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LES SAVII-GRANDI OU MINISTRES

au cabinet des Ministres pendant les deux derniers mois qu'ils étaient en charge. Ils portaient la robe violette à manches étroites avec le chaperon. Réunis aux six Conseillers sous la présidence du Doge , ils formaient le Petit Conseil toujours appelé la Serenissima Signoria, ou, pour faire plus court, la Seigneurie.

Les six Sages-Grands étaient les principaux personnages, les véritables ministres de l'Etat. « L'on fait choix, dit le sieur de Saint-Didier, des meilleurs sujets de la Répubii(pie pour remplir les places des Sages- Grands, car comme ils doivent manier les plus grandes affaires de l'État, ils doivent aussi avoir acquis une prudence consommée et ime parfaite connoissance de tous les intérests de la République. Ces six gentilshommes sont la partie intellectuelle de l'âme de la République; aussi les Procurateurs de Saint-Marc se font honneur d'occuper ces postes, puisque les Sages-Grands sont les maîtres du gouvernement pendant les six mois qu'ils sont en charge. Ce sont eux qui consultent toutes les matières qui doivent être agitées au Sénat, et qui l'assemblent lorsque quelque affaire pressante ne permet pas de différer jusques à la première séance : c'est aussi le Sénat qui les élit ; mais comme on ne change que trois Conseillers du Doge à la fois, on ne change aussi (jue trois Sages, afin de ne pas remplir ces places importantes de six sujets tout nouveaux : ils portent la veste ducale de drap violet, et la République n'envoie point d'ambassadeur à l'I'^mpereur, au Pape, ni au Grand-Seigneur, qu'il n'ait déjà eu, ou à qui elle ne donne par avance la

qualité de Sage-Grand. Comme les six Sages-Grands roulent par semaine pendant leurs six mois , l'on peut dire que le Sage de semaine est le chef de la République, car c'est luy qui reçoit tous les mémoires et toutes les requestes; c'est luy qui propose les affaires au Sénat, où son sentiment donne ordinairement le branle aux résolutions, car il porte le résultat des consultations que les Sages ont fait sur toutes les matières, et la substance des responces qu'on doit faire, tant aux despeches des Ambassadeurs de la République qu'aux offices que ceux des Princes étrangers passent au Collège '. »

Les cinq Sages de Terre ferme étaient spécialement chargés des affaires de guerre, et jouissaient d'une grande autorité dans le Collegio, et ce titre très-honorable était habituellement conféré aux patriciens envoyés aux Rois en qualité d'Ambassadeurs. Dans l'exercice de leurs fonctions, le premier était appelé Savio alla scrittiira, le second Savio cassiere, le troisième Savio aile ordinanze , et les deux autres suppléaient à défaut des précédents. Ils portaient la robe violette à manches larges. La création de cette charge tirait son origine de l'époque où se fît la conquête du territoire de Trévise par la République. Tout patricien qui avait exercé les fonctions soit de Sage-Grand , soit de Sage de Terre ferme, avait le droit d'assister aux séances du Sénat pendant un an.

Les cinq Sages aux Ordres étaient appelés les Petits-

' La Ville et la République de Venise, partie II, page 208.

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