‹ Les archives de Venise Histoire de la chancellerie secrèteChapitre 99 sur 199 · AMBASSADEURS DE FRANCE A VENISE. 4H · texte numérisé non relu

AMBASSADEURS DE FRANCE A VENISE. 4H

jamais été donné du personnel de la diplomatie française à Venise et des conditions dans lesquelles elle y faisait figure.

Le premier ambassadeur de France à Venise qui a laissé des traces , on pourrait dire immortelles , de son ambassade et de sa négociation , est le narrateur qui , dans Y Histoire de la conquête de Constantinople (1198- 1207) , a rendu un compte si curieux de son passage par Venise, du séjour qu'il y fit et de la négociation qu'il y entama avec le concours de ses compagnons Jean de Friaise et Gautier de Gandouville , députés comme lui du comte de Blois. Ce récit 1 de Geoffroy de Villehardouin n'est pas seulement un monument admirable du vieux langage, il est aussi une assise, peut-on dire, des plus utiles pour notre histoire. Ce fut en 1199 que ce personnage traita avec la République des Vénitiens.

En 1249 est signalée par l'historien Matthieu Paris l'ambassade du comte de Bar et du seigneur de Deaujeu, sous le règne de saint Louis *.

Depuis ces temps jusqu'au règne de Charles VII , il

1 Voyez Mémoires relatifs à F histoire de France depuis le treizième siècle jusqu'au dix-huitième siècle, tome Ier.

2 Ces deux seigneurs auraient reçu leur mission du Roi, alors qu'il était de passage à l'île de Chypre. « Per idem tempus, cum Itex Francorum qui in Cypro hyemando commorabatur, misit Comitem de Bar vit mu discTetum et eloquentem et dominum de Beugin militem strenuistimum ad Venetos et alios vicinarum insularum ac urbiutn incolas... cui Veneti Javorabiliter sex magnas naves frumento et vino et aliis vietualium generibus onustas, nec non et militare presidium et multos cruce tignatos, liberaliter transmiserunt. » Matth. Paris. Hist. Angl. Voyez Romasik, Storia documentata di Venezia, tome II, pnge 250.

se présente pour l'historien une particulière difficulté au signalement personnel des Envoyés de France. Les noms en effet manquent le plus souvent dans les documents même les plus spéciaux à leurs négociations, et pour toute désignation, nous n'avons pas autre chose que « Les Ambassadeurs ou l'Ambassadeur du Roi Três-Chrétien \ » C'est ainsi que, malgré nos recherches les plus attentives, il nous serait impossible de préciser quels furent les Envoyés français à Venise en 1307, en 1344, en 1374, en 1384 et en 1385. Le Religieux de Saint- Denis, ordinairement si précis et toujours intéressant dans sa précieuse Chronique , nous fait même défaut pour Venise. Il nomme bien maître Pierre Plaon, envoyé à Rome pour le roi Charles VI avec l'évéque de Senlis en 1399, accompagnés des délégués de l'Université de Paris, maître Jean Luquet, docteur en droit divin, messire Robert de Dours, docteur en droit canon, maître Jean Courtecuisse et maître Pierre Leroi, alors qu'ils furent en Italie pour la grande question de l'extinction du schisme; mais il se tait sur les missions à Venise. La seule dont il fasse mention fut produite en une occasion tout agréable, qui lui a permis de raconter en termes

1 Archives de Venise, Registri misti del Senato, n° XXXIX, 1384- 87, feuille 12. A la date du 8 octobre 1384, on trouve : * Quod respondeatur istis Atnbaxatoribus Serenwsimi domini Régis Francise quod intellecta Ambaxuta sua nobis sapientissime exposila presentibus respontUmus... » Voyez le même Registre, page 109 : Responsio facia Arubaxiatori Régis Francis per transition domini Régis Ludovici in causa qui veniat Venetiis. (1385, 10 juillet.) Voyez les Registri Secrkti del Senato, 1412-1414, n° V, page 43. Respondeatur Ambaxatori Régis Francise... ac tractandam pacem inter dominum Regem Uungariœ et nos. (1412, 11 juillet.)

fort galants le départ de France du prieur de Toulouse et de messire Raymond de Lescure, conduisant à Jean II, roi de Chypre, alors à Venise, cette belle Charlotte de Bourbon, filleule du Roi de France, qui lui était fiancée , et dont ce bon religieux , qui paraissait s'y connaître, écrit qu'en considérant les agréments de sa personne on pouvait dire : « C'est bien un vrai trésor de beauté; la nature s'est plu à l'entourer de charmes, mais elle s'est trompée en la créant mortelle » Cela en Ull.

En diverses autres circonstances, les documents sont plus explicites et désignent la personne des négociateurs, mais encore ici nous trouvons peu notre compte, les noms étant interprétés d'une façon telle qu'il est malaisé de reconnaître ceux qui les portaient. Ainsi, en 1404, le Duc d'Orléans envoie un Pierre de Scrovignis a? En 1412, il y a aussi trace d'une autre ambassade. En 1425, c'est l'abbé de Saint- Antoine , Artaud de Grandval s, avec un compagnon , socius.

1 Si quis etiam tune foi-mositatem ejus attendisset, dixisset : Hec est verus pulchritudinis radius, quam natura studio multo depinxit, nilque in ea erravit nisi quod mortalem statuit. • Chronique du Rkliciei:x de Saist-Dems, contenant le règne de Charles VI de 1380 a 1422, » publiée en latin pour la première fois et traduite par M. L. Bellacuet, tome IV. (Paris, 1842.)

2 Archives de Venise, Registri Secrkti del Senato, n° II, 1404- 1406, page 82. Dicatur Petro de Scrovigiiis qui ad nos venit per partem. Ducis Aurelianensis..., etc. P. 82, 84, 86. (3, 12 et 18 janvier 1404.) Comissio fada Filippo de Scrovingnis reducenti ad dominum Ducem Aurelianensem super facendis et dicendis... Et page 131. (1405, 27

3 Archives de Venise, Registri Secrbti del Senato, n° IX, 1425- 1426, page 12, Quid responsum fuit domino abbati ScU Antonii Vien-

Mais quel était ce compagnon? En 1429, il est question d'un Simon Charles, maître des requêtes Bref, il faut arriver jusqu'en 1459, époque de l'ambassade du seigneur de Montsoreau, Jean de Chambes , beau-père de Commynes , accompagné du sieur de la Rosière , maître des requêtes, de maître Jehan Daysse et du secrétaire du Roi Toreau, pour connaître quel mode était en usage auprès des Vénitiens pour la réception des Ambassadeurs à l'audience de la Seigneurie.

Le seigneur de Montsoreau en a fait lui-même la relation piquante. Il y vint en octobre avec mission de ne pas laisser se bien établir les mesures qui venaient d'être prises au concile de Mantoue et qui ne s'accordaient point avec les vues de ceux qui avaient en leurs mains la politique de la France. Lui et sa compagnie arrivèrent à l'île de Ghioggia, où quarante gentilshommes, députés par la Seigneurie, le vinrent saluer, et dont un le harangua. Embarqués sur deux bateaux du Doge richement parés, ils furent conduits jusqu'à l'abbaye de Saint-Georges-Majeur, où la Seigneurie les défraya de toutes dépenses. Les ambassadeurs furent reçus au Palais le dimanche qui suivit leur arrivée : « Alasmes devers le Duc bien accompagniez de grant nombre de gentilshommes, trouvasmes en notre descendue entre le palays et la rivière, crois, plus de cinquante mille hommes , et le Duc nous vint au devant jusques en la

nensi et socio, ambasciatoribus Régis Francia?, ad exposta per eos. (1425, 3 mai.)

1 Idem, iùid., Registre n« XI, 1429-1431 (1430, 3 février), p. 161. Quid responsum/uit egregio viro de Odontagna et Oratoribusdomini Régis Francia? reauirentis ligam et confederationem eu m nostro dominio.

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