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DE L'AMBASSADEUR DE FHANCE A VENISE

la chose était facile ; mais lorsqu'il s'agissait pour la France de soutenir une véritable lutte contre les persuasions que prétendait faire naître dans l'esprit des Vénitiens la politique rivale de l'Espagnol et de la maison d'Autriche, il importait que l'Ambassadeur fit assaut de talent dans la diction , de pénétration dans l'exposé de ses motifs. Il importait qu'il persuadât. Il n'était pas, comme dans les autres Cours, un représentant du Roi ayant quelquefois à communiquer, sous le sceau de la confidence, à un premier Ministre, par conséquent en téte-à-téte avec lui, les choses qu'il avait reçu l'ordre de lui dire; il était, dans toute l'acception du mot, le grand avocat politique, plaidant la cause politique du Royaume devant un Ministère assemblé. Un des plus remarquables ambassadeurs de France à Venise , celui qui réunissait toutes les conditions de l'orateur négociateur, fut M. d'Avaux , choisi par le Cardinal de Richelieu dans le moment où la grave question de la succession de Mantoue et les affaires du Piémont occupaient l'esprit du plus grand des ministres qu'ait jamais eus la France.

Lorsque le Roi avait désigné le personnage qui devait

aller ambassadeur à Venise, le Vénitien qui résidait à la

Cour avait aussitôt le soin de s'informer sur le caractère,

sur les qualités et les habitudes du nouvel accrédité ,

pour en faire rapport dans sa dépêche au Sénat. C'est

ainsi que dans la correspondance des Vénitiens on peut

trouver d'intéressants renseignements sur la personne

des hommes d'État qui avaient mérité la confiance du

Souverain pour occuper ce poste diplomatique. Il suffit, pour les rencontrer, d'examiner les dépêches ordinaires dont la date est en corrélation avec celle de la déclaration royale. Il fut même des ambassadeurs sur la personne desquels les informations recueillies ont foit l'objet d'une dépêche spéciale , adressée aux Inquisiteurs d'État. Le Sénat était aussi toujours avisé de l'époque du départ du nouveau représentant du Roi, ainsi que de la route qu'il avait l'intention de prendre pour se rendre de Paris à Venise. Cette route était quelquefois celle de l'Allemagne et du Tyrol, le plus ordinairement elle était celle de la Savoie , du Piémont et de la Lombardie. Ces directions dépendaient d'ailleurs de l'état des relations qui existaient entre la Cour de France et celle des pays par lesquels l'ambassadeur devait passer. A la fin du seizième siècle, le voyage par l'Allemagne exigeait plus d'un grand mois. Antoine Séguier, ambassadeur pour Henri IV, qui, parti de Paris le 26 septembre, avait dû éviter de passer sur les terres de Monsieur de Savoie, et prendre le chemin de la Lorraine et de l'Allemagne, n'arriva à Venise qu'à la fin d'octobre. Lorsque au contraire les bons rapports avec Monsieur de Savoie permettaient que le train de l'Ambassadeur de France passât sur son territoire, celui-ci avait l'usage de s'arrêter à la Cour de Turin et d'y présenter le compliment du Roi. En ces circonstances, la première dépêche de la correspondance d'un Envoyé de France à Venise est presque invariablement datée de Turin. Arrivé au lieu de la résidence, l'Ambassadeur nouveau occupait assez habituellement le palais de son prédécesseur; aussi le domicile de l'anibus-

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