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teneurs du 31 octobre 1459, du 21 avril 1600, du 30 octobre et du J5 novembre 1G1Î), le décret nouveuu confirme les prescriptions imposées aux deux Secrétaires préposés à la garde des écritures qui sont apportées chaque jour dans la Secrète. Nul personnage, à moins qu'il ne soit du Sénat, n'y peut pénétrer. Aucune copie, aucun sommaire, aucune note ne pourront y être faits. Sont exceptes de cette interdiction les Conseillers dits Consultori in jure, qui, selon les circonstances, y ont à consulter des pièces dont la connaissance leur est nécessaire pour les informations politiques qui leur sont demandées officiellement. Mais nul, sauf les membres du Collège, c'est-à-dire les Ministres, ne peut emporter aucun registre, ni aucune liasse, ni aucun mémoire. Les jeunes notaires employés aux copies demandées d'office doivent les effectuer dans la salle qui précède le lieu de la Secrète, dont jamais ils ne pourront passer le seuil. De toute copie d'office commandée, soit d'une délibération, soit d'une dépêche, soit de toute autre écriture, il en sera fait note sur un livre spécial. En un mot, les informations à cet égard devront être si précises, que l'on pourra renseigner, dans le cas de nécessité, sur ce que tel personnage, Sénateur ou Ministre, aura demandé et lu, à quel moment il se sera présenté, à quel autre il sera sorti. Ces prescriptions seront affichées dans la Secrète , et le soin de leur rigoureuse exécution sera confié aux chefs du Conseil. Enfin, les minutes de telles ou telles délibérations ou dépêches se trouvant avoir quelquefois en marge des apostilles, ou, dans le corps même du texte, quelques phrases effacées
ou corrigées, ces minutes ne devront jamais être jointes à la mise au net des registres, mais former des liasses séparées. Cette précaution est considérée comme très-importante pour éviter ensuite l'inconvénient de réflexions ou de considérations aussi inutiles qu'intempestives de la part de ceux sous les yeux desquels tomberaient lesdites minutes. Sur dix-sept personnes présentes au Conseil, trois ont voté contre ces mesures, et quatorze les ont approuvées. Ce décret fut donc adopté1.
En 1630 fut élu Doge le patricien Nicolô Contarini, qui remplissait alors depuis douze ans la charge de Surintendant de la Secrète. Ce personnage, en acceptant la dignité ducale, dut renoncer à tout autre emploi dans la République dont il devenait le chef. Girolamo Cornaro le remplaça à la Chancellerie. Son élection est en date du 27 septembre 1630.
Pendant Tannée 1633, la plus grande activité (trop
1 1624, 30 MACCIO, IN COS8ICLIO X.
E cosi neceisaria la sempre débita e diligente custodia che deve dcl continuo tenersi délie pubbliche délibération! leltcre et se rit tu re che nella Sécréta del Senato si conservant», chc polendo sempre giovare per levar massimamente pli ahusi, e maie introdutioni in contrario, l'efficace inaistenza nellc provisioni prudentemente in divers* tempi fattc in questo importanlissimo proposito, per la cffettiva loro csecutione, non ii deve differir quello che possa rimediar a disordini et oviare a snecessi pregiuditiali al publico servizio. Perô :
L'axdera parte che inherendu a quanto è disposto dalle parti dcl 1459, 31 ottobre, 1600, 21 aprile e 30 ottobre, et 15 novembre 1619, in materia délia Cancelleria Sécréta del Senato, et per la loro intiera osscrvaiione , sia efficacemente rinovata la commissione che particolarmente è data alli due secretarii depulati alla custodia délie scritture secrète in quella conserva te et che giornaltnente si vanno reponendo,... etc. (Cons. X. Parti Comuni, filza 351.)
grande même, paraît-il) régnait dans la Secrète. Un rapport du secrétaire Rizzardo , adressé aux Inquisiteurs sur la demande qu'ils lui en avaient faite, au sujet d'un registre des Commemoriali disparu, puis remis en place, nous fournit ces renseignements. Ce Secrétaire se plaint du trop de mouvement qui s'y pratique. Vieux serviteur, il ne craint pas de dire que quarantesix ans auparavant, alors que le lieu de la Secrète était près de la Chancellerie supérieure, les choses se passaient avec plus de réserve et de mystère. Alors on consignait aux mains jalouses de l'Agostini les minutes et les écritures. Il les mettait aussitôt en place; il rubriquait les pièces au fur et à mesure; il était seul et il suffisait à tout. Rizzardo convient que depuis cette époque, déjà lointaine, tout a pris croissance dans l'État : les ambassadeurs sont plus nombreux, les négociations abondent de tous côtés; il faut bien plus de paroles et d'écrits, et par conséquent plus d'employés à les rapporter. Domenico Vico enregistre les affaires de Rome, Querini celles des autres Coursf Antonio Padavin les affaires dites de terre et de mer traitées au Sénat, Marc Ottobon les audiences, et il donne suite aux Commemoriali; Gorona met au courant les deliberazioni du Sénat laissées en arrière ; Bianchi tient les papiers relatifs aux finances; on recopie les anciens Commemoriali; les Docteurs nommés pour informer sur les affaires qui ont eu cours avec Rome et le Père Fulgenzio ont tous les mains aux papiers, malgré les prescriptions qui s'y opposent; enfin, le Prieur de Saint-Georges voit et lit tout. Il y a là de grands inconvénients sur lesquels un
long mémoire se pourrait faire. Lorsqu'il a été chargé par le Conseil des Dix de former un rubricario général , il a trouvé il Secreto dans une certaine confusion. Vite il a mis sous clef les pièces, les communications et relations émanées de ce Conseil, ainsi que toutes autres écritures d'une particulière importance; il n'a laissé dans les armoires ouvertes que les répertoires et inventaires; il a fait quatre rubricarii généraux de trois cents feuilles chacun, et il travaille à un cinquième pour mettre au courant les trente dernières années. Il en est à l'année 1632, dont on transcrit en ce moment les délibérations. Une fois finies, il transcrira sous honne forme et bel aspect l'inventaire général qu'il a préparé en cahiers. Il voudrait faire le rubricario général des affaires de Home, cette matière ayant été séparée de toutes les autres. Ce travail serait urgent, car lorsqu'on n'a point sous les yeux les affaires classées par date, comment les retrouver et les reconnaître sans une peine extrême? Pour conclure, son opinion est qu'il y a trop d'employés aux alentours de la Secrète. On ne peut avoir l'œil que sur peu. Il voudrait revenir aux anciens usages. Il termine en avouant à Leurs Excellences que s'il en avait trop dit, que s'il était allé trop loin, elles le veuillent excuser, et qu'elles soient certaines que son zèle seul pour le service de la Sérénissime République lui a dicté ces choses, zèle avec lequel il continuera de n'avoir en vue que le bien de l'État pendant le peu de jours que lui laisseront encore et son âge avancé et ses infirmités1.
< îl.I.rSTIu-MMi ET ECCELLEKTISSIMI SICNORI IsQIÎISITOM ,
Obedisro con la mia débita et solita humilissima rivcrcnza al comando
Quelles rigueurs plus grandes pouvait cependant exercer, quelles mesures plus jalouses pouvait prendre le Conseil des Dix après les règlements prescrits dans la loi de 1624? Divers ambassadeurs, nous le savons, et Contarini entre autres, alors à Home, s'étaient plaints que telle de leurs dépêches avait été révélée à des cabinets étrangers; mais les lois les plus sévères sont inhabiles à prévenir tous abus. Les transgresseurs ont été et seront dans tous les temps. Le tribunal des Dix, le tribunal des Trois, ne pouvaient donc faire plus que ce qu'ils avaient fait, c'est-à-dire formuler des décrets qui par les répressions annoncées étaient propres à prévenir le plus d'abus possible. Les tentatives corruptrices abondaient : ils étaient incapables de les empêcher toutes de réussir.
Paul Morosini, frère d'André, premier Surintendant, succéda à Girolamo Gornaro, mort en 1635 l. Il remplit
délie Signorie V" Illnslrme et Excellent0' tli mcttere in serittura quello che pcr la servitù ch* io presto nclla Sécréta, rappresentai alli Eccell"'» Sig™ Capi deir Eccelso Consiglio in proposito di qualche disordine ultimamente seguito, et aggiongero quel di più che per infortnalione in tal proposito et per riflcsso da farne quelle provision! che fussero confèrent! al pubblico aervizio secundo la loro somma prudenza et intelligenza, etc. (Tergn : 1633, a di 18 gennaro. Serittura del circospetto segr»° dell* Eccœo Senato Zuaune Hizzardo deputato alla Segreta, intorno a disortiini che seguono uella medesima , preseutata da lui alli Eccmi signori Inguisitori di Statu. Venise. (Papiers des Inquisiteurs.)
1 Voyez dan» les Secrète du Conseil des Di\ la lettre de ce patricien. - Sereniss,no Principe, lllustriss. et Eccellent. Signori. Essendoiui ii> Paolo Moresini, serapre tenuto molto lontano da ogni pretensione et in particolarc nel ingerirmi ne' carichi mentre non mi siano stati commewi, con grande amaritudine convenirsi sentire che potesse alcun stimare che io avessî senza fondamento a ragione voluto usurparc il carico délia soprinteudenza délia Sécréta, perciô stimo che mi convenga narrar corne sia in quanto alla persona mia passato ijuesto negozio, » etc.
sa charge avec une conscience rare, et prit une initiative des plus louables pour que le Conseil des Dix consacrât ses plus grands soins à la bonne administration de la Chancellerie qui lui fut confiée. Peu ambitieux , mais jaloux de bien faire, il avait d'abord voulu renoncer à l'exercice de cette charge, effrayé qu'il était de l'étendue et de l'importance des travaux qu'il aurait à commander, pour réparer de grandes négligences reconnues dans la mise au courant de plusieurs séries. Il constatait avec amertume que les registres de Home étaient loin d'être au complet; que les annales, qui, dit-il, sont l'âme de la Chancellerie secrète, n'avaient plus de rédacteurs depuis un certain temps; que les registres de Constantinople avaient été délaissés; enfin que si on ne lui donnait pas plus de mains pour suffire, suppléer et répurer, il préférait ne point accepter une charge qu'il estimait pour lui trop pesante. Le Conseil des Dix promit réparation , passa outre aux réflexions du Surintendant, et Morosini demeura en charge1. Il est, en effet, certain que malgré tant et tant de rapports si pressants, tant et tant de décrets salutaires, le service des Chancelleries, pour ce qui était du courant dans toutes les séries des registres, avait été fort irrégulier. Le Grand Chancelier Giovanni Battista Padavin, dans un mémoire daté du 5 décembre 1635, n'hésite pas à dire que lorsqu'il avait reçu de la munificence publique l'honneur et la grâce d'être promu à la dignité qu'il occupe, il n'avait pas été peu effrayé de constater que, tant dans la Ducale que la Secrète, il y avait plus de trois à quatre mille pages à
» 1635, 18 luglioin Cons. X.
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mettre au net pour arriver au service courant'. Il confesse qu'il y a à cet énorme retard des motifs plausibles, la durée d'une peste meurtrière, la multiplicité surprenante des écritures, le poste vacant de douze notaires et l'âge extrêmement avancé du Grand Chancelier son prédécesseur. Jadis, deux Secrétaires suffisaient à la Secrète; depuis, le Conseil en a adjoint quatre, et ces six sont encore insuffisants. Un tel état de choses nécessitait un prompt examen et les plus urgentes précautions. Le Surintendant Paul Morosini, au mois de février 1636, supplia les Dix de lui adjoindre un Sénateur éclairé, bien versé dans le maniement des écritures d'Ktat, afin de rédiger en commun un mémoire dans lequel seraient présentées à la discussion du Conseil les mesures qu'ils croiraient convenables*. H s'agissait d'un
1 Les observations du Grand Chancelier concernent, il faut le dir< , plus la Chancellerie ducale que la Secrète. Il dit cependant formellement , en se plaignant qu'il n'y a point assez de secrétaires attachés au service spécial des Chancelleries : « Pelli Repistri délia Cancelleria sécréta oltre due seerctarii del SenatO sono stati per délibération di questo consiftlio deputati quattro corne ho predetto cou assegiiameuto Ira tutti di più di 30 ducati il mese délia cassa pubhlica. Me possono quelli supplire a tutto, essendosi convenuto tralasciar di molto tempo il Hegistro délie Esposizioni dcgli Ambasciatori et altri insieme con le Commission! del Senato a pubhlici rappresentanti. »
2 1635, 20 KKVRIKR , IW COSS. X.
Necessario niente meno si rende a qualunque ben regolato go vernit l'ordinata custodia délie seritture segrete, che quella degli ara/zi stessi. Lu ha in tutti i feinpî rieonosciulo la prndenza di questo consiglio. Lu conferma ben chiaro la scrittura diffusa dei consultori hora letta...
L'an dura parte che a ben giusto sollicvo del detto dilettissimo N. H. Polo M m si ni che u' ha nella consultatioue tenutane con lui dalli capi mostrato particolare desîderio, sia di présente elelto un honorevole nob. uostro che ponça voto nel Senato, il quale habbi a cooperar et
nouveau mode de sommaire et de nouveaux règlements. Le Conseil des Dix, en renduut souveraine justice au Surintendant, accéda à sa requête, nomma aussitôt le Sénateur Giacomo Marcello, et décida qu'un rapport et un mémoire leur seraient aussitôt commandés, pour être comparés à celui qu'avaient présenté au mois d'août précédent les Consultons in jure Scipion Feramosca et Ludovico ltaitclli. A lire en effet ce dernier, on comprend que le Conseil n'ait pas été peu embarrassé pour décider avec clarté, justesse et prévoyance. Jamais propositions ne furent plus confuses. Le morceau est éloquent, mais la conclusion impraticable. Quant au mémoire fait en commun par le Surintendant et par le sénateur Marcello, nous avons eu le regret, malgré nos recherches patientes, de n'en pas faire la rencontre. Le lecteur curieux des documents de cette nature trouvera à l'appendice de ce volume le mémoire singulier des Consuitores in jure sur cette; matière intéressante, à savoir
unitamente cou esso Morcsini assister aile regolalioui et ortlini clic dovcvan deeretarsi soprà casa sécréta. E perché a fine cli ben incaminarc esse regole, conviene chc ollre al rappresenlalo dei consultori, s'habbi il parère di essi due nobili nostri, ipiali corne senatort di lunga mano vcrsali nel governo possino somministrar li proprii raccordi, sia ad essi commesso di dover rifferir nel termine di giorni otto in Ucritttl il loro senso sopra la più agevole e spedita uianiera di distinguer le materie e di formarvi le rubriche, portando lo alato iu clie sono di présente cosi li Regislri corne le stesse rubriche particolari et univeisali délia Sécréta : accio sopra le cose ben incaminate da nostri maggiori , sopra li sensi prudenti di detti nob. nostri , col riguardo necessario alli umdi habili per porli in alto> possa deliberarsi quello clie riclu'ederà in materia si grave degna di |»arttcolare maturation' il pubblico rilevante servitio ; et su délia présente data notttia ai savii del Collegio per loi informatione.
(Illico fu eletto Giacomo Marcello fit tic ter Andréa.)
quel est le meilleur ordre à suivre, selon eux, pour mener à bien l'œuvre d'un répertoire général des archives secrètes d'un Etat 1 .
A la mort du Surintendant Paolo Morosini (20 décembre JG37), fut élu le même Sénateur Giacomo Marcello, qui lui avait été adjoint l'année précédente. Il mourut le 26 décembre 1650, et fut remplacé par Battista Nani le 1 7 mars 1651.
Battista Nani occupa la surintendance pendant près de vingt-sept ans, et ce fut de son temps que fut écrit le magnifique catalogue de la Chancellerie que possède encore la ville de Venise et qui est déposé en ses archives. Mais avant de signaler cet ouvrage et d'en reproduire les parties principales, nous parlerons d'un fait singulier qui touche de bien près aux choses de la Secrète.
C'était en 1660. Le Surintendant ne présidait pas alors à sa charge. Il avait, en effet, accepté d'aller en France Ambassadeur extraordinaire pour la République auprès du Roi Très-Chrétien. Le 27 septembre, les Inquisiteurs d'Etat reçurent, entre autres papiers à l'adresse de leur tribunal, une longue lettre qui, sous le voile mystérieux de l'anonyme, les avertissait du danger que pouvait courir le précieux dépôt de la Secrète, dans le cas où le crime serait tenté d'en surprendre les trésors. Les termes de cet avis si longuement
1 Archives des Dix, filze, 27 août 1635. « Serenissimo Principe, Ha romandata la Serenità Vostra che per pubblico servilio dohbiamo investigare qualchc modo col quai si potesHe formare un Indice o Repertorio dei Libri et scritture,... » etc. Voyez l'Appendice.
motivé sont curieux. Il est aisé de reconnaître que celui qui les a écrits avait l'habitude du palais de la Seigneurie. Il serait trop long de reproduire en entier cette information, mais en voici les traits principaux :
» Illustrissimes et Excellkntissi.mfs Seignei rs Inquisiteurs d'État,
« C'est le propre d'un esprit très-fidèle d'avertir son Prince d'un danger qu'on a découvert, pour en prévenir les malheurs possibles. Moi, dont je tais le nom pour le moment, ayant pendant long temps pratiqué le Palais de I 'État, et ayant présents à la mémoire les moindres endroits de ce Palais, je connais des inconvénients et des dangers si grands pour la chose publique, que je me tiens pour obligé à ne les pas taire, puisqu'ils regardent les plus importantes affaires que ce Sérénissime Gouvernement ait à cœur de préserver de toute curiosité. Comme témoignage donc de mon dévouement,- je viens aux pieds de Vos Excellences leur donner part des périls et des abus suivants.
» Je dirai d'abord que le lieu où se réunit rExeellentissime Collège comme étant celui qui renferme la quintessence des secrets les plus jaloux, semble être pourvu des plus grandes sûretés. Une grande porte située au haut de l'escalier des Rayionati et d'autres portes doubles empêchent d'y pénétrer. Confiante en ces clôtures, la Majesté publique se croit assurée de l'inviolabilité de ses secrets et retient qu'aucune main puisse tenter de se frayer une voie dans le lieu même du Conseil, son sanctuaire vénéré.
n Mais, considérant autrement l'état des choses, l'esprit s'épouvante et le cœur frémit en pensant que, malgré ces vigilances, les dangers ne sont pas moins imminents, et que tant de lettres d'Etat, les chiffres eux-mêmes et les plus délicates matières peuvent être surpris.
» Que chacune de Vos Excellences veuille bien considérer ce que les faits mêmes démontrent :
» !• Dans la petite chapelle de rExeellentissime Collège se
trouve l'escalier qui correspond en-dessous aux appartements de Sa Sérénité, escalier laissé libre, fréquenté et continuellement ouvert. Les Sages du Conseil et d'autres personnes y passent le plus souvent.
» 2° Dans la salle de l'ancien Sénat, au milieu, sur la gauche, se trouve la porte qui correspond avec l'Exeellentissiine Collège, et toute sa sûreté réside dans le simple sagyiador (verrou?) qui ouvre et ferme.
»» 3° La petite chapelle du Collège est divisée en deux parts. Dans la première se tient Sa Sérénité pour entendre la messe, dans la seconde les écuyers ; et là se trouve la porte qui conduit à la Secrète; puis on en voit une autre fort petite dans un coin qui conduit par un très-étroit escalier i des cabinets.
» \* Dans la salle susdite de l'ancien Sénat est un balcon avec de grandes fenêtres, et sous le tribunal même où se tiennent Sa Sérénité et les Sages, existe un très-grand vide avec une ouverture.
»> Cela étant, j'ai fait la réflexion et j'ai considéré que des personnes mal intentionnées, persuadées et convaincues par quelque Ministre ou Ambassadeur de Princes, pourraient, au moyen de cet escalier ainsi laissé libre, se poster à la faveur de l'obscurité si promptement venue en hiver, se cacher ou sur le balcon ou sous le tribunal, et y surprendre les délibérations secrètes du Sénat pendant les séances.
» Puis, aux heures plus avancées de la nuit, une fois les portes fermées, l'huissier en chef parti , la personne envoyée, sûre de n'être pas vue, pourrait ouvrir les tiroirs des secrétaires et emporter ce qu'il y aurait de plus précieux en matière d'écritures d'État, puisqu'il n'y a pas d'autre obstacle pour entrer dans le Collège que la simple ferrure de la porte donnant accès au Sénat.
» Dans ce même endroit, n'va-t-il pas Y armoire des écritures des Sages du Conseil? Ne serait-il pas facile aussi d'y porter une main coupable?
" Mais là encore, Seigneurs Excellcntissimes, ne s'arrêterait pas cet excès; car les Princes, qui sont toujours avides de pé-
nétreret surprendre les secrets des autres Princes, profitant de cette opportunité, pourraient faire attenter aussi à la Secrète, s'emparer des chiffres et prendre les empreintes «les clefs. L'antichambre de la Secrète reste habituellement ouverte; le coupable pourrait donc aisément s'introduire et prendre le trésor des papiers d'État qui y sont rassemblés, ce trésor pour la conservation duquel l'autorité de la Seigneurie dépenserait un monde — peut-on dire — pour que le contenu n'en fût ni touché ni révélé, tandis que d'autre part il ne serait argent qu'on ne dépenserait, stratagèmes dont on n'userait, pour y atteindre. La prudence et l'expérience de Vos Seigneuries n'ignorent pas jusqu'où peuvent aller les artifices et les moyens employés par les Princes en de telles affaires, et combien d'or ils dépensent pour réussir1. »
La lettre de ce ténébreux donneur d'avis ne finit pas là. Après avoir exposé le péril, l'auteur propose les moyens préservatifs. Nous ne le suivrons pas dans son énumération. Il conclut en demandant pour unique récompense aux Inquisiteurs, dans le cas où ils prendraient en considération ses observations, la remise d'une peine qu'il a été condamné à subir, et sur laquelle, ainsi que sur sa personne, le Conseil des Dix informera leurs Excellences. Le document fut en effet soumis au
* Cosseii. des Dix. Archives. P. S.fîlze, 1660, 27 septembre. Trois documents. « 111°»» et Ecc"" 88" Inquisitori di Stato. È proprio d'un animo fede lissimo avvertire il suo Principe qualunque scoperto pericolu primo che ne sortiseano i mnli, et havendo io persona che per or.-i non esprime il suo nome pel longo corso d'anni esercitato il pubb° Palazzo e restandomi impresse le memorie di qualunque sito del medesimo, sento hora soggerirmi dal fatto stesso inconveniente et pericolo rosi grave verso il pubb° interesse, clic m'obbliga non taccrlo, mentre è toccante le più gélose et altc materie, che habbia in cuorc quesio Serenmo Governo, • etc.
m LES ARCHIVES DE VENISE.
Conseil, qui jugea bon d'en faire cas. Le jour même, les chefs (# tre capi) délibérèrent, et ils arrêtèrent que la personne à laquelle on était redevable de ces avis serait libérée de toute condamnation, et que les Inquisiteurs seraient chargés de prescrire les mesures convenables pour obvier aux dangers indiqués afin de sauvegarder de toute atteinte coupable la salle du Collège et la Secrète 1 .
Il est à croire que Battista Nani, revenu de son ambassade extraordinaire en France, dut s'occuper activement des devoirs auxquels l'obligeait la charge de surintendant de la Secrète qu'il avait acceptée. Ce qui est certain, c'est que ce fut 501/5 son règne, en l'an 1669, que fut enfin terminé le magnifique Catalogue du Trésor des écritures secrètes de la République. Les Archives actuelles le possèdent encore en son intégrité. C'est un beau et riche volume de deux cent cinquante-cinq pages sur parchemin, relié en maroquin rouge du Levant, et orné sur les plats de magnifiques enjolivements. L'effigie du lion de Saint-Marc y est marquée au milieu, ressortant comme d'un vaste cercle d'or. Le premier feu il-
1 1660, 27 i 1 ikmhhk. C. X.
* Che stante quello dessentialissiino pubblien intéresse eue gravemeute puô incorrerc ncl pericolo évidente rappresentato nelle se rit turc lelle de persona segreta, e slare imminente aile xcrittnre pubbliche eM«tenu nel Collc{>io et a quelle dell' istessa Sécréta : eonosciuticon l'occhiu pruprio da Inqnisitori nostri di Slalo haver bisorjno di provvedere e rmiedio équivalente, trattandosi di inateria tanto gclosa, e che rileva aile co»e più essenliali del Governo, ete... K nia rimesso agli Inquisitori nustri di Stato di dar quell' ordine che uincranno pruprio e snfHcicnle a riparo delli pericoli manifestât! cusî nella parte di Collcgio, segreta i*d altri luoglii dove vi è il bisogflO évidente.. . «
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LA CHANCELLERIE SECRÈTE. 1U3
let porte ce titre en superbes majuscules diversement peintes et ingénieusement combinées :