cent, de large sur 2| de haut. (Note de l'éditeur
LETTRES DE MARIETTE A TEMANZA 107
Donnez moi de vos nouvelles et soyez persuadé que personne n est avec plus de zèle ni avec plus de sincérité, monsieur,
Votre très-humble et très-obéist serviteur
M ARIETTE
[P.-S.] J’aurois besoin d’une épreuve du portrait de Palladio gravé par Zucchi, qui se trouve à la tête de la nouvelle édition du Tcatro Olimpico imprimée à Padoue en 1749. Si vous me la pouvez procurer, je vous en serai fort obligé et même une épreuve de celui que vous avez fait graver pour mettre au comment de la vie de ce célèbre architecte.
J’oubliois de vous dire, monsieur, qu’avec votre lettre du 11 Sbre dernier j’ai reçû l’exemplaire delle Fabriche di Vicença dont je voudrois bien sçavoir le prix, ainsi que du dessein de Balestra, pour vous le rembourser.
A Monsieur Monsieur Tomaso Temanza premier architecte de la sérénissime République de Venise. A Venise.
A Paris, ce 8 aoust 1767.
Monsieur,
J aurois fort souhaité de pouvoir répondre plustost à la lettre obligeante que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 28 avril dernier, mais j’étois absent de Paris, lorsqu’elle y est arrivée, et à mon retour il m’est survenu une si grande multitude d’affaires qu’à peine m’est-il resté un instant, dont il me fut permis de disposer. Votre extrême politesse me fait espérer quelqu’indulgence, et que vous voudrez bien être persuadé de mon empressement à cultiver une correspondance aussi précieuse que la vôtre. J’ai vu M. Bernardin, l’ami de monsr Fontana. Il m’a promis de se charger
ioS
du Vitruve de Hérault que vous m’avez demandé, et devons le faire tenir. Je le lui remet donc avec cette lettre et je me flatte que vous en serez content. Ce livre devient tous les jours de plus rare en plus rare et ce n’est pas sans pcinne que j’ai trouvé ceiui-ci que j’ai payé cinquante-huit livres de notre monoye. J’en ai marchandé un autre dont on ne vouloit pas moins que 72 lb. et c’est effectivement son prix ordinaire. Avec cela j’apréhende qu'il ne vous paroisse trop cher, quoyque j’aye ménagé votre bourse le plus qu’il m’a été possible, ayant agi comme pour moi-même. Vous rabatterez sur cette somme le sequin que vous a coûté le dessein du Balestra, et ce que je vais vous devoir encore pour toutes les choses que vous m’annoncez, même pour le dessin du Cignaroli, au cas que vous puissiez me le procurer, et quant au surplus de l’argent vous estes le maître de me le faire remettre ici, ou ce qui seroit le plus court et le moins embarrassant de le compter à mon ami le comte Zanetti, avec lequel j’ai un compte ouvert. Quoyqu’il y ait déjà du temps que je suis privé de ses nouvelles et que son grand âge me fasse craindre à chaque instant d’apprendre sa mort, je ne puis pas me persuader que ce malheur me soit arrivé et c’en seroit véritablement un très grand pour moi, car c’est un ami de près de cinquante ans, dont les goûts étoient conformes aux miens et qui ne me laissoit à désirer que le plaisir de vivre avec lui. Mais il en faut venir là quand on vieillit, et apprendre ainsi à se détacher de la vie. .
11 m’est beaucoup plus aisé de faire venir de Rome, que d’aucun autre endroit, les choses dont j’ai besoin, de façon que si .vous y pouvez faire passer entre les mains de Mgr Bottari ce que vous me destinez, je m’en entendrai avec lui, et cela me parviendra sûrement et même assez promptement. Je songe que mon ami Zanetti a aussi quelque chose à m’envoyer, vous pourriez le lui faire demander et
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ne faire du tout qu un rouleau. Ce sera une nouvelle obligation que je vous devrai. Il se pourroit faire que le neveu de M. Zanetti, M. Gabriel Cornet, auroit à faire quelqu’en- \oy à Paris, autre occasion dont on pourroit profiter et si je n apréhendois pas de vous causer trop de peinne, je vous prierois de le voir et de concerter cela avec lui. Il a de 1 amitié pour moi, et il vous aidera volontiers dans tout ce qui sera de son ministère.
Je n ai pas présentement sous la main les discours de Scamozzi sur les Antiquités de Rome, mais à en juger par le passage que vous en avez extrait et que vous me citez, il y a toute apparence qu’il a fait à l’égard des Termes d’Antonin, ce qu’il avoit fait par rapport ù ceux de Dioclétien. Je n ai que la seconde des deux pièces, mais cela n’exclud pas la réalité de l’autre, et sur ce que l’auteur en dit, je pense que vous ne risquez rien à en faire mention dans sa vie. De la façon dont vous m’en parlez, j’ai tout lieu de croire qu’elle est imprimée, ou qu’elle ne tardera pas à l’être, et comme je suis fort impatient de la lire, je ne puis assez vous prier de m’en faire part au moment qu’elle paroîtra.
Il s’est fait ici depuis peu une vente très considérable de tableaux précieux, de desseins, d’estampes et de toute espèce de curiosités. Elle a produit plus de 53o,yoo lb. Jugez de ce que se (sic) pouvoit être. J’y ai eu pour ma part un nombre de desseins qui ne dépareront point ma collection. J’ose dire qu’elle est actuellement à peu près au point de perfection auquel je la voulois amener, ce qui n’empêcbe pas que je n’aye encore à former des désirs. Je les promène sur des objets qui à la vérité ne sont pas de la dernière importance. Je voudrois y mettre des desseins de certains maîtres du second ordre, dont les ouvrages sont peu connus hors des lieux qu'ils ont habité, et où ils ont seulement exercé leurs talents. J’en connois plusieurs de cette espèce qui ont leur mérite et qui ont Heuri à Bergame, à Brescia,
à Vicence et dans d’autres parties de l’État vénitien, tels, par exemple, que le Carpioni, le Fasolo, etc. Mais où les trouver, surtout de bons desseins et avérrés, c’est ce que je n’espère guère. Aussi je m’imagine qu’il faudra rester comme je suis. J’ose vous prier, lorsque vous rencontrerez monsieur Fontana, de l’assurer de mon respect. Employezmoi dans tout ce qui sera de votre service et ne doutez pas plus de mon zèle que des sentiments d’estime avec lesquels j’ai l’honneur d'ètre, Monsieur,
Votre
Mariette,
Secrétaire du Roi et Contrôleur de la grande Chancellerie.
Faites-moi l’amitié de faire remettre l’incluse à son adresse.
Je connois un portrait du chevalier Liberi, fameux peintre vénitien, qu’a gravé à Venise le Piccini sur la fin de l’autre siècle. Je le cherche sans pouvoir le rencontrer. Vous me feriez le plus grand plaisir, si vous trouviez à me le procurer. J’en ai un pressant besoin, aussi bien que d’un petit livre qui a été imprimé depuis peu de tems à Rimini et qui contient une description de l’Église de S. François, dans lad. ville de Rimini.
J’ai pris la liberté d’insérer dans leVitruve une épreuve de mon portrait qu’on s’est avisé de graver et que vous voudrez bien avoir la complaisance de recevoir.
A Paris, ce 12 janvier 1768.
Monsieur,
Lorsque je me suis donné l’honneur de vous écrire dans le mois de Décembre dernier la lettre, que n’aura pas man-
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que de vous faire remettre M. le comte Zanetti mon ami, auquel elle étoit adressée, je ne prévoyois pas que je dusse recevoir si incessamment ce que vous m’aviez annoncé avoir été inséré dans une balle de livres que M. Pasquali devoit expédier à Monsieur Goldoni. Cela s’étoit fait suivant que vous l’aviez marqué dans le mois d’aoust dernier, et comme je ne voyois rien arriver je n’ai pu m'empêcher de vous en témoigner mon inquiétude. Quelques jours plus tard, j’aurois tenu tout un autre langage, car la balle en question est arrivée à la fin de l’année dernière, et j’ai eu tout ce que vous m’aviez fait la grâce de m’annoncer, dont je vous fais mille remerciemens. J’avois déjà toutes les grandes pièces qui ont été gravées chez Vagner d’après le Balestra, mais il faudra bien que je trouve à les placer, et quant aux morceaux gravés par le Balestra même, ils me font un plaisir infini, surtout la pièce où se trouve le portrait de l’excellent architecte Michel di San Michèle, et à ce sujet, faites moi l’amitié de me dire si cette planche a été faite, comme je le présume, pour quelqu’édition des oeuvres de cet habile artiste, si cette édition a eu lieu, ou si on s’en esf tenu au projet. Je me suis trouvé avoir heureusement tout ce que le comte Rottari a gravé d’après le Balestra son maître, et par ce moyen, j’ai l’oeuvre de Balestra à peu près complet. Je suis du même sentiment que vous, Monsieur, par rapport au dessein de ce maître que vous m’envoyez : je ne le crois point original ; mais celui qui l'a fait n’est pas un ignorant, et la composition en est belle et sçavante. Celui de M. Cignaroli me paroît cher et porte tous les caractères de l’originalité, quoique touché un peu mollement, s’il faut parler vrai. Mais ce sera la façon de faire du maître, chacun a la sienne. Vous m’obligerez beaucoup, si vous me pouvez dire de quelle école est le Cignaroli, quelle est sa patrie, et son âge. Cela m'est nécessaire pour le catalogue raisonné que je fais des différens
desseins qui composent ma collection, et j’espère que vous ne trouverez pas mauvais que je vous charge de celte nouvelle commission.
Quelqu’un m’a dit avoir vû de beaux desseins du Fazzuollo ', peintre de Vicence qui a imité la manière de Paul Véronèse. En avez-vous vû? m’a-t-on dit vrai?
Vous avez dû recevoir de moi une lettre dattée du 8 aoust. Je vous l’écrivois précisément le même jour que vous m’écriviez la vôtre par laquelle, loin que j’eusse quelqu’argent à répéter de vous, j’ai vu que c’étoit moi qui vous étois redevable d’environ L. 23 de notre monoye, et nous en compterons lorsque vous aurez reçu le Vitruve et que vous m’aurez dit que vous en estes content. Monsr Bernardin, ami de Mr Fontana qui s’en est chargé, m’a dit ces jours-ci que le livre étoit en route et qu’il espéroit que vous ne tarderiez pas à le recevoir. 11 a eu avis de Marseille que la caisse dans laquelle il l’avoit inséré étoit embarquée. Je pourrai alors remettre l’argent dont je vous serai redevable ou à Mr Bernardin, ou à toute autre personne que vous me nommerez.
J’ai lu avec avidité le livre sur les Basiliques, composé par Mr le comte Arnaldi, j’y ai beaucoup trouvé à m’instruire et je l’ai mis dans ma bibliothèque auprès de celui que le même auteur a composé sur les théâtres2. Y a-t-il d’autres ouvrages de lui? Ceux que vous faites imprimer, et qui devroient déjà être au jour, si j’en étois cru, paroissent-ils ? Aurez-vous la cruauté de me laisser partir de ce monde, sans avoir eu la satisfaction de les lire? Vous m’avez témoigné trop d’amitié, pour ne pas croire que vous ne m’accorderez bientost cette satisfaction.
1. Il s’agit Je Giovanni Antonio Fasolo ou Fisuolo (+ 1572), dont il est question dans VAbeccJario de Mariette, tome II, page 235.
2. Notons toutefois que l'ouvrage d’Amaldi {délie Basilic lie antiche c spccialmcntc di quclla di Yiccnja del cclcbrc Andrea l’alladio ) porte la date de 1769. Comment Mariette peut-il eu parler dans une lettre de 1768 ?
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Je compte avoir perdu mon ancien ami Zanetti, car il y a si longtemps que je suis privé de ses nouvelles, que c’est pour moi, comme s’il n'étoit plus, et cela m’est d’autant plus affligeant que j’imagine mon ami dans la souffrance, et tout à fait hors d’état de me donner aucun signe de vie. J’écris et je ne reçois point de réponses. Vous me ferez plaisir de m’apprendre ce que vous sçavez de sa situation, et si pour vous en mieux informer vous pouviez faire arrêter votre gondole à sa porte, je vous en aurois la plus sensible obligation.
Je ne suis guerre moins inquiet du côté de Rome. Chaque hyver me fait craindre pour la vie de notre respectable vieillard Monsigr Bottari, et comme il y a du temps que je n’ai reçu de ses lettres, je ne serai tranquille que lorsque mes amis de Rome auxquels je me suis adressé, m’auront délivré de mes craintes. Estes-vous dans le même cas que moi ?
On m’a envoyé de Venise les deux premières pièces d’une suite de douze morceaux qui représenteront les diverses fonctions du doge et qui se gravent sur les desseins du Canaletto. Cela me paroît plus curieux que bien exécuté, mais avec cela je serois fâché de ne pas les avoir. M. Canale est excellent dans son genre. J’ai eu de lui quelques desseins qu’il a fait dans sa ferveur, entre autres une Veue de Padoue, qui est un excellent morceau, et si je trouvois quelque autre dessein de lui, du même temps et de la même force, j’en ferois volontiers l’acquisition.
Il m’en manque de Jules Carpioni, qui en a fait d’assez interressans. Cela viendra au moment que je m’y attendrai le moins; et vous pourrez peut-être m’aider pour cela. Tâchez surtout s’il est possible de me faire avoir l’estampe que je vous ai demandé du dessein de Balestra que vous m’avez procuré ci-devant et dont la planche a servi, ainsi que vous me l’avez dit, dans la dernière édition des œuvres
de S. Hilaire faite à Vérone en iy3o. Je me suis déjà sutfisamment expliqué sur le sujet qui me la fait désirer.
Ilonorez-moi de vos ordres. Conservez-moi votre estime et votre amitié et soyez autant persuadé d’un parfait retour que je vous prie de l’être des sentimens avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur,
Votre très humble et très obéis1 serviteur.
Mariette.
A Paris, cc i5 avril 1768.
Monsieur,
Je reçois votre lettre en datte du 21 février dernier par les mains de Monsr Antoine Ippoliti auquel vous l’avez remise et je vois que lorsque vous l’avez écrite vous n’aviez pas encore reçu la mienne que j’avois eu l’honneur de vous adresser le 12 janvier précédent. Mons. Bernardin, ami de Mr Fontana, qui s’en est chargé avec plaisir, n’aura certainement pas manqué de l’envoyer, ainsi qu’il me l’a promis, et je ne doute nullement qu’elle ne vous soit enfin parvenue. Je vous y donnois avis de la réception du paquet d’estampes et de desseins que vous m’aviez annoncé et je vous en faisois mes complimens très sincères.
Je ne suis pas aussi content, puisque vous voulez qu’on vous parle vrai, du dessein attribué au Balestra que je le suis de celui du Cignaroli. Je reconnois dans ce dernier la main du maître, au lieu que l’autre ne me montre qu’un travail froid et timide, tel qu’on peut l’attendre d’un copiste. Aussi l’avez-vous soupçonné tel avant moi. Vous ne m’avez point trompé lorsque vous m’avez fait l’honneur de me dire que vous doutiez fort de l’originalité. Cela rend le dessein
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du Cignaroli assez cher. Mais j'en voulois avoir un de ce maître. Ce n est pas votre faute ni la mienne s’il vend si cher ses coquilles. Je voudrois sçavoir de qui ce peintre (le Cignaroli) est disciple et quel est son âge et sa patrie. Je ne trouve rien de lui dans la nouvelle édition de 1 ’Abecedario pittorico.
Vous me rassurez par rapport au dessein du Balestra que vous m avez fait avoir autrefois. Puisque vous en avez vu 1 estampe et que le nom du peintre est gravé sur la planche, mes doutes n ont plus lieu. Ce qui les avoit fait naître, c est qu effectivement j’ai vu des desseins de Bertoli, habile dessinateur que j’ai connu personnellement dans le séjour que j’ai fait à Vienne, qui étoient exécutés précisément dans la même manière, et cela m’apprend que Bertoli, qui a vécu avec le Balestra, a cherché dans sa manière de dessiner à se conformer à celle du Balestra, dont il connoissoit le mérite. N en parlons donc plus; mais faites-moi pourtant toujours le plaisir de me procurer s’il est possible une épreuve de la planche qui a été gravée sur mon dessein.
Du reste je suis étonné que vous n’ayez pas encore reçu l’exemplaire du Vitruve de Perrault que j’ai fait remettre 1 année dernière a M. Bernardin. Il y a si longtemps qu’il est en route, cet exemplaire, que quoyrqu’il vienne par mer, il devroit de reste être arrivé à Venise. Vous me ferez plaisir de m’en accuser la réception et de me dire à qui je dois compter l’argent que je vous redois suivant le compte que je vous en ai fait dans ma lettre du 12 janvier.
Je ne vous demande plus des nouvelles de mon ancien ami le comte Zanetti. J ai appris sa mort avec douleur. Nous nous connoissions depuis près de cinquante ans et rien dans un si long espace de temps n’avoit troublé notre amitié. Les mêmes goûts l’entretenoient. Nous nous communiquions réciproquement nos découvertes, elles en devenoient plus piquantes. Il faut se soumettre aux décrets de
la divine providence et se souvenir que nous ne sommes pas faits pour être éternellement sur la terre.
Mon ami laisse de belles choses. Elles ont de la réputation en Angleterre. Vous avez, à ce qu’on me dit, peu ou point d’amateurs de ces sortes de choses à Venise. Je crains fort que tout cela n’en sorte, et quoyqu’on en dise, c’est une perte pour l’État.
Vous ne devez pas douter qu’en tout ce que je pourrai être utile à la personne que vous me recommandez, je ne m’y porte avec zèle. Il me paroit aimable et bien né, je lui ai offert mes services et il ne tiendra pas à moi qu’il n’en fasse usage. Je serois charmé de lui prouver et à vous encore davantage avec combien d’estime et de respect j’ai l’honneur d’être, Monsieur,
Votre très humble et très obl serviteur,
Mariette.
Quand comptez-vous nous faire présent des ouvrages que vous avez sur le métier ?
A Monsieur
Monsieur Tommaso Temanza, Premier architecte de la Sérmo République
de Venise
à Venise.
A Croissi, ce 18 juin 1768.
Monsieur,
Je reçois votre lettre à la campagne, dans une maison que j’ai à quelques lieues de Paris, et que j’habite pendant la belle saison. Je ne la quitte guère que dans le mois d’octobre. Je ne veux point attendre si longtemps pour faire
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réponse à la lettre que vous venez de me faire l’honneur de m’écrire et qui m’est venu trouver dans ma retraite. J’y apprend avec plaisir que vous avez enfin reçu le Vitruve et que vous en estes content, j’en suis dans la plus grande satisfaction. La nouvelle commission que vous me donnez sera exécutée. Aussitost que je serai de retour à Paris, vous aurez les deux ouvrages de Daviler, et lorsque je vous en donnerai avis, vous aurez pour agréable de me marquer le nom de la personne à qui je devrai les remettre. Sera-ce encore à M. Bernardin?
Je suis déjà pourvu du livre du comte Arnaldi sur la disposition d’un théâtre de son invention, et j'ai pareillement l’estampe gravée d’après un grand dessein de la Fage que possédoit le comte Algarotti. Ainsi je n’ai besoin ni de l’un, ni de l’autre. Je vous remercie de votre offre et vous en ai la meme obligation que si je recevois votre présent. Mais je n’ai pas la même indifférence pour les deux desseins du Carpioni, ni pour le livre de Michel San Michèle dont vous voulez bien continuer d’enrichir ma collection. Je les recevrai avec bien de la reconnoissance. Et supposé que vous manquiez d’occasion pour me les faire tenir en droiture, vous pourriez, si vous en avez la commodité, les faire passer à Rome entre les mains de Mons*' Bottari, qui me fera tenir ensuite le paquet par la voye que je lui indiquerai. Si mieux n’aimez l’adresser à Parme au R. P. Paul Pacciaudi, bibliothécaire de S. A. R. l’Infant duc de Parme, qui me fait le plaisir de m’envoyer par une infinité d’occasions qui se présentent journellement les choses de son pays dont je puis avoir besoin. Dans tous ces cas, il vous plaira me donner avis du parti que vous prendrez, afin que de mon côté je puisse agir en conséquence.
J’oubliois de vous dire que j’ai reçu même en double le livre : Pitture di Rimini , ainsi il est inutile que vous vous donniez la peine de me le procurer. — Je n’ai pas de
peinne à croire que les desseins du Fasolo ne sont pas communs. J’en ai un qui représente 1^ Madeleine arrosant de ses larmes les pieds du Sauveur chez Simon le Pharisien, et comme il tient beaucoup de la manière de composer de Paul Véronèse, sans cependant être un ouvrage de ce maître, j’ai quelque soupçon qu’il est du Fasolo, et c’étoit pour m’en assurer davantage quej’aurois désiré trouver un dessein non équivoque de ce dernier peintre. Mais je vois qu’il y faut renoncer et m’en tenir à ce que j’ai, qui véritablement, de quelque maître qu’il soit, est un morceau de la plus grande beauté.
J’ai reçu les trois premières estampes des diverses fonctions du Doge, et j’en ai la même opinion que vous, je les trouve gravées grossièrement et sans esprit. Il n’y a d’interressant que le sujet. Mon ami Zanetti en avoit annoncé les desseins comme quelque chose qui faisait honneur au peintre Canaletto. Les estampes n’en donnent pas cette idée.
Vous m’annoncez un livre qu’il faut que j’aye, car je suis condamné à achetter tous ceux qui traitent des arts. Je ferai donc venir incessant* de Rome le Livre des vies des architectes qui vient d’y être imprimé L
Je fais remettre cette lettre à M. Antonio Ippoliti, qui voudra bien, à ce que j’espère, se charger de vous la faire tenir. Il ne tiendra qu’à lui que je lui sois utile en quelque chose; il est le maître de m’en faire naître l’occasion.
Je vous prie de me renouveller dans le souvenir de Mons1' Fontana et d’être persuadé que personne n'a plus à cœur de vous témoigner son estime et son respect que celui qui a l’honneur d’être, Monsieur, etc.
Mariette.
Défendez-vous autant que vous voudrez. Il faudra bien
i. Il s'agit évidemment de l'ouvrage de Milizia : le Vite Je’ pin celebri Architelti. Rome, 1768.
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enfin que vous nous donniez les vies du Scamozzi et du Vittoria. Je ne vous donnerai point de cesse, jusqu’à ce que je sache que vous les aurez mis sous presse.
A Monsieur
Monsieur Tommaso Temanza,
Premier architecte de la Sérmc République de Venise
à Venise.
A Paris, cc 22 Février 1769.
Monsieur,
Votre lettre en datte du 22 octobre dernier m’a été remise à son arrivée et je me dis à moi même que vous devez être dans la plus grande surprise de ce que je n’y ai pas encore répondu; mais je suis sûr que vous m’excuserez lorsque j’aurai l’honneur de vous dire que ma santé cornmençoit à péricliter quand elle m’est parvenue et que depuis ce moment là je n’ai point quitté la chambre et me suis trouvé tellement incommodé d’un fâcheux catarre, qui ne me laissoit aucun repos, que malgré moi je me suis vû contraint de renoncer à toute application et de me séquestrer même du commerce de mes amis. Sans en être absolument quitte, je commence à respirer, et suis dans l’attente d’une plus belle saison, où l’on me fait espérer un entier rétablissement. Permettez-moi donc de différer jusqu’alors à m’acquitter des commissions dont vous m’avez chargé, et dans cet intervalle souffrez que je me livre pour un moment au plaisir de m’entretenir avec vous.
Je dois avant tout vous accuser la réception du rouleau que vous avez eu la bonté de faire remettre pour moi au R. P. Pacciaudi. Je ne l’ai que depuis fort peu de temps,
sans qu’il y ait de la faute de personne. Celui qui l’avoit reçu des mains du R. P. Pacciaudi vouloit me le remettre lui-même, dans la crainte que s'il s’en reposoit sur d’autres, le rouleau, qui n’étoit pas d’un fort gros volume, ne s’égarât en chemin, et son séjour à Lyon ayant été plus long qu’il ne pensoit, il est venu fort tard à Paris ; mais ce qui étoit le plus important, le paquet est arrivé en bon état et j’ai mille grâces à vous rendre de tout ce que j’y ai trouvé renfermé. Le livre d’architecture de Michel da San Michèle est fort de mon goût. J’y trouve un auteur qui est imbu des bons principes et qui met beaucoup de sagesse dans ses productions.
La petite estampe qui représente la ville de Vérone est d’une composition qui n’est point celle du dessein que vous m’avez fait avoir. Le Balestra aura fait deux desseins pour le même sujet : reste à sçavoir pourquoi l’on a donné la préférence à celui dont vous me fournissez l’estampe. Je le trouve moins heureusement composé que l’autre. Je suis pourtant très satisfait de pouvoir augmenter de cette estampe mon œuvre du Balestra. Si vous le trouviez bon je hazarderois de vous fournir une note de quelques autres pièces qui me manquent encore, et dont les planches sont à Vérone, persuadé qu’avec le secours des amis que vous entretenez dans cette ville, il ne vous seroit pas trop difficile d’en faire pour moi l’emplette.
Vous m’avez fait un vrai cadeau de m’envoyer votre portrait. J’admire la patience de celui qui l’a dessiné. Son travail imite si parfaitement celui de la gravure, qu’il y a de quoi s’y méprendre. Un autre dessein de sa composition que vous avez joint au même paquet, me fait voir qu’il est curieux de mettre du soin et de la propreté dans ses ouvrages. Oseray-je vous demander de qui il est le disciple, et voudrez-vous bien m’en dire autant de M. G. Diziani de qui est le grand dessein de la Chute des Géants qui vérita-
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blement montre beaucoup de génie. Ce peintre étoit ami du pauvre Zanetti dont la mort me fait encore verser des larmes. Son dessein, quelque bon qu’il soit, me plairoit davantage, s’il étoit moins grand, car tous mes desseins rangés dans des portefeuilles de même grandeur me font préférer ceux qui sont d’une taille moyenne ; de façon que si vous pouviez engager M. Diziani à m’en céder un qui ne passât pas douze pouces dans un sens, sur quinze à seize pouces dans l’autre sens, je le recevrois bien volontiers et lui donnerois place dans ma collection.
Je ne serois pas non plus fâché d’en avoir encore un de M. Cignaroli, dans la grandeur que je viens de donner. Je le laisse maître du sujet, et quant à ce que l’un et l’autre dessein vous auront coûté je serai exact à vous le rembourser. On vous avoit fait espérer quelques mémoires sur mond1 sr Cignaroli, et vous m’aviez promis de me les communiquer. Je me doute qu’on vous aura manqué de parole.
Puisqu’il étoit décidé que les desseins du Carpioni qu’on vous avoit présenté, n’étoient que des copies, vous avez fait sagement de les rejetter, j’aime mieux ne rien avoir que de mettre dans ma collection des desseins équivoques. Le dessein qu’on vous a donné pour être du Carpioni n’est point de ce maître. Il est du chev. Joseph d’Arpin ; la manière de ce dernier est très reconnoissable et si l’on y avoit pris garde on y auroit remarqué le nom de ce peintre, qui est écrit au bas du dessein. Non seulement je connois l’estampe d’après laquelle on a dessiné le Silène auquel un satyre et un faune versent du vin, mais j’ai pareillement connoissance de la soucoupe d’argent au foiïd de laquelle ce sujet, tel qu’il a été exprimé dans led* dessein, a été gravé par Annibal Carrache. Cette soucoupe se conserve dans le cabinet du Roi des deux Siciles à Naples. J’en possède une épreuve que je regarde comme un des morceaux les plus rares de ma collection. Le dessein que vous
m’envoyez a été fait d’après la copie qui, comme vous le dites, est assez mauvaise, et se trouve communément. Elle donne les objets dans un sens contraire à l’estampe originale. Dans celle-ci le satyre porte sur l’épaule droite l’outre rempli de vin. C’est le contraire dans la copie et ainsi de suite. Un de mes amis a le dessein du Carache qui lui a servi à la gravure, qui est un morceau achevé.
Dites moi, je vous prie, qui a gravé le portrait du feu comte Algarotti.
On vient de m’envoyer le livre des vies des architectes nouvellement imprimé à Rome et ce que j’en ai lû ne me déplaît point. J’aime à entendre l’auteur fronder les extravagances que se permettent les architectes de nos jours, et les rappeler à la noble simplicité du bel antique. Plus de recherches donneroient à l’ouvrage un degré de perfection qui lui manque.
Vous possédez sans doute, ainsi que moi le tome VIe des Lettere su la Pittura. Je n’y ai lû aucun des ouvrages de votre composition que vous m’aviez dit devoir s’y trouver. Je présume que Mgr Bottari les aura conservés pour le tome VII qu’il se disposoit à mettre sous presse; mais devons-nous l’espérer? Les lettres que je reçois de Rome me font craindre pour la vie de ce respectable prélat. Nous perdons tous deux un véritable ami, si la mort nous le ravit.
Mais éloignons autant qu’il est possible une idée si triste et dites -moi si vous connoissez une suite de douze estampes assez grandes qu’a dessiné un Bolognais nommé Torri et qu’a gravées à la réquisition du peintre Jac. Barri le ch*r Lucini, Florentin, lesquelles représentent fort distinctement les plus beaux tombeaux qui sont dans vos églises. J’y trouve la sépulture du doge Nicolô da Ponte du dessein du Scamozzi, qui est dans l’église de la Carità, mais pourquoi l’invention de celle des doges Priuli dans l’église de S. Salvator, qui passe pour être du dessein d’Alessandro
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Vittoria, est-elle attribuée à un Ceseri di Franco dans i’inscription qu’on lit au pied de l’estampe? Connoissez-vous cet artiste et avez vous pareillement entendu jamais parler d’un Mateo Carinere, de qui est le tombeau de la famille Erizzo dans l’église de S. Martin, et d’un Girolamo Grapitta quia donné les desseins des sépultures des Mocenigo et des Loredano qu’on voit aux SS. Jean et Paul. Mes estampes me donnent les noms de ces différens artistes, et elles m’apprennent encore que le Sansovin est l’auteur de deux tombeaux dont vous n’avez pas fait mention dans sa vie, l’un de la famille Lezze à l’église des Jésuites, et l’autre de la famille Delfini à S. Salvator. Ces deux sépultures sont gravés dans la susd. suite. Vous avez parlé dans la vie de Sansovino (page 38) d’un bas-relief de marbre qui est ù Padoue dans le lieu où se conserve le corps de St Antoine, mais vous avez obmis d'en expliquer le sujet qui est un miracle opéré sur une fille qui s’étoit noyée et que le saint resuscite et rend à une mère éplorée. Le bas-relief qui est d’un excellent travail est composé de dix figures.
Je suis bien aise aussi de vous dire que sur la demande que vous m’en avez faite, j’ai parcouru de nouveau mon mss. du Scamozzi et que je n’v ai absolument rien trouvé de ce que vous désirez. Aussi faut-il vous avouer que cette partie dans laquelle l’auteur se proposoit dé traiter des temples et d’en régler les proportions manque entièrement dans le mss., ce qui me feroit croire que le Scamozzi n’avoit rien écrit sur ce sujet et que ce qu’il projettoit tant pour ce qui concerne ce livre que pour les trois autres qui n’ont point paru, n’étoient (sic) encore que dans son imagination, lorsqu’il donnoit son traité d’architecture au public.
Je ne suis nullement surpris que vous ne trouviez dans Venise aucun exemplaire du livre qu’a publié en ij3o milord Burlington sur les Termes antiques, d’après les desseins du Palladio. 11 est de la plus grande rareté. Ce seigneur
anglois en fit briser les planches après en avoir fait imprimer seulement une cinquantaine d’exemplaires qu’il distribua dans le temps à ses amis. Il m’en avoit promis un et j’ai soupiré pendant longtemps avant que de pouvoir l’obtenir. On en devoit donner une édition contrefaite à Londres, mais je doute que ceux qui en avoient formé le projet ayent tenu parole.
Vous avez le dessein original du plan des Termes d’Agrippa. En pourroy-je avoir une copie pour joindre à mon volume et le rendre parfait. Je satisferois volontiers à ce qu’il vous en auroit coûté, mais pour peu que vous trouviez ma demande indiscrète, oubliez que je vous l’ai faite.
J’attend toujours avec impatience l’impression de vos deux vies du Scamozzi et du Vittoria : les années qui s’accumulent sur ma tête me font craindre de n’en jamais jouir, surtout quand je me représente que pour que vous puissiez présider à cette édition il faut que vous cessiez d’être aussi occupé que vous l’estes, ce qui n’arrivera jamais.
J’ai l’honneur d’être avec une estime mêlée de la plus parfaite considération, monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Mariette.
A Paris, cc 17 Avril 1760.
Monsieur,
Vous avez obtenu ce que vous désiriez et cela n’a pas souffert de difficulté. 11 a suffi de vous nommer et l’Académie Royale d’architecture s’est fait un plaisir de vous y admettre. Mr le Roi s’y est prêté de la meilleure grâce. Vos talens lui sont connus et il a sçu les faire valoir. Il m’a
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voulu persuader que je n’avois pas été tout à fait inutile dans cette affaire, et que mon témoignage, joint au sien, a:voit été de quelque poids, qu’il avoit déterminé les suffrages de plusieurs académiciens, qui sont effectivement de mes amis. Je le veux croire, mais il est plus vrai que M. le Roi a tout fait, et vous lui en devez des remercîmens. Il faut pourtant vous prévenir que la chose ne sera et ne peut être consommée de quelque temps. Il y a, dans ces sortes d’élections, des formalités d’usage à remplir. Il faut préalablement faire les informations et entendre ensuite le rapport des commissaires que l’Académie nomme à cet effet ; tout cela n’est que de forme, mais n’en est pas moins indispensable. En attendant, vous pouvez vous regarder comme membre de l’Académie, et je m’en réjouis avec vous, puisque cela vous fait plaisir. Mais je m’en réjouis encore davantage pour l’Académie par l’honneur qu’elle en reçoit.
Je vois que vous voulez bien vous donner de nouveaux mouvemens pour me faire avoir encor un dessin de goût de M. Cignaroli, et j’espère qu’il tiendra sa place auprès de celui qu’il m’a fait et qui, en tout temps, sera digne de la réputation dont il jouit. Faites-moi l’amitié de me rendre raison du nom de Bettini, que cet artiste joint à celui de sa famille. Seroit-ce celui de quelque saint qui n’est pas connu dans ce pays et qui lui auroit été donné au baptême ? Je serois pareillement curieux de sçavoir si le tableau de [la] Fuite en Égypte, dont j’ai le dessein, se trouve à Modène ou à Parme. Autre question que vous me permettrez de faire et dont M. Giuseppe Diziani vous donnera la solution. Je souhaiterois avoir la datte delà naissance et celle de la mort de son père, qui e'toit de Belluno, à ce que m’apprend l’inscription qui se lit au bas de son portrait gravé par Monaco. N’a-t-il pas fait le voyage de Russie ? Y a-t-il fait un long séjour et à quoi s’y est-il occupé ? Mon
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ami Zanetti m’a fait présent autrefois d’une petite estampe que le sr Gasparo a gravé à l’eau forte. Est-ce la seule fois qu’il s’est avisé de manier la pointe ? Vous dont j’admire l’extrême exactitude, ne pourrez-vous donc pas m’aider à déterminer au juste l’année de la naissance de la fameuse Rosalba. Celle qu’on a zuivie dans un extrait de sa vie, qui se trouve dans un des vol. du Muséum Florentinum, est certainement fausse et doit se rapporter à la sœur cadette de la Rosalba, qui s’appeloit, suiv1 son extrait baptistaire, Rosalba Giovannina. J’ai, pour le prouver, cet extrait de baptême que j’ai fait lever à Venise. Mais, jusqu’à présent, je n’ai pu me procurer celui de la soeur aînée. Un mémoire, qui m’a été fourni autrefois et qui contient des détails sur ce qui regarde cette habile fille, m’aprend qu’elle est née à Venise, au mois de janvier 1670, zuivt votre façon de compter et, suivt la nôtre, en 1671, et qu'elle a reçu le baptême dans l’église de S. Basilio, de même que ses deux autres sœurs. Vous m’obligeriez beaucoup si vous vouliez bien prendre la peinne de compulser les registres de cette paroisse et de voir si, sous l’année que je vous indique, on ne trouveroit pas ce que je cherche.
Je suis honteux de vous entretenir de toutes ces minuties et je ne le suis pas moins des peinnes que vous vous préparez dans la recherche des estampes qui manquent à mon œuvre de Balestra. Vous en avez ci-joint une note et les titres de deux livres imprimés que je ne serois pas fâché de me procurer, surtout celui qui traite des peintures de Brescia. Vous pouvez présentement compter sur ceux que vous m’avez commis. Je les ai tous deux, et déjà ils seroient entre les mains de M. Gargani, si je n’avois été obligé ue faire relier le cours d’architecture de Daviler...; il les aura en peu de jours. Le Daviler vous coûte 24 livres, et le Scamozzi, par Daviler, vol. in-fol, 17 livres, ce qui joint aux 58 livres que vous me devez pour le Vitruve, de
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Pcrault, fait la somme de 99 livres. De mon côté, je vous dois, pour le dessein du Balestra, 1 1 livres et, pour celui du Cignaroli et des autres choses qui sont venues en même temps, 66 livres 5 sols, en tout 77 livres 5 sols, de façon que vous me resterez redevable de 21 livres i5 sols qui seront, si vous le voulez bien, à compte de ce que vous aurez à débourser pour moi à l’occasion des divers articles que je prends la liberté de vous commettre.
J’ai reçu depuis peu des nouvelles de Rome qui me tranquillisent et qui m’annoncent pour notre digne prélat, si ce n’est pas un entier rétablissement, du moins une situation meilleure et telle qu’on la peut espérer à l’âge auquel il est parvenu. Celui qui a fait le dessein de la gravure d’Annibal Carrachc dont vous m’avez donné communication n’est pas malhabile, et je ne serois pas fâché de sçavoir qui il est. Je finis en vous assurant que personne n’est plus véritablement que moi, Monsieur,
Votre très humble et très obéis1 serviteur.
Mariette.
Je ne vous dis rien de ma santé, c’est un signe qu’elle ne va pas mal.
(Adresse ordinaire à Tcmanza.) Venise.
A Paris, cc i5 juin 1769.
J’ai reçu à ma campagne la lettre que vous venez, Monsieur, de me faire l’honneur de m’écrire, et je suis venu exprès à Paris pour pouvoir remettre moi-même à mons. Le Roy celle que vous lui adressiez et que j’ai trouvé jointe à la mienne. Je voulois sçavoir de lui à quoi en étoit votre affaire, et je vois qu’elle sera terminée dans le temps que
vous comptez publier votre vie du Scamozzi. Suivant les règlements auxquels est assujetie l’Acad® Royale d’architecture, il se doit passer quatre mois depuis le jour qu’un sujet est proposé jusqu’à celui de sa nomination, et pendant ce temps il est censé que les commissaires nommés d'office pour prendre les informations nécessaires sont en état de faire leur enquête et leur rapport. 11 n’en faudrait pas tant pour s’informer de ce que vous valiez. Vos ouvrages parlent assez en votre faveur. Mais c’est la règle, et il faut s’y soumettre. Selon mon calcul, votre nomination aura lieu vers le mois d’aoust, avant que l’Académie prenne ses vacances, et il y a toute apparence que votre ouvrage ne sera pas encore alors achevé d’imprimer et que vous pourrez y joindre à vos qualités celle d’associé à notre Académie d’architecture. Mais, quoyque la chose ne soit pas problématique, il ne seroit cependant pas convenable de vous parer de ce titre avant que d’avoir reçu vos lettres que j’aurai soin de vous faire tenir aussitost qu’elles seront expédiées.
J’ai bien des remerciemens à vous faire de tous les soins que vous voulez bien vous donner pour me procurer les différentes choses que j’ai pris la liberté de vous demander. Si vous avez quelque chose de prêt vous pourriez le remettre à Mons. Gaétan Zanetti, lequel a quelques estampes et desseins à m’envoyer et qui le joindroit à son paquet.
Je suis gros de voir les deux morceaux de Carpeoni dont vous me faites une description capable d’échauffer mes désirs. Et puisque M. Cignaroli fait si fort le difficile, il faut se passer de ses desseins et s’en tenir à celui que vous m’avez fait avoir. Vous ne me dites pas si j’en aurai un de M. Diziani, de la grandeur que je vous ai indiquée. Je sçavois qu’il avoit été appellé en Allemagne et qu’il avoit fait un séjour de quelques années à la cour de Dresde.
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Mais est-ce bien en 1717 qu’il a entrepris ce voyage ? Si cela étoit, ce ne pourroit être que le Roi Auguste III, Roi de Pologne, Électr de Saxe, qui l’auroit fait venir ainsi que vous me l’e'crivez, car ce prince n’a succédé à Auguste II, son père, qu’en 1733. Et il me semble avoir reçu autrefois une lettre de mon ami Zanetti qui m’apprenoit que led. sr Diziani venoit d’arriver à Venise et de quitter la cour de Russie. Ses enfans pourront vous donner sur cela de nouveaux éclaircissemens.
L’extrait baptistaire que vous me fournissez n’est point celui de la célèbre Rosalba, c’est celui de sa sœur cadette, morte en 1738, qui peignoit comme elle en miniature, mais pas dans un si grand degré d’excellence. Je l’ai connue, elle étoit mon amie, et se faisoit appeller la Zanina. Aussi voyez-vous que dans l’acte le nom de Zuana est joint à celui de Rosalba, qu’elle avoit de commun avec sa soeur aînée, dont la naissance a précédé de quelques années celle de la sœur cadette. M. Zanetti m’avoit déjà envoyé une copie du même acte de baptême, et celle que vous m’envoyez ne m’apprend rien de nouveau. Je ne vous en suis pas moins obligé et vous le serois infiniment davantage si vous pouviez étendre vos recherches et me donner juste ce temps de la naissance de la Rosalba, que je recherche sans y avoir pu réussir encore.
Je vous envoie une copie très exacte de ce qui est gravé sur la planche des Termes de Dioclétien, qu’a publiée le Scamozzi, dans deux quadres au haut de l’estampe, placés l’un sur la droite et l’autre sur la gauche. Je crois vous avoir dit que la moitié de la planche représente le plan de l’édifice en perspective et que, sur l’autre moitié, le même édifice est représenté aussi en perspective, et ce qu’on appelle en vue d’oyseau, élevé sur son plan.
Comme je suis obligé de retourner presque sur le champ à ma campagne, je n’ai que le temps de vous renouveller les
scntimcns d'estime et de la plus parfaite considération avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur (etc.).
Mariette.
Faites-moi l’amitié de me dire de qui est disciple M. Novelli, votre ami, s’il est né à Venise et dans quelle année, et faites moi aussi la grâce de faire remettre l’incluse à son adresse.
A Paris.ce 12 décembre 1769.
Monsieur,
J’aurois dû répondre il y a longtems aux deux dernières lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Et je me le reproche, mais diverses circonstances dont il faut, pour ma justification, que je vous rende compte, s’y sont opposées et ont rompu mes projets. Je ne vous dirai pas que lorsque j’ai reçu vos lettres j’étois absent de Paris, puisqu’il y a environ six semaines que je suis de retour de la campagne, et que depuis ce tems-là il m’éttoit aisé de prendre la plume, mais je voulois vous rendre compte de la commission dont vous m’aviez chargé, et chaque jour me faisoit espérer de voir cette affaire conclue et de pouvoir vous l’annoncer. Il n’a pas tenu ni à moi, ni à M. Le Roy qu’elle ne le fut aussitost après la rentrée de l’Académie qui s’est faite il y a un mois, mais précisément dans cet instant M. le Roy est tombé malade, et n’a pu fair son rapport. Il n’a été en état de s’en acquiter qu’hier, et l'Académie n’a pas eu de peinne à se déterminer. Aussitôt que vous avez été nommé tous les suffrages se sont réunis en votre faveur. Il ne vous a manqué aucune voix, et dans cette adoption, l’Académie a eu autant d’égard à l’honneur que vous lui faisiez en désirant d’y estre associé, qu’au plaisir de vous
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obliger. Je puis vous assurer que ce sont là ses sentimens. M. Le Roy m’en a fait part sur le champ, et je ne puis assez tost vous en donner la nouvelle et vous témoigner le plaisir que j’en ressent. Vous ne tarderez pas à recevoir vos lettres d’association. Et en attendant vous pouvez sans scrupule ajouter à vos titres celui de Membre de l’Académie Royale d’Architecture. M. Le Roy que je quitte et auquel je n’ai pas voulu manquer de faire tant en votre nom qu’au mien les remercimens qui lui étoient dus, s’en rend caution. Ainsi supposé, comme j’ai lieu de le croire, que vous n’ayez pas encore mis au jour votre vie du Scamozzi, vous pouvez sans courir de risques y prendre cette nouvelle qualité et vous ne risquez rien non plus à écrire à M. Le Roy, et à lui faire vos premiers remercimens. — Tout ce que votre complaisance vous a fait entreprendre pour moi, toutes les peinnes que vous vous estes données dans l’intention de satisfaire aux différentes demandes, sur lesquelles j’avais pris la liberté de vous interroger, en exigent véritablement beaucoup de ma part, et je crains de ne vous en témoigner jamais assez ma reconnoissance.
J’ai reçu les desseins et les estampes que m’a fait tenir M. Gaetano Zanetti, et j’attend que vous me disiez ce qu’ils vous coûtent pour vous en tenir compte. Les deux petits morceaux du Carpioni sont bien de lui, mais n'en pourroit-on pas trouver un d’une composition plus étendue et qui fut aussi authentique, car autrement je ne m’en soucie point. Je suis plus que jamais dans la résolution de ne rien admettre de douteux dans ma collection, c’est ce qui fait que je ne puis vous céler mes doutes au sujet du dessein que vous attribuez à Alessandro Vittoria. Autant que je puis m’en souvenir, les sculptures sont traitées dans une manière fort différente de celle qui règne dans ce dessein. Il me semble qu’elle est moins austère et moins sèche ; moins rentrant dans la manière qui est propre à l’Ecole
Florentine, et je ne serois pas e'ioigné de croire que le nom du Sansovin qu’on y lit en deux endroits ne fut pas aussi hazardé que vous le pensez, prêt à me ranger cependant de votre sentiment, si vous y persistez après ce que je viens de vous exposer.
Me direz-vous à qui appartient la pierre gravée dont vous m’avez fourni une épreuve, et quelle est sa destination? Parmi les desseins du Diziani, il y en a deux qui ne me paroisserit pas de son meilleur tems, ce sont les deux plus grands, mais dans les deux autres, il s’en trouve un qui est assez de mon goût.
Vous m’avez fait un vrai cadeau en me mettant sous les yeux l’estampe du tombeau du comte Algarotti, dont la mémoire me sera toujours présente et chère. Le dessein de ce monument est riche et sage tout ensemble. Il a été fourni par un peintre (Maure Tesi) qui, s’il eut vécu plus longtems, auroit eu la même réputation que les Mitelli et les Curti. Il m’avoit fait espérer un ou deux de ses desseins. Sa mort et celle du marquis Gerini, qui avoit entamé cette négociation, m’en ont fait perdre l’espérance d’autant plus qu’il m’a été dit que tous ses desseins, dont son protecteur, le comte Algarotti, étoit possesseur, avoient été légués par ce dernier à un Seigneur Anglois, ainsi je pense qu’il y faut renoncer. Si j’avois été informé plustot que le même M. Algarotti s’étoit formé une très ample collection de desseins du Colonna et du Mitelli, je l’aurois prié de m’en céder un ou deux, ce qu’il ne m’eut pas refusé. Mais c’est encore une occasion manquée et sur laquelle je ne songe pas à revenir.
Je suis bien charmé d’apprendre que vous avez enfin reçu les livres que je vous ai expédiés, et que vous en estes satisfait. On m’écrit de Marseille qu’il y en est arrivé un pour moi, d’envoi de Venise. Je présume que c’est le Livre du Sig. Lorgna, et si j’ai deviné juste voici encore un
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article à ajouter au mémoire de vos déboursés. Je vais sans doute vous paroitre incommode, et malgré cela j’espère de votre complaisance que vous voudrez bien encore essuyer ce nouvel assaut. Je souhaiterois que vous me fissiez le plaisir (puisqu’il faut renoncer au livre des Peintures de Brescia du C1 Chizzola), de me procurer au moins les autres livres dont tfous trouverez ci joint la note, et dont j’ai besoin pour completter la suite de ceux que j’ai déjà rassemblés sur cette matière, et qui devient aussi curieuse qu’elle est nombreuse.
Une personne de votre connoissance, Mr Pietro Monaco, m a écrit sous vos auspices dans la persuasion où il est que je suis toujours dans le commerce, pour m’inviter à me charger ici du débit de son Recueil d’Estampes. 11 ignore que ma situation présente ne me le permet pas. Il me suffit de m’en être pourvu dans le tems d’un exemplaire dont j’ai enrichi mon Cabinet. Ln second me seroit a charge. Je vous prie de le lui faire entendre et de le prier de ne point trouver mauvais si je ne lui tais directement réponse. Ce que vous pouvez lui conseiller de mieux est de s’adresser toute autre part qu'à Paris. Ce qu’il a gravé n'est point fait pour ce pays-ci. Cinq ou six exemplaires de son ouvrage, encore disje beaucoup, sont capables de satisfaire tous nos amateurs. Le croirez-vous? On compte les curieux qui, comme moi, donnent la préférence aux ouvrages des maîtres Italiens, sur ceux des peintres qu’ont produit les Pays Bas. Ceux-ci ont pris un tel crédit qu’on se les arrache et qu’on y prodigue l’or et l’argent, tandis qu’un tableau ou qu’un dessein d’Italie n’est regardé qu’avec une sorte d’indifférence. Cela ne m’empêche pas de suivre mon goût, aussi n’est-ce point une exagération de vous dire que ma collection, formée dans cet esprit-là, est peut être la plus complette et la mieux choisie qui soit en Europe. J’y compte plus de deux mille desseins de premier ordre, indépendamment de ceux qui
n’y occupent qu’un second rang. Encore ces jours-ci j’ai eu le bonheur d’y mettre un grand et superbe dessein de Paul Véronèse, d'un terminé et d’une condition parfaites. Il peut tenir place auprès d’un de ses meilleurs tableaux. Si jamais vous ouvrez le Ridolfi, vous en trouverez la description pag. 307, à la Vie de ce peintre incomparable. Elle commence ainsi : Pittura sesta. Se io havero tempo, etc. Ce dessein et un autre que j’avois déjà et dont le Ridolfi parle au même endroit, ejT rapportant les propres paroles dont le peintre a accompagné son dessein, ont appartenu autrefois aux Moselli de Vérone. Vous reconnoitrez le second dessein à ces mots : Infinité sono le forme , etc. J’ai aussi cet excellent Dessein qu’avoit le Doctr Curtoni, qui représente la Vertu fuyant le Vice, qu’a pareillement décrit le Ridolfi, pag. 3o6, et si je vous cite ces trois précieux morceaux, c’est uniquement pour vous donner une idée de mes richesses, qui s’étendent à généralement toutes vos différentes Ecoles. Vous seriez étonné de l’excellence des desseins de Raphaël, de Michelange et de tant d'autres grands artistes que je possède, leur parfaite conservation ne vous surprendroit pas moins. Aussi font-ils mon bonheur, et j’espère mourir avec eux. Mais je sens que je m’oublie, que c’est trop longtems vous retenir sur des objets qui n'interressent que moi et qui peuvent me faire passer dans votre esprit pour un enthousiaste. Vous aurez raison et je vous en fais mille excuses.
Cela est pourtant, ce me semble, permis à quelqu’un à qui vous avez déjà pardonné toutes les questions qu’il a pris la liberté de vous faire au sujet de l’âge de sa bonne amie la Rosalba. Je vois que vous estes plus que jamais convaincu que l’extrait baptistaire qui porte le nom de Rosalba Zuana et la datte i675,est le sien et non celui de sa sœur cadette, qu’on appelloit la Zuanina.
Ce que vous me dites là-dessus paroît très vraisemblable.
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Chez vous comme ici, ceux qui ont reçu plusieurs noms au baptême ne sont guère connus que sous le premier de ces noms, mais il arrive aussi quelquefois que le second nom prédomine et je pourrois vous en citer des exemples, et cela sera arrivé par rapport à la Zuanina. On aura laissé son premier nom à l’écart et avec d’autant plus de raison qu’en agissant autrement, on n’auroit pas seu la distinguer de sa sœur aînée, qui s’étoit déjà emparée du nom de Rosalba. Et voulez-vous que je vous avoue ce qui m’empêche de sortir de cette opinion, c’est que dans plusieurs entretiens que je me souviens d’avoir eu à Paris avec la Rosalba, elle me disoit que la Zuanina étoit sa cadette et que la femme du Pellegrino, Angela Cecilia, étoit la dernière de ses sœurs. En les arrangeant comme vous faites, ce seroit la Zuanina qui seroit venue la dernière et qui même auroit été de huit ans plus jeune que son aînée et moins vieille de six ans que la Pellegrini, au lieu que la Rosalba me disoit que toutes trois se suivoient à peu de chose près. A cela j’ajouterai que la Pellegrini, consultée par moi, un peu après la mort de la Rosalba, m’a fait écrire que cette dernière étoit née au mois de janvier 1671, ce que je trouve conforme à son extrait mortuaire qui la fait mourir âgée de 85 ans en 1757. Zanetti, qui avoit fort connu cette famille, en m’annonçant la mort de la Zuanina en 1737, m’assuroit alors qu’elle étoit décédée âgée d’environ 60 ans et sur ce pied-là elle étoit née en 1677. Et voilà qui achève de me confirmer dans mon opinion que l’extrait baptistaire qui porte cette date est véritablement le sien et non celui de son aînée. Vous avouez que vos recherches se sont terminées aux deux seuls extraits baptistaires que vous me fournissez et qu’il faut supposer que l’aînée des sœurs est née hors de Venise. Je le crois comme vous et pourquoi ne seroit-ce pas la Rosalba qui, née la première, auroit peut-être vu le jour à Loreo, dans
le Polesino, dont son père étoit originaire, quelque tems avant qu’il eût pris un établissement à Venise. C’est ainsi que l’on dispute sur la naissance d’Homère, et que celle des personnes les plus illustres est souvent enveloppée de ténèbres. Je ne serois pas content, tant que je ne parviendrai pas à débrouiller celles-ci, et je continue de vous prier de m’y aider. Vous estes le seul qui le puisse et je suis aussi celui qui est avec une plus sincère estime et reconnoissance, monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur Mariette.
A Paris, le 17 mars 1770.
Monsieur,
Lorsque vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 1 3 janvier dernier vous l’avez fait très succintement, et seulement, disiez-vous, pour m’apprendre que vous aviez reçu ma lettre à laquelle vous vous proposiez de répondre une autre fois plus amplement. Vous me donniez en même tems avis que vous aviez enfin achevé l’édition de votre vie du Scamozzi et vous me faisiez espérer de m’en procurer incessamment la lecture. Vous avez excité vivement mes désirs à cet égard, et je ne puis trop vous prier de m’aider à les satisfaire au plus tost. Vous me le faites espérer, et que je pourrai recevoir par la même occasion les livres dont j’ai pris la liberté de vous envoyer la note. J’attend que vous me disiez ce qu’ils vous ont coûté, afin de pouvoir m’acquitter de cette dette, ainsi que tout ce que vous avez pu dépenser pour les différents objets que vous avez eu la bonté de me faire avoir.
Je suis toujours dans la persuasion que l’extrait baptistaire qui porte le nom de Rosalba Zuanina et que
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vous avez fait lever, n'est point celui de la fameuse Rosalba, mais celui de sa sœur cadette qu’on appeloit ia Zuanina, et, dans ce cas, que la sœur aînée ne seroit point née à Loreo, mais à Venise. Il faut croire qu’elle aura été baptisée dans une autre église que celle où ses autres sœurs ont reçu le baptême. Le père en venant s’établir à Venise aura pris une maison qu’il aura quittée dans la suite et ce sera dans cette première habitation que la Rosalba, sa première fille, aura reçu la naissance. De dire dans quel quartier de Venise elle étoit située, il faudroit pour cela être devin et ce ne sera que par un hazard qu’on pourra le découvrir, si la chose arrive jamais.
Votre lettre a été remise exactement à M. Le Roy, qui, comme moi, brûle d impatience de lire votre bel ouvrage sur la vie et les ouvrages du Scamozzi. Il me semble que vous devriez nous donner en même temps celle du sculpteur Alessandro Vittoria?
Quelqu’un m’a parlé d’un de vos peintres, d’après lequel je pense que Wagner a gravé quelques planches, et qui se nomme l’abbate Toni da Varana di Modena. M’en pourriezvous dire quelques particularités?
On m’a aussi donné le titre d’un livre qui a été imprimé à Venise en 1762, et qui est un recueil de portraits de peintres vénitiens modernes accompagné d’un abrégé de leurs vies, par Alexandre Longhi. J’ai prié M. Gaetano Zanetti d’en faire pour moi l’emplette. Je ne veux point vous en donner la peinne, mais vous pourriez vous entendre avec mond. sieur Gaetano Zanetti pour conjointement avec lui me faire l’envoy de ce que l’un et l’autre vous auriez à m’envoyer.
Je reçois assez souvent des lettres de Rome, et dans ce moment il m'en arrive une dans laquelle j’apprend avec la plus grande satisfaction que notre respectable prélat, Mgr Bottari, se porte autant bien qu’on le peut espérer d’un
homme de son âge. Il m’est arrivé par la même occasion un exemplaire des antiquités de Pouzzole et de la campagne des environs, ouvrage qui a paru depuis assez peu de temps à Naples, et dont je suis on ne peut plus content. Comme la plus grande partie des planches ont été gravées à Venise, cet ouvrage ne peut manquer de vous être connu et je suis persuadé que vous n’en estes pas moins satisfait que je le suis. Insensiblement, nous aurons bientost tout ce que le temps a épargné des édifices de la vénérable antiquité.
J’ai l’honneur d’être dans les sentiments de la plus parfaite estime, Monsieur
Votre très humble et très obt serviteur
M ARIETTE
J’ai enfin reçu le livre sur les inondations de l’Adige qui, faute d’occasion, étoit resté entre les mains d’un ami, à Marseille. Je vous en fais mes remercîmens. Je m’attendois à quelque chose de plus interressant.
A Monsieur Monsieur Tomaso Temanza, premier architecte de la Serme République de Venise, à San Zulian al Ponte dei Feralli. Venise.
A Paris, cc 25 avril 1770.
Monsieur,
Vous avez dû recevoir une de mes Lettres dattée du 17 mars qui vous aura été remise par M. Gaetano Zanetti, auquel je l’ai adressée, et presque dans le même tems j’ai eû la vôtre qui m’a fait un plaisir inexprimable, en voyant que je ne tarderois pas à lire votre nouvel et bel ouvrage, et à m’y instruire. Mais comme je crains qu’il n’arrive pas aussi promptement que je le désire, et que si je remettois
LETTRES DE MARIETTE A TEMANZA !?g
à ce moment heureux pour vous faire réponse, cela me conduiroit immanquablement jusqu’au temps que je serai à la campagne, et il arriveroit de là que vous attendriez trop longtems à sçavoir le prix du livre d’Architecture dont vous m’avez fourni le titre. Je prend donc le parti de vous écrire aujourd’hui, sans préjudice de tout ce que j’aurai à vous dire par la suite, en reconnaissance de la façon obligeante dont vous vous estes expliqué sur mon compte dans vôtre nouvelle et sçavante production. L’ouvrage de Brizieux est devenu rare, depuis que ceux qui en ont hérité après la mort de l’auteur sont devenus possesseurs de l’édition, mais je pourrai pourtant vous en faire avoir un exemplaire que vous ne payerez pas davantage que lorsqu’il a été mis en vente pour la première fois. Ce sont deux assez grands volumes in quarto remplis de planches, dont tous les discours sont gravés, il vous coûtera quarante-cinq livres broché. 11 y faudra ajouter le prix de la reliure, si vous voulez l’avoir relié, mais je ne vous le conseille point. Il y aura moins de risques à vous le faire passer comme il est, dans sa simple couverture de carton. Faites-moi l’amitié de me dire le plus tôt que vous pourrez si j’en dois faire l’emplette, et par quelle voye vous souhaitez le recevoir.
Je me soumet bien volontiers à votre sentiment par rapport au dessin du Vittoria que vous m’avez procuré. J’avais sur sa manière de composer et de dessiner des idées différentes, mais vous estes plus à portée que moi d’en juger. Vous avez sous les yeux des pièces de comparaison que je n’ai pas et qui sont victorieuses, il faut s’en rapporter ainsi que je fais à vôtre décision.
Je ne connois point le Monument sépulcral qui a été érigé à cet artiste dans votre Église de San Zacharia. Si vous nous faites présent quelque jour de la vie du Vittoria, ainsi que vous l’avez annoncé, j’espère que vous l’enrichirez d’une représentation gravée de ce Monument. Dans ce cas
là j’en attendrai patiemment la publication, mais si vous n’étiez pas dans cette intention et que vous trouvassiez sous la main quelqu’un qui fût en état d’en faire un dessein correct je me déterminerois à en faire les frais, pourvu cependant que la dépense ne fût pas trop considérable, et je me flatte que vous prendrez sur cela un peu chaudement mes intérêts, et qu’auparavant de mettre la main à l’œuvre, vous me direz à quoi pourra monter cette dépense. C’est une pure fantaisie de ma part, et qui doit avoir ses bornes.
Je me recommande toujours à vous pour les livres de peinture dont j’ai besoin. Vous avez déjà entre les mains celui des Peintures de Padoue. Je vous en remercie et j’attend que vous m’en disiez autant pour les autres, surtout pour celui qui concerne Mantoue. En voici un qui a été imprimé dans votre ville il y a peu d’années, qui me manque et dont je désirerois savoir le prix. Voulez-vous bien me faire le plaisir de vous en informer : Compendio delle vite dei pittori vene jiani istorici rinomati del présente secolo co’ suoi ritratti da Alessandro Longhi in Venepa. fol.
Un de mes amis sort actuellement de mon cabinet et vient prendre congé de moi avant que de partir pour l’Italie, où l’appelle le désir d’étendre ses connoissances qui sont déjà grandes. J’ai imaginé que vous ne me refuseriez pas le plaisir de le recevoir, et de lui rendre tous les bons offices qui dépenderont de vous. Dans cette confiance je lui ai donné votre nom et votre adresse. Cet ami se nomme Monsieur de Thury et vous trouverez en lui une personne d’un mérite distingué et dont le commerce fait le bonheur de tous ceux qui ont l’avantage de le connoitre. Je serai très reconnaissant de tout ce que vous pourrez faire pour lui. Il compte estre à Venise pour la feste de l’Ascension.
* J’âi reçu comme vous des lettres de Rome, mais quoy qu’on ne m’y dise rien que de fort consolant sur le compte du respectable Mgr Bottari, je n’en suis pour cela plus
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tranquille. Je suis toujours dans l'attente de quelque fâcheuse catastrophe. J’ai l’honneur d’être dans les sentiments les plus distingués, Monsieur,
Votre très humble et très obt serviteur, Mariette.
(L’adresse ordinaire.)
0 A Paris, ce 21 juillet 1770.
Monsieur,
J ai reçu votre lettre en datte du 12 may, précisément au moment que je me préparois pour aller à ma campagne, mais assez à temps pour pouvoir exécuter votre commission. J’ai conséquement achetté le livre de Brizeux, j’en ai fait un paquet et j ai saisi l’occasion d’un envoy qu’un de mes amis faisoit à Marseille, de façon que le livre y arrivera sans trais. Il sera remis, suivant que vous me l’avez marqué, à Mr Bartolo Cornet, votre consul, auquel je n’ai pas manqué d’en donner avis dans le temps, c’est-à-dire le 29 juin, qui est le jour que mon ami a expédié son envoi, et je lui ai recommandé, lorsqu’il l’auroit reçu, de l’adresser à Venise à M. Gaetano Zanetti, des mains duquel vous le recevrez. J’ai déboursé pour cette emplette la s° de q.5 livres que vous voudrez bien me porter en compte, et à cette occasion vous me ferez plaisir de me marquer ce que je puis vous devoir, tant pour ce que j’ai déjà reçu de votre part que pour ce que vous me faites espérer, afin de me mettre en état de solder nos comptes. Avant que d’achetter le livre des vies des peintres vénitiens par Alessandro Longhi, vous m’obligeriez de vous informer auprès de M. Gaetano Zanetti s’il n’en auroit pas déjà fait l’acquisition pour moi. Dans ce cas là, il seroit inutile que vous me
le procurassiez, car ce livre n’est ni assez bon, ni assez interressant pour l’avoir double, et quant aux autres articles dont j’ai pris la liberté de vous envoyer une notte, je continue de me recommander à votre amitié et à vos bons soins; les ouvrages qui y sont spécifiés sont peu importants en eux-mêmes, mais ils ne m’en [sont pas moins] nécessaires, déterminé que je suis à completter autant qu’il est possible ma collection de livres qui traittent de la peinture et des autres arts qui ont pour fondement le dessein. Je viens de recevoir la nouvelle édition des vies des peintres génois et j’en suis assez content. Mais je serois bien plus satisfait si j’avois actuellement entre les mains l’ouvrage que vous venez de faire imprimer, et que j’attend avec la plus grande impatience. M. Le Roy, qui doit me le remettre, ne l’a point encore reçu, et j’ignore si Monsr le comte d’Havrincourt qui s’est chargé du paquet est de retour de ses voyages, ni le tems qu’il pourra être à Paris, et je vous laisse à juger du mauvais sang que cela me fait faire.
Pour peu que vous trouviez des difficultés à faire faire un dessein du monument sépulcral du sculpteur Alcss. Vittoria, n’y pensons plus, c’étoit une fantaisie qui m’étoit passée par la tête et dont je me guérirai aisément.
Vos recherches à Loreo n’ont rien produit par rapport à la naissance de Rosalba. Elle est donc née à Venise et avant que son père occupât une maison sous la paroisse où ses autres soeurs ont reçu le baptême; car je demeure toujours convaincu que l’extrait baptistaire qui porte le nom de Rosalba Zuanina n’est point le sien, mais celui de sa sœur cadette, qui peignoit en miniature comme sa sœur aînée, qui l’aidoit dans ses ouvrages et qui se faisoit appeler la Zuanina. Ainsi il est constant que la fameuse Rosalba étoit beaucoup plus âgée qu’on ne l’a fait dans son éloge qui a paru dans un des volumes des portraits des peintres de la
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galerie de Florence, et que la datte de sa naissance, qui m’a été envoyée de Venise par la Pellegrini sa sœur, est la véritable. J ai pris sur cela mon parti, et vous verrez quelque jour que j y suis fondé, car il faut espérer que vous parviendrez à la fin à découvrir un fait qui pour être très récent n’en est pas moins obscur.
Je prend la liberté de mettre sous votre couvert le petit billet que vous y trouverez, et que vous me ferez plaisir de faire remettre à M. Gaetano Zanetti et de le prier de me répondre le plus tôt qu’il lui sera possible sur ce qui y est contenu.
J’espère que vous n’avez pas été mécontent de M. de I hury que j’ai pris la liberté de vous adresser, et je l’estime heureux d avoir pu jouir de votre aimable compagnie. Nous 1 attendons pour la fin de l’année et c’est alors que j’aurai la satisfaction de m’entretenir avec lui de tout cé qu’il aura vû, et surtout de la bonne réception que vous lui aurez laite et dont je ne puis pas assez vous exprimer ma reconnoissance. Elle égale les sentiments d’estime et de respect avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur...
Mariette.
Lorsque vous aurez quelque chose à me faire tenir il sera bon que vous en confériez avec M. Gaet. Zanetti. 11 a quelquefois des occasions d’envois dont vous pourriez profiter.
Ma lettre étoit cachetée et prête à partir lorsque M. Le Roy arrivé de la campagne m’envoye l’exemplaire de la vie du Scamozzi que vous me destiniez. Je la reçois avec la plus grande satisfaction. Je vais m’en occuper bien agréablement. Elle me paroit remplie de recherches curieuses. Elle ne peut manquer de vous faire honneur et ce vous doit être un encouragement pour achever de donner ainsi les
vies des architectes et des sculpteurs de votre République. Vous m’avez dit, ce me semble, que celle du Vittoria étoit presque terminée.
(L’adresse ordinaire.)
A Paris, le 3 février 1771.
Monsieur,
Je ne dois point douter que vous n’ayez reçu ma Lettre dattée du 21 Juillet de l’année dernière, ni que le Livre de Brizieux que je vous ai fait expédier ne vous ait pareillement été remis. Je le dois inférer sur ce que m’a écrit à ce sujet M. Zanetti. 11 me reste seulement à sçavoir si vous estes content. Je vois qu’outre le livre des Vies des Peintres de Longhi vous avez compté en mon acquit à mond. S. Zanetti la somme de 45 livres de Venise et c’est apparemment ce que vous avez trouvé m’être redevable, après vous être rempli de ce que vous aviez dépensé pour moi dans les divers Desseins ou estampes que j’ai reçu de vous. Je voudrois pourtant que vous eussiez la bonté de vous expliquer plus précisément là dessus, afin que je sçusse si notre compte étoit soldé au moyen des susd. 45 livres de Venise. J’espère que vous voudrez bien me faire sur cela l’honneur d’une réponse, et ce qui m’intéresse bien davantage, que vous aurez pour agréable de me donner de vos nouvelles et me dire à quoi vous en estes par rapport à la vie du sculpteur Vittoria, et si vous pensez à la faire imprimer, ainsi que vous m’en avez donné l’espérance. Je vois que vous n’avez pu réussir dans la recherche des différens petits ouvrages de peinture, que vous m’aviez flatté de recueillir et de me faire avoir. Dois-je y renoncer et m’adresser ailleurs?
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Votre vie d£ Scamozzi est remplie de recherches et j’y reconnois votre goût pour la bonne critique et votre attention à ne rien laisser échapper de ce qui a trait (?) à votre sujet. Elle vous fait honneur, et vous doit être un engagement à poursuivre les vies de vos célèbres artistes.
Je me suis trouvé ces jours-ci incommodé et obligé de me livrer à la médecine, pour laquelle j’ai une répugnance invincible, mais l’âge auquel je suis parvenu me rend plus docile, et je me trouve bien du traitement qui m’a été fa i t , de façon que j'espère, en peu de tems, me retrouver dans ma situation ordinaire.
J’ai l’honneur d’être avec les sentiments les plus distingués, Monsieur,
Votre humble et très obéissant serviteur, Mariette.
Faites-moi l’amitié de faire remettre cette Lettre à son adresse le plus promptement qu’il sera possible.
A Paris, le 8 avril 1771.
Monsieur,
Les pluyes continuelles qui ont inondé la terre pendant le cours de l’hyver, avoient rendu le^chemins tellement impraticables que ce n’est que depuis quinze jours tout au plus, que j’ai reçu le paquet qu’il vous a plu de remettre pour moi à M. Zanetli. Dans toute autre circonstance ce long délai m’auroit fait souffrir. Mais je n’ai pas dû y être sensible. J’étois pour lors dans une situation qui ne me farsoit désirer autre chose que de voir la fin d’une maladie que je viens d’éprouver et qui a été vraiment sérieuse. Les bons traitements m’ont sauvé, et ce que vous m’avez envoyé est
arrivé précisément dans [le] tems que j’en avois le plus de besoin. Il m'a servi de délassement dans ma convalescence, et c’est une nouvelle obligation que je vous ai et dont vous voudrez bien recevoir ici mes remercîmens.
Le Livre des Vies et des Portraits des peintres par Alessandro Longhi m’a fait plaisir. Je l’ai trouvé tout autre qu’on ne me l’avoit annoncé. Les portraits sont gravés à la peintre, et ont leur mérite. Ils sont interrcssans. Je serois fâché de n’avoir pas un tel livre. Mais ce n’est pas sur cela que tombe mon principal remercîment, c’est sur la complaisance, et l’attention qui vous a déterminé à me procurer une copie faite avec tout le soin possible de votre dessin des Termes d’Agrippa par le Palladio. Si quelque chose m’a rempli d’étonnement et m’a causé une vraie satisfaction c’est assurément celle-ci. Je me vois par là avoir seul le livre de Milord Burlington complet, et comme il étoit déjà si rare, jugez de ce qu’il vaut à présent que j’y ai joint le dessein dont vous avez bien voullu me favoriser. Ce n’est pas tout, vous avez imaginé que la pièce du Balestra que j’ai trouvé pareillement dans le paquet, pouvoit me manquer, et vous avez eu dessein de m'en faire un présent, et j’admire en cela votre amitié et votre attention à m’obliger, mais je n’en abuserai point et puisque cette pièce est si rare et que vous désirez la ravoir, je vous la restitue, car je l’avois déjà et vous la trouverez ci-incluse. J’ai examiné nos comptes, ils sont justes, et ce que vous venez de remettre pour moi à M. Zanetti en commencera un nouveau. Vous me direz pour cela à quoi montent vos nouvelles dépenses, afin que je vous en fasse rembourser. Vous avez bien fait de m’envoyer un autre exemplaire des Peintures de Padoue par le Rosetti, car celui que vous aviez remis l’année dernière à ce seigneur polonois qui devoit venir à Paris ne m’est jamais parvenu. Il faut que celui qui s’en etoit chargé ait changé de route et que les troubles de son pays l’ayent obligé d’y
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repasser plus tôt qu’il ne se l’étoit proposé. Mais dites-moi quel est le Libro deli Orgna,que vous employez dans votre compte. S’il étoit joint au livre du Rossetti, je ne l’ai point reçu et ignore de quoi il traite. Vous employez aussi dans le compte cinq desseins du Diziani, tandis que je n’en ai eu que quatre, mais je pense que le dernier énoncé est une méprise, et qu’il faut s’en tenir à la première leçon. Vous m’avez fait plaisir de joindre aux livres que je vous ai prié de me procurer les deux nouveaux qui viennent de paroître. Je veux avoir tous les ouvrages de cette espèce, et je ne laisse échapper aucun de ceux qui parviennent à ma connoissance, aussi la collection que j’en ai faite est-elle aussi curieuse qu’elle est nombreuse. Vous ne devez pas cire étonné, si le Secrét' ni les Directeurs de l’Académie d’architecture ne vous ont point écrit au sujet de votre vie du Scamozzi. Ils ne sont point dans cet usage; ils se contentent de recevoir et de priser ce qui leur est envoyé. Mais je n’excuse pas M. Le Roy d’avoir gardé sur cela le silence avec vous et lorsque j’aurai occasion de le voir, je lui en ferai reproche.
Je n’ai rien dans mes recueils qui puisse vous aider par rapport à la vie du Giocondo, à laquelle vous avez dessein de travailler, et quant à présent vous m’excuserez si je ne pousse pas plus loin mes recherches. Tout occupé du soin de reprendre des forces, il ne m’est pas permis encore de trop m’appliquer, ni de me produire au dehors, mais je vous promet qu’aussitost que je serai en état d’agir, je verrai si dans les dépôts de notre Hôtel de Ville il se peut trouver quelque chose qui conduise à des éclaircissemens sur ce que (sic) vous désirez être instruit. Je tremble de peur que mes démarches soient infructueuses, car il faut l’avouer à notre honte, nous négligeons trop la partie qui concerne l’histoire des Arts. Tout ce que je vous puis dire quant à présent c’est que je suis très convaincu que le Giocondo n a con-
struit à Paris qu’un seul pont, qui est celui que nous appelons le pont de Notre-Dame, lequel subsiste encore. Le
Sannazar les a double's, mais apparemment que c’étoit pour la commodité de ses vers. Il ne faut pas toujours prendre à la lettre ce que les poètes écrivent.
J’ai été heureux ces jours-ci. Il s’est fait une vente de desseins et j’en ai pour ma part environ deux cents parmi lesquels il s’en trouve un nombre assez considérable qui sont de toute beauté. Faites-m’en votre compliment et croyez que personne n’est plus effectivement que moi qui suis, Monsieur, etc.
Mariette.
1 L’adresse ordinaire.)
A Paris, cc 9 aoust 1771.
Monsieur,
La dernière lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire m’est parvenue dans un moment bien critique. J’étois pour lors extrêmement malade et si j’en suis revenu, c’est une grâce du ciel. Cette maladie m’avoit tellement affaibli qu’il a fallu pour me remettre, non seulement aller respirer un meilleur air à la campagne, mais faire diversion à toute sorte d'application, et voilà à quoi vous devez attribuer un silence, dont vous avez pù être scandalisé. J’ajouterai pour ma justification que je voulois vous accuser, en vous donnant de mes nouvelles, la réception du petit paquet de livres que vous aviez recueillis pour moi, et ce paquet ne m’est arrivé que depuis environ quinze [lours].
Aujourd’hui que je l’ai entre les mains et qu’il m’est permis d’écrire, je n’ai rien de plus pressé que de m’entretenir
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avec vous. Je dois avant tout vous remercier des livres et de l’estampe d’après le Balestra que vous m’avez procurés, et je vous prie de me dire ce que je vous dois pour cet envoy, afin que je vous le fasse remettre. Je crois vous avoir déjà fait de pareils remercimens pour le dessein des Termes d Agrippa qui complette mon exemplaire des Termes Antiques gravés sur les desseins du Palladio. Si j’y ai manqué, j’y supplée, en vous témoignant tout ce que peut suggérer la plus vive reconnoissance.
Je suis charmé de voir que vous estes toujours dans 1 intention de nous donner les Vies des Architectes qui ont vécu sous la domination de vôtre République, et qu’actuellement vous vous occupez de celle de fra Gio : Giocondo. Je vous avois promis d’engager l'architecte de la Ville de 1 aris qui est de ma connoissance, à vous communiquer sur cela tout ce qu’il en sçait. Du moment que, sorti de ma campagne, j ai mis le pied dans Paris, je lui ai rendu visite et j’ai appris de lui que de votre côté vous lui aviez fait faire depuis peu la même demande. Ma visite n’a pas cependant été inutile. J’ai cru m’apercevoir qu’il en étoit devenu plus vif à vous servir, et il s’est engagé en effet de me fournir incessâment les plans et les élévations détaillées du Pont- Notre-Dame qui est le seul qu’ait construit à Paris votre compatriote. Quant à l’historique, il m’a prié de l’en dispenser, attendu qu’il n’en avoit aucune connoissance et je me suis chargé de vous en instruire tant bien que mal. Vous trouverez ci-joint tout ce que j’en ai pu recueillir, et si j’en puis découvrir davantage par la suite, je vous en ferai part. Faites-moi la justice de croire que personne n’est avec des sentimens plus distingués, ni avec plus d’estime et de zèle, Monsieur,
Votre très humble et très obt serviteur.
M ARIETTE
Faites-moi l’amitié de faire remettre ce billet à M. Zanetti et donnez-moi de vos nouvelles.
Mémoire concernant la construction du Pont-Notre-Dame
à Paris par fra Gio : Giocondo, Relig * Dominiquain.
J’ai déjà eu l’honneur de vous le marquer, Monsieur, et je persiste dans mon opinion, le Giocondo n’a construit qu’un seul Pont à Paris, et si le Vasari en compte deux c’est qu’il a été mal informé. Il aura consulté des gens qui comme lui n’avaient point été sur les lieux, et ce qui aura achevé de lui faire commettre cette faute, ce sera le mauvais et insipide distique latin de Sannazar, qui le dit si positivement qu’on seroit tenté de le croire. D’autres ont été plus loin, ils ont avancé que le distique se lisoit sous une des arches du Pont Notre-Dame, ce qui est absolument faux, aussi le Vasari ne le dit-il point. Il parle seulement d’une inscription qui étoit placée de son tems sur le Pont et qui contenoit un éloge de l’architecte. Je l’ai cherchée inutilement et je doute qu’elle subsiste. Je ferai de nouvelles recherches et si j’y réussisse vous en informerai. Ce qui est de constant, c’est que les deux Ponts qui s’enfilent et aboutissent à l’isle du Palais, qui est au centre de Paris, l’un du côté du Midy et l’autre du Nord, ont été construits dans des tems fort différents, et fort éloignés l’un de l’autre. Celui qu’on appelle le petit pont, appuyé sur un ancien édifice qui lui servoit autrefois de deffense et qui porte le nom de petit Châtelet, n’étoit dans son origine que de bois et fut construit en pierre en 1408 un siècle avant que Joconde mit le pied en France. Il a subsisté jusqu’en 1718 qu’un furieux incendie le détruisit et obligea la Ville de le rebâtir tel qu’il est. Dans cet intervalle il n’est point marqué dans nos Annales qu’on y ait fait autre
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chose que des réparations et s’il en eût été autrement, on neût pas manqué d’en tenir mémoira*
Quant au Pont Notre-Dame il n’étoit pareillement que de bois, lorsque le 19 octobre 1499 il s’écroula presque subitement, accident qui arriva par la négligence du Prévost des Marchands et des Echevins à le réparer, aussi furent-ils à cette occasion mis en prison, destitués de leurs offices et condamnés à de grosses amendes. Le 7 novembre de la même année, il fut résolu dans une assemblée qui se tint au Palais de le rebâtir en pierre et avec toute la solidité possible, et le 28 mars suivant la première pierre fut posée, et la bâtisse continua sans aucune interruption jusqu’en i5o7, que tout fut terminé et la dernière pierre posée avec grand appareil. Ce qu’il y avoit en France de constructeurs les plus expérimentés et les plus versés dans leur art furent consultés. Mais ce fut le frère Joconde, Religieux dominiquain, d’autres disent cordelier, qui en eut la conduite et qui en fournit les desseins. Le Roi Louis XII, qui depuis l’année 1498 occupoit le trône, l’avoit sans doute proposé, prévenu de son habileté et de son expérience dans l’art de bâtir, et l’avoit fait venir à Paris, sur le bien qu’il en avoit entendu dire dès l’année 1495, lorsqu’il étoit en Italie, où il étoit allé pour le soutien de ses droits sur le duché de Milan, dont il étoit le légitime héritier. Quoy qu’il en soit, Joconde remplit parfaitement les idées avantageuses qu’on avoit conçu de lui et se fît particulièrement estimer des gens de lettres avec lesquels il entra en commerce. De ce nombre étoit le sçavant Budée qui, dans plusieurs de ses sçavans ouvrages, lui rend le tribut de louanges qui lui étoit dû. Mais pour se renfermer dans ce qui faisoit alors le principal objet de sa mission, les desseins qu’il produisit furent généralement approuvés, et lui, constitué, suivant qu’il est parlé dans les Registres du Parlement, « controlleur et commis à prendre garde à la forme du pont ». C’étoit là
son district, il veilloit à ce que les ouvriers et l’entrepreneur en particulier, qui étoit l’architecte de la ville, ne commissent aucune fraude, pendant le cours de l'ouvrage, et n’employassent que de bons et excellons matériaux. On lui assigna pour sa peinne huit livres de gages par jour, somme considérable dans un tems où le marc d’argent, qui est aujourd’hui de 5o livres, ne valloit alors que 1 2 livres 1 5. L’évaluation faite, il se trouvera que ces huit livres équivalent 32 livres au moins de notre monoye.
Le pont Notre-Dame est chargé de maisons construites en briques et uniformes. 11 y en a trente-quatre, dix-sept sur chaque côté. Mais de la façon dont elles sont ordonnées on peut compter qu’elles sont d’une construction postérieure à celle du pont, et que le Joconde n’y a eu aucune part. Elles ont été réparées en difTérens tems et notamment en 1GG0. Dans cette année il fut appliqué sur leurs façades une suite de termes en bas-relief qui se donnent la main pour porter les portraits de nos roys en médaillon, ce qui se lit pour honorer l’entrée que faisoit dans la capitale Marie- Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV.
Brice, auteur d’une description de la ville de Paris, rapporte une inscription en françois qu’il prétend avoir été mise sur une des arches du pont, lorsqu’il fut tout à fait terminé. Mais le style qui n’est point celui du tems où l’inscription est supposée avoir été mise, décèle assez la supercherie, et ne contient rien de particulier sinon que l’ouvrage a été terminé en 1507 et qu’il y eut ce jour là de grandes réjouissances dans la ville.
Le Maire, historien plus fidèle, en rapporte une autre dans son Paris ancien et nouveau qui commence ainsi :
JUCUNUUS FACILES! PRÆBET TIBI, SEQUANA, PONTEM, INVITO ÆDII.ES FLUMINE REST1TUUNT REGNANTE LUDOVICO XIV ALEXANDER PF. SEVE URBIS PRÆFECTUS, ETC.
LETTRES DE MARIETTE A TEMANZA
Je la copierai entière sur le lieu, si vous croyez qu’elle vous soit nécessaire. Elle a été faite à l’occasion des réparations qu’on fut obligé de faire au pont N. D. vers l’année 16G0.
A Paris, ce 17 mars 1772.
Monsieur,
Je suis en faute avec vous et je ne rougis point de vous faire l’aveu de nies torts, comptant sur votre amitié et persuadé qu’elle vous fera recevoir aisément mes excuses, car je ne puis vous laisser ignorer qu’il y a déjà du teins que M. Moreau, l'architecte de la ville de Paris, m’a fait remettre le plan, l’élévation et la coupe du pont Notre-Dame que vous désiriez avoir mesurés dans la plus grande exactitude, et qu’il vous avoit promis. Je devois vous en donner avis pour lors et sçavoir de vous comment je pourrois vous faire tenir ces desseins. Mais avec toute la bonne volonté du monde il ne m’étoit pas possible dans ce moment de m’acquitter de ce devoir. Sans être absolument malade, depuis plus de trois mois, je suis dans les remèdes, et obligé de m’abstenir de toute application, ayant reconnu que pour peu que je m’y livrasse, mes maux devenaient plus insupportables. Il s’agit d’adoucir des humeurs âcres et un feu qui me dévore intérieurement, pour cela j’ai recours aux bains et l’on me fait espérer que le printemps me rétablira dans mon premier état. Dieu le veuille. Je commence à me flatter de cet espoir, et rien ne seroit plus doux pour moi, puisque je me verrois encore en état de servir mes amis et vous en particulier.
Je vois par la dernière lettre dont vous m’avez honoré que vous n’attendez qu'après les desseins de M. Moreau pour terminer la vie du Frère Jocondo et la donner tout de ,
suite à l'impression. Je n’en suis que plus impatient pour vous les faire tenir sûrement. Mais cela forme un trop gros volume pour les faire passer par le courrier qui porte les lettres, et je ne connois personne qui parte pour l'Italie et à qui on les puisse confier. Dans ces circonstances j’imagine que je pourrois me servir de la voye que vous m’avez indiquée autrefois, lorsque je vous fis l’expédition du livre de Brizeux.
Je profiterai de cette occasion pour vous envoyer en meme tems un ouvrage assez important qui vient de paraître et dont la matière ne peut manquer de piquer votre curiosité. C’est une exposition fidèle et très détaillée de tous les procédés dont on a fait usage pour la fonte et pour l’érection de la statue équestre du Roi qui a été placée à l’extrémité du jardin des Tuileries. Cet ouvrage, qui est accompagné d’un grand nombre de planches, a été fait aux dépens de la ville, et n’est point dans le commerce. On n’y a rien épargné pour en faire un ouvrage d’apparat. Il forme un volume assez épais de la grandeur des atlas. En qualité d’auteur, car les discours sont de ma composition, il m’en a été remis quelques exemplaires, et j’ai pensé que rien ne me pouvoit faire plus d’honneur que d’en mettre un dans votre cabinet. Dites-moi franchement, Monsieur, si vous agréez ce léger présent et si je puis me servir de la voye que je vous indique, et pour lors je vous conseillerois de faire l’acquisition d’un ouvrage important et tout à fait dans votre goût, qui, de même forme et exécuté avec le meme soin, vient d’être donné au public. En voici le titre qui vous donnera une idée suffisante de l’ouvrage : Description du Pont de pierre , construit à Moulins et l'exposé des motifs qui ont déterminé son emplacement , avec les desseins et détails de sa construction , qui, par parenthèse, n’avait pu réussir jusques à présent par des difficultés qui paroissoient insurmontables et qu’a sçu vaincre M. de Regemorte, l’ar-
LETTRES DE MARIETTE A TEMANZA
chitecte le plus intelligent que nous ayons pour ces sortes de travaux. Ce volume vous coûtera, je pense, 27 à 3o livres de notre monnoye et je vous assure que vous ne pouvez mieux employer votre argent. Tout cela, joint ensemble, formeroit un petit ballot qu’il seroit facile de vous expédier par la voye de Marseille, et j’attendrai sur cela vos ordres.
Je vais présentement répondre à quelques questions que vous me faites dans votre lettre dattée du premier février. Il est vrai, ainsi que vous le verrez par le plan que vous envoyé M. Moreau, que vers le milieu du pont il se trouve une porte décorée de bon goût par laquelle on entre dans un bâtiment détaché du pont qui renferme les pompes et autres machines hydrauliques qui fournissent de l’eau à la plus grande partie des quartiers de la ville. Mais cet ouvrage est de construction moderne et ne datte que de 1676. Ce n’est point en cet endroit qu’on lit le distique rapporté par le Maire, tome III, page 3y2, et que voici en entier :
JUCUNDUS FACILEM PRÆBET TIBI, • SEQUANA, PONTEM Invito ædiles FLUMINE RESTITUUNT
Le marbre sur lequel l’inscription étoit gravée étoit encastré dans le mur de face d’une des maisons à l’extrémité du pont et y avoit été mis à l’occasion des réparations qu’on fit au pont sous la préfecture de M. de Seve, alors prévôt des marchands. Aujourd’hui, il ne se voit plus. Quant à l’inscription latine qui est sur la porte d’entrée de la pompe, elle n’a rien de commun avec le pont. Je pourrois vous la transcrire, mais je m’en abstiens, jugeant qu'elle ne vous est point nécessaire.
Je vous remercie de l’avis que vous me donnez au sujet de ce livre sur la construction des théâtres qu’a fait imprimer à Rome un de vos amis et qui ayant mérité l’attention du gouvernement a été proscrit au moment de sa publication. J’ai écrit à Rome pour voir s’il ne seroit pas possible de
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m’en procurer un exemplaire. Mais j’en doute. Il vous sera plus facile de me faire avoir cette vie du Cignaroli qui a été publiée à Vérone et dont vous me parlez. Vous m’obligerez beaucoup d’en prendre un exemplaire pour moi, que vous pourrez remettre à M. Gaetano Zanetti, qui me le fera tenir. Je suis curieux de tout ce qui est du ressort de la peinture, et je crois qu’il ne me manque actuellement aucun des livres qui ont paru sur cette matière. Depuis peu, j’ai fait acquisition de quelques-uns qui ont achevé de perfectionner ma suite et j’ai pareillement mis dans mon cabinet un nombre d’excellens desseins et surtout de morceaux précieux de terre cuite par François Flamand, qui n’ont point de prix. Cela me soutient et me rend la vie moins dure.
En ce moment je reçois des lettres de Rome, une de M. Bottari, qui m’apprend qu’il jouit d’une bonne santé, et une de M. Raymond, architecte de votre connoissance, qui me parle des desseins de M. Moreau et qui me dit que dans le cas où je manquerois d’une occasion pour vous les faire tenir en droiture, je pourrois les lui adresser à Rome, d’où il lui seroit aisé de vous les faire passer entre les mains. Mais à cela je trouve encore quelques difficultés et je ne me résoudrai à les lever que lorsque j’aurai reçu votre réponse sur les moyens que je vous propose dans celle-ci.
La mort de Cignaroli rendra-t-elle ses desseins moins rares ? Je ne serois pas fâché d’en avoir encore un ou deux de lui. Mais il faudroit qu’ils fussent interressans, de son meilleur tems, et que le prix en fût raisonnable. Vous vous excusez de m’avoir écrit une trop longue lettre. Que direzvous donc de celle-ci qui n’a point de fin, et qui me laisse à peine assez de place pour vous exprimer combien j’ai l’honneur d’être, Monsieur, etc.
Mari f.tte .
LETTRES DE MARIETTE A TEMAN/.A
A Paris, ce 28 juillet 1772 1.
Monsieur,
Un homme qui depuis la dernière lettre que vous avez reçu de lui a presque toujours été dans les souffrances, et qui, confiné pendant tout ce tems à la campagne, où il a été dans les remèdes, qui grâces à Dieu ont eu leur effet, vient aujourd hui vous demander grâce, et vous prier de l’excuser s’il a tardé si longtems à vous expédier ce que vous attendiez de lui. Je ne suis de retour à Paris que ces jours-ci et aussitost j’en ai fait faire un ballot, que j’ai adressé, suivant que vous m’aviez fait l’honneur de me le marquer, à M. Bartolo Cornet, votre consul à Marseille, et je lui écris par ce même ordinaire de le faire passer à Venise le plus promptement possible, à l’adresse donnée de notre ami M. Gaetano Zanetti. Vous y trouverez les desseins du Pont Notre-Dame qui m’ont été remis par M. Moreau, auquel je n’ai pas manqué de faire vos remercimens. J’ai fourré ces desseins dans le livre de la description de la fonte de la statue équestre du Roi, que j’ai pris la liberté de vous présenter et que vous avez eu la complaisance de vouloir bien agréer. J’y ai joint le livre du pont de Moulins qui ne peut manquer d’être de votre goût, car c’est. un ouvrage extrêmement intéressant et qui est bien fait. J’ai déboursé pour l’achapt de ce livre 27 livres de notre monnoye, que vous compterez, si vous le jugez à propos, à M. Zanetti, après vous être remboursé, comme de raison, de ce que je pourrai vous devoir pour cette vie et cette oraison funèbre du Cignaroli que vous m’avez promis et que vous aurez pour agréable de remettre à mond.
1. L'écriture de cette lettre est bien moins nette qu'à l'ordinaire et déjà un peu tremblée.
s. Zanetti qui les joindra à quelques autres bagatelles qu’il aura sans doute bientost occasion de me faire tenir. Peutêtre aussi sera-t-il sorti de vos presses, ou de celles de vos environs, quelqu’ouvrage nouveau concernant la peinture et les arts qui dépendent du dessein et même quelque portrait gravé d’artiste. Dans ce cas, vous m’obligerez de m’en pourvoir et de vous prévaloir de ce que vous aurez dépensé.
Il s’est fait ici dans la fin de l’hyver defnier une vente considérable de divers morceaux de sculpture et principalement de modèles en terre cuite de François Flamand et d’autres maîtres de premier ordre. Au moyen de quelqu’argent que j’y ai mis, j’en ai eu une bonne part. J’ai mis surtout dans mon cabinet un morceau qui, à mon avis, est sans prix. C’est un modèle en terre bien averré de la main de Paul Véronèse qui, comme vous ne l’ignorez pas, a travaillé de sculpture avant que de manier le pinceau. Le sujet est : Venus accompagnée d’ Adonis partant pour la chasse, et il faut bien qu’il ait plu à l’ouvrier, car il l’a peint. J’en ai vu le tableau que M. Crozat a fait graver dans son recueil d’estampes, dont vous trouverez, si vous en estes curieux, un exemplaire chez M. Zanetti. Il seroit difficile de trouver le pareil et je vous fais part de ma bonne fortune, parce que ce modèle étant l’ouvrage d'un de vos plus célèbres artistes, vous y devez prendre intérêt plus que personne.
J’ai fait aussi depuis peu l’acquisition d'un excellentissime dessein de cet habile homme. On y voit représenté un grouppe d’anges qui supportent un glohe surmonté de la figure du Sauveur, et il y a toute apparence que l’Aliense 1 qui a donné le dessein de ce beau tabernacle qui décore le principal autel de votre église de S. -Georges-Majeur a eu connoissance de celui-ci, car c’est précisément la même