RELATIO^S DE FRANGE
l'actif (Je ce (jrand article pour les chapitres de nos histoires au seizième siècle : trente-huit Relazioni demeurées inconnues sont à rechercher; vingt-trois connues sont publiées. Regardons maintenant au siècle suivant.
M. Nicole Barozzi, avons-nous dit, a publié vingttrois Relazioni qu'il faut répartir entre les règnes de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV. Or, combien y a-t-il eu d'ambassadeurs vénitiens à la Cour, soit ordinaires, soit extraordinaires, depuis l'année 1600 jusqu'à l'année 1699? Le relevé des élections du Sénat, prati- <pié sur ses registres officiels, donne le chiffre de quarante et un '. Il y aurait donc lieu de porter au nombre
1 La RaccoUa Barozzi-Berchet, ainsi que la RaccoUa Albéri, se divise en séries. Mais elles sont disposées dans un ordre différent, car chaque pays forme une série.
Première série : V Espagne , deux volumes.
Seconde série : la France, trois volumes.
Troisième série : V Italie , un volume de publié.
Quatrième série : V Angleterre , un volume.
Cinquième série : Constantinople , quelques livraisons publiées.
L'ouvrage en est donc au huitième volume, qui n'est que commencé. Les retards apportés au complément ths cette intéressante publication sont infiniment regrettables. M. Nicolo Barozzi a pris soin de la deuxième SÉRIE, c'est donc lui qui a publié les Relations de France des Ambassadeurs dont les noms suivent :
Angelo Badoer, 1605. Franccsco Giustinian, 1600.
Pietro Priuli, 1608. Gio.-I!att. Nani, 1660.
Antonio Foscaiiiii, 1610. Alvise Griinani, lOG'd-.
Naiii et Gussoui, 1611. Alvise Sagredo, 1665.
Pietro Contarini, 1616. Marc-Ant. Giustinian, 1668.
Viiicenzo Gussoui, 1617. Giovanni Vlorosiui, 1671.
Ottaviano Bon, 1617. Franccsco Michiel, 1674.
Alvise Contarini, 1637. Ascanio Giustinian, 1676.
Angelo Correr, 1641. Domenico Contarini, 1680.
A. Contarini et (r. Gi'imani , 1643. Sebastiano Foscariiii, 1683.
Gio.-Batt. Nani, 1648. Girolamo Venier, 1688.
Michèle .Morosini, 1653. Pietro Venier, 1(')95.
Giovanni Sagredo 1656. Nicolô Eiizzo, 1699.
344 LES AHCIIIVES DE VEXI8E.
de quatorze les Relazioni qui sont comme autant de tableaux manquants au cadre du dix-septième siècle ', mais en réalité il ne faut le porter qu'à treize , depuis que nous avons heureusement rencontré celle de l'ambassadeur Gior(}io Zorzi parmi les manuscrits conservés à la Bibliothèque de Ferrare.
M. Nicolo Barozzi, pour parfaire sa publication des Relazioni di Francia , devra recueillir et publier celles des ambassadeurs h la Cour de France pendant le dixhuitième siècle. Le travail exigera peu de fatigue, car bien que ce siècle ait compté vingt-trois ambassades vénitiennes en France, dix Relazioni seulement existent parmi les manuscrits des Archives, et sur ces dix ^, qua-
' Les Rklazioxi qui nous manquent sur Ii; règne de Loi'is XIII ei sur celui de Louis XIV (pendant le dix-septièuie siècle) sont celles des ambassadeurs dont les noms suivent :
Sous Louis XIII.
1610-1613. Giorgio Giustiman, ambassadeur ordinaire. 1617-1618. SiMEOSE CoxTAHiM, ambassadeur extraoïdinairc. 1618-1620. Angelo CoNTAniM, ambassadeur ordinaire. i62<)-1621. GiBOLAMO Pruli, ambassadeur extraordinaire. 1621-1624. GiovASM Pesaro, ambassadeur ordinaire. 1624-1625. Marc-Axt. Morosini, ambassadeur ordmaire. 1626. SiMEOSE Co.NTARiM, ambassadeur extraordinaire.
1629-1632. Alvise Contarim, ambassadeur ordinaire. 162S)-16"30. GiRJLAMO SoRASZO, ambassadeur ordinaire. 1631-1634. Giovanni Soraxzo, ambassadeur ordinaire. 1641-1644. GiROLAMO Giustinian, ambassadeur ordinaire.
Sous Louis XIV.
1655-1660. Francesco Giustiniak.
* Ces dix Relations sont celles des ambassadeurs ordinaires : Lorenzo Tiepolo, 170 i.
Alvise Moceiiijjo, 1733.
IJEI.ATION.S DE KHA^iCE. ;iV.">
trc déjà ont été publiées séparément. Cette série, moins complète et moins intéressante que les précédentes, offre cette particularité de présenter les deux dernières Relazioni comme ayant été composées d'une manière différente de toutes les précédentes, depuis trois siècles.
Alessandro Zen, 1736.
Francesco Venier, 1739.
Andréa da Lezze, 1742.
Francesco Moro<inl, 1752.
Da.ii.l DoUin, 1785.
Antonio Cnpcllo, 1790.
Almoro Fisani, 1795.
Les fjiiatre qui ont élc'; publiées séparément sont : la lielazione de Francesco Morosini (1752), par l'alibé I'inaldo Filin, et celles de Daniele DolHn (1785), d'Antonio Capello (1790) et d'Alnioro Pisani (1795), par l'historien Samlele Ro.mamn, dans les tomes VllI, IX et X de la Sloria Documenlata tli Veiiezia. D'où il suit que les Relazioni manquantes sur le règne de Lauis XIV, de Louis XV et de Louis XVI seraient celles des amljassadenrs :
Sous Louis XIV.
1698-1702. Ai-visi: Pisam.
1707-1710. Alvisic Mjce.mco.
1711-1712. Giovanni Emo. (Envové intérimaire.)
Sous Louis XV.
1722. N. FoscARiNi et L. Tiepolo, anihassadeursextraordinaiics.
1722-1726. Baridn Moni)siM, ambassadeur ordinaire. 1727-1730. Zaccahia Canal, andjassadein- ordinaire. 1745-1748. Andiika Thon, ambassadeur ordinaire, 1756-1759. Nicoi.o Em/.zo, and)assadeur ordinaire. 1764-17()8. Rartoi.omeo Giiaoemco, ambassadeur oi-dinaire. 1768-1772. Alvise Mocemco, auibassadeur oïdinairc.
Sous Louis XVI.
1772-1776. Liini ^Iockmco, ambassadem- ordinaire. 1776-1780. Marco Zen, ainbassadenr ordinaire.
Les ambassadeurs Antonio Capello et Almoro Pisani, en effet, avaient été témoins de la Révolution française, et ils avaient cru devoir prendre occasion de la lecture politique qu'ils avaient a faire de la Relazione, pour entrer dans des considérations inspirées par les circonstances mêmes, plutôt que de produire, selon l'ancien usage, des portraits de Princes ou de Ministres. Quant au dernier représentant de l'antique République auprès de la ?>ance, les actes du général Bonaparte au delà des Alpes et l'approbation qu'v donna le Directoire à Paris lui ôtèrent la peine d avoir à préparer la Relazione à laquelle l'obligeaient les coutumes anciennes de la politique de son pays. S'il y a donc une Relazione d'ambassadeur vénitien qu'il est assurément inutile de rechercher, c'est celle qui aurait dû être signée du nom d'Alvise Querini. Il n'en a point prononcé, cjir, à son retour, il n'y avait plas de Sénat pour l'entendre. Il y avait encore une Venise, mais la République avait vécu.
Ne cherchez pas dans les Relations des Vénitiens les faits journaliers de leur ambassade a la Cour. Ils avaient pris le soin de les raconter et de les exposer dans leurs dépêches. Mais cherchez dans leurs pages le tableau d'ensemble. Il parait que jadis — et cela avant 1425 — il était libre a tout ambassadeur de prononcer sa Relazione sans l'avoir écrite. Soit qu'il parlât facilement et comme de mémoire, soit qu'il s'aidât de notes expressément préparées, la relation qu'il faisait au Sénat de son ambassade était une sorte de discours prononcé en famille. Un arrêté de 1425 dit : " In acriptis relaliones facere tenean-
CO>'SFDErATIONS SUR LES RELAZIOM. 347
titr. r En 1268, un autre arrêté avait dit : a Oratnrcs in redit u dent in nota ea qiiœ siint utilia dominio. » Il nous semble voir, en ces deux formules, toute l'adoption de l'usage diplomatique delà Relazione chez les Vénitiens. Par le décret de 1268 , on ne leur demande que de consifjner quelques notes, propres a être utiles au gouvernement pour ses discussions sur les affaires étrangères. Ces notes ont assurément été données; quelques-uns les auront développées; d'autres, bons parleurs sans doute, rentrant dans le Sénat, auront voulu bien dire ce qu'ils avaient bien vu et comment étaient les Princes avec lesquels ils avaient traité. Ces bons diseurs auront eu des imitateurs, et la relation parlée sera passée ainsi dans l'usage au Sénat. Mais on dut bientôt comprendre quel intérêt il pourrait v avoir à appuver cet usage de l'autorité d'un décret dont le but principal fut de faire remettre à l'Etat ces intéressants rapports soigneusement écrits. De là le décret si important de 1425 : " Les relations devront être faites par écrit, r De là cette consécration formelle d'un usage si utile: de la ces discours originaux, a la facture et au soin desquels les bonnes tètes politiques durent donner la plus particulière attention. N'était-ce point une sorte d'événement, pour l'intérieur de cette assemlilée d'auditeurs, tous politicanti , que la nouvelle du retour de leur ambassadeur d'auprès de quelque grande Cour, et de la bouche duquel, par conséquent, ils allaient entendre la Relazione? Supposezvous au seizième siècle. L'Empereur Charles, le Roi François, le Roi Henri VIII et le Pape tiennent la corde des affaires en Europe. La République Sérénissime est
particulièrement intéressée à bien savoir ce qu'il en est «le l'un ou de l'autre, et ce que l'un ou l'autre pense d'elle. Elle est hésitante en ses alliances. Que va lui dire l'ambassadeur nouvellement revenu? Et s'il est un homme de réelle valeur, si dans ses ambassades on l'a déjà reconnu fort par les conseils, habile, persuasif, expert et d'une éloquence heureuse, quelle iinj)ortance ne prend pas aussitôt la séance pour laquelle il a annoncé sa relation! Tout cela est si vrai, que dans les principaux diarii du temps il est très -rare que le fait même de la présentation d'un discours important et le nom de l'orateur ne soient pas inscrits comme étant chose digne de mémoire. « Le 6 octobre 1528, écrit Marin Sanudo, Arxdrea Navager, qui était Ambassadeur auprès l'Empereur, s'est présenté au Sénat, en robe de damas cramoisi, et il a fait sa RELATION, qui fut très -belle et abondante. J'espère l'avoir et la rapporter ici \ » Nous citons cette seule mention, mais nous en avons rencontré de semblables très-fréquemment.
Les Cours étrangères connaissaient bien cet usage comme étant en grand honneur dans le Sénat vénitien, et il était naturel que leur curiosité attachât du prix h obtenir autant qu'il était j)ossible la communication des Relations qui les concernaient spécialement. C'était aux ambassadeurs qui les servaient à Venise d'aviser au moven île se les procurer, sinon entières, au moins par fragments. Cette possession n'était d'ailleurs praticalde que « par façons de souterrains » , car jamais
1 Voyez CicocNA, Inscihioni Veiieziane, tome vi, pnge et note 279. Tout l'article sur rainbas.satleui- Audrea JNavajjcr est des jilus intéressants.