LE GRAND CHANCELIER
et la dernière récompense où aspirent les Secrétaires de Ja République, et particulièrement ceux du Conseil des Dix, qui tiennent le premier rang : les avantages qui sont attachés à cette grande charge égalent en apparence celui qui la possède aux premiers Sénateurs de la République; et même en plusieurs choses ils l'élèvent beaucoup au-dessus : car, excepté les Conseillers de la Seigneurie et les Procurateurs de Saint-Marc, il a la préséance sur tous les autres magistrats ; il porte la veste ducale de pourpre, il a le titre d'Excellence, les portes lui sont ouvertes dans tous les conseils; il tient les sceaux de la République et il en a le secret; il assiste à la lecture des dépêches et des réponses des ambassadeurs et à tout ce qui se traite au Sénat; il lit dans le grand Conseil tout ce qui s'y doit mettre aux voix; il est le chef des citadins , comme le Doge l'est de la noblesse ' . »
Il faut toutefois ajouter que s'il était accordé au Grand Chancelier d'être témoin aux séances du conseil le plus secret, il ne pouvait cependant pas y agir; car ni au Sénat, ni au Grand Conseil, ni aux Dix, il n'avait voix délibérative. Il était spectateur muet. Sa présence semblait dire : « Tous les citoyens vous entendent, puisque, de par les lois fondamentales de notre Etat, je suis paimi vous. »
Dans les premièies années du dix-septième siècle, ime question fut soulevée au palais de la Seigneurie sur le fait de certaines prérogatives du Grand Chancelier.
' La ville et lu répuhluntt' de Venise, avec dédicace à .Monself|iii'iii de Mesiiios, comte d'Avaux et de Neu-Ca.stel , par le sieur de Saint- Didier, pafje IW. (Paris, Guillaume de Luyne, libraire juré, 1680.)
Dans ces sortes de circonstances, qui n'avaient rien (l'ahsolinnent politique, les consulteurs juristes de la Itépublique étaient appelés à donner leur avis. Le plus éclairé et le plus distingué à cette époque — l'ra Paolo 8arpi n'était plus! — se trouvait être un patricien de Vicence, Scipion Feramosca, et ce fut à lui que fut demandée la consultation. Le magnifique Grand Chancelier, selon ce juriste, a d'antiques privilèges, établis par des usages de temps immémorial. Il assiste aux cérémonies avec le sérénissime Prince. D'après le décret du 23 mars 1618, les fils et les frères du Doge, dans les cérémonies ecclésiastiques et civiles, doivent suivre le chef de l'État après les magistrats ordinaires; or ce décret laissait incertaine la préséance du Grand Chancelier sur les fils du Doge, et la difficulté fiit levée en sa faveur. Il a donc le pas sur les grands magistrats, sur les ambassadeurs. Rien dans l'Etat ne peut être assez secret pour lui être caché ; il est comme le grand prêtre du Sénat, comme l'antique oracle caché sous les autels des anciens Dieux dans Kome antique. Il est donc à croire que les anciens sénateurs de Venise, qui par des lois sages et prudentes ont su créer ime République si glorieuse , ont pu aussi statuer sur les mérites et les titres nécessaires pour remplir des charges si hautes '...
En 1480, le Grand Chancelier Fornace renonça à sa charge; il lui ftit cependant réservé d'avoir entrée à tous
' Scrilluie di Sci|)ione Feramosca (Raccolta Cirogiia), Venise. « I»turno a cio avvi insigne sciitliiia del conte Scipione Feiamosta, noliile Viceniino, consuliore in juif. " (G. liossi, /-f^yi, vol. XXVI, classe vu, Marciann.
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les conseils, ses émoluments lui furent conservés et les honneurs funèbres, si pompeux à Venise pour les grands chanceliers, lui furent rendus comme s'il était mort investi de sa dignité'. Il en fut de même pour Marco Ottoboni , créé patricien pendant qu'il était grand chancelier, en 164G. Ses droits aux honneurs particuliers du titre lui furent maintenus. C'était proclamer que, quoi qu'il advînt, le Grand Chancelier de cette République ne pouvait perdre qu'avec la vie les prérogatives que lui reconnaissait la constitution.
Ses fonctions étaient des plus diverses. C'était à lui qu'incombait le soin de répartir les Secrétaires pour un service de quatre années auprès des diverses magistratures. Les questions sur les affaires de Rome venaientelles à être traitées dans le Sénat, c'était lui qui, selon les lois si spéciales à cet égard , désignait par leurs noms les sénateurs à qui leurs intérêts particuliers ou leurs affinités connus en cour de Rome interdisaient de prendre part à la discussion, contraints qu'ils étaient de se retirer pendant qu'elle avait lieu. Il conservait les registres des votes pour l'élection aux charges, offices et dignités, et proclamait dans le Grand Conseil, dans la salle des scrutins, au Sénat et au Tribunal des Dix, le résultat des votes avec les noms des citoyens élus. Le soin spécial enfin de la Chancellerie secrète était dans ses attributions, et c'est à ce titre principal que, pour n(»us, dans ce livre, nous avons à voir dans le Grand Chancelier un personnage aussi intéressant. Ce n'est
' Itossi. Le<i<ji e coslumi , vol. XXV], ji. 222.
point, en effet, pour d'autres qualités qu'intervient ici la fi^jure de ce dignitaire élu par le suffrage de l'auguste assemblée du Grand Conseil.
Dans les cérémonies, le Grand Chancelier ne pouvait s'habiller de noir, et devait y paraître vêtu, comme toujours, en apparat de couleur; il portait la toge écarlate à manches larges, comme pour montrer sans cesse aux citoyens le grand relief de celui qui les représentait dans un Etat cependant aristocratique. A l'égal du Doge, il lui était permis de rester toujours couvert. Ainsi était honoré à Venise l'homme à qui était confiée non-seulement la garde des sceaux de l'Etat, mais encore celle de ses écritures ordinaires et secrètes. Son territoire était donc la Chancellerie ducale, avec sa subdivision si fameuse dite la Secrète. Ses sujets étaient les secrétaires et tous les jeunes aspirants à cette qualité, qui, si elle n'était pas toujours le signe d'un mérite hors de pair, était du moins le résultat d'un travail accompli, d'une aptitude particulière et déjà éprouvée, et d'une expérience forcément acquise dans le manège quotidien des actes et des écrits politiques, et à l'audition constante des discussions les plus éclairées.
Pour être de chancellerie (on disait cela à Venise, comme en France on eût dit de robe), il fallait être citoyen originaire '. On y entrait fort jeune. Etre
• Après les nobles, dit l'historien Ronianin, venaient les citoyens originaiies!, aiitremonl dit les gens nés liois de Venise, devenus citoyens en vertu d'une concession spéciale qui s'uhtenait par un certain nombre d'années de résidence fixe, par mariage avec une Vénitienne, et toujours
admis dès douze ans à recevoir une éducation spéciale préparatoire , c'était déjà avoir comme un certificat d'aptitude aux choses intellectuelles. Dès 1443, par un décret du 1() avril, le Grand Conseil voulant que la Chancellerie, par laquelle passaient les affaires les plus importantes, fût pratiquée par des personnes povu* qui la naissance « civile » ne fût pas le seul titre, mais qui fussent capables aussi de justifier d'une somme de connaissances intellectuelles en rapport avec le de^ré de l'emploi , confia à la Seijjneurie le soin de l'élection de douze jeunes gens de plus de douze ans, pour être instruits tout spécialement dans les notions de la langue latine, de la rhétorique, de la philosophie et autres
d'après un décret du Sénat. La citoyenneté de intiis permettait l'exercice des arts et métiers et du petit commerce, celle de intus et extra accordait la pleine jouissance de tons les droits du citoyen vénitien. Cette classe sociale fut régulièrement constituée vers la moitié du quinzième siècle, et pour y appartenir il était nécessaire de prouver aux magistrats dits Avogadori la naissance légitime et l'honorabilité du père et de l'aïeul, le non-exercice, à ces trois degrés, d'arts mécaniques, enfin avoir en main les pièces de contribitahle. Les individus qui en faisaient partie avaient le droit de concourir aux emplois d<> la Chancellerie ducale, voire à la dignité de grand clianceliei', principalix.sima dans l'Etat, aux fonclions de notaire, de coadinlein- à V Ai'O'jaria , d'inteiulant ducal, de prieur des lazarets, d'avocat fiscal, de secrétaire, etc. Storiu dotninientata, t. IV, p. 470.
Voyez aussi l'ouvrage de M. R. Cecch(Uli, Il Do'/e, |)ag(! 192, où il est traité des cittadini , et page 244, dellu clltadinunzii orir/inariu dei Venrziatii. L'auteur fait à ce sujet un grand éloge d'un niémoire jusqu'à [irésent inédit, rédigé j)ar le chevalier Teodoro Toderini et fort uiih; à consulter sur cette matière Intéressante : (ienealoijie délie faniiqlie Venete ascritte alla cittiuliitunza originariu , « opéra, dit M. Ceirchetti, elahorala con pazicntissime cure, I nosiri lettori debhoiio quindi saper grado unicamente al Toderini, vcru autorità in laie arijomeitto, di averci regalato tali notizii- che pnngono nella vera luce un suMiieiio Hnm.i controvcrso e crcdulo ili poca importanza. "
sciences estimées nécessaires '. C'était l'essaim d'où l'on sortait pour entrer en chancellerie, où l'on était d'abord cstraordinario , puis !cinq ans après ordinario, et enfin secretario. Cet ordre de succession dans l'emploi est longuement déterminé par un décret de 1583. De ce temps date aussi la création des estraordinarii di rispetlo. L'essaim se trouva donc augmenté , et on peut estimer tout ce })ersonnel actif, intelligent, occupé sans cesse, à près de cent individus, dont les premiers en grade étaient les quatre Secrétaires au Conseil des Dix; les seconds, les vingt-cinq au Sénat; les troisièmes, les vingt-cinq ordinaires, et au rang inféiieur, les trente et quelquefois trente-huit extraordinaires. A la direction habituelle présidaient deux ou trois chefs, dont un était dit reggente di Cancelleria, puis sur tout l'ensemble dominait il can- CELLIER GRANDE. Pour sc rendre compte de tout le travail excellent de ce petit groupe affairé et dont chacun avait des attributions spéciales, l'un écrivant les Annales de la République , l'autre tenant les Registres secrets du Sénat, ou dressant les Sommaires des dépêches reçues, (opération excellente et utile à laquelle on doit les Rubricarii), celui-ci préposé aux Affaires d'Orient, celui-là député à la rédaction des Audiences, un tel désigné
* Die XVI api'ilis 1443, iii .Maioi'i Consilio. " Quod per Doiniiium consilidiiof; et capilihus de XL. clùji debeant duodecint piteri Veneli ab aniiis diiodecim vel supra de CaiiceUeriu, etc.. » Quoniain iiiultuni facit pro honore nostri doniinil et pro utilitate et coiDoiodo ageiidoruni nostroiiini tain in Venctiis, otc. — Voyez aussi la délibéralion du Conseil des Dix, 1478. Le décret de 1443 est des plus imporiants à lliisloinfie la thanc-ellcric vénitienne, car it est la hase rondamentale de ses règlements.
nour accompaf^ner le Provéditeur général à Candie, cet autre détaché à la tenue des livres appelés Universi, il faut avoir pratiqué ces grandes Archives de Venise qui nous ont conduit naturellement, en parlant d'elles, à honorer ici la mémoire de ceux qui ont le plus contribué à leur formation * .
Muazzo , écrivain si précis, très-correct, guide toujours sûr, a une page excellente dans son Histoire — encore inédite — de l'ancien gouvernemejit de la lîépubliqiie de Venise, sur le personnel de la Chancellerie ducale. Les distinctions, les attributions de chacun, y sont rapportées avec une connaissance parfaite des matières. Cette page utile à connaître trouve ici son cadre :
« L'ordre de la Chancellerie ducale, dit-il, après celui des nobles, est le plus considéré. Il est composé par les Secrétaires qui ont part à tous les intérêts et affaires de la République, au dedans et au dehors de la métropole. Les sujets qui en dépendent sont de trois classes : les Extraordinaires , les Ordinaires et les Secrétaires : de tous est chef le Grand Chancelier.
» Les Extraordinaires sont la classe inférieure, celle
* Le Grand Chancelier G. I>. Padaviii, dans un mémoire intéressant (|u'il adresse au Conseil des Dix siii- l'étal de la Chancellerie ducale, en décembre 1035 , dit :
Il E formata la Cancellcria in numéro di cinrjuanta nodari , c-ioè venti ordinarii et trenia slraordinarii... Tlvv. obhlijjati aile matcrie criminali dell' Ecceiso Consiglio di X, quattro o ciuijiie aile ziffre , quattro alli Repistri secreti , quattro uel scriver lettere et scritture che si mandano fuori sécréta in tanla copia ojjni seltiniana, che difficilmente se io puô persuader chi non la vede, uno aile voci del mazor Consiglio, non poclii sono d(;piilati a servir divers! magistrati, et molti fuori in puhlilico servilio etc. »
(jui donne introduction à la carrière. Le Conseil des Dix les élit. Leur devoir est d'enregistrer les décrets officiels dans la Chancellerie, de copier les dépêches que l'on adresse aux recteurs, de servir de secrétaires aux magistrats élus par le Sénat, de porter dans l'assemblée du Sénat et du grand Collège les urnes du scrutin , quand on y procède aux élections des charges. Ils sont au nombre de trente-huit et doivent avoir dix-huit ans accomplis.
» Les 0?'(////a«Ve.s sont vingt-trois, élus aussi par le Conseil des Dix. Ils sont choisis parmi les Extraordinaires et ne peuvent être promus à ce grade s'ils n'ont pas appartenu pendant cinq années à la classe précédente, ou s'ils n'ont servi au dehors, des ambassadeurs, des généraux, des amiraux ou autres dignitaires obligés d'avoir avec eux des secrétaires de l'ordre. Ils sont astreints aux mêmes obligations que les Extraordinaires . Ils tiennent les registres de la Chancellerie secrète. Parmi eux, quatre préposés sont aux chiffres, quatre autres aux choses secrètes. Ils portent aux ambassadeurs des princes les délibérations du Sénat qui les concernent ; ils copient les lettres adressées aux envoyés de la République au dehors, aux généraux en chef et autres représentants, lorsqu'elles ont un caractère secret et réservé. Une fois copiées, les lettres doivent être souscrites par le secrétaire qui les a composées et lues au Sénat.
» Les jeunes gens de Chancellerie , avant d'être soumis au scrutin pour être élus tant Extraordinaires qu'Ordinaires, subissent un examen devant les chefs du Conseil
des Dix, un conseiller du Dofje et un des léforuiateurs à l'université de Padoue. Les Ordinaires et les Extraordinaires ont le titre de Notaires ducaux , et se qualifient ainsi dans les écritures officielles.
» Les Secrétaires sont élus par le Sénat : ils sont au nombre de vinfjt-cinq. Ils doivent avoir vingt-huit ans accomplis, avoir servi cinq ans en qualité d'Ordinaire, ou avoir rempli deux fois les fonctions de coadjuteur auprès de quelque charge au dehors. Les élections des Secrétaires dans le Sénat se pratiquent ainsi : des jeunes gens de Chancellerie parcourent , une feuille à la main , les rangs des sénateurs, et prennent note des noms qui leur sont désignés. Ceux-ci sont mis aux voix et élus à la majorité. Ils subissent aussi un examen en présence d'un conseiller du Doge, d'un chef des Quarante, d'un ministre au Conseil, d'un aux Ordres, et d'un réformateur à l'université de Padoue. Ils doivent traiter les matières indiquées par le réformateur en langue italienne et latine. Les Secrétaires sont destinés au service du Sénat et du ministère. Ils rédigent les délibérations qui doivent faire l'objet des discussions du Sénat ; ils servent aussi dans les résidences, et sont employés au dehors dans des circonstances insolites. L'un d'eux, il tour de rôle , sert le Doge dans les fonctions solennelles.
» Les Secrétaires du Conseil des Dix sont au nombre de quatre. Le Sénat les élit dans la forme prescrite. Leur service au Conseil est de quatre ans, à l'expiration desquels ils retournent à celui du Sénat. Passé deux ans, ils peuvent être réélus pour les Dix. Un secrétaire de cette
(jualité doit avoir servi dix ans le Sénat, ou passé huit ans à deux résidences.
» Chacun , dans l'ordre de Chancellerie, a droit à un appointeraent anjiuel payé par le trésor. Le plus bas est celui des Extraordinaires ; le plus élevé, celui des Secrétaires aux Dix. Il est en outre un capital de vingtquatre mille ducats par an, réparti en deux cents parts de cent vingt ducats l'une. Le Sénat les distribue à ceux de l'ordre, selon que chacun s'est distingué par la ponctualité et le mérite. A tout jeune Ordinaire ayant servi de secrétaire dans les ambassades ou les grandes charges, il est d'usage de lui donner une de ces gratifications. Selon son mérite , un de ces jeunes gens de l'ordre peut en recevoir plusieurs ' .
» Les Secrétaires occupés à des fonctions dépendantes du ministère ou du Sénat sont délégués aux emplois selon les décisions du Grand Chancelier, qui les soumet annuellement à l'approbation des ministres. Quand ils s'y distinguent, on les proroge en leurs fonctions. Chaque service spécial a plusieurs secrétaires, afin qu'en cas d'empêchement de l'un d'eux ce service ne soit pas en souffrance. Deux Secrétaires sont préposés à la connaissance précise et à la rédaction des lois, et ils sont tenus d'en assurer la teneur en cas de doute dans les Conseils. Deux sont destinés à la conservation des papiers secrets, deux sont députés aux annales*. »
• Bibliothèque de Saint Marc (division des manuscrits). IIistobia uel
COVERNO ANTICO E PIIKSEXTK DEl.l.A RePIBLICA D1 VeNETIA, OUVragC dc
Muaz/u, |ia{;e 90, Délia Cancelleria ducale.
2 Idem, ibiil., page 120. (Classe VII, codex dcccclxvi. ) J'ajoute à
Que (le noms il se rencontre dignes de l'histoire parmi les Secrétaires de la République de Venise, depuis la seconde moitié du quinzième siècle jusqu'à la fin du dixseptième! Nos annales n'ont pas oublié ce Pietro Stella qui négocia à la cour de France sous Louis XII, en des temps difficiles , et le monde des lettres honore la mémoire de cet autre Secrétaire, Giovanni Battista Rhamusio ', ami d'Aide l'Ancien , et à qui l'on doit l'important travail qui a produit la Raccolta délie Navigazioni et Viaggi. Un ouvrage excellent et plein de faits pourrait être écrit aujourd'hui à Venise par quelqu'un de ces esprits alertes, actifs et doctes, qui tiennent à honneur de réveiller, en les illustrant, les vieux souvenirs de la patrie glorieuse : Les Secrétaires de la République. Une partie devrait y être entièrement réservée à l'histoire des quarante-trois Grands Chanceliers qui se sont succédé depuis Nicolaus Pistoretus, élu le 11 février 1323, jusqu'à G. A. Gabriel, élu en 1789, et le dernier de cette République^.
l'es détails fiuo les (Ic'crcts, délili(''i'alions, ;irr<"'(s, déci-iious c( considcralioiis relatifs à l'oidri; dos Seciétaires sont en nombre inlini. Leur seule léuiiioii formerait un volume compacte. Giovanni Rossi, à cet égard, est très-intéressant à consulter. Vovez à la Ijihliothèque de Saint-Marc, parmi les Manuscrits, le recueil lecci e document!. Première série, tome IV: CiUadini nriqinarii , pa|;es 1.3(5-154; tome XXVI: Cancellier I) lande , paj;e 222; ('aiicellcria ducale, page 228. Deuxième série : Docr.MKNTi, tom(! XV : iJecrelo nulle Segretarie, J)age 83; Ofjicio del Cancellier r/iande net collrr/io, page 195; tome LXXV : Ordiiwt Secretarii, Cancelleria ducale. N'ovex encore : classe VII, codex MijCLXXiii : Grandi Cancellier i (con note), 12()8-1586; Secretarii Consiglio X, 1355-1589.
1 Voyez noire notice sur Messer Zuane Battista Rhamusio, dans notre opuscule a Aldo Manutio », Lettres et documents, page 89.
■^ Le premier Grand Chancelier cité dans les histoires de la Répnldique
Ces monographies intéressantes conduiraient h l'étude la plus variée des sciences politiques et à l'histoire des nép^ociations en de nombreux pays. Le Grand Chanceher Gian Pietro Stella, élu le 25 janvier 1516 par treize cent quatre-vingt-trois votes dans l'assemblée du Grand Conseil, avait été secrétaire de douze légations, et avait rempli personnellement neuf missions, dont deux particulièrement importantes auprès des Gantons suisses. Les cours de Savoie, de France, de Rome, de Vienne, lui étaient famihères, et il avait su captiver à tel point l'esprit de Maximiiien , roi des Romains, que ce souverain l'avait en quelque sorte fait son conseiller. Ajoutons qu'un des caractères distinctifs de ces Secrétaires était le goût et l'inchnation que la plupart avaient pour les belles-lettres et la connaissance des langues. C'est un attrait de plus a l'étude de leurs œuvres et à la connaissance de leur vie. En 1529, le 12 septembre, fut élu le secrétaire Andréa Franceschi ; il avait servi pendant quarante-trois ans,, était d'une instruction et d'une érudition profondes dans les langues grecque et latine, et c'est avec une sorte de plaisir que nous avons à reconnaître son humeur lettrée dans un des legs de son testament' consistant en un Homère imprimé chez Aide l'ancien et relié à la damasquine avec or, etc., en faveur de cet autre bon lettré, maître G. B. Egnazio^, celui-là
est Conradu.s de Ducaiis, 12G8, 15 juillet; le second, Nicolaus Cistoretus, 1323, 11 février.
• IJibliotlièque de Sainl-Marc, inaiiuscrit-!. Testament (ï Awàrax Franl'eschi, Grand Chancelier.
- Giovanni di Cipelli, dit Giovanni Kattista Eynazio, né à Venise en 1478, yrand latiniste, occupa une chaire de belles-lettres qu'il rendit
même qui, en 1514, avait prononcé l'oraison funèbre du plus méritant des typographes au quinzième et au seizième siècle. Cet Andréa Franceschi avait le goût des médailles, il recueillait les inscriptions anciennes, et le grand Titien, dont il était un ami, a fait de lui deux portraits. Par intérim, il avait été aussi bibliothécaire de Saint-Marc. Leonardo Ottoboni, élu le 14 novembre 1610, était non moins érudit en linguistique qu'Andréa Franceschi , et pendant qu'il avait été secrétaire en Espagne sous Philippe II, il avait occupé ses loisirs à réunir tous les matériaux les plus anciens en fait d'inscriptions propres à servir de preuves pour l'histoire de l'Espagne. Il avait été fait secrétaire aux Dix en 1588 , fut vingt ans Grand Chancelier de la République, et mourut à quatre-vingt-huit ans, en 1630. Un de ses secrétaires lui avait dédié ce mémoire, dont le titre mérite bien d'être rappelé ici : De studiis instituendis civium Venetorwn quiciinque ad arcana Reipublicse sunt adiscendi. Giovanni Battista Padavin, né en 1560, entré en Chancellerie comme estraordùiario en 1576, reçu ordinario le 17 décembre 1577, avait été fait secrétaire du Sénat six ans après, chancelier inférieur en 1588, secrétaire aux Dix en 1603 , chargé de missions aussi délicates que difficiles près des Grisons ', puis en Lorraine; il avait acquis par l'étude de l'histoire des nations
renommée par toute l'Italie; accompa{]na, en 1515, à Milan les anibas- .<iadcnr.s de Venise à Franrois I*"" et lit le panéjjyrique du Roi , et mourut en 1553 en juin ou juillet. Voyez Cicogna, In^crizioni , tome I"^"", p. 341. ' Sur les missions de G. B. Padavin aux Cantons suisses, voyez Ie> indications donnc(;s par M. Victor Ceresole dans son livre : La Républitfue de Venise et les Suisses, pages 36, 37, 38, 39, 43, 44, 45.
une science politique consommée, et fut élu Grand Chancelier en 1630. Il avait pour devise ces mots, qui sont presque un récit : « Per varias casiis. » Telles de ces familles de Secrétaires s'étaient rendues illustres à Venise et au dehors à l'égal des patriciens, et les noms des Spinelli, des Milledonne, des Celio Magno, des Domenico de Vico, des Bonifazio Antelmi, des Busenello et des Nicolosi méritent les faveurs de l'histoire, pouvant aller de pair, sinon par le rang, du moins par les talents, avec des Gontarini, des Nani, des Donà , des Morosini, et autres négociateurs et politiques célèbres.
Nous avons parlé des Chanceliers, regardons maintenant la Chancellerie. Nous aurions peut-être dû montrer la maison avant de présenter les habitants, mais le but de cet écrit exige que nous étendions nos détails avec plus de complaisance sur celle-ci que sur ceux-là; et c'est pour être plus à l'aise en ce discours que nous avons interverti l'ordre de la préséance.