LES SAGES AUX ORDRES
Sages. Cette qualité a inspiré encore à l'auteur du livre « De la Ville et Ilcpuhlique de Venise « une pa^je excellente que nous reproduisons tout entière, comme contenant les meilleures choses qui se puissent dire à l'endroit de cette création des Sages aux Ordres, qui était une école excellente de politique expérimentale. « On doit admirer, dit-il, la sagesse de la République qui a sceu se faire une pépinière de grands hommes , en établissant les cinq Sages aux Ordres, car comme cette magistrature est sans juridiction , elle devient une excellente école à la jeunesse pour s'instruire dans les affaires et se rendre capable d'exercer les premières charges de l'Etat. Les cinq places des petits Sages sont destinées aux jeunes nobles d'ancienne origine, lesquels, désirant entrer dans les emplois, commencent à donner des marques de prudence par une conduite plus sage... La qualité de Sage des Ordres distingue extraordinairement ces gentilshommes pendant les six mois qu'ils sont en charge; ils ont part au secret de l'Etat, puisqu'ils assistent aux Consultations du Collège et qu'ils entrent dans le Sénat. Il est vray qu'ils n'ont point de voix délibérative en l'une ni en l'autre assemblée, mais ils peuvent dire leur avis à la Consultation des Sages , en parlant debout et découverts : et afin que rien ne manque à leur instruction, la chambre secrète où l'on conserve toutes les dépêches importantes des Ambassadeurs et tous les Registres des affaires d'Etat leui- est ouverte.
» C'est dans cette source que ces jeunes nobles puisent une parfaite connaissance des intérests de la République, et c est par l'exemple des sages vieillards qu'ils regar-
(lent comme leurs maistres, qu'ils apprennent l'art de gouverner. Cet employ, d'un autre costé, est la pierre de touche par laquelle l'on connoist le caractère et la capacité de leur génie et de leur esprit : la douceur, la modestie , la sagesse dans la conduite de la vie , sont les principales vertus qu'on demande aux Sages aux Ordres : mais ce qu'on remarque particulièrement dans ces commencemens est la force des brigues qu'ils font pour obtenir ces emplois; car les plus sages Sénateurs les voyent avec plaisir employer tout leur crédit et toute leur adresse à conduire leurs intérests, jugeant du pouvoir qu'ils auront à l'avenir dans la République par le succès de leurs premières prétentions.
» Cette magistrature est la porte par où l'on peut entrer et arriver plutost aux grands emplois , car les Petits Sages ont toute la facilité possible de faire connoistre ce qu'ils valent, et une ample matière d'établir les divers talents qu'ils ont receus de la nature ou de l'étude dans les discours qu'ils sont obligez de faire en entrant au Collège sur les choses qui regardent la mer, et toutes les autres fois qu'ils veulent parler sur les matières qui se traitent dans les Consultations des Sages. Ils devaient être âgés de vingt-cinq ans , et portaient la robe violette à manches étroites * . >»
1 Les ouvrages qui ont été publiés en France sur les Magistratures et le Gouvernement de Venise ne sont pas fort nombreux, et il serait difficile d'en citer plusieurs après ceux-ci :
Perfection de la vie politique escrite en italien par le seigneur Paul Paruta, etc.; traduit par M. François-Gilbert de la Bbosse. (Paris, Chesneau, 1582, in-4o.)
La Politique civile et militaire des Vénitiens. (Cologne, Michiel, 1669, in-12.) Auteur : M. de La Haye.