RUBRICA D'UNE DÉPÊCHE DE FRANCE
deurs, de la venir trouver pour lui faire part Je beaucoup de choses, couime au représentant d'un prince non-seulement très-affectionné à la Couronne, mais encore dont on pouvait vraiment dire qu'il était le seul ami sincèie, ajoutant : « Je suis décidée à aller trouver le Roi de Navarre pour lui conduire sa femme qu'il réclame vivement, et dont les articles de la paix lui assurent le retour. J'espère enfin établir cette paix et la voir s'effectuer dans ces contrées, car il n'est que trop vrai que les Huguenots ont fait en sorte de s'unir avec le Duc, 111071 fils, et d'envahir ensuite le royaume! Mais Dieu me donnera le moyen de rompre toute entente et de les apaiser. Et mon fils, bien qu'il fasse grand, bruit en apparence des honneurs et des faveurs qu'il reçoit des Flamands , n'est, au fond, que très-mécontent. Guadagni , revenu de là, m'a affirmé, sous le secret, que jusqu'à présent il n'a rien en main. Les provinces ne veulent d'aucunes garnisons, et Monseigneur ri! a pu obtenir qu'à grand' peine , où il est, de faire entrer les gens de sa maison avec sa garde ordinaire des Suisses, tout au plus cent hommes. Cependant il était résolu de plutôt perdre la vie que de revenir honteusement , et il disait maintenant fort librement qu'il était allé là seulement pour protéger ce peuple et sans aucune autre intention, et qu'il désirait envoyer de nouveau un Ambassadeur aux Etats pour décider de tontes choses. » La Reine ajouta : a Nous avons une réponse du Roi Catholique qui, connaissant la bonne volonté du Roi mon fils et la mienne, se tient tranquille , et nous croyons que vraiment telle soit son intention; aussi vais-je me mettre en route, avec l'esprit un peu plus calme. Je suis certaine que le Duc sera de jour en jour plus mécontent , et que tous ses projets se réduiront à rien, car s'il a pris pour les Etats deux petits villages, qu'est-ce donc, puisqu'il les a rendus aussitôt, et bien que lesdits Etats l'aient fait capitaiiie général de Cannée, ils ne lui donneront pour cela aucune place dont il soit le maître. Je vous prie. Seigneur Ambassadeur, d'assurer vos Illustrissimes Seigneurs (pi'autant que chose humaine puisse être certaine, le Roi non-seulement ne favorisera pas les projets de son frère, mais qu'il s'y opposera, sans toutefois s'attirer la guerre dans le Royautne , et nous avons expressément en-
voyé queiqu'u7i pour que cela soit dit aux Etals et au Prince d'Orange, tes exhortant à la paix avec leur Roi, et les avisant de n'ajouter point foi aux messagers de Monseigneur qui voudront faire croire que nous lui prêterons aide, et nous ferons savoir la même chose à tous les Princes. Je crains que les trois ambassadeurs n'obtiennent aucun résultat, et par consêquetit qu'ils n'aient eu qu'une vaine fatigue , mais en somme il faut laisser faire au temps, qui e'claircira tout et dont (effet surpassera celui de nos peines et de nos prières. Le Roi d' Espagne et son Conseil devraient bien considérer qu'il est vieux et que par raison naturelle il ne peut vivre longtemps encore , et que s'il dure même encore quelques ans, il ne laissera pas ses fib dans un âge assez avancé pour pouvoir gouverner un si grand empire ; il ferait donc bien d'user de tous les moyens pour se concilier ces Princes et se les familiariser, car ils peuvent lui faire ou beaucoup de bien ou beaucoup de mal. Le Roi mon fils n'a pas d'enfants, et ce qui me fait plus de peine à penser, c'est qu'il na pas graiid espoir d'une longue vie; ce royaume est donc destiné à venir au Duc mon fils et à sa postérité, car s'il allait à la maison de Bourbon , voyez un peu, Seigneur Ambassadeur, comme iious nous en trouverions tous. C'est vrai que Monseigneur a plus d'état et de revenu que n'en a jamais eu fils de France , puisqu'il jouit d'un million de livres de rente, quand les lois de ce royaume voudraient qu'il n'en eût pas plus de 60,000, et c'est moi qui suis cause qu'il soit si riche; mais avec tout cela il n'est content ni du Roi ni de moi, et vraiment il a trop d ambition. Mais il faudra bien qu'il se calme et qu'il songe à n'avoir rien de plus, tant que vivra son frère ., et celui-là se trompe qui jugera et fera en sorte qu'il en soit autrement , etc. »
L'ambassadeur ajoute que le Roi ira avec les Reines jusqu'à Etampes, et que Sa Majesté reviendrait ensuite à Paris *.
* Le commencement de la dépèche ori{;inale qui, naturellement, est en italien et que nous interprétons, est dans la forme suivante :
« SÉnÉNissiME Prince, » La Sérénissime Reine mère m'a envoyé dire, vendredi soir, par le seigneur Jérôme Gondi, que sétant résolue de partir le jour après pour