‹ Les archives de VeniseChapitre 86 sur 176 · LES COMMISSION! OU INSTRUCTIONS · texte numérisé non relu

LES COMMISSION! OU INSTRUCTIONS

Ambassadeurs ont commencé à devenir ordinaires (ce qui fut avec l'ave'nement de François I") , il est remarquable que la rédaction des Commissiones a beaucoup plus d'importance historique qu'elle n'en a eu depuis. Il semble que la difficulté d'échanger fréquemment des lettres avec ses ambassadeurs ait, dans les temps anciens, obligé le Gouvernement de Venise à grouper, dans ses premières Instructions , toutes les recommandations que nécessitaient les circonstances dans lesquelles l'ambassadeur était accrédité. Voyez V Instruction, en date du 12 octobre 1461, à Bernardo Justiniano et à Paulo Barbo, ambassadeurs en France. Elle ne contient pas moins de vingt-quatre articles, tandis que plus tard, lorsque, tous les deux ou trois ans, les ambassadeurs vénitiens parcourront sans cesse la distance qui sépare Venise de Paris, lorsque des courriers rapides iront et viendront porteurs fréquents de messages, la Commissio ne sera plus qu'une sorte de lettre patente d'Ambassadeur destinée à lui dire qu'il est nommé pour telle légation , qu'il recevra tel salaire désigné, qu'arrivé h la résidence du Souverain il lui présentera des lettres de créance, etc., et autres banalités sans cesse répétées. Les vraies Com^ missiones alors, les bonnes Instructions sont la correspondance ordinaire préparée, chaque semaine, par le Collège, soumise au jugement du Sénat, et expédiée ensuite par les soins du même Collège aux ambassadeurs pour qui elle était faite '.

* Le protocole ordinaire aux commissioni était le suivant : Che al nobil homo *** destinato Ambassator al *** sia commesso in quesla forma. Sur les registres où elle était transcrite, elle portait à la fin le nombre des votes du Sénat qui l'avaient approuvée et désapprouvée.

Deux autres séries de documents , qu'à bon droit on peut classer parmi les papiers, les uns de la Seigneurie , les autres du CoUegio, méritent l'attention des curieux.

Nous voulons parler des registres appelés Ruhricarii ei des registres appelés Aiuiali.

Il appartenait en effet à la Seigneurie d'élire les Secrétaires chargés de la rédaction des premiers ', et à l'un des Sages de Terre ferme de veiller à l'exécution des seconds.

Les Riihriche, qu'aujourd'hui on appellerait des Regesti, n'étaient autres que des analyses de documents originaux , et les registres qui les contenaient prenaient le nom de Ruhricarii. Ces recueils offraient cet avantage de représenter immédiatement sous une forme abrégée le contenu des textes qu'on pouvait avoir besoin de consulter dans telle ou telle circonstance impérieuse. Le Secrétaire choisi pour accomplir le travail des Ruhriche devait surtout viser à renfermer, sous une forme aussi claire que concise, les points les plus importants du document original. Appliquée aux textes diplomatiques, cette utile mesure a ainsi produit un nombre considérable de volumes qui sont l'essence des dépêches qu'adressaient les Ambassadeurs. Il est à supposer que l'on en gardait le travail dans les armoires mêmes du cabinet des Ministres, afin que ceux-ci eussent constamment sous la

1 1601, 17 septembre, en Conseil ues Dix..., Et doveiido dclli Registri et Ruhriche di Libri Secreti correnti continuar li circospetti et fedelissitni Si(;noii Zaccaria Rosso et Honifacio Antelmi, quaiidô sarà ritornato da Milano, eletti essi per ballvtalione dclla Signoria Nostba a f/uesto carico.,..

RECUEIL DES MJBRICARII. 397

main des informations rétrospectives sur tel ou tel gouvernement étranger pour l'utilité de leurs discussions. Il serait difficile de préciser l'époque à laquelle on a commencé cet important travail. Ce qui se peut affirmer, c'est que lorsque la décision fut prise de l'entreprendre, on trouva bon d'étendre ce soin aux recueils de dépêches déjà anciennes. Ainsi en 1601, nous trouvons un décret qui confère au secrétaire Giovanni Meraviglia la charge spéciale de inthricare , à' analyser les registres anciens et d'y apporter toute la sollicitude dont on le sait capable ' .

Précisément, — et bien que les Ruhricarii ne remontent pas en date à une époque antérieure à la moitié du seizième siècle, c'est-à-dire à celle dont les dépêches nous manquent, — ces Rubriche peuvent rendre les plus grands services et consoler les investigateurs des quelques lacunes qui tout à coup interrompent une série de documents. Les dépêches de France pour l'année 1572 nous en sont un exemple. Elles nous manquent, en effet, ainsi que nous l'avons dit. Recourant aux registres des Rubriche, nous les trouvons analysées, sinon pendant le cours de toute l'année, du moins pour sept mois ". Les dépêches originales des deux Ambassadeurs au Concile de Trente

1 Idem. Debba havcr il carico delli Registri et Ruhricarii vecchi il circospetto et fcdelissimo Segretario del Senato Gio. INIaraviglia , il quai restado liLero da ogni altro earieo di quai si voglia sorte, fuor che di porlar i hossoli ncl Senato, hal^bia ad attender con ogni sollecitudine ad esso carico, sicchè si veda quanto prima incaminato il detto servitio per poterne sperar anco dclla sua diligentia il debito compiiaento in cosa di cosî suprema importantin.

2 C'est-à-dire pour les cinq deruicrs mois de 1572 et les deux premiers de 1573.

pour la dernière convocation, c'est-à-dire de 1562 à 1563, manquent entièrement, mais toutes les .Rutr/cAe en ont été retrouvées. Voici du reste le relevé des séries principales des Riibricarii pour les correspondances principales :

Rubrîcarii àe France, 1558-1756 : cinquante-quatre volumes. )) de Rome, 1557-1752: quatre-vingt-quatre volumes.

» d'Espagne, 1593-1770 : trente-neuf volumes.

H d'Angleterre, 1603-1748 : vingt volumes.

» de Constantinople , 1558-1755 : cinquante-trois

volumes.

La première dépêche de France analysée est du 1" mars 1558, et le premier registre Rubricario comprend celles de toutes les ambassades depuis cette époque jusqu'au 27 février 1587, l'année 1571 et les sept premiers mois de 1572 exceptés. Voici h titre de preuve la rédaction de la rubrica d'une dépêche ayant quelque importance. Telle que l'a écrite l'Ambassadeur, elle est de cent vingt-six lignes environ ; réduite par le Secrétaire chargé de l'analyse, elle est de soixante-dix lignes. La proportion, comme on le voit, est suffisante. Il s'agit d'une conversation que la Reine mère Catherine de Médicis eut le samedi matin qui précéda le 27 juillet avec l'Ambassadeur vénitien. Le Secrétaire rédige ainsi, en donnant d'abord un titre au document :

Entretien de la Reine mère relatif au Duc d'âlençon,

AVX MOUVKMENTS QUI SE SONT PRODUITS EN FlaNDRE , AU Roi

d'Espagne, au Roi Très-Chrétien et a diverses affaires FORT IMPORTANTES. Il (l'ambassadcur) rapporte ce que lui a dit la Reine mère dans la maison de Gondi , c'est-à-dire qu'elle lui avait donné ce dérangement , à lui seul parmi les Ambassa-

Page 1