‹ Les archives de VeniseChapitre 68 sur 176 · LES RELAZIONI DEVAIENT ETHE SECRÈTES · texte numérisé non relu

LES RELAZIONI DEVAIENT ETHE SECRÈTES

ces documents, dont quelques-uns se trouvèrent fort répandus en copies dans les collections manuscrites des grands seigneurs ou des grands curieux au dix-septièn)e siècle, ne furent considérés par le gouvernement de Venise autrement que comme documents secrets. Si les diplomatiques auteurs de ces relations n'avaient pas trouvé dans les lois de leur gouvernement à l'endroit du secret des écritures d'Etat, des garanties réelles et sérieuses contre l'indiscrétion publique, si la clôture des portes de la salle du Sénat, dans la tribune duquel ils prononçaient leurs rapports, n'avait été que fictive, ces relations et ces raj)poi(s, loin d'être recbercliés aujourd'bui et consultés comme des sources admirables de révélations, seraient délaissés comme autant de ces mille et un documents vul(;airement officiels qu'a dictés tout bonnement l'intérêt d'Etat. Sans le secret assuré à de semblables écrits , quels embarras n'auraient pas rencontrés la libre parole et la libre pensée des ambassadeurs pour s'exprimer avec francliise sur le cai actère des jninces , sur les passions et les sentiments des ministres, sur les dispositions des peuples qu'ils avaient praticpiés! A (|uelles demandes incessantes d'explications délicates n'auraient pas exposé leur propre République ceux de ces ambassadeurs (jni n'auraient pas mis une certaine mesure dans l'énoncé de leurs opinions! Il est du reste remarquable que la plupart des relations dont, par une voie ou par une autre , ou a jm se procurer des cojiies , et dont fort peu du reste ressemblent exactement aux originaux, sont |)res(pie toutes les mêmes. Il y a d'ailleurs d'incontestables preuves conlr»! la divulgation, présumée

trop facile par d'honorables écrivains ' . Pour notre part, nous avons souvent vu l'Ambassadeur do France à Venise fort en peine de se procurer pour le service et l'agrément du Roi la copie de telle ou telle relation dont Sa Majesté lui avait elle-même recommandé la recherche. « Monsieui' de Villiers, écrivait Henri IV, le 15 août 1601 , à son ambassadeur chez les Vénitiens, je ne ni'estois moins promis de l'affection envers nioy et de la prudence des sieurs Deljin et Priuti que les langages et effects favorables que vous m'avez représentez par vostre lettre du 24 juillet que j'ay reçeue et lue le viii du présent, et auray à plaisir de scavoir quelle aura esté la RELATION DE LADITE LÉGATION qu'ils auront Jaict au Sénat et comment elle y

aura esté receiie ^. » Or l'Ambassadeur du Roi avait

mis en haleine la curiosité de Sa Majesté par ce passage de sa dépêche du 24 juillet, où après avoir annoncé le retour à Venise des deux Vénitiens, il écrivait : ... « Sur quoy ledit sieur Delfin îne dict que ('estait à luy à en donner compte (de l'ambassade) au Sénat, ainsi qu'il espéroit faire dedans X ou xii jours, et en sorte que la République connoîtroit qu'elle n'avoit peu mieux et plus heureusement adj'esser qu'à Votre Majesté cette observance et dévotion singulière que l'on scait qu'elle vous a, à laquelle il escheoit adjouter de la creiie , si tant estait qu'elle en peut

* Voyez l'opinion formulée par l'honorable M. Gachard dans celle de ses plus récentes publications parue sous le titre de « Trois années de [histoire de Charles-Qidnt (1543-1546), d'après les dépêches de l'ambassadeur vénitien BunNAnoo ^Javagero », pages 10, 11 et 12. (Bruxelles et Leip/i/. , 18G5.)

2 LeUre (inédite) dn Roi à Antoine Ségdier, sieur de Villiers, son ambassadeur à Venise. (Bibliothèque impériale. Manuscrits, u" 18,040. F. Fr.)

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