‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 72 sur 199 · LA DERNIÈRE PAGE D'UNE RELAZIONE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE PAGE D'UNE RELAZIONE

Nous ne terminerons pas cet aperçu relatif aux Relazioni vénitiennes sans donner quelques explications sur ce que nous pourrions appeler la page finale de chacun de ces documents. Les relations de ces ambassadeurs, en effet, se terminent invariablement par l'hommage à l'État des présents que leur a faits, à leur départ, le Souverain auprès duquel ils ont été accrédités. Invariablement aussi ils demandent en même temps au Sénat de leur abandonner ces dons comme une sorte de témoignage de sa satisfaction pour leurs travaux , de récompense pour leurs fatigues et de dédommagement pour leurs dépenses. L'usage de ces présents royaux n'existe plus aujourd'hui pour la diplomatie, mais sous l'ancienne monarchie, il fut sans cesse mis en pratique. A moins donc qu'un ambassadeur n'eût personnellement mécontenté le Souverain ou qu'il ne dût quitter la Cour dans des conditions de cessation de rapports avec son propre gouvernement, il recevait ordinairement, dans les quelques jours qui suivaient son audience de congé ,

ellas. Y quanto a los negocios a que fa répit io a quellu, que por cartas aria escrito... » (Papiers de Simancas, K. n° 1C73.)

Le succès dépendait, il faut le dire, de l'habileté et de la discrétion des agents qu'on employait en ces affaires occultes. C'est ainsi que je trouve un simple envoyé du Duc de Mantoue, en 1609, se faire fort d'avoir pour dix ducats une copie de la Relation de l'ambassadeur Contarini, fraîchement revenu d'Angleterre. Voici ce qu'il écrit : « L'Amiro delli avvisi particolari mi fa sapere che S. A. è vago di vedere la relatione fatta dali' ambasciator Contarini venuto novamente d'Inghilterra , la quale consiste in narratione delli costumi et qualità del Re et Regina et hlioli, et sin dove si estendono le forze sue, et il sito dell' Isola et altre cose curiose che con dieci ducati la si ha ver;»... » (Archives de Mantoue: Correspondance de Venise, lettre de Camillo Sordi, 16M, juillet.)

une marque de la munificence royale. Or une loi fort ancienne dans la politique des Vénitiens (elle était déjà en vigueur au treizième siècle) imposait aux ambassadeurs de déclarer au Sénat, en les lui consignant, les présents qu'ils avaient reçus. Cette assemblée se réservait le droit, soit de les faire porter au trésor public, soit d'en accorder la jouissance à l'ambassadeur. De là cette déclaration et cette demande des présents qui font toujours l'objet des dernières lignes de la Relazione. Quelquefois le Roi ajoutait à ces témoignages matériels de sa satisfaction des marques fort honorifiques , consistant en la création de chevalier, dont le cérémonial se pratiquait par l'accolade avec l'épée et par l'envoi des lettres patentes qui octroyaient à l'ambassadeur le droit d'ajouter les lis de France, * deux fleur dclîz d'or au chef de Vécu et blason de ses armoiries pour par luy et sa postérité les porter '. » M. de Neufville écrivant de Conflans le 25 juin 1601 au président Séguier, ambassadeur de France à Venise, lui dit : « Ces messieurs Delfin et Priuli ont esté traictez fort favorablement, desfrayez jusques

1 Henry, par la grâce de Dieu, Roi de France, savoir faisons à tous présens et advenir, Que nous ayans singulier regard aux bonnes et louables qualitez, vertu* et mérites de nostre très cher et bon amy le sieur Johan Capkllo, gentilhomme venizien et ambassadeur de nos très chéri et grands amû le Duc et Seigneurie de Venizc par devers nous, désirant singulièrement pour les bons et honnestes offices qu'il a faits durant son ambassade a l'entretenement, observation et continuacion de la grande amytié et alliance d'entre Sa Seigneurie et nous, luy faire congnoistre la bonne volonté que nous luy portons..., etc. Donne' à Pans, au mois de novembre , l'an de grâce mil et ciwj cens cinquante auatre et de notre règne le huitième. M. Nicolè Baroxzi a reproduit entièrement cette lettre patente dans la préface du 1er volume des Relaxioni di Francia (secolo xvn).

PRÉSENTS DM ROI AUX AMRASSADEURS

à leur partement et présentez en la forme accoustumée , oultre cela le Roy a voulu faire le dernier Chevalier et luy donner trois fleurs de lis en ses armoiries ; c'est un sage et honnête gentilhomme... etc. » !. Gela était un présent

1 Henri IV, qui avait toujours le mot heureux et la phrase joyeuse à l'endroit de ses amis, écrivait ceci à *on ambassadeur à Venise, sur le fait des deux Vénitiens dont il avait créé l'un chevalier : « ..•<£)' leurs ambassadeurs sont partiz davec moi aussy contens que je le suis deux , Hz sen loueront, je leur ay en toutes choses tesmoigne l'affection que je porte à leur RÉPl'RLIQt'E , de quoy j'estime quits nttubitrront de faire fidelle récit. Jauray plaisir aussi que vous les congratuliez après leur arrivée du contentement que j'ay receu de leur légation , et que vous demandiez au Sr Priuli comme il se trouve du coup d'espee quil receut de moy en partant, le fesant chevallier.,. ■ (Lettre (inédite) du Roi au sieur de Villiers, le 25 juin 1001.)

A tjuoi M. le Président Sépuier, sieur de Villiers, répondant de Venise au Roi, lo 24 du mois suivant, dit :

« Cependant Je puis asseurer Vostre Majesté que le jour que les dits ambassadeurs furent au Collkcio (Cabinet des ministres), accompagnés de plus de trois cents gentilshommes , Von ne s'entretint en la place de Saint-Marc et U jour subséquent daultres discours que de ce qu'il avoit pieu à Dieu meUre en Vostre Majesté , et des démonstrations quelle avoit faictes en la personne desdits ambassadeurs et de ceux de leur suyte , d' armer et estimer la République et d'affectionner sa conservation. Le xviii', lesdits sieurs Delfis et Pricly me rendirent la visite, et pour ce que j'avois receu le soir précèdent la depesche de Votre Majesté du 25 du passé, je fis avec eulx les offices qui m'estoient ordonnez par icelle, et n'oubliay en parler et demander au sieur Pricly comme il se trouvait du coup d'épée qu'il avoit receu de Votre Majesté, sur quoy ledit ne manqua d'une honneste repartie, me disant qu'il s'en sentit dès lors atteint au vif, qu'il en avoit pour toute sa vie, et qu'il ne se pouvoit un plus beau et plus favorable coup digne de la bonté de Votre Majesté, et dont il ne s'estonnoit pas, ayant toujours estimé qu'il ne pouvoit partir de Votre Majesté que choses cxcell nies, et qu'il s'estoit reconneu qu'en toutes ces opérations Elle estait conforme à Elle-mesme, et qu'au surplus qu'il ne falloit point de coup d'espée pour l'abattre devant vous, estant dès auparavant de tout acquis à Votre Majesté par ce qu'il avoit veu en icelle... » (Lettres et dépêches (inédites) d'Antoine Séccier, sieur de Villiers, Bibl. imp., manuscrits, n° 18,040.)

tout d'honneur et que lu République ne contestait jamais à la personne de ses ambassadeurs. Quant aux dons proprement dits, ils varièrent selon les temps et les circonstances. Nous pouvons cependant, d'après nos recherches, en établir ainsi le genre et le prix sous les différents règnes, depuis les Valois,

François Pr et Henri II donnaient ordinairement à l'ambassadeur une chaîne d'or de la valeur de quelques mille écus. Charles IX ajouta au don de la chaine celui d'un anneau; cela en faveur d'un Contarini en 1570. Giovanni Michieli fut le premier à qui des pièces d'argenterie travaillées furent présentées ; ce fut en l'année 1572, et depuis ce temps jusque vers la seconde moitié du règne de Louis XIII, cette mode fut maintenue à la Cour. La Reine mère elle-même en fit aussi présenter; ainsi l'ambassadeur Cavalli en reçut d'elle en 1574 pour la valeur de six cents écus. Giovanni Michieli, en 1575, reçut encore vingt pièces d'argenterie dorée, et en 1578, il reçut de la Reine un magnifique anneau ; il en était à sa douzième légation de par le monde. Giovanni Pesaro, sous Louis XIII (en 1624), fut, ce nous semble, le premier qui, avec les pièces d'argenterie dorée, fut honoré de l'hommage d'un portrait du Roi encadré dans de l'or avec diamants. Le même Roi offrit à Alvise Contarini, en 1638, une épée avec la poignée en brillants, une croix de diamants et de l'argenterie. Sous la minorité de Louis XI V, l'usage revint de présenter une chaine d'or pesant cent onces environ, et un petit portrait du Roi fut depuis lors régulièrement adressé à l'ambassadeur. Il fut cependant

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