‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 49 sur 199 · VOYAGE DE L'AMBASSADEUR · texte numérisé non relu

VOYAGE DE L'AMBASSADEUR

que cet usage des Vénitiens d'élire de deux ans en deux ans un ambassadeur auprès d'une Cour était unique, aussi est-il l'explication du nombre de personnages qui se sont succédé à ces différentes Cours pendant un même règne.

Peu de jours avant de quitter Venise, le Ministère (Collegio) remettait à l'Ambassadeur un document appelé Commissio; c'était tout à la fois une lettre patente de nomination avec les conditions énoncées et une sorte d'instruction générale sur les premières démarches à faire : à cette Commissio étaient jointes des lettres ducales pour le souverain. L'Ambassadeur partait accompagné d'un secrétaire officiel et d'autant de gentilshommes qu'il lui plaisait d'avoir avec lui. Sa suite était en général nombreuse, sa dépense excessive, mais comme en général chaque sujet tenait à se faire honneur, il n'y eut peut-être pas un seul exemple à citer d'un Ambassadeur de Venise à qui son ambassade n'ait coûté trois et quatre fois la somme que lui allouait son gouvernement. Plus d'un de ces patriciens ne s'estimant pas assez fort pour soutenir de telles charges avec cette sorte d'honneur qui constitue le faste et la pompe, préférait refuser l'élection qui était faite de sa personne, sauf à payer l'amende que son refus lui faisait encourir.

Le voyage de Venise en France se faisait à petites journées. La compagnie était nombreuse, il fallait force mules et force chevaux, tant pour les hommes que pour les bagages. La route suivie, pendant le seizième siècle, était généralement celle de Venise a Milan, a Turin et à Suse, d'où, par la Xovalèse, on passait le mont Cenis

traversant la Feriera, Y Hospcdaletto , les Tavemelle, la Ramazza et Lunebourg, d'où à Lyon par Saint-Jean de Maurienne, Chambéry et Pont-de-Beauvoisis. Lyon était la première grande étape pour un repos de plusieurs jours. Si les circonstances politiques du moment l'obligeaient à éviter les chemins de Lombardie et de Piémont, il prenait alors les chemins du Tyrol et de l'Allemagne, et passait par Trente, Brixen , Inspruck, Augsbourgy Ulm, Stuttgard , Strasbourg, Metz, Verdun, Chàlons, la Ferté-sous-Jouarre et Meaux, d'où il gagnait Paris. Mais cette direction ne fut prise que rarement, et celle de Lyon était la plus ordinaire. Le gouverneur de la ville recevait l'Ambassadeur, et par ordre du Roi il allait ordinairement au-devant de lui. De Lyon, assez habituellement, l'Ambassadeur gagnait Roanne, où il s'embarquait pour arriver à Nevers, et selon que la Cour était à Paris, ou, dans ses déplacements si fréquents alors à Rlois, à Amboise et à Tours, il se dirigeait soit vers Paris par Montargis et Gorbeil , soit vers Blois par Orléans. L'ambassadeur Giovanni Capello , parti de Venise le mercredi 9 septembre 1551 , pour se rendre à Paris auprès de Henri II, n'arrivait à Lyon que le 17 octobre, et à Paris le Ier novembre. Le temps employé dépendait du reste de la saison et des circonstances. Sous les Valois, depuis l'avènement de Henri II jusqu'à la mort de Henri III, l'ambassadeur vénitien qui fit le trajet le plus bref de Venise à Paris, dans une occasion où sa présence, selon qu'elle serait plus ou moins rapide, pouvait empêcher une rupture entre la France et l'Espagne, fut Giovanni Michieli. Élu le

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