‹ Les archives de VeniseChapitre 6 sur 176 · DU GRAND CHANCELIER ET DKS SECRETAIRES · texte numérisé non relu

DU GRAND CHANCELIER ET DKS SECRETAIRES

De ceux qui étaient admis en Chain-cllei-ie. — Dl' l'ordre div- Secrétaires à Venise. — Le Grand Cliancelier. — Fonctions des Secrétaires. — I.<- Grand Chancelier est leur chef. — Ses différentes attrihutioiis. — Définition de cette dignité par le sienr de Saint-Didier. — Sa préséance. — Consultation et avis de Scipione Ferainosca. — Prérogatives. — Le <irand Chancelier est le garde suprême des écritures ordinaires et secrètes. — Qualités requises pour être do Chancellerie. — Citoyens originaires. — Degrés à parcourir. — Répartition des occupations ei des emplois entre les Noduri ducali et les Secretarii. — Définition du personnel de la Chancellerie ducale par Muazzo , auteur d'un ouvrage inédit sur le gouvernement civil de Venise. — Les Estraordinarii. — Les Ordinarii. — Les Secretarii. — lue histoire serait à faire de l'ordre des Secrétaires de la Répuliliqne de Venise. — Noms illustres parmi eux. — Giovanni Petro Stella. — Andréa Franceschi. — Giovanni Battista Rhamusio. — Leonardo Ottoboni. — Giovanni Baitista Padaviu. — Le goût des helles-lettres était particulier aux Secrétaires vénitiens.

Avant (le présenter à lu curiosité du lecteur un t;i.bleau précis des différents recueils des écritures politiques qui, avec le temps, ont composé le principal trésor des Vr-

chives de la Republique de Venise, nous avons pensé qu'il serait opportun de mettre en relief le personnel intelligent et actif aux soins duquel la postérité en a du la formation. Nous voulons parler de ces Secrétaires vénitiens qui, sous la présidence du plus illustre d'entre les citovens, appartenaient à la Chancellerie de l'Etat. De là ces deux chapitres : Secrétaires et Chancelleries.

On a beaucoup recherché, dans les séries considérables de documents spéciaux, les textes relatifs à l'organisation de la Chancellerie ducale et à la formation de celle qui en était une subdivision importante et qu'on appelait la secrète. Nous ne supposons pas qu'on ait rencontré aucune preuve formelle antérieure à la date du 23 avril 1402. A cette date, en effet, apparaît dans les Registres officiels, voté par le grand Conseil, un règlement très-précis, sous forme de décret ainsi présenté : Ordres pour la bonne conservation et surveillance de nos écritures d'État, tant de celles qui sont rédigées dans la Chancellerie que de celles qui nous arrivent du dehors^. Un document de cette nature, développé comme il l'est, et daté de 1402, est une preuve à' état civil recommandable, et permet de penser que l'établissement de cette Chancellerie était depuis longtemps déjà en activité de service. Les citovens qui y étaient admis formaient une classe toute spéciale désignée à Venise sous le titre de secrétaires, appartenant tous au rang esti-

• 1402, 23 aprilis, in Maiori Coiisilio. Ordini pei la buonu custodia e ronseona dellf carte tanto che sifaiino in CaneeUcria tfiuinlo t:he veiigoiio di J'Hori. Trois tlécrcts.

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mable des citoyens originaires, sorte de seconde noblesse dans cet Etat oligarchique, et qui avait un chef élu par les nobles, mais non choisi parmi eux, et créé à vie sous le titre pompeux de « orand chancelier » .

Ce chef élu devenait le premier des citoyens, et il avait des prérogatives exceptionnelles. Le Grand Chancelier gouvernait et dirigeait les Secrétaires, esprits habiles, rompus aux affaires dès le jeune âge, initiés, par des précautions admirables, aux iisajjes politiques et administratifs de la République, et dans le collège desquels l'État choisissait ses représentants pour les contrées où ses Envoyés n'ayant pas qualité d' ambassadeurs avaient celle de résidents. Ainsi à Naples, à Florence, ji Milan, à Turin, aux Gantons suisses.

Ce collège des Secrétaires ou plutôt de la Chancellerie où ils se formaient en passant par divers grades civils, procurait de la sorte à toutes les grandes magistratures des serviteurs excellents. Les uns allaient avec les ambassadeurs près les cours étrangères, ayant titre et émoluments de secrétaire ou de coadjuteur, les autres étaient élus au service politique du Sénat ou à celui, plus élevé encore, du Conseil des Dix. Ces derniers étaient les j)his considén'ïs et les plus méritants. La responsabilité des uns et des autres était d'ailleurs considérable, car ils étaient dépositaires ilu secret, ayant charge nonseulement de conserver les papiers de l'assemblée et du conseil (ju'ils servaient, mais encore de rédiger les lettres et tous autres écrits qui étaient l'expression même des volontés, décisions et arrêts de l'Etat.

Sansovino, qui écrivait en 1580 sa « Veneiia città nobilissima e singolare » , venant de parler de la scala d'Oro du palais ducal, à l'extrémité duquel est la salle au plafond doré avec quatre tableaux du Tintoret, ajoute : « A gauche, on entre à la Chancellerie, où se conservent les écritures anciennes et modernes de la Réj)ublique, confiées aux soins de secrétaires pris dans la classe des citoyens et élus par le Conseil des Dix, ayant à leur tête un chef suprême appelé le Grand Chancelier. Cette charge est conférée avec de grands honoraires et des privilèges spéciaux par le Grand Conseil à l'un des secrétaires les plus distingués, et il intervient h tous les conseils secrets de l'Etat. Il est vêtu alla senatoria et porte les bas rouges. A sa mort, il a dans Saint-Marc les honneurs du baldaquin. Le Prince avec la Seigneurie assistent à ses obsèques, et une oraison funèbre est prononcée. Nous ne trouvons pas de trace qui indique que cette dignité ait été créée antérieurement à quatre cents ans, car alors on disait simplement « le Chancelier du Doge » .

Le sieur de Saint-Didier, qui a écrit un des plus intéressants petits livres qui se puissent lire sur La Ville et la République de Venise, s'exprime l)ien mieux encore :

« La République, comme j'ai déjà dit, ne se peut passer du ministère des citadins; c'est pourquoi, pour exciter le zèle et assurer à l'État la fidélité des principaux membres de ce puissant corps, elle a voulu l'honorer de l'illustre dignité de Grand Chancelier, à laquelle ils ne peuvent parvenir que par l'assiduité et l'importance de leurs services : ce poste est le faite de la gloire,

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