‹ Les archives de VeniseChapitre 98 sur 176 · AMBASSADEURS DE HENRI IV · texte numérisé non relu

AMBASSADEURS DE HENRI IV

seur, — les temps d'ailleurs sont plus calmes , le traité de Vervins est signé, — mais elles ont ce je ne sais quoi de bonne et naturelle diction qui toujours satisfait l'esprit '. Sous M. de Fresnes-Canaye commença la grande lutte des Vénitiens avec le Pape Paul V, lutte en laquelle s'interposa le Roi de France et que M, le Cardinal de Joyeuse, son ambassadeur extraordinaire, termina fort heureusement pour le repos de la chrétienté. Ces diverses questions sont celles qui ont si vivement animé l'élément diplomatique de la France à Venise sous le règne de Henri IV, et les registres des Espositioni Principi sont féconds en documents propres à jeter sur elles la plus vive lumière.

' Il était aussi un pLilosoplie. Voyez le post-scriptuni de sa lettre da 17 avril 1599 à son ami M. de Vertamont, Conseiller dn Roy en la Conrt de son Parlement : « Monsieur, les affaires commencent a s'eschaiiffer et suis contraint descripre beaucoup plus que de lyre. Ce seroyt bien ung agréable exercice pour ung ambitieux , car vous y voyez le monde le plus rehausse et en plus grandes affayres. Croyez moy sûr que c'est du vent et de la fumée , et que le jardin du cloistre (allusion à sa demeure à Paris) et la metayrie d'Auteuyl avec la Cour du Parlement mesnent un homme plus doucement à son dernier Jour : c'est ma philosophie. Aymez moi s'il vous plaist toujours. »

Le sieur de Villiers était alors dans sa cinquantième année. Il resta près de trois ans ambassadeur à Venise. Il a raconté fort au long et d'une façon charmante son aller et son retour, comment le Roi l'avait nonuné sans qu'il eût rien fait pour avoir cette marque de sa confiance. Il partit do Paris le 20 septembre 1598, et arriva à Venise le sixième jour d'octobre. Son séjour fut jusqu'au 19 octobre 1601 qu'il partit pour Paris, où il arriva le 19 novembre pour se rendre aussitôt à Saint- Germain où le Roi était. Le sieur de Villiers harangua Sa Majesté d'une fa(;ou touchante, après quoi, dit-il (et c'est par ces mots qu'il met tin au registre de son ambassade), « la responce fut telle que je la pouvais désirer, avec laquelle je me retiray et reprins le chemin du Parlement pour y servir mon office « .

436 LES AllCHIVES DE VENISE.

Louis XIII, SOUS la régence de Marie de Médicis, manda pour ambassadeur ordinaire Léon Bruslart ', 3612-1620; et, depuis, M. de Villiers^, 1620-1623;

• Archives de Venise, Esposizioni Pihtcipi, 1611, 17 décembre. Présente ses lettres de créance, réside dix années Ambassadeur, et prend congé le 13 avril 1620. BiisLiOTii. nip.. Manuscrits , ses dépêches, ses Instructions et écrits divers, n''^ 1426, S. G. F., 1017, fonds Harlay, et 16094, F. F. Il a laissé un mémoire sur son ambassade qui est comme un tableau du gouvernement de Venise, et dont voici le début fort espansif :

La qualité (P ambassadeur étant estimée au jugement d'un chacun l'une des plus belles, honnorables et relevées d'entre les hommes pour l'honneur que reçoivent ceux qui en sont honorez d'estre participants des secretz de leurs maîtres , de représenter leur personne , de communiquer souvent par lettres avec eulx et de traicter ordinairement avec les Princes auprès desquels ils résident ou avec les plus grands de leur Cour de choses grandes et importantes , leur debvoir les oblige d'autant plus aprez qu'ilz se sont honorablement acquittez de l'administration de leur charge, de rédiger par escrit et en bon ordre toutes les choses plus mémorables qu'ils auront pu voir, remarquer et apprendre pendant le cours de leur ambassade pour s'en fortifier et rafraischir la mémovre , sans laquelle ils ne peuvent tirer projit de ce qu'ilz ont veu pour laisser à leur patrye et postérité ce fruit de leur labeur, et en rendre bon et fidèle compte au temps et lieu qu'ils en seront requis. Pour ce respect, ayant pleu.au Roy m'honorer de l'ambassade de Venise et de me commander dès Vannée 1611 d'y venir résider, et me croyant après une résidence de près de neuf années, sur le point d'en désemparer pour laisser la place remplie de personne de plus grand mérite et expérience que moy , j'ay creu ne pouvoir emploïer plus utilement ce peu de temps qui reste avant mon parlement qu'à dresser le plus exactement que je pourray cette relation et représenter avec une pure et naïve sincérité tout ce que j'ay peu pénétrer et cognoistre du gouvernement de cette République , de ses mœurs, de ses loys , de sa puissance et richesse, de l'estendue de son domaine, de Fassiete et température d'iceluy, de ses plaisirs et défauts, de ses interetz, amitiez et intelligences avec les autres Princes...^ etc. (\o\ez A fanuscrit de cette Relation, fonds français, 19020.

2 Archives de Vemse, Esposiz. Principi. Présenté le 25 août 1620, prend congé le 3 septembre 1624. Bibliothèque impériale, Manusc.

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