‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 111 sur 199 · REGISTRES DES ESP0SIZ10M PRINCIPI · texte numérisé non relu

REGISTRES DES ESP0SIZ10M PRINCIPI

gué par lui; mais Vilietard secrétaire de Lallement, fut le dernier qui ait eu à traiter d'affaires en séance ordinaire.

Tels sont les personnages, Ambassadeurs ordinaires, Ambassadeurs extraordinaires, Chargés d'affaires, Envoyés en missions spéciales qui , depuis les temps les plus anciens jusqu'à la chute de l'État des Vénitiens, parurent au nom de la France devant le Collegio, et si nous en exceptons le maréchal de Champagne, qui vint à Venise en l'an 1199, les traces de tous les autres peuvent être recherchées et suivies dans les Archives de la République, soit à l'article Deliberazioni del Senato, soit à celui de Esposizioni Principi.

Nous avons dit plus haut que le recueil de ces Esposizioni, tel qu'il a été formé par les secrétaires désignés pour ce travail , s'ouvrait seulement avec l'année 1541 . A vrai dire, cette date ne mérite point l'honneur qu'on lui fait d'inaugurer ce remarquable fonds de documents spéciaux. Une seule audience y est reproduite à cette époque, et l'enregistrement d'autres audiences ne reprend que dix ans plus tard avec YEsposizione du Cardinal de Tournon, qui, en compagnie de l'Ambassadeur ordinaire , fut reçu au Collegio. Nous ne saurions expli-

14, il présente au Conseil la lettre de Bonaparte, datée de Judcnhurg le 20 germinal (9 avril). Sa conversation avec le procurateur Pcsaro se trouve dans le tome X de la Storia documenta ta , paye 80.

1 Voyex sur le rôle du secrétaire Vilietard pendant les six derniers jours de la République des Vénitiens, la Storia documentata de S. Roma- ■III, tome X, pages 150 et 185, et aux Archives la dernière liasse des papiers du Grand Conseil.

quer le motif qui a fait que le secrétaire rédacteur ait passé de Tannée 1541 à Tannée 1551 sans mentionner aucune autre audience, quand certainement plusieurs ont été données, pendant ce laps de temps, à Tévêque de Montpellier, à Tévéque de Valence et à Jean de Morviliier. On s'aperçoit du reste en feuilletant ce premier registre, qui s'étend de 1541 à 1570, que la série régulière a quelque peine à s'établir, car pour Tannée 1 551 des audiences di Francia on n'y rencontre que le document relatif au Cardinal de Tournon; pour 1552, nous n'en trouvons que deux; pour 1554, six; pour 1555, un; pour 1556, sept; pour 1557, deux; pour 1558, deux; pour 1559, deux; pour 1560, aucun; pour 1561, un; pour 1562, sept; pour 1563, aucun; pour 1564, un, etc. Dans le nombre ci-dessus indiqué, nous considérons comme méritant plus particulièrement d'être signalées, les Esposizioni suivantes :

1552. L'Ambassadeur de France présente un mémoire à la Seigneurie pour l'exhorter à appuyer l'entreprise que le Roi Très-Chrétien veut faire sur le royaume de Naples.

1554. Discours et propositions de Y Ambassadeur du Roi Très-Chrétien sur les affaires de l'État de Sienne, avec instances à la République pour lui prêter secours, et offres d'envoyer l'un de ses fils, etc. Mission particulière de M.d'Avanson à ce sujet.

1555. Le Cardinal de Lorraine rend compte au gouvernement de Venise de la négociation qu'il vient d'accomplir à Rome avec le pape Paul IV.

1557. L'ambassadeur de France, après avoir raconté la défaite de Saint-Quentin et la capture de M. le Connétable, demande à contracter un emprunt avec la République pour la solde des gens de guerre qu'elle a en Italie.

INTÉRÊT DES ESPOSIZIOM PMNCIPI. 447

1558. Affaire de la préséance à reconnaître entre le Roi Très-Chrétien et Sa Majesté Catholique, avec tous les discours, les lettres et les négociations auxquelles elle a donné lieu.

1562. Requête présentée au nom du Roi Très- Chrétien à la République pour contracter avec elle un emprunt de deux cent raille ducats afin d'aider à sa défense contre les huguenots, et discours de l'Ambassadeur à cette occasion.

Mémoire présenté par Y Ambassadeur de France touchant les efforts de la Reine pour apaiser les troubles dans le royaume.

U Ambassadeur de France expose que la Reine mère a tout fait pour ne pas laisser s'introduire dans le royaume la religion nouvelle et pour qu'on n'en vint pas aux armes : il cite des faits pour démontrer que la Reine a sans cesse essayé de sauvegarder la foi catholique, et sollicite la conclusion de l'emprunt dont elle a besoin.

V Ambassadeur de France rend compte de la victoire du Roi sur les huguenots et de l'obligation que le Roi et tout le royaume ont pour Sa Sérénité, en raison du prêt d'argent qu'elle leur a fait.

V Ambassadeur du Roi-Très Chrétien et le gentilhomme venu de France rendent compte de la victoire du Roi , louent fort Sa Sérénité, et lui offrent les forces du royaume en cas de besoin. Il met très-haut la valeur du duc de Guise dans cette entreprise.

V Ambassadeur de France dit que le Roi est entré à Lyon avec allégresse de toute la ville, que le Roi sera toujours affectionné à la République, que le Cardinal de Lorraine se met à sa disposition.

Toutes sommaires que soient ces indications, il nous est permis de penser qu'elles suffiront à démontrer l'intérêt politique de ces pièces , qui , dans les registres où elles sont conservées , présentent le plus complet développement. On peut estimer qu'à dater de 1 562 , année où fut commencée la négociation de l'important emprunt

de deux cent mille ducats pour le compte du Trésor de France , les Esposizioni Principi sont régulièrement rédigées et que toutes les audiences des ambassadeurs, à l'exception de celles que des raisons d'État appelaient à se passer en Conseil des Dix , et dont nous aurons à parler ailleurs, y sont relatées fort consciencieusement. L'abondance de ces pièces devient surtout extrême lorsque, après 1582, la réformation dudit Conseil, discutée si vivement et présentée aux votes de tous les patriciens, eut restreint de beaucoup cette ingérance si grande que depuis les premiers événements de la ligue de Cambrai , en 1509, il s'était peu à peu acquise dans les affaires étrangères de la République.

Amclot de la Houssaye, dans son Histoire du gouvernement de Venise, dit que l'on appelait Venise « l'École et la Pierre de touche des Ambassadeurs , car c'est là, dit-il, que les Princes mettent leurs sujets à C épreuve pour en savoir le juste prix. » La manière toute particulière d'y traiter sans cesse devant un Conseil assemblé donnait en effet à l'ambassade à Venise un caractère qu'elle n'avait pas ailleurs au seizième siècle. Il fallait que l'Ambassadeur se fit à l'usage d'exposer à haute voix l'objet qui l'amenait devant Leurs Seigneuries du cabinet des ministres. Jamais d'intimité, jamais cette facilité dans la négociation que donnent la confidence et l'habitude des relations! Si simple et bref que voulût être un ambassadeur dans son exposé, il ne pouvait faire autrement que de jouer son rôle d'orateur. Lorsque les affaires étaient sinon indifférentes, du moins peu importantes,

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