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UNE LETTRE INÉDITE DE VIVANT DENON

Vivant Denon n’a pas été seulement l’actif et intelligent organisateur du Musée Napoléon : l’artiste et le littérateur ne le cèdent pas chez lui à l’amateur; l’exquise nouvelle intitulée Point de lendemain, si souvent réimprimée dans les dernières années, et de nombreuses gravures nous prouvent qu’il maniait la plume avec la meme facilité que le burin.

La lettre publiée ci-dessous est postérieure à la publication du chef-d’œuvre littéraire de Vivant Denon, et antérieure à sa carrière administrative. Elle nous le montre occupéàdes travaux de gravure qui certes ne lui faisaient pas oublier son rôle d’homme du monde, et probablement d’homme à bonnes fortunes. Un tableau de Louis Carrache, tel était le morceau à la reproduction duquel il consacrait à ce moment son burin.

« Monsieur. Voilà une première épreuve du tableau de Louis Carache (sic). Je désire que vous en soyés content avant de terminer la planche. Je voudrois que vous eussiés la complaisance d’enluminer la contre épreuve que je joins ici, non d’en faire une miniature, ce qui vous donneroit beaucoup trop de peine sans nécessité, mais de mettre les grandes teintes sur les habits afttn que je puisse voir ce que je puis donner de couleur à la gravure pour donner une plus juste idée du tableau. Si quelques expressions vous déplaisent, dites le moi, et je tâcherai d’y remédier.

C’est pour être à tems que je n’ai pas voulu avancer d’avantage la planche avant de vous en communiquer les

épreuves. Dès que vous me renvoyerès (sic) la contre épreuve, je me remetterai tout de suite à l’ouvrage. Je désire bien de réussir, et avec vos soins, j’espère faire quelque chose de suportable (sic.)

Je suis bien loin de taxer d’antousiasme {sic) votre amour pour Ludovico. Je le regarde comme le meilleur de tous les maîtres et vous en serès encore un exemple; il fera de vous un élève comme les saints font des miracles deux cents [ans] après leur mort.

Je regrette bien de ne pas voir ce que vous faites maintenant, mais malheureusement les tableaux ne sont pas comme les gravures, ils ne voyagent pas par la poste.

Mille amitiés à Mr le chevalier Aldobrandini ; il m’a paru content de son voyage. Je voudrois que ce qu’il vous en dira pût vous engager à le faire; il est si court et si facile que vous en trouveriés facilement à vous dédomager (sic) de a peine qu’il vous donneroit. Si on dessine et compose bien à Boulogne, on sait fort bien peindre ici. Vous fériés, de plus, grand plaisir à quelqu’un qui vous estime et qui vous aime de tout son cœur.

C’est avec ces sentiments que je ne cesserai d'être monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. — De n on.

A Venise, le 5 janvier 1791. »

(Collection Santarelli, à Florence. — Sur le revers de la lettre se trouve un croquis à la sanguine représentant un concert.)

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