‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 80 sur 199 · LIBERTÉ DE LA TRIBUNE · texte numérisé non relu

LIBERTÉ DE LA TRIBUNE

année et que les hommes les plus jeunes dans les magistratures de la République, auxquels un talent reconnu avait donné de l'autorité, pouvaient ainsi vivifier, par la sagacité de leurs observations et la pénétration de leur éloquence, les débats de cette assemblée souveraine. Aucun document ne saurait donner une idée plus exacte de la vie politique du Sénat et de la liberté des discussions qui y avaient cours , que le récit des séances fait par Marin Sanudo dans les pages manuscrites de ses Diarii ou journaux, pendant les périodes de ses deux ou trois élections au Sénat vénitien. Il rapporte avec lucidité et simplicité les séances auxquelles il fut présent et les discussions auxquelles il eut une part toute personnelle. Il analyse les discours de ses adversaires et reproduit les siens en leurs parties les plus persuasives. On se rend alors compte des formes parlementaires en usage dans cette assemblée délibérative. A le lire, on croit l'entendre et le sentiment qui vous anime, en cette

1 Voyez dans les Ragguagli sulla vita e sutie opère di Marin Sanulo , publié* par Rawdon Brow.n , les pages extraites des Diarii sur les séances du Sénat vénitien des 22 et 23 mai 1517 au sujet des lettres adressées par l'ambassadeur de Venise eu France aux Chefs du Conseil des Dix, et communiquées au Sénat au sujet de la prolongation de la trêve pendant un an. Voyez aussi son curieux discours du 5 juin de la même année, dans lequel il s'excuse de monter aussi souvent qu'il le fait à la tribune, n'agissant ainsi que pour le bien de sa conscience, dont tous les mouvements sont pour l'intérêt et le bien de l'État. Il s'opposait ce jour-là aux avis des ministres, mais il était d'une opposition aussi modérée dans sa forme que persuasive en ses moyens, et basée sur des raisonnements frappés au meilleur cachet du bon sens. Ce passage perdrait à être traduit, aussi le reproduisons-nous ici tel que le bon Sénateur l'expose lui-même en son dialecte ingénu :

- Poi mi excusai col Conseio, si montava cuxsi spesso in renga ; per do cosse feua; una per la mia conscientia, non mancar in quel che senlo

lecture si curieuse, est celui de l'admiration pour les libertés reconnues dans un État dont la plupart des historiens étrangers ont faussé, comme à plaisir, la nature des principes et le caractère de ses plus louables prérogatives.

Tous ces discours, toutes ces harangues étaient-ils reproduits et conservés, ou analysés seulement par des scribes officiellement désignés, nous ne le saurions dire, car on n'a aucune donnée positive sur cette particularité. Ce qu'il y a de certain , c'est que quelques-uns de

di ricordar il ben nostro , perché, ai miei ricordi y sempre ho parlato, questo Conseio mi fa onor ; e in darmi audientia , e con le ba lote (votes) voler l'opinion mia et exposta a questo Exmo Conseio da bon servitor; et questa é sta una dile cause che son sut contento, intrar questo anno di Pregadi con prestar a la Signoria tanto che el sento é piu di le for-jc mie , non per saver di novo, che per gratta di Vostra Subliniità, e de chi mi ha concesso , tutto sapeva per far la mia Historia a laude di questa Exma Republica , corne si vedrà , ma per poter ascender in questa renga , quando sento qualche opinion contraria al ben , utile et honor di questo St.nl>>, e cussi l'ho fatto , e farolo sempre : ne questi prcclarissimi Padri di Colegio averà per mal, perche quando aie sue opinion vien contraditto , et poi con le vostre balote dimostrato non piacer la toro opinion f si dieno contentar del voler dil Conseio, perché tutti set no a un fin. H arc volui dixisse per debito di Ut mia coscientia , rieomandandomi alla Vostra Sublitnità et aile Vostre Eiccllentie da bon servitor con altre parole che lo Eterno Dio mi subministro ; sichè fo lunga e perfeta renga; et per il mio parla r voltai il Conseio, che prima volea la parte dei Savii (ministres)... Mi rispose ser Francesco da Pexaro Savio di Terra ferma; fo mollo lungo , parlé ben per la sua opinion. Poi parlé ser Silvestro Mémo savio ai Ordeni, ma non aldito , a pocha voce. Poi ser Stefano Tiepolo... e poi andà in renga ser Gaspero Malipiero... poi parlé ser Ferigo Moroxini... poi ser Piero Trum. Curieuse aussi est sa harangue du 13 septembre 1517, dans laquelle s'indignant contre les brigues qui se faisaient pour arriver à certains postes, il rappelle au Sénat son pouvoir modérateur et l'obligation qu'il a de rappeler à leur devoir certains puissants fonctionnaires... perché vui , Signori («'adressant aux Sénateurs), seti Domini rerum. »

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