‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 167 sur 199 · AGENTS DES INQUISITEUR · texte numérisé non relu

AGENTS DES INQUISITEUR

sur la guillotine. Il fut remplacé par un sieur Vincenzo Formaleoni, qui fut fait prisonnier d'État à Paris le 25 novembre 1793

11 était naturel, dans cet examen de tant de papiers, que notre curiosité tentât de rencontrer des documents capables de procurer quelques lumières sur le personnage qui passe jusqu'à présent pour avoir été le Masque de fer, et sur le compte duquel de si intéressants écrits viennent d'être produits dans la presse française, par MM. Marius Topin, Loiseleur et Yung. Nous ne doutons pas que les Inquisiteurs d'État ont été instruits de la plupart des mouvements de Mattioli; quelques lettres éparses ça et là en témoignent , mais les conclusions qu'on en pourrait tirer sont extrêmement vagues. Un document fourni par l'ambassadeur Sebastiano Foscarini, et daté du 18 novembre 1682, adressé de Paris aux Inquisiteurs, est la preuve manifeste que leur attention n'avait pas négligé ce personnage. C'est un rapport écrit en français par un agent secret, dépéché à Fontainebleau pour surprendre le secret de la mission du marquis de Sagramosa, envoyé auprès du Roi par le duc de Muntoue. Voici le passage le plus saillant :

« Suivant les ordres de Votre Excellence, voyez là, Monseigneur, ce que j'ay à vous représenter de ma demeure à Fontainebleau auprès de M. le M. D. S Le lundy venu, qui

étoit le 26, tout étant prêt et n'attendant que les Ambassadeurs et les carrosses, il arriva un courrier dépêché à M. le Marquis par un juif mantouan avec des lettres ou des ducales qui luy itnposoient de demander au Roy un certain prisonnier dont

« Ses lettres du 23 mars, 7, 10, 14, Si, 27 avril 1793, Marseille; 7 mai, Lyon; 21, 25, 28, 31 mai, 1", 8 juin, Paris.

LES AHCIIIVES DE VESISE.

Votre Excellence en sçait l'histoire, c'est ce que j'ay peu entendre de mes propres oreilles, et j'asseure Votre Excellence que je les ouvrois bien en cette rencontre. Ils leurent tous deux quelque antre chose, mais si bas qu'il ne me fut possible de l'entendre. Le courrier étoit de Turin, et il avoit été dépêché de Pignerol, le juif qui l'avoit dépêché venoit de Mautoue, selon ce que ce courrier disoit

Malgré la confusion qui prédomine dans les Archives des Inquisiteurs d'État, confusion irrémédiable par suite du pillage qui y fut exercé en 1797, malgré la disparition de tant de documents dont la réunion devait former un ensemble si propre à satisfaire la curiosité, tant sur les mœurs et les affaires intérieures à Venise que sur les aventures de la vie politique à l'extérieur, il existe cependant encore assez de pièces singulières pour suffire au récit de différents épisodes fort dramatiques. La plupart des procès , instruits, formés, menés à 6n par les Inquisiteurs d'Etat, sont disparus; mais si le chercheur en veut prendre la peine, il peut , en consultant feuille à feuille les correspondances de France, de Vienne, d'Espagne, de Milan, de Gènes, de Rome et de Florence, arriver à former une information complète sur quelques personnages dont les démarches ont été l'objet incessant de la vigilance des Inquisiteurs. Nous avons suivi ce procédé pour recomposer en ses moindres particularités les dossiers volumineux relatifs à ces deux patriciens de Venise, tous deux ministres dans les Conseils de la République, tous deux Ambassadeurs, et que les circonstances les plus extraordinaires et les plus aventureuses ont exposés, l'un à périr victime inuo-

ANTONIO FOSCARINI ET ANGELO BADOER. Ml

rente de la justice des Inquisiteurs, l'autre à mener une vie errante, au service de tous les Cabinets de l'Europe, sous des noms supposés, sous des travestissements continuels, et perpétuellement en butte aux plus terribles dangers. Antonio Foscarini 1 et Angelo Ba-

1 Né le 9 août 1570 de Nicolù Foscarini et de Maria Rarharigo. Élu Podestat à Chioggia le 5 avril 1605, il se distingua par des services signalés qu'il rendit aux Inquisiteurs. Cette époque était celle où Rome avait prononcé l'Interdit sur Venise. (Voir les lettres des Inquisiteur* au Podestat de Chioggia des 6 octobre, 6, 8, 22 et 23 décembre 1606; 17 janvier, 24 février; un document du 28 février; lettres des 3 mars, 6 et 20 mars 1607.) Élu Ambassadeur en France le 26 mai 1607, il reçoit *e* instructions le 28 septembre de la même année, arrive à Lyon le 31 décembre, fait son entrée à Paris et a sa première audience du Roi le 28 février 1608 ; prend congé, en mai 161 1, de la Reine Régente Marie de Médicis, et passe à l'ambassade d'Angleterre, où il arrive le 25 mai. Accusé secrètement par son secrétaire, Ciulio Muscorno, d'avoir révélé les dépêches de la Seigneurie à des ambassadeurs étrangers, il est rappelé d'Angleterre à Venise le 4 septembre 1615. Arrivé à Venise au mois de mars 1616, il est arrêté et interrogé. Foscarini reste en captivité pétillant deux années et demie, il est déclaré innocent et mis en liberté le 30 juillet 1618. Rentré aussitôt dans les Assemblées, il fait au Sénat, le 19 décembre, la relation de ses deux ambassades en France et en Angleterre, puis il est élu du Conseil des ministres (Savio di terra ferma) en 1619 et Sénateur en 1620. Tout à coup, dénoncé de nouveau, en avril 1622, comme avant eu des intelligences mystérieuses avec le Nonce et autres ministres dans la maison habitée par Lady Arundell à Venise, il est arrêté le 8 avril, appelé à se défendre devant les Inquisiteurs le 13, et condamné le 20 à être étranglé dans sa prison. Il fut exécuté le 21 avril. A la date du 22 août de la même année, ses accusateurs, soumis à de nouvelles interrogations à la suite de circonstances singulières, furent arrêtés, et dans le cours de l'instruction du pro ces qui leur fut fait, ils confessèrent leur culpabilité. Le 16 janvier 162*1 tut proclamé l'édit de réhabilitation. Toutes les pièces relatives aux deux procès extraordinaires du patricien Antonio Foscarini formaient, dans les anciennes Archives des Inquisiteurs d'Ktat, plusieurs liasses considérables réunies sous cette désignation : « Varii Libridi Costituli, inserti con prove tt difese e Testamento, eontiô il S. H. Antonio Foscarini, Cavalier Amhasciator in Inghilterra , per azioni rontrarie aile leggi délia Hepuldica

doer 1 furent ces Vénitiens. Si le nom du premier, disonsle aussitôt, rappelle jusqu'à quel point la justice humaine est faillible, il rappelle en même temps que le Conseil des Dix et les Inquisiteurs d'État vénitiens surent en convenir, à leur propre détriment , d'une manière et dans une forme qui leur seront à perpétuel honneur. Peu de mois après la condamnation à mort d'Antonio Foscarini, effectuée dans la nuit du 20 au 21 avril 1622, les mêmes Inquisiteurs à qui il avait incombé d'être ses juges crurent reconnaître, à la suite de circonstances nouvellement révélées, qu'il y avait eu de leur part une

e per inleUigenze con ministri Jorestieri. » Ces pièces ont en partie été dispersées, particulièrement le testament original du condamné, écrit par lui peu d'heures avant son supplice. Nous avons pris copie de plus de trois cents documents relatifs à la vie politique et privée de cet homme, mais toutes nos tentatives pour retrouver son testament original sont demeurées infructueuses.

1 Né à Venise, le 19 avril 1565, d'Alberto Badoeret de Chiara Priuli. Ambassadeur extraordinaire auprès des Archiducs à Milan en 1599, et à l'archiduc Ferdinand d'Autriche le 23 avril 1600. Elu Ambassadeur en France auprès de Henri IV le 28 septembre 1602, reçoit ses Instructions le 21 avril 1603, arrive à la Cour le 15 juillet et la quitte à la fin de mars 1605. Revenu à Venise, il est élu Sage du Conseil, mais accusé, puis convaincu d'avoir eu des entretiens secrets avec le Nonce dans le couvent des Frari, est condamné à la perte de ses charges et à un an de détention. Libéré, il est soupçonné, en 16 1 2, d'avoir eu des conférences avec T Ambassadeur d'Espagne. Prévenu du danger qu'il court, il échappe à la vigilance des Inquisiteurs et se rend en France. Depuis ce moment jusqu'au 23 mars 1630, époque de sa mort à Home, l'œil vigilant des Inquisiteurs ne le perdit plus de vue, et plusieurs fois cet homme, qui servait les prince* étrangers dans leurs négociations, fut l'objet des plus terribles décisions du redoutable Tribunal. Les trames ordonnées par ces ministres du châtiment en matière politique, et concertées au moyen de l'Ambassadeur en Savoie, pour arracher la vie à celui qui s'était soustrait à Injustice de l'État, sont du plus dramatique intérêt. Nous avons pareillement formé un portefeuille considérable avec la copie des correspondances échangées au sujet des mouvements et des démarches de ce patricien.

ANTONIO FOSCARIM

erreur judiciaire. Par une instruction nouvelle, les preuves de cette erreur furent mises au jour, les faux témoins et les dénonciateurs confessèrent leur crime et l'expièrent par la mort. Ces juges formidables, auxquels la politique et la raison d'État pouvaient cependant servir d'excuse, ne gardèrent pas le silence, et par un décret admirable, que tous les magistrats présents et à venir devraient voir inscrit en lettres d'or sur les murs du lieu où ils siègent, relevèrent à la face du monde l'honneur et la réputation du citoyen que , dans leur âme et conscience, sous le poids de preuves qui paraissaient accablantes, ils avaient condamné à la plus infamante comme à la plus cruelle des peines1. Non-seulement ils

« 16 Gbxsmuo 1622 (M. V.) I* Coxsicuo dei Dieci.

« Poiché la Providenza del signor Dio con mezi veramentr mcravigliosi cl impersirutabili ail' ingegno humano ha disposto, elle li medessîmi auilori et mînislri df Ha falsità et imposture machinale contra il già

diletto nobile nostro Antonio Foscarini, conviene alla giustizia et

pielà tli questo Consiglin, al qualc sopra lutte le cose incombe per qtiiete et sicurez/a universale il proteggere l ind "imita dell' honore et riputatione délie famiglie, solevare in quanto si puô quelli che iudcbilamente restant» oppressi con nota d infamia »

Et plu» lard, lorsque dans ces grandes discussions où la magistrature des Inquisiteurs fut si fortement attaquée dans l'Assemblée législative de Venise, je yciix dire, dans le Grand Conseil, il se trouva qu'un des plus éloquents défenseurs du Tribunal, un des esprits les plus illustres qu'ail jamais eus la République , un des plus lettrés, un des plus politiques, et qui fut Doge au déclin de sa vie, fut l'arrière-ncveu de ce même Antonio. Certes, Marco Foscarini émut vivement cet auditoire, que tant de passions différentes allaient , lorsque, dans l'élan de son discours admirable, il vint soudainement rappeler ces malheureux et dramatiques souvenirs : • Quai avvenimento non è stato mai quello del cavalier Antonio Foscarini del quai distendu, che è andato soggetto a supplizio di morte e poi è stato scoperto innocente î Tengo per domestica tradizionc la grala e teuera inemoria di quel giorno 16 genaio 1622, quando è stata

firent cet acte de justice, mais ils voulurent que le décret solennel de réhabilitation civique fût lu en l'assemblée du Grand Conseil, puis déclaré, dans les cours étrangères, par la bouche des Ambassadeurs de la Seigneurie.

Avant l'année 1652, les Inquisiteurs d'État n'avaient pas eu de registres spéciaux pour l'inscription de leurs afFaires. Leurs Archives se composaient de différents dossiers, de feuilles volantes, de mémoires variés, de comptes épars, de correspondances plus ou moins rassemblées. Ce fut le 12 octobre 1652 que Marco Contarini, Anzolo Giustiniao, Zuane Donado, prirent un arrêté par lequel leur Secrétaire reçut l'ordre d'avoir à tenir des registres sur lesquels on inscrirait à l'avenir le sommaire des affaires courantes et tous les cas les plus importants qui se présenteraient. C'est d'où vient la série des registres désignés sous le nom de Annotazioni. Ces utiles documents composent une série de dix-huit volumes. Lorsque nous entreprimes, en 1866 et en 1867, l'examen des papiers des Inquisiteurs, cette précieuse série manquait aux Archives. Dès qu'elle y fut restituée par le Gouvernement autrichien , qui en était possesseur depuis plus de soixante ans, un érudit inves-

dichiarata dal Maggior Consiglio con solenne parle e pui resa nota a tutte le Cortî, la tragica vicenda accaduta soprà un ciitadino che aveva *ostcnuto le prime dignitù délia patria. È stato allora che la povera inia rasa ha arcolto un prodigioso numéro di nobili concorsi a manifcétar .sentiment i misti di lagrimc e di cougolazione. Grau inomento poteva caser quello per i mici maggiori, se le voci del zelo non avessero >oflocato quelle délia natura, ma altro non è stato allora detto se non che la frode di tre srcllerati caluuniatori aveva prevalso sopra la perspicacia dei tre Inquisitori di ?«tato. «

REGISTRES DES ASN0TAZ10M.

tigateur italien, un des jeunes écrivains en histoire qui a déjà fait ses preuves par des publications trèslouables, M. Auguste Bazzoni se rendit de Florence à Venise, pour prendre connaissance de ces documents, et le mémoire très-intéressant qu'il vient de produire dans VArcfinrio stnriro italiano sur Le Annotazioni deglî Inquisitori di stato nous dédommage parfaitement de l'impossibilité matérielle où nous avons été de les consulter l. Nous ne saurions donc trop en recommander la

1 Les registres des Annotazioni sont au nombre «le dix-huit, dans cet ordre progressif de dates :

9 octobre.

1673, 19 décembre.

30 mars.

1685, 12 février.

7 mars.

1701 , l«r septembre.

4 novembre.

1719, 5 septembre.

3 août.

1723, l"mai.

8 mai.

1729, 30 août.

7 septembre.

1737, 10 septembre.

septembre.

17 V6, 29 septembre*

8 octobre.

1755, 29 septembre.

5 octobre.

1759, 27 septembre.

9 octobre.

1763, 29 septembre.

5 octobre.

1769, 29 septembre.

19 octobre.

1776, 27 février.

8 mars.

1785, 7 décembre.

11 avril.

1793 , 27 septembre.

19 octobre.

1797, 6 mars.

1746-1797, Index alpbabétique.

Nous recommanderons aussi la consultation de quelques registres désignés sous le litre de Indice di Communicate 1700-1743, di Letterr 1701-1720, di Annotazioni 1701-1743, di Satvi-Condotti 1714-1738, di Sfrattati 1701-1743 , di Condannati 170M742,rfi Vnivcsali 1702- 1739. Idem, ihidem 1743-1749. Puis Libro memorie 1776-1781; 1782- 1789; 1789-1795; 1795-1796, et enfin Rubriehe di Uttere 1747-1789; 1789 octobre-1796.

lecture aux curieux et aux historiens. Ils y trouveront des détails heureusement choisis et habilement présentés. On reconnaît, à lire ces pages, que l'auteur est fait pour cultiver avec succès cette belle science de l'histoire 1 .

Dans le cours aussi du dix-huitième siècle, les Inquisiteurs décidèrent que chaque année, au mois d'octobre, époque où les nouveaux élus entraient en fonctions, le Secrétaire de service devrait écrire pour leur usage un rapport qui, sous le titre d1 Informa zione , les instruirait non-seulement des affaires négociées par leurs prédécesseurs, mais encore du personnel des affidés, des confidents, des prisonniers, et de l'état des finances du Conseil. Si ce soin de présenter Y Informazione eut été en usage dès le principe, et si on en eut conservé le recueil en son intégrité, l'histoire, qui est encore à faire, du Tribunal des Inquisiteurs trouverait de particulières ressources dans ces documents 8. En I 779, le Secrétaire fut chargé de relever, d'après les notes officielles, les noms de tous ceux qui avaient accepté ou sollicité l'em-

1 M. Ai ci 'vu. Razzom a publié, entre autre» ouvrages, le livre suivant, que nous recommandons aux curieux de l'histoire de France: » La Reggenza di Maria Cristina , Duchessa di Savoia (con nuon documenti). Un vol. in-8", Turin, Sel». Franco. Il publie présentement la Storia diplomatie, d'Italia dal anno 1848 al 1808 (vol. in-8°, Florence, Civelli).

2 Les Informazioni dont nous avons pris copie sont celles de 1717, 1729, 1730, 1731, 1732, 1736, 1741 , 1749, et une sans date. Le Secrétaire rapporteur commençait généralement son mémoire en ces termes : » Eseguendo il mio humilissimo debito son in obbligo di re rider conto dello stato délia cassa, délie conjidenze che si h an no si in Venezia che fuori ; délie negotii che restano e di quclli che se trovan so^etti alla giustizia del Tribunale o per sentenze note o per depositi. »

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