‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 73 sur 199 · PRÉSENTS DU ROI AUX AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

PRÉSENTS DU ROI AUX AMBASSADEURS

donné à Giovanni Buttista Nani, en 1648, «ne épée avec un ceinturon fourni de perles montées sur or, et Mazarin lui offrit pour sa part une montre entourée de diamants. La Reine mère donna à Giovanni Sagredo, en 1656, son portrait en diamants. Tous les ambassadeurs vénitiens, depuis cette date jusqu'en 1705, reçurent à leur départ une chaîne de plusieurs rangs d'or avec une médaille pareillement d'or, frappée au portrait du Roi. M. de Breteuil, introducteur des Ambassadeurs depuis le 23 novembre 1G98, et qui a tenu d'intéressants registres qui sont comme les mémoires de sa charge, s'exprime ainsi, relativement à Y Ambassadeur de Venise : a A sa dernière audiance luy ayant fait demander s'il veut être fait chevalier (ce qui se fait lorsque c'est la première ambassade qu'ils font vers les têtes couronnées), il se retire un moment à un coin pour quitter sa robbe de cérémonie, et revient au Roy où il y a un carreau préparé par le premier valet de garde robbe, étant à gènouil, le Roi tire son épée et le fait chevalier de l'accolade en luy disant : <* Par saint Georges » et saint Michel , je i>ous Jais chevalier ! » Et en même temps le Roy luy met le baudrier et une épée que le grand maitre de la garde robbe doit fournir, et pour cet effet , il le faut avertir huit ou dix jours auparavant : on luy donne un présent de vaisselle ou chaîne de deux mil écus, et une boîte de portrait de mil écus, et pour tous ces préparatifs, il faut que l'Introducteur soit averty douze ou quinze jours auparavant. »

Mais à dater de 1705, et à l'occasion de l'audience de congé du marquis Rinuccini, envoyé extraordinaire

de Florence, l'usage des présents, soit en chaînes d'or, soit en boites de portraits à diamants, fut supprimé et remplacé par la présentation d'un médaillier. Le registre de M. de Breteuil renferme à cet égard des détails trèsintéressants : « C'est à l'occasion de cet envoyé , dit-il , qu'on a changé pour la première fois l'usage où nostre Cour avoit été jusqu'à présent de donner aux Ambassadeurs et Envoyez, lorsqu'ils ont pris leur audiance de congé, un portrait du Roy enricby de diamants de plus ou moins de valeur. Au lieu d'un portrait, on donna au marquis Hinuccini et on donnera désormais la suitte entière des médailles qui ont été frappées pour transmettre à la postérité les principaux événemens de la vie de Sa Majesté. Il y a longtemps que M. le chancelier, qui a le soin de ces médailles, avoit dessein de les faire servira cet usage, le meilleur que l'on en puisse faire, (et que j'avois envie de concourir à son intention,) mais comme toute nouveauté dans ce qui regarde un ambassadeur ou un envoyé a de la peine à se trouver de leur goût, on avoit reculé jusqu'à présent à l'exécution , et le Roy voulut même que l'on pressentit Rinuccini sur ce changement avant de le faire 1 .

1 M. de BllETEl'IL ajoute ici : « On avoit déjà représenté à Sa Majesté que non-seulement l'usage des portraits n'est pas uniforme dans les pi incipallcs Cours de l'Europe, mais (pie dans la sienne même il ne l'étoit pas. Ce n'a jamais été l'usage d'en donner au Nonce, c'est ordinairement un buffet de vaisselle d'argent qu'on luv donne pour présent, et on donne aux ambassadeurs de Venise, par une ancienne coutume, deux chaînes d'or grossièrement travaillées et du poids de mil escus chacune. La boite de portrait enrichie de diamants qu'on v a jusqu'à présent ajouté est un supplément qui n'est pas d'un ancien usage. » (Voyez à la Bibliothèque de I'Arsktul, Histoire, manuscrit n° 222, les Mémoire* du Baros de Bhetecii., 1578-1715, sept volumes in-folio.)

Page 1