‹ Les archives de VeniseChapitre 60 sur 176 · DÉPÊCHES QUI SO^'T A DECHIFFRER · texte numérisé non relu

DÉPÊCHES QUI SO^'T A DECHIFFRER

bienveillante entremise de la direction du Record Office, où des recherches dans les documents anglais nous retenaient alors', était faite pour nous émouvoir, en même temps qu'elle devait nécessairement faire naître en nous le plus vif désir de voir M. Luigi Pasini s'attaquer avec courage au chiffre des dépêches de France, comme il s'était attaqué au chiffre de celles d'Angleterre. M. Luigi Pasini a accueilli avec faveur nos propositions, il s'est mis à l'étude du chiffre de France non interprété avant lui ; et il a réussi merveilleusement. Grâce donc à son aptitude extraordinaire, les dépêchesde six Ambassadeurs vénitiens, pendant un espace de douze années, écrites sous l'impression des grands événements caractérisés par les dernières luttes du P»()i de France avec l'Empereur et l'Espagnol et par les premières guerres de religion, auront recouvré leur extrême intérêt.

Considérable sera ce travail, car nous n'avons pasestimé à moins de cinq mille lignes de chiffres le total (le celles qui, sans les heureux efforts du traducteur des signes occultes de l'Ambassadeur de Venise en Angleterre, seraient indubitablement demeurées pour nous lettre morte. Que signifierait en effet, pour le public lettré et curieux des choses de l'histoire, la publication de dépêches dont le sens serait jusqu'à cinq et six fois

' Nous (lûmes celto coinmiiiiiciiiuii biciivcillaiile à M. Dukfvs-Hardv, , qui, sous la présidence du LoiiD Romilly, est dii'ecteur du royal établissement appelé II PiiiLic Rkcoud Office », où nous avons étudié, depuis la fin d'octobre 1868 jusqu'à la fin de mars 1869, l'admirable «■ollection de documcui> di{ili)ni;i(i(pics anfjlais conservée sous le titre de " State I'ai'KRS >> .

interrompu dans une seule? Voici entre autres la lettre de l'ambassadeur Capello du 4- septembre 1554-, écrite à Gompiègne, où le roi Henri lui a donné une fort longue audience : elle contient d'abord deux lignes de chiffres, puis six en un autre endroit, puis six encore, puis trois , et enfin dix. Si ces vingt-sept lignes de chiffres ne sont pas compréhensibles, à quoi bon cette dépêche? N'estil pas d'ailleurs naturel de penser que tous les passages que l'ambassadeur a cru devoir dissimuler par des signes occultes, contiennent les faits les plus curieux ou les paroles les plus intéressantes? Giacomo Soranzo, rapportant un entretien familier qu'il eut avec Henri H au sujet des affaires d'Angleterre, dit : « Sa Majesté se tournant tout à coup vers moi, prenant un visage troublé et

haussant les épaules , m'ajouta ces propres paroles »

Et les paroles sont en chiffres non interprétés ! Ces exemples, bien qu'isolés, sont assurément suffisants pour démontrer et le préjudice du silence, et la nécessité de la révélation , pour l'usage de ces documents. Mais avec l'année 1566, les dépêches chiffrées portent avec elles l'interprétation officiellement opérée par les secrétaires aux chiffres de l'époque, et ce travail s'y trouve régulièrement accompli pour toutes les lettres reçues de France depuis cette année du règne de Charles IX jusqu'à celle de la chute de la République (1566- 1707).

Sous le règne de Henri IV, il y eut sept Ambassadeurs ordinaires et trois extraordinaires. Les dé])êches conservées,— et elles sont toutes en parfait état, — forment

Page 1