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les uns voulaient sans limites et que les autres auraient voulu restreindre ,.
Les occupations diplomatiques d'un ambassadeur de France à Venise varièrent selon les temps. Au seizième siècle, le ministre du Roi avait, pour alimenter sa correspondance, à faire de constants rapports sur les États du Levant, dont Venise était en quelque sorte l'entrepôt commercial et politique. Les nouvelles y étaient incessantes, et l'ambassadeur devait être aux écoutes. Il lui appartenait aussi de rendre compte des affaires de quelques principautés italiennes dont les terres confinaient avec celles de la République. Souvent même il devait aller en visiter les princes. La maison de la Mirandole, qui, au temps des Valois, était sous l'immédiate protection de la France, est sans cesse l'objet d'un article des dépêches de l'Ambassadeur. La maison de Mantoue était aussi de celles qui devaient tenir éveillée son attention diplomatique. A la saison d'automne, plus particulièrement au dix-huitième siècle, l'Ambassadeur, se conformant aux modes et usages du pays, quittait la ville et louait une villa sur les bords de la Brenta, entre Venise
1 Ainclot de Gournay, accrédité le 18 novembre 1682, eut ainsi de continuelle* difficultés, aus«û deinanda-t-il promptement son changement, qu'il obtint le 2 novembre 1684. Sa harangue de cotigé renferme ce passade curieux et d'ailleurs fort piquant :
• Pour moy qui n'ai pas eu le bonheur de trouver tes occasions peudant le temps de won ambassade de vous prouver mon attachement sincère et respectueux par des services réels; si les conjonctures ont rendu mes intentions infructueuses , et si l'ardente passion que j'ay toujours eue d'acquérir quelque mérite auprès de vous est demeurée inutile, vous me devés du moins la justice d'estre persuadés que j'ay toujours conservé les dispositions les plus pures et les plus vives pour toutes les choses par lesquelles j'aurais pû vous plaire. *
DE L'AMBASSADEUR DE FRANCE A VENISE. 45:j
et Padoue. Aussi les dépèches à cette époque de l'année sont-elles généralement dénuées de tout intérêt, et l'Ambassadeur se trouve réduit à dire, plus ou moins, que l'absence des principaux magistrats, qui sont à la campagne jusqu'à la Saint-Martin, ne laisse rien transpirer de ce qui peut avoir rapport aux affaires. Pendant ce temps, les ministres les plus consciencieux soignaient les mémoires qu'ils avaient charge d'écrire, soit sur l'état politique de la République, soit sur l'état du commerce en général, soit sur celui de quelques manufactures encore prospères, a Mais soyés sur, Monsieur (écrivait spirituellement l'abbé de Bernis au Ministre des Affaires étrangères à Paris), que je sois très-aise de n'avoir pas des occupations plus importantes : F Europe nest heureuse que quand les Ambassadeurs n'ont rien à faire '. » Aussi sa correspondance, entre autres, est-elle émaillée de Mémoires concernant Y état des marchandises que Marseille tire de Venise, ou relatifs aux poids, mesures et monnaies en usage, ou encore sur le commerce de la Republiqnc dans le Levant.
Mais si l'Ambassadeur devait renseigner le principal Secrétaire d'État sur les choses politiques, il ne devait point oublier les hommes qui avaient la direction des affaires.
u II n'est pas nécessaire d'observer à l'ambassadeur du Hov, (écrivait M. de Saint-Gontest), que la counoissatice du caractère, des intentions et du crédit des nobles Vénitiens qui ont une part principale dans l'administration de la République, est un des objets les plus essentiels de ses recherches. Le Roy et
1 Lettres et Dépêches du Sr abbé « ointe DE BKRfllS.
son conseil attendent du zèle et de l'intelligence de l'Ambassadeur les notions qui peuvent leur manquer sur ce point1. »
Les réponses ù cet article des Instructions sont en général curieuses, et puisque nous avons eu tant à discourir sur les attributions du Cabinet des Ministres où les ambassadeurs avaient audience, il nous semble que nous ne saurions trouver un cadre plus approprié aux portraits de ceux qui le composaient en 1736. C'était l'époque où M. de Froulluy, ambassadeur de France, répondant à l'invitation que lui avait faite le Ministre, lui adressait cette note , peu de jours après la lui avoir ainsi annoncée...
u Je ne manqueray pas, Monseigneur, de former le plutôt qu'il me sera possible un Mémoire qui contienne la connoissance des caractères, des talents et des inclinations de ceux qui ont le plus de part au gouvernement de Venise, ainsi que de l'autorité et du crédit qu'ils y peuvent avoir. J'y ajouterai ce qui regarde les caractères et les talents des ministres étrangers qui résident icy, et je me conformerai à vos ordres dans les changements qui arriveroient des principales tètes qui composent le Collège, le Sénat, le Conseil des Dix et le Grand Conseil ». »
Le Mémoire répond par le détail aux promesses de l'Ambassadeur, mais nous n'en reproduirons que les traits concernant les personnes du Cabinet des Ministres :
Le Collège est composé du Prince, de six Conseillers, six Sages-Grands, quatre Sages de Terre ferme, le Sage caissier,
1 Instructions de M. DE Saist-Costest , ministre des Affaires étrangères de France, (il septembre 1751-2V juillet 1754.)
2 Lettres et Dépêches du comte de Froullay, ambassadeur pour le Roi il Venise (1733-17W).