INVENTAIRE DES PAPIERS DES INQUISITEURS
relatives aux moines arméniens réfugiés à Trieste; Récit des « anses pour lesquelles ils furent expulsés du couvent de Saint- Lazare; Rapport de Casanova sur la situation et les projets de ceux qui sont à Trieste; Police dans les cafés, 1716; Lettres de Rome; Affaires financières variées; Cérémonies entre ambassadeurs; Courriers; Poste de Vienne; Casini interdits dans le '|ii.triierde Sau-Moiseen 1745; Conférences avec le secrétaire de l'ambassadeurde l'Empereur, 1740; Papiers venus d'Orient qui ne devront pas être décachetés, à moins d'un arrêté déterminé dans le Registre le 2H mai 1732; Écrits de Cattaneo sur la noblesse vénitienne, 1741 ; Papiers du feu duc deManloue, 1095- 1708; Pap:ers Cattaneo; Papiers de Schuleiiibourg rapportés de Nuremberg ; Conférences secrètes avec des secrétaires d'ambassade, 1620-1022; Capitoti des inquisiteurs d'État (petit registre, libretto); Congrégation des prêtres vénitiens de l'Oratoire, 1662; Instructions données à Vallotti, envoyé à La Haye, I7.">î>; Correttori, 1774; Rapports sur le grand Conseil; Affaires d'Ottoboni, 1700-1716; Différends entre familles; Rapport sur Rome et ses habitants, 1742; Plan et projet de dépense pour un cachot sous les plombs, 1641 ; Informations sur le secrétaire du Sénat Girardo, suspect d'intelligences avec le Nonce, 1005; Les Moines; La Frusta letteraria du Piémontais Reretti, uomo at'ditissimo, 1765; Jésuites, auteurs de l'importante controverse .•\«e Rome, 1670; Gazettes et le grand Conseil, 1762; Les Irritions, 1766; Information de ce qui est arrivé au sujet de la religieuse Marie de Riva au couvent de Saint-Laurent 1 ; Décrets du Sénat relatifs aux Religieuses, 1627 à 1740; Information sur le caractère et les mauvaises dispositions du Nonce, 1765- I7l»0; Affaires d'ambassadeurs, I6!&i-I744; Deux Registres de permis donnés à des nobles pour écrire à des princes étrangers ou s'entretenir avec eux, 1661-1714; Ribliothèque du procurateur Molin, achetée à sa mort par le Sénat afin qu'un recueil
1 Celte affaire offre tout les élément* d'un roman, et l'épinode des ..•laiions amoureuse* de eetle jeune nonne avec l' Ambassadeur de F rame .i Venise, le comte de Froullay, rend non-seulement vraisemblables, mais très-véridiques, les récits «pic Jacques Casanova de Seingalt n'a pas craint de produire en *e« étranges Mémoires, au sujet de se* propres Mvetitnre* et de t elle* de l'abbé de Remis.
d'ouvrages si remarquables ne puisse pas sortir de l'État, 1638; Lettres du Père Ciera et de François Querini, relativement à l'éloge de la République, concernant Alexandre III à Venise et que h? pape Urbain VIII avait fait effacer, 1637; Lois relatives au devoir des sénateurs de parler avec réserve, 1507-15ÎW; Lettres de Nam, envoyé au Roi de Danemark, 1709; Lois du Conseil des Dix relatives aux mariages, aux bulletins de vote, aux princes et ministres étrangers, aux fabricants de verreries et de perles de Mura no, 1621 ; Négociation du secrétaire Lion à Mantoue avec un Espagnol qui s'offrait de désigner les révélateurs des secrets de l'Etat ; Place de Saint-Marc et constructions, 1646-1647; Pasquinio; Le Gobbo di Rialto, 1655; Affaire des perruques, 1668; Le Ridotto, 1774; Relation de Vienne par un courtisan, 1655; Pamphlet sous le nom d'un sénateur de Venise, fait par l'ambassadeur M. de Pomponne, sur la neutralité, 1708; Chancellerie secrète; L'espion chinois, 1763; Police des cafés, 1743; Costumes, etc.
Dans les cinq armoires, composées de dix-huit tiroirs, audessus de l'escalier, à gauche, sont confusément placés les anciennes écritures et les anciens papiers du Tribunal antérieurs à l'année 1753. L'armoire IV comporte les livres de la caisse du Tribunal, des manuscrits et des ouvrages imprimés, et les papiers des secrétaires qui ont servi depuis 151)6 jusqu'à 1752'.
Outre ces cinq armoires, se trouvent au-dessus de l'escalier deux grands coffres (cassoni) renfermant des papiers a nciens en désordre. Dans celui de droite sont les exemplaires du livre prohibé: h Commerce politique par S. Costantini », une boite
1 J-cs noms des principaux Secrétaires du Tribunal des Inquisiteur.* que nous ayons rencontrés depuis le commencement du seizième siècle jusqu'à l'époque où succomba la République, sont les suirants : Boni fa cio Antelmi , Bartolomeo Comino, Andréa Surian, Antonio Maria Vincent!, Maria Antonio Antelmi, G. Rallarin, Francesco Verdixotti, Alessandro liusrnello , Angcio Nicolosi, Pier Antonio Gratarol, Iseppo Cavanis, Angelo Zon, Vendramin Rianchi, Gasparo Marino, A, Nicolosi, Doinenico Cavalli, P. Busencllo, Giovanni Zon, Bernardo Gislan- /oni, Giuseppe Gradenigo et Soderini.
avec l'explication des inventions secrètes de Briati, et un grand nombre de dessins et de plans1.
Lu situution politique des Vénitiens les avuit mis, dès les premiers mouvements du seizième siècle, en contact avec les grandes puissances. Tantôt l'Espagne, tantôt la France, ambitionnaient leur alliance ou sollicitaient leur neutralité. Les moyens ordinaires de séduction ne pouvaient avoir prise sur le personnel même qui gouvernait cette République, tant le mécanisme ingénieux qui faisait jouer les ressorts de sa constitution était habilement combiné. Mais comme le nombre de ceux qui avaient accès au Sénat était relativement considérable,
1 C'est évidemment à cette série de papiers en désordre qu'appartenaient, entre autres, des paquets considérables de rapports secrets sur les mouvements du Nonce en 1606, 1607, 1608, réunis sous ce titre : Andamenti del Nuncio, puis « la narration des motifs qui ont déterminé les Inquisiteurs à s'assurer de la personne de don Antonio Naldo da Faenza, avec la particulière mention de ses continuelles pratiques et conversation* avec le Nonce »; quatre paquets avec une note de la main du Secrétaire Comino, du 1er janvier 1612, relatifs à un complot formé contre la République dans la maison de l'Ambassadeur d'Espagne, et les preuves, de machinations contre la vie des Sénateurs; les avvisi de Boccalini, et une quantité de feuilles volantes concernant les dépenses secrètes.
Quant à l'inventaire des procès qui avaient été conservés dans le* Archives des Inquisiteurs depuis 1573 jusqu'en 1775, inventaire formé en 1794 par Giuseppe Gradenigo, sous ce titre : ■ Specifica dei Processi che si trovarono nelt Archivio decli Isquisitobi di Stato del 1573 fin» al 1774-1775, compilata da Giuseppe Gradenigo », on en trouvera l'original parmi les manuscrits conservés à Venise au Musée Correr, et la copie dans le volume XXIX des Documenti légués à la Bibliothèque de Saint-Marc par Giovanni Rossi. Ce fervent compilateur a joint à cette transcription l'inventaire de» papiers de date récente que Bassal ,. commissaire français, avait désignés comme devant être emportés de* Archives des Inquisiteurs pour satisfaire à la curiosité de son gouvernement.
il était naturel que la séduction mystérieusement exercée par des ambassadeurs étrangers, au moyen d'intermédiaires à leur solde, rencontrât quelques sujets prompts à faire commerce des secrets d'État. Ainsi advint-il souvent que la Cour de France, le Roi d'Espagne, le Pape et autres princes extrêmement intéressés à connaître le résultat de délibérations qui avaient eu lieu dans les Assemblées, accessibles à beaucoup de nobles, en étaient instruits. C'était où devaient tendre surtout les représentants accrédités auprès d'un gouvernement si jaloux. Les plus graves inconvénients en étaient résultés diverses fois pour la République. Aussi, lorsque le Conseil des Dix dut reconnaître que les criminelles révélations allaient s'accroissanl, et que ce mal d'abord si rare devenait en quelque sorte commun; lorsqu'il sut, de source certaine, que l'Envoyé d'Espagne avait pour principale mission du Roi Philippe de ne rien épargner pour obtenir des informations journalières sur les mouvements politiques du Sénat, où se traitaient les affaires étrangères, le Conseil des Dix prit des mesures extraordinaires pour arriver, de son côté, à connaître les coupables. De là ce renfort de puissance donné par des arrêtés fréquents aux Inquisiteurs, ses mandataires intimes, ses délégués particuliers, ses grands exécuteurs. De là aussi, de la part de ces exécuteurs, une activité de tous moments pour pénétrer l'ombre qui cache le criminel ; de là cette correspondance incessante, vers la fin du seizième siècle et pendant une partie du dixseptième, pour réussir en leurs persévérantes tentatives de découvertes. Mais tandis que les Gouvernements
étrangers, particulièrement l'espagnol, celui de France, relui de Home, ont soin d'avoir des affidés et des traîtres qui servent leurs intérêts à Venise, la raison d'État veut aussi que Venise ait de ces affidés et de ces traîtres auprès de ces mêmes gouvernements. Et c'est aux Inquisiteurs qu'incombe le soin de se les procurer, de les rémunérer et de les soutenir. Ils déploient une activité dévorante à l'intérieur pour punir le criminel, et ils ont cette mission de le récompenser au dehors. La pente fatale de la raison d'État les conduit plus loin encore, et le pouvoir leur est donné de négocier, par les moyens les plus mystérieux, la disparition de ceux dont la vie leur parait un danger pour la sécurité de la République. fnquisitori dei X perquirenl et tractent omnibus modis Hceem proditorum nec se excusent : tel est le texte d'un ancien décret dans le Liber Magnus. Les documents politiques qui composent leurs Archives sont donc le plus ordinairement des pièces de la nature la plus secrète, appartenant toutes à cet ordre d'idées dont nous venons d'exposer l'objet. L'histoire, cependant, bien que servie par les plus tristes côtés, y trouve ça et là de précieux aliments. Mais qu'on y prenne garde ! Celui qui pour écrire l'histoire des Vénitiens s'appuierait avec complaisance sur les papiers des Inquisiteurs, et ne chercherait pas ailleurs à reconnaître les mouvements de leur civilisation et les principes de leur politique en divers temps, se méprendrait étrangement et n'éviterait pas recueil dans lequel est si misérablement tombé l'écrivain français Amelot de la Iloussaye , malgré le talent qui d'ailleurs le distinguait. Ce serait en effet le cas
de dire de lui ce qu'a exprimé en si bons termes 1** grand Foscarini dans une de ses lettres au prélat Passionei, Nonce à la Cour de Vienne. « De cette façon, dit-il, il ne découvre qu'un tout petit côté, et le plus misérable de la nature bumaine. Qui s'adonne à ce mode d'étudier, devient plus malicieux que prudent. Il apprend, il est vrai, les vices du gouvernement, les défauts des hommes, mais ne sont-ce pas des choses vaines, à moins que l'on n'y joigne l'exposé des principes qui sont opposés?. . . Amelot, imbu comme il l'était des principes et du génie du siècle auxquels ses études l'avaient formé, en prit les vices, et jugea la République de Venise comme Tacite avait jugé le gouvernement de Tibère. Il veut que tout dérive des muximes secrètes d'État : les actes les plus indifférents, les mesures de prévoyance les plus simples, et jusqu'à certaines coutumes du peuple. Aussi, ne pouvant pénétrer les principes du gouvernement qu'il décrit, il s'attacha seulement aux effets qui se font voir extérieurement, et de beaucoup d'efforts il ne recueillit « qu'un fort médiocre fruit '. »
Venons aux faits.
L'époque à laquelle les Inquisiteurs d'État commencèrent à être en correspondance directe avec les ambassadeurs de la Seigneurie n'est pas antérieure à Tannée 1586. Un document du Conseil des Dix, en date du
1 Voyez Aucbivio storico Itamano ossia Rac colla di opère e Documenti jxnova itiediti o divenuti rarissimi , risyuardanti la Storia tf Italia , tomo V. (Florence, 1843.) luttera a Monsignor Passionei, Nunzio Pontificio a Vienna , page 2Î5. La publication de cet inlére&tam volume V est due a M. Ton maso Gar.