SECRÈTE
1 Voyez sur la signification respective drs dignités, des charge* et des magistratures politiques de la République de Venise, le vocabulaire placé aux appendices de ce travail, et expressément rédigé pour servir à l'intelligence des textes vénitiens.
L'établissement de la Chancellerie secrète , que désormais nous n'appellerons plus autrement que la Secrète, pour parler le langage vénitien, date véritablement du décret du 23 avril 1402 : « Ordini per la buona eustodîa e consegna délie carte tanto che si fanno in Cancellaria quanto che vengono difuori. » Jusqu'alors, il y a lieu de croire que les papiers d'État de la République avaient été concentrés à la Chancellerie ducale sans avoir été l'objet d'une séparation absolue. Mais avec le commencement du quinzième siècle, en même temps que croissaient et s'étendaient les affaires politiques de la République, que les écritures d'État augmentaient en nombre, que les ambassades au dehors devenaient plus fréquentes, on sentit le besoin de localiser et de réglementer, pour éviter les abus les plus graves , un dépôt affecté aux écritures, dont le contenu ne pouvait sans inconvénient être exposé à la curiosité de ceux qui n'avaient pas à en connaître spécialement. Le Grand Conseil, à la date du 23 avril 1402, 6t savoir ses volontés à cet égard dans le décret dont la teneur suit :
« Étant urgent pour le bien de notre État de pourvoir autant qu'il est possible à ce que les lettres et écritures particulières à notre Chancellerie, celles qui y sont expédiées ainsi que celles qui y sont adressées, les unes et les autres de la plus grande importance, soient conservées et demeurent secrètes, comme contenant loutes nos affaires; considérant aussi qu'il importe que tous nos gentilshommes, ceux qui fréquentent la Chancellerie et toutes autres personnes (non qualifiées pour en connaître) ne puissent avoir le moyen ou l'occasion de voir et de savoir par ces lettres et écritures plus qu'il n'est dans l'intention de l'État de leur laisser savoir,
»» On propose :
» Que les bureaux de la Chancellerie sur lesquels on dresse ces écritures, que les armoires et meubles dans lesquels on dépose les registres d'État, les dépêches, le texte des décisions secrètes et autres choses de cette nature, soient établis dans un lieu spécial et disposés dans Tordre et selon des règlements qu'il appartiendra à Monseigneur le Doge, à ses Conseillers et aux chefs des Quarante d'adopter. Que cela soit au moins décidé a la majorité de leurs votes, et le plus promptement possible.
» Contre la proposition : 14.
» Voix douteuses : 15.
» Pour : Tous les autres * . »
Le même jour où le Grand Conseil décrétait l'établissement de la Secrète, il décidait encore par un autre vote qu'aucun registre, aucun mémoire, aucune dépêche, ne pourraient être communiqués pour être em-
1 140Î, 23 a r ni us, in maiori cossimo.
Cnmzosia chel faza per lo stado nostro a proveder quanto ne sia pos- *ibile, che le lettere et scritture che se fa alla nostra Cancelleria et che de quelle exic , et rbe ne vien mandade, le quai sia d'importanzia vegna tegnude, et sia secrète, perché quelle contien tutti i fatti noitri et azo, i-he si ai nostri zentilomeni couio a nostri noderi et a tutte altre persone se toja via el destro, el muodo e la chaxion de veder e de saver per quelle scritture et lettere più di fatti nostri de quello è intention dclla terra.
Anderà parte prima, che quelli scagnelli e arineri e banchi délia nostra Cancelleria, ai quali si scrive, e luogasse i lihri , lettere parte et scritture secrète se debbia redur e far in quella forma e luogo e per quel muodo et con quell' ordene che parera megio a Missier lo Doxie e con- «ejeri , e cavi de Quarauta , over la mazor parle de quelli e questo faz- /asse quanto presto le put».
De non, 14.
Non sinceri, 15.
De parte — omnes alii.
portés en dehors de ladite Chancellerie sans une permission du Doge, ou de quatre conseillers, ou des chefs des Quarante, ou plusieurs ministres délégués par des conseillers1.
Mais dans l'espace du demi-siècle, malgré les précautions ordonnées par le Grand Conseil, il est à croire que certains abus s'étaient manifestés, que toutes les mesures prescrites n'avaient pas été exécutées, car à la date de 1459, le 31 octobre, le sévère Conseil des Dix décidait par un décret longuement motivé les règlements qu'il avait jugés nécessaires à la conservation des papiers d'État et à leur préservation de tous regards indiscrets. Il ordonnait, entre autres mesures nouvelles, l'élection de l'un des plus aptes de la Chancellerie «lucale pour être particulièrement chargé de la garde et surveillance de la Secrète; il précisait quels personnages qualifiés pouvaient seuls y pénétrer, tels que les Ministres en activité et le Grand Chancelier, et il établissait qu'à l'avenir, certains registres moins faciles encore à être communiqués que les autres, et constamment renfermés dans une armoire spéciale, seraient affectés au contenu des écritures les plus confidentielles. Prévoyant le cas où quelqu'un pourrait y être
1 Ancora che alguna lettera, over brievc, le quai vegna mandadi serradi da chi se sia, e da cbe parte se voja alla nostra Signoria non s<* «Irbbia avrir per alguna persona de che condition vuol esser «e nia , ami quelle lettere over brieve debbia apprcaentar cussi serrade, e bollade, tome quelle i vegnerà dade a minier lo Doxie over alla Signoria. e *e alguui contrafarà, ne lavera l'offitio, over bencfîcio del comun de Veneiia, sia privado de quello in perpetuo, e star debbia un meu- in le prixon de sotto, etc., etc.
adressé d'urgence pour y copier un texte quelconque, le Conseil imposait au garde des écritures d'enregistrer sur un livre spécial le mandat officiel du commissiouné et le but de sa recherche, en un mot, de faire un rap» port sur ce que le délégué aura vu , ouvert et lu dans la Secrète 1 .
Trois ans après la promulgation de ce décret du Conseil des Dix, ce même Conseil en votait un autre, le 24 juin 1462, par lequel la Chancellerie ducale et tout son personnel dépendraient dorénavant de sa juridiction immédiate. A dater de ce jour donc, il lui appartint exclusivement de délibérer et de statuer sur les destins de
1 1459, 31 octorris, in consilio DBCBM.
Cutn sicut dare habelur script mr et libri in in quibus scripta sunt
secrctissima nostrî dominii, sunt sine custodia aliqua in Canceliaria nostra in modum quod omnes vident illos, examinant et intelliguui facta nostra ac faciunt sibi copias sine licentia nostra, et eas mittunt quo volunt, siciit novissime advenu rum maximo et evidenti pericnlo nostri status, ad qua? pro évident! et nece&sario bono nostro omninô expedit facere provisionem.
Vadit par» pro evitandis inconvenientiis, quod omnes libri nostri secreti tain Partium quam Litterarum reducantur et deponantur in uno loco Canceliaria; qui per domininm deputabitur sub una clavi sola, pro quorum custodia et gubernatione per domininm eligatur et depntetnr unus ex notariis nostris ex sufncientibus et scientibus bene scribere qui ad hoc solum deputatus fit, cui quidem notario deputando assignetur clavis predicta ipsorum librorum, tencatque ipse no tarins libres nostros secretos, et in eig scribat Partes et Literas ac Deliberationes nostras de tempore in tempus, ?i»-ut capientur et deliberabuntur, ac eas rubricet. Deputaturque sibi in Canceliaria quomadmodiim per antea consueverat unus scabellus in quo teneat libruin secretum ac librum literarum secretamm clausus sub rlavi et non permittat dictus notarius quod aliquis sit qui relit, videat nec examinet ipsos libros nec aliquem alium ex secretis sub custodia sua consignandis, nisi de mandato dominii , exceptis nobilibus de collegio nostro qui pro déclaration ibus habendis, donec erunt de collegio, possint videre dictos Iibros...
LA CHANCELLERIE SECRÈTE. 15V
la Secrète, puisqu'elle était considérée comme une subdivision de la Ducale. Aussi est-ce une recherche curieuse que celle de tous les arrêtés et décrets émanés de ce tribunal, surveillant suprême des choses et des hommes de la République vénitienne, au seul endroit de cette Chancellerie, dépôt des secrets et des preuves intimes d'une politique si active. Le nombre de ces arrêtés, la variété des mesures prises, le renouvellement incessant de la teneur du règlement avec un particulier raffinement de précautions nouvelles, dénotent pour quelle large part entrait dans les préoccupations du Conseil des Dix la Chancellerie secrète, qui d'ailleurs allait s'augmentant chaque jour, et formait à la fin du quinzième siècle le plus riche et abondant dépôt de papiers d'État qui fût alors dans le monde civilisé '.
En juin 1496, il fut décidé que quatre notaires se-
1 Cancetleria, Secreiariiet Notarii pertineant Consilio Decem, excepta electione Canceltarii.
MCCCCLXIl, DIE XXIV Jl'MI, IX COX8ILIO X.
I»er hoc Consilium factac suiit milita* provisiones in facto CanceIJaria* nostrsc tam in refiulando scripturas nostras sécrétas quam in facto secretariorum et nolariorum nostrorum in augendo salarium et in modo solutionis salariorum suorum et faciat pro evidenti et neceasario bono nostri statu*, sicut facUe sunt aliqiuc particulares provisioncs pro dicta Cancellaria seerctariis et notariis ita etiam providere quod lotaliter sit subdita et subditi, ac pertinentes huic consilio.
Vauit pars quod du cetero excepta electione Cancellarii nostri , qua» Keri debeat juxta sulitum per consiliarios et per majus consilium, auctoritatc hujujj consilii captum sit, quod ipsa Cancellaria, «ecretarii et notarii pertineant et sit subdita, ac subditi et pertinentes huic consilio per quod circa pnedicta et in prxdictis provideatur, sicut ipsi consilio videbitur, et capita quotiescumque voluerint pro pranlictispossint vçnire ad istud consilium et ponerc partem et partes sicut pro bono noslri status eis conveniens videbitur.
raient chargés de la copie et de la mise en ordre des registres secrets du Sénat, et qu'en dehors de ces quatre notaires, nul autre du personnel inférieur de la Chancellerie ducale ne pourrait pénétrer dans la Secrète. Des prescriptions très-sévères et grosses de châtiments en cas de contravention sont aussi consignées dans cet arrêté, non-seulement pour les secrétaires mais encore pour les patriciens qui , n'étant ni du ministère ni du Sénat, tenteraient d'y pénétrer. Il n'est pas jusqu'à l'obscur porte-clefs de ce lieu mystérieux qui ne soit rendu responsable des contraventions d'autrui, dans le cas où spontanément il ne viendrait pas les dénoncer à la barre du Conseil
L'examen des documents relatifs à la Secrète pendant le cours du seizième siècle jusqu'en 1574 ne nous
1 1496, DIE XXII Jl'MI , IN GONS. X.
Qutim una ex principalibus provisionibus qui requiruntur super Cancelleria nostra illa est rnavima et importantissima omnium quod videla <r non Hat ita comunis, et apertus additus sicut a pauco tempore citra videtur factus...
Vadit pars quod auctoi'itatc hujus consilii statutum et provi-
snm sit : quod de caHero aliquis nolarius Cancelleria* nostra? qui non sit ex deputatis sive ex illis qui modo possunt intrare et stare in consilio uostro ro^atus, non possint illis diebus quibus ipsum Consilium vocabitur, nec venire nec «tare in Cancelleria nostra sécréta. . . . Ca?terum ut libri et omnes ilîc scriptura Cancelleria; nostra» sécréta- non possint ita ab omnibus secretariis licentiose videri et conlractari captum eliam et provisum sit quod capta presenti parte nominari et deputari debcat ille mimeras notariorum qui videhitur sufHciens et de personis electis qui soli habeant cl possint intrare et starc in ipsa Cancelleria quando non erit Consilium Rogatorum. Excludantur tamen ab boc ordine illi duo notarii nostri, unus qui tenet Registrum secretum et aller qui tenet Registrum comune jam multis annis.
LA CHANCELLERIE S ECU ETE
Mil
arien fait rencontrer de notable. Mais en 1 57 i et en 157fï. l'histoire de la Secrète a ses chapitres dramatiques. Le feu prit au palais des Doges, et il s'étendit à ce sanctuaire des arcanes politiques de la République vénitienne. Le récit de ces deux épisodes a été fait officiellement, et nous en avons tiré les détails relatifs à la Chancellerie.
C'était le 11 mai 1574. Le Sérénissime Prince Al vise Mocenigo, venant de présider au banquet de famille pour fêter l'anniversaire de son élection au priocîpat, se trouvait en la salle du Crand Conseil, ou le Sénat avait alors séance. C'était le soir; une heure et demie environ après le coucher du soleil : le Secrétaire d'office donnait lecture des dépêches, lorsque soudainement il fut interrompu par le mouvement précipité tle quelques Sénateurs vers les portes de la salle, l'n incendie s'était déclaré audessus des appartements du Doge. La Aimée était épaisse, les flammes s'étendaient au long de l'édifice et présageaient les plus grands désastres. Le Sérénissime Prince, resté jusqu'alors sur le tribunal où il présidait à l'assemblée du Sénat, dut quitter le palais, soutenu par deux secrétaires de la Seigneurie, et il se réfugia en compagnie de quelques Sénateurs chez le procurateur Giovanni da Lezze, qui résidait près du Palais ducal. Malgré les plus prompts secours organisés par les gens de l'Arsenal, les flammes en peu d'instants avaient gagné la salle ordinaire du Sénat, le Collège, l'anti-Collége, et s'étaient fait jour du côté des rayons les plus élevés de la Chancellerie, où elles avaient réduit en cendres les papiers
d'Ktat, des registres, et autres écritures importantes qui s'y trouvaient rangées. Les Secrétaires, quelques citoyens, tous ceux qui avaient pu pénétrer dans le but de secourir, avaient emporté, qui ici, qui là, qui ailleurs, le reste des archives. La plus grande partie fut du reste déposée dans les vastes appartements du Procurateur, où le Doge s'était fait transporter. Les papiers des Dix eux-mêmes furent enlevés; bref, les archives de la politique des Vénitiens, conservées et surveillées jusqu'alors depuis le treizième siècle avec des précautions si jalouses, furent , en cette soirée si fatale, dispersées et réparties chez ledit Procurateur, à la Zecca, au palais Trevisan et dans les chambres des Quaranties. Qu'il ne s'en soit pas égaré davantage, qu'il n'en ait pas été détruit ou détourné un plus grand nombre, est admirable et prouve de quel respect louable était pénétré le peuple de Venise pour les choses de l'État. On sut ensuite que ce qui ne se retrouva plus avait été l'unique proie du fléau , car lorsqu'on rappela les registres et les liasses à la Chancellerie, il fut aisé de reconnaître par les débris que si des pièces manquaient à cet appel, il n'en fallait attribuer la perte qu'à la fatalité du sort et non point à la malveillance ou à la mauvaise foi des hommes 1 .
Le second incendie, non moins terrible dans ses effets, menaça d'une ruine complète le fameux Palais
1 Voyez Libri Ceiimoniali aux Archives de Venise, six regi>treft in-folio. Rej». 1° 1464-1599. La couie du récit de l'incendie, en 1574, se trouve aussi dans les Coslumi c Lt'tjffi de Giov. Ro.tsi, tome VI, pajje 6. (Marciana.)
ducal , recueil illustre de tant de chefs-d'œuvre. Ce fut en Tannée 1577, le 20 décembre. Cette fois les flammes se déclarèrent du côté de la grande salle du Scrutin, provenant du lieu où résidaient les Seigneurs de la nuit au civil. On en attribua la cause à l'imprudence des archers du Prince. Le vent par sa violence aida au développement des flammes avec une rapidité surprenante. La salle magnifique du Grand Conseil fut atteinte; atteints et détruits les ouvrages célèbres dus aux plus illustres peintres de la brillante école vénitienne, peintures de Gentile et Giovanni Bellini, du Titien, de Tintoret, du Pordenone. Le tribunal des Dix fut menacé, l'activité et le courage merveilleux des maîtres de l'arsenal en prévinrent la destruction. Le lieu des séances des vingt Sages et de la Quarantie civile fut la proie du feu. De ce côté étaient répartis les protocoles des notaires défunts, la totalité en fut brûlée. Dans ce grand danger, tout le personnel de la Chancellerie s'était porté aux archives des Dix, de la Secrète et de la Ducale, et en avait retiré les écritures pour les déposer, qui dans la sacristie de la basilique, qui dans les chambres inférieures, qui dans la Loggietta; mais la plus grande confusion régna dans ce transport, et plusieurs liasses n'ont pas depuis été retrouvées. La fameuse Caisse blanche (il Casson bianco), renfermant les procès les plus mystérieux expédiés jusqu'alors par le tribunal des Dix, et des clefs de laquelle le Grand Chancelier était le dépositaire unique, fut portée, sans être ouverte, en lieu sûr. Andréa Frizier était alors revêtu de cette grande dignité dans la République,
et, pareil au capitaine du navire menacé à qui son de-
voir impose de n'échapper que le dernier au plus {[rand péril, il ne quitta le palais ou plutôt la Chancellerie qu'après en avoir fait enlever jusqu'au dernier registre et aux derniers parchemins l.
Après ces deux épreuves véritablement terribles, la Chancellerie ducale et la Secrète furent réorganisées. Les rapports qui ont du être faits par le Grand Chancelier au Conseil des Dix sur les pertes qu'elles avaient éprouvées n'ont malheureusement pas été retrouvés. Il serait donc impossible de les apprécier avec l'exactitude cjue permettrait la connaissance d'un inventaire officiellement dressé. Néanmoins les lacunes énormes consta -
* Idem. Cerintoniali délia Serenissinm Siqnuria , nage 64. I n témoin oculaire, le patricien Mol in , s'exprime de cette façon touchante : » Et in meuo di mezz' ora ancorchè dalla fedele e valorosa gente dell" Arsenale fossero faite prove iucredibili ed usata ogni fatica e diligeuza, con tntto ciô trapas»ô nellaricca sala dcl Gran Consiglio con la nicdoima violenza e font, aiutato da un gagliardisaimo venlo da levante clic in quel)' ora s'avea poalo a sofliare nolahilmcnte e l'augmenlava , onde mi.scrabilissimo speltacolo rendeva alla nobiltà e ai Inioni c veri citladini, i qnali aiisiosamciite discorrendo per piazza non «apevano rimcdiai ail' irrimedialiile danno, vedendo cosi glorioso ad antico riectto d'ornamenti délia Repubblica, te*timonio per le tanle e sî preziose pitture délia virtà e fervide opeia/.ioni de' nostri vecchi, sugli occhi propri ridursi in cenere, De a suo servitio poter adoprarsi... E perché ncl luogo ove si ritluceva il ("ollegio de' xti, il Collcgio de xx Savi e la Quaranlia nnova vi erano di molli pi mi, scale di legno e il riceltando dei protorolli dei nudari . il fuoeo trovando materia da riuchiudcisi si fermô per divorar affatto ogni cosa, Onde spinto dei vento tanle hamme spargeva fuori clie empiendo la piazza pareva lo spavento.su Etna o Mongibello, per il che tu dubitato clie non accendessc le fabbrichc délia Libreria nuova clie v di rimpetto c la Cecca onde ne seguisse couseguenza di estrema rovina. « Voyez S. HomaMS, Storia docuiiieiitata di Veneùa, tome VI, page Î)Ô7, et pour l'histoire de la récditicaliun et restaura lion du Palais ducal, Caiioiiin, Pareil di X\ uichiteUi , Veiuzia, 1828.
tées plus tard dans les séries de la Secrète, lorsqu'il fut fait un catalogue officiel dont nous parlerons plus loin , purent révéler l'étendue des désastres accomplis. Qu'étaient devenues, en effet, les précieuses liasses des dépêches de ces ambassadeurs que Venise avait envoyés en tous pays pour négocier, observer, traiter et rapporter? Qu'étaient devenues les plus anciennes, toutes celles qui depuis le treizième siècle jusqu'en 1550 environ avaient du trouver place sur les rayons de la Secrète? Rien ne pouvait égaler ce dommage, parmi tous ceux qui résultèrent de ces deux incendies si funestes. Les dépêches de France, d'Angleterre, de tout l'Orient, des États d'Allemagne et d'Italie, depuis l'époque glorieuse déjà si ancienne où la République des Vénitiens avait entamé et mené avec tant de nations diverses des négociations importantes, jusqu'à la moitié du seizième siècle, avaient disparu dans les flammes. Trois siècles de dépêches et de rapports d'ambassadeurs anéantis ! Perte irréparable pour la connaissance véritable de l'histoire particulière de l'Europe et de l'Asie et pour la science de la politique générale!
Le Conseil des Dix ne pouvait manquer de penser à prévenir le retour de pareils malheurs en cas de nouveaux incendies. Il avisa donc aux moyens les plus surs pour préserver à l'avenir de si terribles atteintes les écritures de ses Chancelleries. En 1570, le S mai, il décida que les grandes armoires de la Secrète seraient converties en un nombre nécessaire «le petites qui, mobiles et faciles à être maniées, pourraient être portées à dos d'homme à l'heure du péril.
La caisse de Yofficio al sal fut chargée de subvenir à cette dépense 1 .
L'année 1586 est mémorable pour l'histoire de la conservation des papiers de Venise, car elle est l'époque où le Conseil reconnut de quelle importance pourrait être l'œuvre d'un répertoire bien établi des documents politiques renfermés dans la Secrète. Considérant que les Secrétaires perdaient souvent un temps précieux à chercher telles ou telles informations réclamées pour le besoin des affaires courantes, il voulut que les Sages du Collège, chargés de veiller à la conservation des Rapports (Bcfazioni) et des Annales, s'entendissent avec le le Grand Chancelier pour présider à l'ouvrage d'un index
1 1579, 5 MAGGIO, «EL COSS. X.
Nclli due ultimi inccndii del palazzo nostro si ha corso grandissimo perieolo di perdere le scritture secrète cl important! cosi di questo Consiglio, corne de! Scnato, et perô non si dovcndo tardar di farvi qualche provisione per assicurar quantô più sia poxsihile :
L'asdera tarte chc sia rommcsso alli Provveditori soprà la fabbrica del palazzo, che tolta l'opinionc dei periti cosi de! loro come del modo di MMCurarlo dal fuoco, nel quai si habbiano a reponer le dette scritture, debbano referir il tutlo alli capi di questo Consiglio acciocchè si po*M poi deliberar quanto sarà giudicato convenicntc.
El acciochè fino che si venga ail' esecutionc di quanto è sopradctto per assicurar esse scritture al meglio che si possa, sia preso che per li capi di questo Consiglio senza dilazione siano fatli far di novo ovvero accomodar li armeri già fatti cosi nell' officio di cssi capi, come nella Cancelleria ducal, quali per la loro grandezza non si possono mover in tanti armeri piccioli atti ad esser portati da una persona in spalla, come si fanno le casse, ne' quali armeri si habbiano a lener li libri, filze, lettere, et altre scritture pubbliche sotlo una e più chiavi, come sarà giudicato meglio, affine che occorrendo qualche disturbo, che Dio non lo permelli, sia più facile il portar via le ditte scritture senza moverle delli suoi armeri con pericolo di perderne molle, come è occorso per il passato, e la spesa •sia fatta delli denari dell' officio del sale, etc..
précis des matières et négociations traitées dans le Sénat, de ses délibérations secrètes, des audiences données aux ambassadeurs étrangers, et de toutes autres écritures d'État1. Ainsi se perfectionnait peu à peu l'établissement si notable de la Secrète.
Un autre décret en augmenta les trésors vers la fin du seizième siècle. L'année 151)6, en effet, le 20 septembre, s'appuyant des décrets antérieurs du 30 juin 1518 et du 27 janvier 1558, le Conseil des Dix prit un arrêté par lequel ordre formel serait donné aux héritiers de ceux qui ayant été ambassadeurs, provéditeurs, capitaines généraux, en un mot représentants publics, et
1 1586, A Dl 5 MAfl/.O, IX COXSICLIO X.
Occorre mohe volte che nelle materie important! et di Stato che se deveno consigliar dalli Savii del Collcgio nostro nel ritrovar le scritlure et altro che appartiene a qualche materia , si trovano moite difficohà rispetto aile intermissioni de' negntii et alla moltiplicità d. lle seritture che vanno in consideratione, di maniera che lien spesso ron tutta la fatica et diligeutia , che usano li secretarii nostri, non si puô ritrovare tutto quello che «aria necessario, il che apporta aile volte danno alli negotii et délibération!, onde è a proposito a trover modo che con maggior facilita si possa sempre che occorrerà veder dislintamenle tutto quello che vi sarà in tal proposito, perô L'andcrà parte che li Savii del Collcgio nostro che hanno carico délie Relation! et Annali. col parère et consiglio di messer lo Cancellier grande nostro dehbano haver cura, che nell' avvenire sia fatto un indice distinto per le materie et capi delli negotii «pettanti al Senato, che accennano cosi sommariamente délie Corti el altre corne délie Deliberatioui di esso Seuato nostro, Esimsi/ioni de ambasciatori et secretarii de* Prencipi, et d'ogni altra scrittura, dissegni, modelli , che toccheranno al parlicolar di quella tal materia con li luoghi et tempi distintamente , acciô con questa via si possa facilitar maggiormente le consnltationi delli negotii, che occorreranno alla giornata per servitio del Stato nostro, et aftine che questo ordine sia continuato corne conviene, siano obbligati li predetti Savii aile relationi et annali che saranno di tempo in tempo procurate , che si sia data la débita esecutione.
qui n'auraient pas remis à l'État, selon qu'ils auraient dû le faire , les lettres, les relations, les mémoires et toutes écritures politiques, d'avoir à les réunir et à les apporter au tribunal, lequel ensuite se chargerait de les répartir dans le lieu où il était naturel qu'ils Rissent. Des peines sévères seraient infligées à tous délinquants à cet ordre irrévocable '. Or, il était constant que depuis la dernière guerre que la République avait eu à soutenir contre le Turc, plus d'un , à qui la loi imposait le retour
1 I59fi, A Dl 29 LIGUO IN «JONSII.IO X.
E stalo ilalli sapieiitissiini pro{jenitori nostri imidentementc deliherato per questo conscglio sotto li o0 zupno 1518, e poi anro del 1558 a 27 geunaro m l predetto consijjlio cou la zuiita, clic tutti li ('apitani {jencrali, Oratori , Provvedîtori , Raili, Rcttorî, Sccrciarii et altri quociimquc nomine censeantur, dovessero al {{influer loro in qucsla città présentai- subito alli capi di questo Consiglio tutti li suoi Refjistri, Leltere, et altre Scritture pubblice di materie secrète et pari menti le Rcla/ioni faite dai delti rappresentanti in scrittuia acnza lenerne copia alcuua, ftiurando alla presentia di detti capi di non haver tenuto ne dalo ad aJcuno copia nè délia Relatione nè dei Regimii, nè di alcun' allia délie dette scritture et perché per la lonjjhezza del tempo non viene data aile dette parti de cerlo tempo in qua la débita esecuzione, i on molto disoidine, et non poco pre;;iuditio délie eose nostra contra I intcntione del predetto consi{>lio, perô,
1,'amu.ka parie, ehe nia comiuesso alli capi di queslo coilfîglio che conforme aile dette deliberationi del 1518, 30 KUgno, et 1558, 27 j;ennaro, debbino far chiamarc al loro tribunal tutti qurlli delli suddetti rappresentanti nostri, che non haveranuo presentate le loro relation! , re{;istii, ne altre scritture pubhliche, et li lieredi delli inorli , commcttendo l< che per parle di queslo Consijjlio, che debbino dentro de {«ion h otlo andar al loro tribunal a presentar lutte le relatiotii , rejjisiri et scritture pubbliche, che havesscro, et a murar di non haver tenuto alcuna cosa, conforme aile suddette deliberationi, le quali siauo per I avvenire dalli siiddetti capi mandate ad esecutionc, corne è mente et voluntà résolu; i del predetto con*i;;lio. E debbaiio li âccretarii <>;;ui primo giorno del mese ricordar alli antcdetli capi l'esecutione délia présente parle.
d écritures importantes à In Chancellerie secrète, les avait gardées dans sa demeure 1 . Si cet ordre fut rigoureusement exécuté, il y a lieu de penser qu'il valut à la Chancellerie un accroissement considérable de documents. Deux ans plus tard, en 151)9, d'autres papiers firent retour. C'était une partie de ceux que, pendant l'incendie de 1577, on avait précipitamment enfermés dans une pièce voisine du lieu dit des plombs. Deux conseillers furent élus pour présider au triage : les archives des Dix reçurent la part qui leur appartenait (la plus grande part d'ailleurs), et le reste fut porté à la Secrète *.
Ce fut avec l'avènement du dix-septième siècle que, de par la volonté des Dix, cette Secrète prit nouvelle figure, en recevant pour la diriger et y présider la personne d'un patricien qualifié de surintendant. Cette innovation importante devait amener avec elle de grandes
I 1596, 20 8ETTEMBRK 1S COSSIOUO X.
Se l>en i on molta prudentia si sono cn.stitiiite le L'ggi in proposito délia présentation ehe devenu far délie Relationi , lettere et altre seritlure , glî ambaseiatori...
L'ftgDEBA paiitk ehe fatta usar dalli eapi di questo consefllio la del>ita diliçentia di tutti li predetti rappresentauti ftottrf ehe sono niorli dal prineipio dell' ultima puerra turchc9ca in qui s'hahhino a levai- le seritture puMdiehc da quclli appresso rpiali , essendo moi ti li prineipali autori, *i trovano eSse «erilturc {;ià passate nelle loro tnani. Quclli veramente ehe ritornali dalli loro eariehi vivono al présente siano tenuti in termine di {jiorni 15 dar iu nota in serittura soltoscritta di loro propria mano alli eapi di questo consejjlio tutte quelle serilture pulddtche ehe essi trovouo havere presso...
1599, 15 mak/.o, in roîtsinuo x.
I*er maneamento di luo{»o .«ono stati in più volte riposti nella .sortit la •Otto li piomlii, etc...
améliorations. Le Grand Chancelier ne perdait aucun de ses droits de gardien suprême des écritures secrètes de l'État vénitien par cette élection d'un patricien illustre, fort éclairé et lettré, et la Chancellerie y gagnait d'avoir un président spécial , uniquement occupé d'elle, capable d'initiative pour proposer des mesures excellentes aux magistrats à qui il appartenait de les approuver. Le 17 septembre 1601, fut élu le premier surintendant, Andréa Morosini qui , par un décret antérieur de trois ans, avait été élu historiographe de la République. Son premier soin , après examen fait de toutes les séries de documents contenus dans la Chancellerie, fut de soumettre ses observations au tribunal des Dix. Il fit son rapport en 1602*.
u Sèrénissime Prince,
» Illustrissimes et Excellentissimes Seicjneurs,
» L'année dernière, le 17 du mois de septembre, Votre Sérénité et Vos Seigneuries Exccllcntissimcs, conjointement avec le suprême Conseil des Dix, ont trouvé bon décommander que, commedéputé pour écrire l'histoire de la République,
1 Voyez Dclla diplomazia italiana dal secnlo xiu al xvi, par Alfred DE Rei-mont, trois documents relatif* aux Archives secrètes de la République de Venise, paye 317.
1600, 21 aprile, iu Consiglio dei X. L'axdkra parte che *ia dato il carieo c la .soprintendenza dei luogo délia segreta al diletto nob. noslro Andréa Morosini, deputato a geriverc l'istoric, e successori suoi , con agumento alli ducati dugento, che se li dà al présente, di allri ducati cento ail' anno, si che in tutto siano treeeuto. Il quai nobile UOtlrO deputato abbia a procurare l'esecuzione di quanto *arà imposto alli sottoscritti segretari, perché quanto prima si a remediato alli mancamenti délie pubbliche acritture.
* Le texte original italien du rapport ci-dessus a été reproduit en «on entier par M. de Reumont. Diplomazia italiana, page 32Î.
je dusse aussi être promu à la charge de Surintendant de la Secrète. Considérant de quelle importance il est que ces archives, où sont conservées les écritures touchant les négociations et les affaires les plus graves de ce Sérénissime Etat, soient tenues dans le plus grand ordre, c'est-à-dire que tout ce qui a été négligé à l'endroit des livres en parchemin et des registres soit mis au courant, et ayant donné toute mon attention au texte même des résolutions du Conseil, j'ai apporté tous mes soins à leur exécution, selon que Votre Sérénité et Vos Excellences ont pu le remarquer. Maintenant, dans le désir où je suis, pour l'acquit de la charge qui m'est donnée et pour celui de ma conscience, de faire connaître à Votre Sérénité et à Vos Seigneuries l'état présent de la Secrète, afin que s'il leur paraissait, pour le hien du service public, devoir réduire ou accroître quelque chose de leurs délibérations, elles le pussent faire en connaissance de cause, je viens leur représenter dans cet écrit le cours de cette importante affaire.
« Je trouve, Sérénissime Prince, qu'avant l'année 1451). toutes les écritures et les livres contenant les plus importants secrets de l'État se conservaient sans réserve aucune dans la Chancellerie ducale, où chacun pouvait les lire et les examiner avec facilité. On pouvait donc ainsi connaître toutes les négociations relatives aux intérêts de cet État; on pouvait prendre copie des dépêches; rien ne s'opposait à ce qu'il en fût donné part au dehors : il y avait là grand péril à d'infinis inconvénients. Le suprême Conseil des Dix s'en émut alors, et il décida que tous les livres secrets, tant ceux des délibérations que ceux «les dépêches réunis ensemble, fussent placés dans un endroit de la Chancellerie fermé sous une seule clef. Un notaire de cette Chancellerie, dépositaire de ladite clef, fut préposé à la {jardedes livres et chargé de tenir note au fureta mesure, dans un registre spécial, des lettres et dépêches, des propositions et délibérations du Sénat, accompagnant chaque chose d'un sommaire. Ce notaire avait accès au Collège et au Sénat, et le Conseil des Dix lui assigna certains avantages comme récompense à son labeur. Ainsi fut-il fait pendant bien des années. Ainsi furent enregistrées dans une seule série par un Secrétaire toutes les délibérations et les lettres jusqu'en l'année 1560. Ce
fit t alors que beaucoup de ces registres ayant été remplis, ou commença des séries nouvelles; les affaires de Home furent, entre autres, consignées sur un registre à part; il fut aussi procédé à une rédaction ample des audiences des Ambassadeurs des Princes et autres personnages, desquelles primitivement ou prenait à peine note, l'usage étant que le Sérénissime Prinre en rendit compte tout simplement au Sénat. C'est alors que le travail de la Secrète prit une grande extension, et un Secrétaire ne suffit plus à enregistrer les matières traitées dans le Sénat. Car si d'abord, comme je l'ai dit, un seul livre était destiné à cet enregistrement, peu à peu il en fallut d'autres, et aujourd'hui le secret d'État, pour être consigné, exige cin<j recueils différents. Dans le premier, le relevé des affaires de Rome; dans le second, celles de Constantinopie ; dans le troisième, celles des autres cours, et désigné sous le nom de // Comune; le quatrième contient les audiences du Nonce; Le cinquième celles des Ambassadeurs des autres princes. C'est peut-être pour cela que pendant beaucoup d'années on a négligé de transcrire les Esposizioni, et les choses écrites se sont tellement multipliées de jour en jour qu'il a été nécessaire, pour arrêter le désordre qui menaçait les archives, de prendre de nouvelles mesures. Kn ces derniers temps, en 1600. le 21 avril, il lut décidé dans le Conseil des Dix d'adjoindre un autre Secrétaire au fidèle messer Alvise Agustini, déjà vieux dans sa charge, afin qu'ensemble ils gardassent la Secrète et eussent à enregistrer toutes les propositions et les délibérations du Sénat, et missent au courant les audiences des Ambassadeurs avec la Rubrica générale commencée par le susdit Agustini. Messer Zaeharia Rosso fut élu; puis, le 30 octobre suivant, messer Valerio Antehni, alors résidant à Milan, mis au lieu et place de l'Agustini, devenu trop âgé. Cette décision ayant paru ne pas encore suffire pour l'accomplissement d'une besogne si grande, le 17 septembre de l'année dernière, le Conseil des Dix trouva bon d'imprimer plus d'activité à la rédaction des registres et rubricaires anciens, et il députa messer Zuane Meraveglia à la surveillance de la Secrète. Messer Valerio Antelmi et messer Zaceharia Rosso furent appliqués aux registres courants, «'t messer Alvise Saetta fut
LA CHANCELLERIE SEC H ETE
chargé de la rédaction des Annales depuis l'époque où on les avait négligées jusques et y compris celles du moment pendant trois années consécutives. Pour la plus grande lucidité des faits, je dirai qu'en septembre dernier je reconnus que les audiences relatives aux affaires de Home n'avaient pas été enregistrées aux dates suivantes :
n De Tannée 1574, 28 août, à 1580, juillet. » — 158b\ (i octobre, à 1593, mars.
» — 1595, 11 juin, h 1597, mars.
» — 151)7, août, à 1600, mai.
n En somme, seize ans des audiences dites de Rome {Exposizioni Koma) n'avaient pas été enregistrées. Puis, pour les autres Cours, manquaient près de quatorze années, c'està-dire :
» De Tannée 1584, 15 août, à 1593, mars. » — 1593, 4 janvier, à 1600. juillet.
* Au soin d'enregistrer les audiences ci-indiquées, tant celles de Home que celles des autres cours, fut appliqué Mcsser Zuaue Meraveglia, qui a rédigé les volumes dits Ksposizione délie Corti depuis 1584 jusques en 1590. Et il n'y a pas à douter que, malgré son labeur continuel, il faudra encore un temps considérable pour arriver au terme, et j'estime que deux ans ne suffiront pas, en supposant même que les obstacles nombreux qui peuvent se présenter ne viennent point contrarier le cours de cet important travail, n
A l'époque où fut créée la charge dite Surintendance de la Secrète, il y a lieu de penser que cette Chancellerie était déjà installée dans un endroit du Palais séparé complètement de la Chancellerie ducale. Il ne nous a malheureusement pas été donné de retrouver aucun plan de cette installation, mais d'après certaines indications tirées de documents particuliers, nous avons lien de
dire que la Secrète était située au delà de la salle des séances du Sénat. Étant donc sous le portique où aboutit l'escalier des Géants, le Secrétaire qui se rendait à la Secrète devait se diriger par l'escalier d'Or (sca/a d'Oro) vers l'étage où se trouvaient conjointement les salles du Collège et du Sénat; tournant alors à droite, il traversait la salle des Quatre Portes, puis le Sénat, puis le petit espace dit VAntichiesetta , d'où il pénétrait dans la Secrète par la belle porte Lombarde qui se voit encore aujourd'hui à droite1. Les transformations locales qui en divers temps, et surtout depuis les temps postérieurs à la chute de la République, ont été opérées, ne permet-
1 Voici en quels termes, fort confus du reste, G. Rossi décrit l'en* droit du palais où se trouvait la Cancelleria sécréta : ■ Fatta la sala detta dei FHosoJi o corridore (perche sulle pareil si dipinsero appunto dei HlosoH e continuando dirittamente, trovavasi un finestrone, da cui è scarsamente illumiuato quell' andito inolto lungo. Esso ha una porta fatla a modo di tinestra continua ad una piccula terrazza coperta : almeno cosî era, giaechè tratlo tratto si ferero poi dei cangiamenti. Contigua -«Ta la terrazza ad una piuttosto stretta e cattiva scala conducente ad un appartamento con poche stan/e piuttusto alte e vaste ma disadorne. Ivi alcuni Archivi di magistrature serbavansi in appositi grandi armadi, e singolai mente carte vecchie, di poco o DOMIin uso. Trapassale alcune di tali stanze, pervenivasi ail' ultima bUlunga destînata ail' Archivio segreto, detto appunto la Srgrrta, dove quei preziosissimi documenti (ora per la maggior parte nell* Archivio di Santa Maria Gloriosa de* Fiari) tanto gelosamcnte si custodirano. Gli scaffali ove giacevano erano affatto semplîci e aj>crti di larice massiccio. Al di sopra di tali stanze trovavansi quell' ampie soffitte che si estendevano poi a tutto il Palazzo ducale capaci per la loro struttura di destare in chiunquc la meraviglia. ■ {Memorie dei siti ne quali risiedevano le magistrature délia Reppublica di Veneiia. Rosst, Leggi e Costumi , tome XVII. Même volume, à la pagn 54 : « Ivi pure (in un corridore) trovansi le scalctte comunicanti anch' esse a quelle dei Doge, e superiormeute aile una volta prigioni politiche, e ad altri luoghi , ed Archivi, tra cui alla Segreta, alla Caneelleria superiore, e finalmentc aile soffitte dei Palazzo. «
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teut pas de dire que telle salle plutôt que telle autre (il y en avait beaucoup, les unes étroites, tes autres longues, en cet endroit) fut véritablement la fameuse Sécréta; aussi ne préciserons-nous pas davantage. Ce que l'on a dît de son ameublement ne révèle aucun luxe. Tout y était simple et sévère. Des armoires de bois de mélèze et quelques inscriptions propres à la désignation des séries, des tables de chêne ou de noyer, quelques sièges pour les Secrétaires occupés à dresser les inventaires et à préparer les sommaires des documents constituaient tout le mobilier de ce lieu , dont l'abord était rendu si difficile par des règlements rigoureux affichés à la porte même. D'autres règlements émanés du Conseil des Dix pour la police intérieure de la salle étaient affichés au dedans. Rien du reste n'est singulier comme le choix abondant d'expressions relatives à la vigilance exercée et à exercer sur le contenu de ce mystérieux endroit du Palais de la Seigneurie. Les décrets des Dix qui y ont rapport semblent avoir été rédigés dans un style inventé tout exprès. Pour sauvegarder de l'indiscrétion la plus ténébreuse aventure politique, on n'aurait pas d'autres précautions. Le Doge n'y pouvait jamais entrer seul. Giovanni Rossi rapporte ceci : « Pour gardien infinie (j>er materiale custode , autant dire geôlier) de ces Archives, on choisissait un individu vulgaire. Le dernier connu fut Giovanni Polacco; il en avait acquis, matériellement parlant, une pratique parfaite. Le gouvernement, — d'aucuns l'affirment, — recherchait pour ce métier quelqu'un qui bien que judicieux et fidèle, fut de la plus crasse ignorance, et qui,
pour plus de sûreté dans la discrétion, ne sût ni lire ni écrire. Nous ne croyons pas cependant que la chose allât jusque-là, et le Polacco, bien que très-ignare , savait pourtant lire et écrire. Quoi qu'il en soit, on raconte qu'un jour nous ne savons quel Sénateur le voyant écrire dans un endroit fort proche? de la Secrète, en marqua le plus grand étonnement et lui aurait dit : « Comment! vous savez donc écrire? » A quoi le gardien aurait répondu avec assez d'esprit : « Mon, Excellence, je dessine. » A tout prendre, cet bomme vulgaire était un Hn nuitois... 1 » En un mot, la vigilance la plus raffinée fut de tout temps exercée à l'endroit de la Chancellerie secrète vénitienne, et nous verrons par divers extraits des documents officiels dans quelles circonstances et à quelles rares personnes l'accès en pouvait être autorisé.
Une recherche des plus intéressantes, et à laquelle nous avons consacré la patience la plus éprouvée , a été celle de tous les décrets émanés du Conseil des Dix dans l'intérêt et pour la préservation de la Secrète. Nous croyons avoir réussi à former le plus complet recueil qui se puisse produire. C'est dans cette réunion de textes spéciaux qu'est toute l'histoire de la Secrète. Là sont les rapports des Surintendants, ici des mémoires particuliers des Grands Chanceliers, ailleurs des consultations rédigées par les Conseillers juristes de l'État à diverses époques : toutes écritures qui étaient, pour ainsi parler,
1 Giov. RoMf, Leggi e Costumi. Manuscrit. Tome Ier. (Uililiothrque
«k> S.ïint-M.irc)
les pièces justificatives des décrets votés et des mesures prises par le Tribunal des Dix. Dès Tannée 1601, il est aisé de faire ressortir celles de ces mesures les plus notables, en les répartissant selon l'ordre successif des Surintendances. 11 faut dès lors considérer la Secrète comme une sorte de petit gouvernement dont le chef du pouvoir exécutif est le surintendant, et dont le Corps législatif est l'Assemblée des Pix.
Nous avons dit que le premier appelé à cette intéressante et grave fonction fut Andréa Morosini , historiographe de la République, c'est-à-dire chargé de continuer d'écrire l'histoire de l'État an point où l'avait laissée son prédécesseur, Paolo Paruta 1 . Nous avons dit quels furent ses premiers soins. Non moins importants furent ceux
1 La République de Venise, depuis le seizième siècle jusqu'à la fin «lu dix-huitième, a eu dix-neuf historiographes officiellement élus; mais les travaux de chacun n'ont pas été tous publiés. Les seules histoires imprimée* furent celles de Sabcllico, Pietro Remho, Paolo Paruta, Andréa Morosini, Giovanni Battista Ni ni, Michèle Foscarini et Pietro Garzoni. Dans un carton des papiers des Réformateurs à l'université de Padoue , aux Archives de Venise (filza 363. A. B.), vovez les décrets suivants, relatifs aux historiographes de Venise :
1577. 13 mars. Parte per le Storie.
1599. 9 décembre. Id.
1001. 17 décembre. Id.
1650. 27 janvier. Id.
1<>92. 10 juin, concernant Michèle Foscarini.
1763. 17 mars. Per morte di Marco Foscarini, eletto Nicolo Donado. 1781. 20 août. Franccsco Donado, filio dcl Nicolo. 1784. 26 mai. Srriltura di F«» Donado.
1793. 30 avril.
Id. % juin.
Un décret du Conseil des Dix, en 16-V5, défendit l'impression de l'histoire que Nicolo Contarini avait cémposée.
auxquels il présida ensuite de concert avec le grand chancelier Bonifazio Antelini, soins dont le résultat fut la première formation d'un catalogue complet des documents conservés. Certes, la Chancellerie n'était pas arrivée à la date de 1610 sans qu'aucun inventaire plus ou moins exact ait été fait de ses richesses, puisque nous avons eu dans les mains un Inventarhtm librornm Cancellariœ composé en 1537; mais c'était un index matériel, fait sans méthode, et non point un hou répertoire. En 1610, au contraire, on voit, d'après les termes dont se sert le Grand Chancelier pour présenter le Catalogue de la Ducale, combien il s'est appliqué au travail qu'exigeait un classement de cette nature. Nous ne reproduirons pas tout son discours, mais nous serions coupable de ne pas traduire au moins ce passage intéressant :
a Ayant, après deux ans de considérable fatigue, mené à perfection cette entreprise véritablement utile, il me reste a taire l'éloge des jeunes gens de la Chancellerie, qui non-seulement se sont acquittés avec diligence de la mise en ordre «les Registres officiels des magistratures ordinaires et extraordinaires, mais encore ont achevé d'enregistrer la matière de neuf énormes volumes contenant les ordres et les commissions du Conseil (Colleyio). ont résumé jour par jour les registre?» du Conseil des Dix, du Grand Conseil, du Sénat et de la Seigneurie; ont revisé les livres anciens, tant du criminel que de l'ordinaire du Conseil des Dix, et ont suppléé à diverti* lacunes qui y ont été reconnues. »
Puis, passant de cet exposé général au détail des séries, le Grand Chancelier, en les établissant sur le Catalogue de manière que les documents indiqués cor-
respondissent aux armoires numérotées, dit, entre autres choses , à la paye 48 :
« Je fais ici observer que les dépêches des Ambassadeurs près les Cours étrangères, des Envoyés à Constantinople et des Secrétaires résidents, ne sont pas dans les armoires désignées ri-après, mais rassemblées dans la Sécréta. Chaque Cotir est inventoriée séparément, et les dépêches commencent aux
millésimes ci-dessus transcrits :
» Kome 1566.
» Allemagne 1566.
» Constantinople . . . 1595.
» France 1566.
» Espagne 15(i6.
» Angleterre 1603.
» Savoie 1570.
n Milan 1568.
» Naples 1570.
n Florence I58Î).
n Et quant aux lettres et dépêches provenant desdites Cours, et datées antérieurement aux millésimes ci-inscrits, ou bien elles ont été brûlées dans les incendies du Palais ducal, ou bien elles se trouvent, selon Tordre des temps, dans les autres armoires ci-numérotées, avec les lettres des gouverneurs des provinces et autres représentants publics", n
1 La dernière partie de cette sorte A' avertissement au lecteur ainsi donné par le Grand Chancelier relativement aux correspondances étrangère*, et le soin qu'il prend de dater, dans son classement, les séries diplomatiques de certains Etats d'une époque manifestement postérieure à celle dont des dépêches avaient cependant été conservées, sont d'une particulière importance pour qui s'est familiarisé avec le maniement des papiers d'Etat vénitiens. Pourquoi, en effet, ce mépris apparent pour les treize ou quatorze années de dépêches de France, entre autres, qui précèdent l'année 156B? ■ Les dépèches antérieures à cette année (dit-il avec une indifférence fort singulière tout d'abord) ont été brûlées ou bien reléguées dans di-s armoires. » La vérité est — et cela est fort curieux à
Cet Inventaire et ce Catalogue furent terminés eu KiiO, et le grand chancelier Bonifazio Antelmi, (jui eu avait dirigé l'œuvre, mourut peu de mois après l'avoir vue terminée. Il fut remplacé par Leonardo Ottobonî. Le surintendant à la Secrète, Andréa Morosini, nommé en lo'Ol, demeura près de dix-sept ans dans sa charge. Il mourut en H>1 8, et fut remplacé par Nicolô Contarini, historiographe de la République.
Sous cette seconde surintendance, nous rencontrons d'abord un arrêté du 19 janvier 1621. Contarini a re-
cnnstatcr — qu'il a cru devoir ne faire dater le classement régulier des correspondant es diplomatiques de chaque cour que de l'époque où il a trouvé que le déchiffrement de la partie chiffrée des dépêches ne manquait pas aux feuillets. Le* dépèches de France, en effet, sauvées des deux incendies de 1574 et de 1570, commencent véritablement à l'année 1554, mais il faut arriver à l'année 1506 pour trouver déchiffrée par le Secrétaire d'ofHce la partie que l' Ambassadeur avait cru devoir chiffrer. Les déchiffrements des treize années précédentes ayant été perdus et manquant absolument, le Grand Chancelier leur reconnaissait évidemment une importance moins grande. Sous reviendrons sur ces observations dans notre chapitre sur la valeur des documents diplomatiques vénitiens pour l'histoire de France en particulier.
« 1610, a di 1° agnsto. Revisione, regolatione ed indice formato da me Iloni/acio Antelmi, Cran Cancclier, da tuti i lihri, registri, fil/c, lettere et di ogni allra sorte di scritturc che hora si trovano nella Cancelleria ducale, tanto uelli armari délia caméra che ho fatto nuovamente accomodare et in quclli délia softitta vecchi et altri che ho di nuovo fatli fabricarc quanto in quella délia medesima Cancellaria ancora dove con parlicolar et minuta revisione de lutte le cose, ho separata et distintamente fatto metter insieme con la mia cotidiana assistenza ogni materia sia o in Hlze o in libri secondo l'ordine de' tempi e degl' armari, essendosi smarito o bruciato ne fuochi del P.dazzo e ne tempi passati lutto quello che i nanti i sudetti millesimi et da quelli sino al présente ci cra, non si trova. Si comincia dalle filzc délie materie di Pregadi da terra, poi si viene a quelli di Pregadi da mare et aile sottoscritte délia scren* S5gnoria le quali tre materie sono negl* armari délia sudetta ramera nuova. »
présenté combien il est urgent de députer deux Secrétaires aux écritures de la Secrète; il démontre que, la quantité de documents s'augmentaiit chaque jour, il est du plus grand intérêt de ne laisser en arrière aucune série des registres ordinaires. Giovanni Oerardo et Domenico Domenici, Secrétaires du Sénat, sont chargés des inventaires et des sommaires des délibéra lions secrètes, des dépêches et des audiences. Les autres Secrétaires, Franccsco Secco, I lu ratio Ziliolo et Giulio Prioli, devront néanmoins poursuivre le travail qui leur a été assigné dans la Secrète 1 .
Quatre ans après rut voté un règlement définitif pour Tordre à tenir dans cette Chancellerie. Ce décret, du 30 mai 1624, est un de ces documents <pie dans le style administratif des Vénitiens on appelait legge statuaria. S'appuyant sur les décrets an-
• 1021, 19 Ofi>?URO, 15 COSS. X.
È ftato al tribunal (loi capi di qnesto eonsiglio dal dilettissimo mil», no^iro Nieolô Cnntarini deputato a scriver l'IIùtoria et alla sopraintendt- nia dcl luogo délia Sécréta , rappresentato l'urgente bisogno per varii accident! e cause di deputar due secreiarii almeno che possino con l'attimdine o diligen/a loro | icrfettionare li registri et rubriche dellc Drliberationi et Lettere secrète che di molto tempo resta no a i^giatrarsi et conlinuarli senza intermissione atico nell' avvenire , rillicendo per la multiplicationc ma^i ma mente che ai va sempre più maggiorc, più difficile nelfc occorenze di valersi de' successi passati nelle frerpienli consultation! de' negoci miel servitio che suole dalla prontezza délie scritture ricoversi nei varii émergent i che succedeno et che lien spesso riceii ano presta risolutionc.
Perô cusendosi per questa causa havuto matura considérât ione sopra li secretarii del Senato, et inteso qnanto dal magnifico Cancellier Grande nostro è stato detto per publilico servitio.
L'aidera p*rtk, che siano e s'intendano deputati li circospetti c fedeli-ximi secreiarii del Senato, etc..