L'AMBASSADE DU SIEUR DE MONTSOREAU
basse galerie, et là nous feit bon et honnorable accueil, et à tous propos me faisoit de l'onneur beaucoup ; et alasmes à la messe ensemble, et en son siège me feit seoir à la main droicte , et M* de la Rosière à gauche ; l'autre, M6 Jean Daysse, Toreau et le herault... Le lundi demorasmes en notre logis pour veoir nos lectres et instructions. Le mardi matin allasmes devers luy. Nous vint au devant et nous mena en sa salle du Conseil qui estoit bien parée , et je luy baillié les lectres du Roy , et M* de la Rosière luy dict notre créance en latin bien et honorablement et en haut stille ... Et ce faict le Duc remercia bien, et dit qu'il estoit plus joyeulx de nostre venue que d'ambaxade qui entrast trente ans à Venise , et qu'il le devoit estre, car c'est le Roy des roys et Tres- Chrestien, et que nul ne peuct sans luy, et toutes bonnes et honnorables paroles. » Mais un trait fort curieux et qui , dans le cours de ce récit familier, est un vrai portrait de la manière politique des Vénitiens, qui a toujours été de ne jamais trop s'engager, est celui-ci, rapporté dans les termes suivants par le sieur de Montsoreau : « Le jeudy nous fist notre réponse belle et honnorable à tout ce que Monsieur de la Rosière avait proposé, et sur le champ luy fut dit que ce n'estoit pas assez amplement respondu aux deux poincts principaux. Le recogneut , et dit que pour y repondre luy falloit en assembler plus grand nombre de son Conseil, et ont esté depuys assemblés mille à douze cens gentilshommes et nous dict que eussions pacience ...» La Seigneurie ne prit pas moins de huit jours avant de se décider à faire parler de nouveau son Doge, ce qu'il 6t, parait-il, à
l'honneur et à l'avantage de la France, car le sieur de Montsoreau écrit ensuite : « Le mercredy sept de novembre , partismes de Venize , car lundi eusmes notre réponse belle et honnorable, et dont sommes bien contans..., etc. »
Louis XI, qui, comme Dauphin du Viennois autant que comme ambitieux, avait déjà entretenu quelques relations avec la République, lui ayant adressé entre autres confidents, en 1460, un sieur Nicolas f, accrédita différents ambassadeurs à la Seigneurie pendant son règne. En 1462 , 1466, 1468 , il parut à Venise des Envoyés de France3 ; mais la plus importante ambassade fut celle qui, en 1478 , fut déclarée auprès de la Répu-
1 Voyez Bibliothèque de V Ecole des chartes , tome III , pages 183-196.
2 AncutvES de Fiu>ce, J. 1039, pièce 10 (15 octobre 1460). Comme Dauphin, il avait eu, avant cette époque, des rapporU diplomatiques avec la République de Venise; ainsi dans le Begistro Secreto, n° XVII (1446, 11 mars), nous trouvons : Quid responsum fuit Oratoribus Illustrissimi domini DclHni Viennensis circa eleclionem suam ad gonfalonieratum sanctœ Ecclesiœ et in factis Bononiœ et aliis tangentibus Homanum Pontificem. Page 4. Et pour le duc d'Orléans (16 janvier 1447) : Quid responsum fuit oratoribus Ducis Aurelianensis. Page 196. Dans le Begistro Secreto, n° XIX, 1453, 11 décembre, Oblatio DclHni descendendi in Italiam , page 211. Begistro Secreto del Senato, n° XXI (1460, 10 octobre), Besponsio Oratori Régis Francorum ad fœdus et auxilium prœstandum Duci Calabriœ ad regnum Neapolis. Page 20. Pour les Ducs d'Orléans, de Bretagne et d'Anjou : Besponsio oratoribus Ducum Aurelian., Britann. et Angolism., ad fœdus petitum pro statu Mediolani. Page 21.
» ld., ibid. Begistro Secreto del Senato, n» XXII (1466, 31 juillet). Besponsio Oratori Régis Galliae super iis auœ scripserat dôminio de rébus Mediolani et de Liga Italica. Page 176. Et Bcgistmy n° XXIII ( 1466, 23 février), Besponsio Oratoribus ejusdem Régis hortantis Dominium fœdus inire eu m Duce Mediolani. Page 26.
bliqne, dans les personnes de Oui d'Arpajon, chevalier et chambellan; Antoine de Mori/ion, président au parlement de Toulouse; Jean de Arcanis (?), chambellan, maître Antoine de Comines , légiste, maître de Serres et Jehan Desberi Louis XI, à cette époque, était en grandes et actives négociations avec les Vénitiens, ses alliés , depuis le traité négocié en France par l'envoyé Gradenigo et signé le 9 décembre 1477, au Plessis-lez- Tours *. Les derniers ambassadeurs qu'il envoya parurent au Collegio en 1480, 1481 et 1483 \
Sous Charles VIII , les premières années du règne s'étaient passées sans qu'une ambassade fut directement adressée aux Vénitiens; mais lorsque l'entreprise de Naples prit germe dans l'esprit de ce Uni , il sentit la nécessité d'accréditer ses négociateurs auprès des États d'Italie; et de 1493 à 1495 , Venise vit arriver successivement les Envoyés de France, Peron de Baschet*, De Citin et Philippe de Commynes.
Nous devons à ce dernier un récit admirable de son
1 Vovez la lettre de créance pour cette ambassade dans le tome Ier des Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, publié par MM. Abei. Desjaudiss et C*mttTftlNl , page 174. ( Plessis-lcz-Tours, 1er novembre 1478.) Ces ambassadeurs étaient accrédités à la fois pour Florence, Rome et Venise : si commode poterunt, y est-il dit.
2 Bibl. imp., Manuscrits y n° 2892, Ratiffication des Traitez de Venise.
3 Archives de Vekise. Secreti del Senato, n° XXIX (1480, 18 décembre). Responsio Oratori Gallo suadenti générale foedus contra T urcos, page 144, et Skcheti, id., n° XXX (1481, 1er juin), Summaria Expositio Oratoris Régis Franciœ cum responso circa expeditionem contra Turcos, 18. Et XXXI (1483, 11 août), Responsio duobus Oratoribus Régis suadentibus pacem cum Principibus llalia . page 58.
* Le nom de cet Envoyé est défiguré dans les ouvrages imprimés. On l'y appelle communément Perron de Basche. La lettre ci-jointe, que
arrivée , de sa réception et de son séjour. Il y fut en octobre 1494 , ayant laissé le Roi à Ast, prêt à se rendre vers Pavie. Il y vint en six jours « avec muletz et train , car le chemin estoit le plus beau du monde » et passa par leurs cités « comme Bresse , Vérone , Vicence et Padoue, et aultres lieux. » Partout lui « fut faict grant honneur, pour l'honneur de celuy qui l'envoyoit. » Le jour qu'il entra à Venise, fut « bien esmerveilié de veoir l'assiete de ceste cite et de veoir tant de clochers et monastères et si grant maisonnement, et tout en l'eaue. . . et est chose bien estrange de veoir si belles et si grans églises fondées en la mer. » A l'heure où il allait s'embarquer à Lizzafusina , aux confins du territoire de Pa-
nous avons copiée sur l'original existant aux Archives de M u noue, démontre qu'il convient de l'appeler Pérou de Baschet :
« Charles, par la GRACE nE Dieu, Rov de France. Très cher et grani amy. Nous avons esté adverty par notre amé et féal cousin conseiller et chambellan ordinaire et chevalier de notre Ordre, le Sr Daubicny, et nos amez et féaux conseillers , maître Demis de Bidaut, gênerai de noz finances, Jehan M at héros, chevalier président de Provence, et Peros de Baschet, nostre maître dhotel, noz ambassadeurs, du bon et grant recueil que leur avez fait, et le vouloir que avez de nous faire service dont nous vous mercions et prions très cordiallement que veuilliez continuer et vous employer en ce que nous le recon g naissons envers vous tellement que vous serez bien content. Très cher cousin et grand amy, N. S. vous ayt en sa sa incte garde. Escript de Lyon, le vi' jour de may.
A NOTRE CHER COUSIN ET CRANT AMY LE MARQUIS DE MaNTOCE. Archives
de Mantoue, E, XV, I, Francia.
Ce Baschet fut du reste un ambassadeur de peu de talent. Il eut cependant à remplir diverses missions importantes à cette époque. Francesco délia Casa, ambassadeur des Florentins, en fait un aàseï pitoyable portrait, le disant avarissimo et facile à corrompre. Vovez les Négociations de la France avec Ut Toscane , tome Ier, page 223.
Sur la mission à Venise, voyez Registro Secreto del Senato, n° XXXIV, page 179, Quid Dominio expotuit Orator ejusdem Régis. Responsio eidem Oratori cirra impresam Neapofis, 179.