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DES COMMUNICATIONS FAITES AU SENAT

de l'ordre des Servîtes; puis Lonigo, Tosetti, Scipione Feramosca , Ludovico Raitelli , Bortolotti , Emo , Treo , Bertoldi, Valsecchi , Sabini , Celotti , Tanzio, Montagnacco, Wrachien , Brizzi , Délie Caste '.

En cette classe toute particulière des papiers variés du Sénat, nous paraît devoir être aussi répartie la trèsintéressante collection des pièces politiques dites Communicate del Consiglio dei Dieci al Senato, c'est-à-dire les lettres et les documents d'État dont le Conseil des Dix ne croyait pas devoir garder pour lui l'absolu secret et dont la communication à l'assemblée du Sénat lui semblait utile dans l'intérêt du Gouvernement. Ces pièces, du reste, avant même d'arriver à la connaissance de cette assemblée , étaient d'abord soumises à celle des membres du Cabinet. Aussi la formule ordinaire de leur envoi était-elle la suivante :

Que par un secrétaire du Conseil, après recommandation faite du secret exige', les pièces ci-jointes soient communiquées aux Sacjes du Collécje (cabinet des ministres) et au Sénat, pour (pi ils en connaissent et pour qu'ensuite ils puissent décider ce qu'ils estimeront nécessaire de faire ^.

* Giovanni Rossi , dans le premier volume manuscrit de ses Leggi, s'exprime ainsi : « Immensi studiosi lavori si vcggono ammassati nogli scritti. Ne volnmi residui di tal génère, giaccliè alcuni ne mancano ridonda il saporc; délia scienza, e curiosis.simi aneddod si presciHano. Vi si collocarono appresso diciotlo volinni d'un consultore Cliioccarini. Costui pero non fu già allô stipendio délia Hcpubldica , ma i snol lavori ivi giaci'ioiio, perché vennero spoditi al Senalo in copia dal segretario Veneziano (Johhi, da Napoli Tanno 1771. L'ojjcre , non moite, d'Mllri consullori si vcggono, du qiiali il nome ignoriamo, ma prohahilnicnte, usandi) diligenza, [)otrebl)ero invesiigarsi utilmente. » (Bil>liotliè(pie de Saint-Marc, inannsirits.)

- 1()17, 28 juin. (In Consiclio dei X.)

Ou encore :

Que par un secrétaire de ce Co7iseil, la plus entière discrétion recommandée , après avoir prêté serment sur les Evangiles, et pris en note les noms des personnes présentes , soient communiquées aux Sages du Collège (ministres du cabinet), puis, si bon leur semble , au Sénat, les particularités qui sont arrivées à la connaissance de nos Inquisiteurs d'Etal, par l'entremise d'un confident , auquel nous pouvons accorder la plus entière confiance '.

Ou encore, et cette fois à l'adresse directe du Sénat :

Que le présent exposé qui va être lu, fait hier matin en faudietice secrète des Ministres, par l'Ambassadeur de France, soit communiqué au Sénat, après lui avoir recommandé la plus absolue discrétion sous les peines les plus graves, qui sont de la compétence de ce Conseil^ c'est-à-dire celles des biens et de la vie. Que serment soit prêté par chacun sur les missels; le nom de chacun aussi pris en note; tous étant pareillement tenus sous la foi du serment, et sous lesdites peines, de ne pas même laisser savoir qu'ils ont dû prêter ledit serment *.

Les volumes cartonnés renfermant les curieuses communications du Conseil des Dix au Sénat {Scrittuy^e communicate del Consiglio dei Dieci al Senato) sont au nombre de vinjjt-six. Le soin que nous aurons de traiter plus au long des matières réunies et conservées sous ce titre, dans la quatrième partie de ce livre entièrement consacrée aux prérogatives du Conseil des Dix et à la nature de ses Archives dans leurs rapports avec la politique extérieure, nous dispense ici de tous antres détails. Il nous a paru plus naturel de rattacher à un chapitre spécial à

^ 1645, 10 février. (Gapi dei, Consiglio dki X ed iNQti.siToni.) 2 1583, 19 avril. (In Consiglio dei Dieci.)

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ce Conseil un exposé de pièces qui lui appartenaient en propre. Le Sénat ne les avait, en effet , que de seconde main , et souvent même lui parvenaient-elles altérées et transformées en divers endroits, selon que ce Conseil des Dix, qui les lui adressait, avait estimé prudentes ou nécessaires les altérations ou les transformations des pièces originales. Les preuves à l'appui de cet état de choses sont nombreuses et incontestables, car nulle de ces pièces ne pouvait être envoyée en communication , sans qu'un vote des membres du Conseil y eût autorisé. Or l'expression motivée de leurs volontés, ou du moins de leurs propositions, se retrouve dans les papiers originaux du Tribunal, et nos assertions reposent uniquement sur les informations que nous en avons tirées.

D'autres documents pleins d'intérêt et véritablement uniques pour l'époque à laquelle appartiennent les plus anciens , sont aussi de nature à être signalés parmi les Miscellanées des archives du Sénat. Malheureusement ils sont en si petit nombre, qu'on pourrait aisément compter ceux qui sont parvenus intacts jusqu'à nous. Ce sont les discours, orationi, et les harangues, ring/œ ou aringhe, prononcés par les Sénateurs dans les occasions importantes où la tribune était occupée, dans l'enceinte du Sénat, soit par les orateurs du Gouvernement, soit jnu' ceux de l'Opposition. Dans un temj)s, en effet, au seizième siècle par exemple, où pour tous les peuj)les le mot de liberté de la tribune était ou inconnu ou incompréhensible, la chose était établie à Venise et y était

triomphante depuis des siècles, autant qu'elle l'est aujourd'hui dans les Parlements d'Angleterre, d'Italie et de France ^ On peut dire que cette liberté vraiment admirable fut, chez ce petit peuple, admise et reconnue dès l'aurore de ses destinées. Rien , en aucun temps ni dans aucune circonstance , n'en arrêta ou n'en affaiblit les franchises. De la place publique , sous les tribuns et les premiers doges , elle passa plus tard dans le Sénat et s'y maintint à travers les temps, fière et sans restrictions , comme sans obstacles et sans limites , jusqu'aux derniers moments de sa vie politique. Lorsque peu à peu, sous l'action des circonstances, de démocratiques qu'elles étaient, les formes républicaines du Gouvernement devinrent aristocratiques , lorsqu'au mot de Comune Venetiaimrn fut substitué celui de La Signoria, au lendemain de l'élection à la dignité ducale de Francesco Foscari, en 1423 , la liberté absolue d'exprimer sa pensée ne subit nulle atteinte dans l'assemblée législative et délibérative du Sénat. Les questions y étaient posées selon des formes admises qui n'excluaient nullement l'interpellation , et il était rare qu'elles en vinssent à l'épreuve du vote sans avoir subi les feux les plus vifs d'une discussion éclairée. Ainsi se traitaient les choses de la guerre et de la paix , les approbations des articles des traités , le texte même des réponses à faire aux souverains en des occasions particulières et délicates. Les partis avaient leurs orateurs. Le Sénat était un Parlement ou plutôt une Chambre des Lords dans toute l'acception du mot , à cette différence près que ces Lords étaient élus chaque

1 L'auteur écrit ces lijjnes aujoiird'luii 2 août 1869 !

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année et que les hommes les plus jeunes dans les magistratures de la République, auxquels un talent reconnu avait donné de l'autorité, pouvaient ainsi vivifier, par la sagacité de leurs observations et la pénétration de leur éloquence, les débats de cette assemblée souveraine. Aucun document ne saurait donner une idée plus exacte de la vie politique du Sénat et de la liberté des discussions qui y avaient cours , que le récit des séances fait par Marin Sanudo dans les pages manuscrites de ses ZJî'anï ou journaux , pendant les périodes de ses deux ou trois élections au Sénat vénitien. Il rapporte avec lucidité et simplicité les séances auxquelles il fut présent et les discussions auxquelles il eut une part toute personnelle. Il analyse les discours de ses adversaires et reproduit les siens en leurs parties les plus persuasives. On se rend alors compte des formes parlementaires en usage dans cette assemblée délibérative. A le lire, on croit l'entendre*, et le sentiment qui vous anime, en cette

1 Voyez dans les Ragguagli siilla vita e sulle opère di Marin Sanuto , publiés par Rawdon Brown , l<;s pages extraites des Diarii sur les séances du Sénat vénitien des 22 et 23 mai 1517 au sujet des lettres adressées par l'anihassadcur de Venise en France aux Chefs du Conseil des Dix, et communiquées au Sénat au sujet de la prolongation de la trêve pendant un an. Voyez aussi son curieux discours du 5 juin de la même année, dans lequel il s'excuse de monter aussi souvent qu'il le fait à la tribune, n'agissant ainsi que pour le bien de sa conscience, dont tous les mouvements sont pour l'intérêt et le bien de l'Etat. Il s'opposait ce jour-là aux avis des ministres, mais il était d'une opposition aussi modérée dans sa forme que persuasive en ses moyens, et basée sur des raisoiniements frappés au meilleur cachet du bon sens. Ce passage perdrait à être traduit, aussi le reproduisons-nous ici tel que le bon Sénateur l'expose lui-même en son dialecte ingénu :

M Poi mi excusai col Conseio , si montava cussi spesso in rent/a ; per do cosse fe va ; una per la mia conscientia, non mancar in (jiiel che yeniu

lecture si curieuse, est celui de l'admiration pour les libertés reconnues dans un Etat dont la plupart des historiens étrangers ont faussé , comme à plaisir, la nature des principes et le caractère de ses plus louables prérogatives.

Tous ces discours, toutes ces harangues étaient-ils reproduits et conservés, ou analysés seulement par des scribes officiellement désignés, nous ne le saurions dire, car on n'a aucune donnée positive sur cette particularité. Ce qu'il y a de certain, c'est que quelques-uns de

di ricordar il ben nostro , perche, ai miei ricordi , sempre ho parlato , (juesto Conseio mi fa onor ; e in danni audientia , e con le halote (votes) voler l'opinion mia et exposta a questo Ex'^'> Conseio da bon servitor ; et (fuesta è sta una dile cause che son stà contenta, intrar questo anno di Pregadi con prestar a la Signoria tanto che el sento è piu di le forze mie, non per saver di novo , che per gratia di Vostra Subliniità, e de chi mi ha concesso , tutto sapeva per far la mia Historia a laude di <juesla Ex™'» Republica , come si vedrà , ma per poter ascender in questa renga, quando sento qualche opinion contraria al ben, utile et honor di questo Stado, e cussi l'ho fatto , e farolo sempre : ne questi preclarissimi Padri di Goleglo averà per mal, perché quando aie sue opinion vien contraditto , et poi con le vostre balote dimostrato non placer la loro opinion, si dieno contentar del voler dil Conseio, perché tutti semo a un fin. Haec volui dixisse ^er debito di la mia coscienlia, ricomandandomi alla Vostra Subliinità et aile Vostre Excellentie da bon servitor con alire parole che lo Eterno Dio mi subministrô ; siché fo lunga e perfeta renga; et per il mio parhtr voltai il Conseio, che prima volea la parte dei Savii (ministres)... Mi rispose ser Francesco da Pexaro Savio di Terra ferma; fo molto lungo , parla ben per la sua opinion. Poi parla ser Silvestro Mémo savio ai Ordeni, ma non aldito , a pocha voce. Poi ser Stefano Tiepolo... e poi andà in renga ser Gaspero MalLpiero... poi parla ser Ferigo Moroxini... poi ser Piero Trum. Curieuse aussi est sa harangue du 13 septembre 1517, dans laquelle s'indignant contre les brigues qui se faisaient pour arriver à certains postes, il rappelle au Sénat son pouvoir modérateur et l'obligation qu'il a de rappeler à leur devoir certains puissants fonctionnaires... perché vui , Signori (^'adressant aux Sénateurs), seti Domini rerum. »

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