que fait-il en effet des registres des Patii ou Traités, et de ceux des Comm,emoriali ou choses estimées bonnes à être enregistrées sur des livres spéciaux? Kl la série des affaires de Gonstantinople? n'était-elle j)as jadis tenue à part, et formant un recueil spécial, aussi bien que les affaires de Rome?

Deux mots d'abord sur les deux collections dites Terra

REGISTRES 7'EIifiA ET MAHt:. 233

et Mare, et dont les registres ne concernent que les affaires administratives, soit terrestres, soit maritimes de la République.

La série Terra comprend quatre cent onze registres et trois mille cent vingt-huit liasses (Jîlze). Les registres commencent en 1440 et finissent en avril 1788; les liasses vont de 1545 à 1797. Cette série renferme toutes les lettres ducales et les décrets du Sénat relatifs à l'administration des provinces situées sur tei-re ferme et à celle de la ville de Venise même. Toutes les affaires intérieures traitées mùu'steriel/ement se trouvent donc consignées dans ce recueil : ainsi, la correspondance ordinaire avec les gouverneurs et celle avec les magistratures dans la métropole. Chaque registre porte avec lui un Index général des matières; la reproduction d'un seul suffira poiH' la direction des investigateurs :

Spéciales personœ.

Ecclesiœ^ monasteria et hospitalla.

Electlones et confirmalioncs .

Communia, com.munilatcs, captliibi et tcrriloria.

Datia et merces.

Taxée et decimœ.

Consilia, coliegia et officia.

Banclii.

Pro honorandls Principibus.

Stipcndiarii.

Partes Rectorihus exefjaendœ.

liona et pecunia dominil.

Debitores dominii.

Partes générales et ordinrs clvitatii.

Advocatores comunis et sindici.

(rynmasimn Pataviiinni .

Acipiœ et expensœ pro fabricis.

Oratores, redores, revîsores et casteUani. hiiprestida et subsidia ' .

La série Mare comprend deux cent quarante-sept

registres sur parchemin, de 1440 à 1796, et douze

cent quatre-vingt-six liasses, de 1545 à 1797. Elle est

le recueil de l'administration maritime de la République.

Voici un spécimen de l'Index de l'un des Registres :

Armamentum.

Communia , communitates et capitula.

Electiones , commissiones.

Ecclesiœ, monasteria et hospitalia.

Galeœ , naves et tiavilia.

Litterœ et Rectorihus exec/uendœ.

Oratores, Nuntii et Secretarii.

Partes générales.

Stipendiati.

Supra comiti.

Spéciales personœ '.

Ainsi que l'indique là désignation propre de cette série, c'est en ses recueils qu'il faut chercher les lettres ducales et les décrets du Sénat relatifs à toutes les

1 C'est-à-dire : Affaires pniticulières à telles ou telles personnes. — Eglises, monastères et maisons hospitalières. — Elections à des charge» et confirmations dans lesdites charges. — Affaires communes. — Droits d'entrée et marchandises. — Taxes et décimes. — Conseils, assemblées et offices. — Banques. — Décisions relatives aux honneurs à rendre à des Princes. — Emoluments. — Décrets à faire exécuter par les Préfets. — lîiens et finances de l'État. — Débiteurs de l'Etat. — Décrets et arrêtés généraux. — Avocats de la Commune et Syndics. — Université de Padoue. — Eaux et dépenses pour constructions. — Envoyés, Préfets, Inspecteurs et gouverneurs de châteaux. — Emprunts et subsides.

- C'est-à-dire : Armement. — Affaires communes. — Elections et mandats. — Eglises, monastères. — JNavires et galèios. — Lettres à des Préfets et ordres à exécuter. — Envoyés et Secrétaires. — Affaires générales. — Emoluments. — Affaires personnelles spéciales.

REGISTRES TERBÀ ET MABE. 235

affaires maritimes d'un ordre non politique et h toutes les possessions d'outre-mer des Vénitiens; telles que Chypre, Candie, la Morée, les îles du Levant, l'Istrie, la Dalmatie, l'Albanie, la Grèce, et autres contrées qui furent sous la domination soit continuelle, soit temporaire, de la République. C'est aussi là qu'on trouvera des preuves abondantes des premiers services maritimes régulièrement établis entre Venise, la Flandre et l'Angleterre ' . Tout le recueil s'adresse essentiellement à l'attention des historiens des relations commerciales.

Avec les autres séries, nous entrons dans un domaine d'un intérêt moins exclusif: ce n'est plus l'histoire véni-

* Voyez dans rintéressante préface du premier volume du Calendar of State papers, etc., rédijjée par M. Rawdon Brown , les paragraphes suivants, relatifs aux voyages des galères de Venise pour les Flandres, depuis 1317 jus(ju'en 1532 : Account of the Flanilers (jalleys. Tlieyfonu the fimt link of connection hetween the tivo couiitries. — T/ieir first voyage. — Varions rules and régulations respecting the galleys , their captains , thcir ojficers, and crews. — Their course. — Ti-ade ivilh certain English ports and ivith Flanders. — Iinports from the Hfediterranean and East. — Vitjilant supervision of the Senale. — The admirais commission and responsihility. — Voyage of Flanders galleys suspended hy the league of Cambrai. — Finally discontinued in 1532. (De la page lxi à lxxi.)

Les premiers documents originaux extraits des Registri Scnato Mare, cites par R. Brown, sont des Décrets tlu Sénat des 2 et 22 uovemhre IVVO, 17 et 18 février, 10 mai 14H, 20 février 1 i'+2, 8 mars et 30 juillet 14 V3, 7 février et 7 mai 1444, 27 janvier, lU octobre et 17 décembre 1445, etc., etc.

Voyez aussi la Stoia civile e politica del commercio dei Veneziani , par C. A. Marinl ( Venezia , Colati , 1798-180.S, 8 volumes ln-8"); la Storia délia navigazione nel inar Xero , par Formaleoni ( Venezia , 1788, 2 volumes in-8"J; Del Commercio dei Veneziani , par Fabio Mutindll (Venezia, 1835, 1 volume in-8") ; les Veneti primi e secondi, par Giacomo Filiasi (Padoue, 1811-1814, 7 volumes in-8"), etc.

tienne, c'est l'histoire générale qu'elles rejjardent et concernent.

LIBRI PACTORUM.

Les Livres des Traités. — Le Liber Albcs. — Le Liber Blancl's. — Le Doge Andréa Dandolo (134-3-1354) contribue non-seulement par ses conseils, mais aussi par l'exemple, à la recherche des documents authentiques les plus anciens et à la formation d'importants recueils.

Dans toute description ou mention des trésors écrits que conservent les Archives de Venise, il faudra toujours mettre en avant celle des Libri Pactoritm ou Patii , recueil fort remarquable de neuf registres qui renferment la transcription des plus anciens traités conclus par la République des Vénitiens avec diverses puissances au moyen âge. Ces neuf registres, composés de feuilles de très-beau parchemin, sont complétés par un index exécuté avec un soin admirable, en 1538, par le secrétaire « Petrus Brixianus » , sous les auspices d'Andréa Franceschi, grand chancelier. On peut dire que l'éloquente inscription dont l'intelligent compilateur a orné l'une des pages de cet utile répertoire est un heureux tableau de l'ouvrage dont il a relevé les titres. « Hi sunt, dit-il, qui ab incuuabulis fere reipublicse Venetx ad actatem hanc nostrat)! , qnnqin'd tofjx bellique prxclare gestinn est.

Page 1