‹ Les archives du VaticanChapitre 1 sur 10 · BRUXELLES · texte numérisé non relu

BRUXELLES

G. MUQtlAHDT, éditeur, ,,.

HENRY MKItZBACH, 5 SÜ^ESSRL’K, Ll Bit Al (VF, DE LA COUR.

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De tous les grands dépôts d’archives de l’Europe, il n’en est aucun sur lequel on possède moins de renseignements que sur celui du saint-siège. Ce fait s’explique : les Archives du Vatican sont secrètes dans toute la force de l’expression; trois personnes ont seules le privilège d’y avoir accès : le souverain pontife, le cardinal secrétaire d’État et le préfet des Archives; tout autre qui tenterait d’y pénétrer encourrait l’excommunication (1).

(1) En 1853 la Commission royale d’histoire avait proposé au gouvernement que je fusse chargé d’aller explorer les archives et les bibliothèques d’Italie delà même manière que j’avais exploré celles d’Espagne dix années auparavant.

Le gouvernement crut devoir pressentir les dispositions des gouvernements italiens: le cardinal secrétaire d’Ëiat de la cour de Ruine répondit au ministre de Belgique près le saint-siège « que l’entrée des salles du » Vatican où se trouvaient les archives était interdite à tout le monde» » sous peine d’excommunication. « C’est ce que M.Piercot, alors ministre de l’intérieur, fit connaître à la Commission dans une dépêche du la mai 1854.

Le savant Gaetano Marini, qui avait eu, durant quarante années, la garde des Archives pontificales, en retraça l’histoire dans un écrit resté inédit de son vivant et que le cardinal Maio livra à la publicité en 1825(1).

Celte histoire est fort intéressante, mais elle laisse à désirer plus de détails. C’est en vain qu’on y chercherait l’indication des séries de documents dont les Archives du Vatican se composent; c’est vainement aussi qu’on l’interrogerait sur un événement capital auquel l’auteur fut pourtant mêlé : je veux parler de la translation qui fut faite de ces Archives à Paris en 1 81 0, par ordre de Napoléon 1 er . Marini avait sans doute composé ses Memorie istoriche avant que cet événement s’accomplît.

La notice qui, dans la Description de Rome de Platner, Bunsen, Gerhard et Rostell, est consacrée aux Archives du Vatican (2), et que leurs auteurs ont, en grande partie, empruntée à l’opuscule de Marini, n’en apprend pas davantage sur les collections de diplômes, de lettres et d’écrits divers que ce dépôt renferme ; de l’enlèvement de 1810 et de ses suites il n’y en est pas dit un mol.

En 1811 Daunou fit imprimer, en un cahier de vingt pages in-4°, destiné à l’administration seulement, un Tableau systématique des Archives de l’empire, lesquelles s’étaient récemment accrues non-seulement des archives

(!) Memorie istoriche degli Archivi delta Santa Sede. Angelo Maio les publia avec les Memorie istoriche delta Dibliolheca Otloboniana de Ruggieri. I. 'écrit de Marini a été réimprimé dans les Monumenta Vaticana du docleur Laemmer, Fribourg en Bri>-gaw, 1801 , in-8°, pp. 431-433.

(2) Deschreibung der Sladt Rom, t. Il, 2 e partie, 1834, pp. 284-303.

Feu M. Schayes, membre de l’Académie royale de Belgique, donna une traduction de cette notice dans la livraison de juin 1841 de la Revue de Bruxelles , pp. 108-133.

pontificales, mais de celles de l’empire germanique, du Piémont, et allaient s’accroître encore des archives de Simancas, de Florence, de Gènes et de bien d’autres. Dans ce Tableau le dépôt du Vatican occupe trois pages à peine (1) : c’est dire assez combien la description en est sommaire.

Grâce à l’obligeance de M. Alfred Maury, directeur général des Archives nationales de France, j’ai pu consulter, au secrétariat de ce grand établissement, toutes les pièces officielles qui concernent l’enlèvement des Archives pontilicalesen 1810, leur translation à Paris, leur installation aux Archives de l’empire, leur restitution au saint-siège après la chute de Napoléon; j'ai de plus obtenu copie des précieux inventaires qu’on en dressa à Rome, avant de les placer dans les caisses qui devaient servira les transporter.

J’avais déjà, il y a cinq ans, recueilli, à Rome même, dans plusieurs des bibliothèques que la ville éternelle renferme, des renseignements qui ne manquaient pas d’intérêt sur les Archives du Vatican.

J’ai pensé qu’on me saurait gré de rendre publics les résultats de mes recherches, et tel est l'objet du travail que j’ai l’honneur de présentera la Commission.

Je le ferai précéder d’un résumé de l’histoire des Archives pontificales jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle, d’après le Mémoire de Marini et la Description de Rome.

Je parlerai des lacunes. qu'il y a dans l’importante col-

(I) Je les ai reproduites dans ma Notice des Archives royales de Simancas qui ligure en lête du I er volume de la Correspondance de Philippe Il sur les affaires des Pays-Bas.

leclion des Nunziature , et, à ce proposée dirai ce que j ai pu savoir des correspondances des nonces que possèdent les grandes familles romaines ou qui se trouvent ailleurs.

Je terminerai par l’analyse de quelques-uns des volumes de la ISunzialura di Fiandra.

Ce que l’on connaît des Archives pontificales antérieurement au quatorzième siècle se réduit à assez peu de chose, quoique ces Archives datent du règne de Constantin le Grand suivant les uns, et qu’elles remontent même jusqu’au troisième siècle d’après les autres. Leur existence est constatée dans la seconde moitié du siècle suivant par la mention qu’en font les actes d’un concile tenu sous le pape Damase , qui occupa la chaire de saint Pierre de 566 à 384; elles sont citées aussi dans les lettres d’innocent 1 er (402-417) , de Boniface 1 er (418-422), de Léon 1 er (440-461) et dans les écrits de saint Jérôme.

Dans ces temps reculés, les Archives pontificales formaient une dépendance de la chancellerie apostolique qui était établie au palais de La Iran. Comme celle-ci, elles étaient sous la direction des notarii regionarii , lesquels formaient une corporation présidée par le primicerius notariorum. Ceux des notarii qui avaient pour attributions spéciales la rédaction des lettres et des bulles papales ainsi que la garde des Archives, portaient le titre de scri narii 5. R. E.

Au douzième siècle la chancellerie papale reçut une organisation nouvelle; les Archives furent réunies au tré-

sor et confiées aux soins du thesaurarius. Elles contenaient alors, outre les chartes et titres concernant le patrimoine de saint Pierre, la correspondance des papes avec les empereurs, les patriarches, les évêques; les actes des conciles; les documents relatifs aux démêlés religieux, etc. ; ce qui les rendait surtout précieuses, c’était les registres ou annales des papes, qui commençaient à Léon I er (440) et dans lesquels étaient transcrites chronologiquement toutes leurs lettres et leurs bulles. Avec les Archives se conservaient des manuscrits renfermant les Actes des martyrs, des recueils de canons, des livres de liturgie, des pères de l’Église : c’est pourquoi l'on trouve dans les auteurs le nom de Bibliotheca ou d’Archivium , et quelquefois ceux d ’Archivium et Bibliotheca, donnés à ce dépôt, et celui de bibliothécaire au fonctionnaire qui en avait la garde.

En 1245 Innocent IV, s’étant rendu au concile général de Lyon, prit avec lui les principaux diplômes et privilèges originaux des empereurs, des rois et des princes donnés en faveur du saint-siège, afin de démontrer aux représentants de l’Église universelle le tort qu’avait l’empereur Frédéric 11 de lui faire la guerre. Après que le concile eut examiné ces actes, il en fut fait une copie authentique, qui, par ordre du pape, fut déposée au monastère de Clugny; les originaux furent réintégrés, à Rome, dans les Archives pontificales, lorsqu’lnnocent IV y retourna.

La résolution que Clément V, élu le 5 juin 1505, prit de transférer le saint-siège en France, amena la dispersion des trésors diplomatiques qui avaient été rassemblés au palais de Latran. Ce pontife fit apporter à Carpentras, où il avait d’abord établi sa demeure, une partie des Archives pontificales, et nommément les registres des

deux papes ses prédécesseurs immédiats, Boniface VIII et Benoît XI; il ordonna que les autres archives avec le trésor de l’Église lussent envoyées à Assise, où il pensait qu’elles seraient plus en sûreté qu’à Home en son absence. Après sa mort (20 avril 1314), les cardinaux réunis en conclave au palais épiscopal de Carpentras commandèrent à Raymond Fabri, archidiacre de Tulle, qui avait été son trésorier, de remettre au cardinal camerlingue Arnaud d’Aueh le trésor vieux et nouveau dont il avait la garde : cette remise se fit les 27, 28 et 29 mai, en présence de plusieurs prélats; les Archives et neuf registres de Boniface VIII, un de Benoît XI, dix de Clément V, en faisaient partie. Tous ces documents furent plus tard transportés à Avignon.

Cette ville était devenue la résidencedes papes. BenoîtXII, désirant y voir réunies toutes les archives pontificales écrivit, le 22 octobre 1336, à Bertrand de Deuci, archevêque d’Embrun, afin qu’il y fit expédier celles qui se trouvaient à Assise, s’il pouvait les en retirer sine tumuliu,scandalo et scienlia mullorum. Il est à croire que l’archevêque rencontra des obstacles dans l’exécution des ordres du souverain pontife : car, le 31 octobre 1358, Benoît XII envoya à Assise Giovanni de Amelio pour le même objet. Amclio partit le 27 novembre; il était porteur de lettres pour les recteur et trésorier du duché de Spolèle, le gardien du couvent de Saint-Françoisà Assise, où les Archives étaient déposées, les autorités d’Assise, de Florence, de Pise, de Perouse : le pape requérait les uns de lui prêter aide et appui pour l’accomplissement de sa commission , les autres de laisser passer librement les ballots et les caisses qui renfermeraient les documents emportés par lui. L’envoyé de Benoît XII revint à Avignon le 28 avril 1539, sinon

avec tous les titres qui étaient conservés au couvent de Saint-François, du moins avec la plupart d’entre eux.

En 1566, au mois de juin, le cardinal d’Auch, se conformant aux intentions d’Urbain V, fit dresser, par quelques-uns des écrivains aposloliques(per certos domini papae scriptores ), l’inventaire des privilèges, lettres, instructions, écritures, reposant au palais pontifical, à Avignon. Cet inventaire, ‘que Marini qualifie à bon droit à'imporlantissimo, a été publié par Muratori (1).

Pendant le schisme qui suivit la mort de Grégoire XI (1578-1429), les Archives demeurèrent à Avignon. Eugène IV prit la détermination de les faire revenir à Rome : le 20 juin 1441 il chargea Rosello Roselli, l’un des clercs de la chambre apostolique, et Barthélemy Brancacci, gentilhomme avignonnais, de se faire délivrer, par le cardinal légat à Avignon, Pietro de Fusco, toutes les chartes, privilèges, manuscrits, joyaux et reliques qui avaient été transportés de Rome en cette ville. On manque de renseignements sur la manière dont Roselli et Brancacci remplirent leur mission : ce qui est certain, et plus loin on en aura la preuve, c’est qu’une grande partie des archives qui étaient au palais d’Avignon ne fut pas rapportée à Rome.

Sixte IV, qui fonda la Bibliothèque Vaticane et l’enrichit de tant de volumes précieux, crut ne pouvoir mieux assurer la conservation des litres les plus importants du saint-siège, qti’en ordonnant qu’ils fussent déposés au château Saint-Ange; il avait préalablement chargé Urbano Fieschi , des comtes de Lavagna, protonotaire et référen-

(1) Antiquitates Italicae medii aevi, t. VI, pp. 75-190.

daire apostolique, d’en faire faire une copie en bonne forme : celte copie, en trois immenses volumes, fut placée au château à côté des pièces originales. Le nouveau dépôt eut pour premier conservateur le crémonais Bartolomeo Platina, qui remplissait déjà les fonctions de bibliothécaire à la Vaticane. En 1 5! 8 le savant dominicain Zanobi Acciajoli, l’un de ses successeurs dans l’un et l’autre emploi, rédigea, des archives du château, un inventaire que Montfaucon a inséré dans sa Bibliotheca bibliothecarum (I, 203). Dans le même temps, d’après les ordres de Léon X, il réunit aux archives quantité de diplômes d’une haute importance qui étaient conservés à la Vaticane.

Indépendamment du dépôt du château Saint-Ange, de celui qui était resté au palais d’Avignon, des documents dont la Bibliothèque ne s’était pas dessaisie, il y avait des archives appartenantes au saint-siège dans la chambre apostolique, dans le bureau des secrétaires, dans la chancellerie, dans la garde-robe du palais, à la secrétairerie d’État et ailleurs. Pie IV, la sixième année de son pontificat, conçut le projet de former de toutes ces archives un dépôt général qu’il érigerait en son palais du Vatican : par un bref du 5 juin 1563 il commit le cardinal Amulio pour les rechercher et les rassembler; il manda au vice-légat d’Avignon, le 8 octobre, d’expédier à Rome tout ce qui était resté de titres pontificaux dans la capitale du comtat; le 20 novembre il prescrivit au vicaire apostolique de Ravenne de faire prendre le même chemin aux chartes et registres de l’archevêché qui pouvaient être utiles au saintsiège; il avait déjà antérieurement donné l’ordre qu’on transportât à Rome toutes les chartes originales renfermées dans les archives municipales de Rimini, de Bologne, d’Assise, de Pérouse, d’Anagni, de Viterbe, de Ravenne,

de Macerata, pour qu’on pût prendre copie de celles qui intéresseraient le gouvernement des États de l’Église; enfin, le 28 septembre, il adressa un bref circulaire aux supérieurs des ordres religieux, les requérant de donner un libre accès, dans les bibliothèques de leurs maisons, aux personnes qui s’y présenteraient de la part du cardinal Amulio, et de les laisser transcrire tous les documents qu’elles voudraient. La mort de ce pontife, survenue peu de temps après (8 décembre 1565), fit abandonner le projet grandiose dont la conception lui était due, avant même qu’il eût reçu un commencement d’exécution.

Son successeur, Pie V, n’étendit passes vues aussi loin. A la vérité, dès les premiers mois de son pontificat, il envoya à Avignon le prêtre Mario Sazarino (1), avec la mission d’y prendre les écritures, livres et registres appartenants au sainl-siége qui étaient demeurés au palais de cette ville, et de les faire amener à Rome (2) ; il lit nommer, par le cardinal camerlingue, un commissaire pour examiner tous les parchemins qui se trouvaient chez les libraires, les batteurs d’or, les charcutiers et autres marchands et artisans, et se mettre en possession de ceux qu’il jugerait devoir être conservés : mais quant aux archives existantes au palais apostolique, dans la Bibliothèque Vaticane, dans la garde-robe, au château Saint-Ange et ailleurs, il se contenta d’ordonner, par un motu proprio du 10 août 1568, qu’il en fût dressé inventaire; il confia cet ouvrage à Carlo Grassi, évêque de Mon-

(1) Ce nom est écrit iMzzarini dans les Memorie istoriche de Marini (édit. Laemmer). C*est probablement une faute d’impression : car, dans le procès-verbal que contient le MS. de la Bibliothèque Corsini, le nom, qui revient assez souvent, est toujours écrit Sazarino ou Zazarino.

( v 2) Bref du 10 mai 1566.

tefiascone, l’un des clercs de la chambre apostolique, et à Onofrio Camajani, président de celte chambre. Les délégués pontificaux devaient comprendre, dans leurs recherches et dans le catalogue qu’ils rédigeraient, non-seulement toutes les archives publiques des États de l’Église, mais encore les archives particulières, alin qu’au besoin l’on put recourir à celles-ci.

Nous avons trouvé, dans un des manuscrits de la Bibliothèque Corsini (1), le procès-verbal des opérations auxquelles Sazarino se livra à Avignon, à l’intervention du cardinal d’Armagnac, légat à latere; il est daté des 19, 20, 22 et 25 août 1566 (2). On y lit que, le premier jour, le cardinal délivra à l’envoyé du souverain pontife cent cinquante-sept registres (volumina vilellina) aux expéditions des papes, et huit charges ( octo fasces site onera hominis) de litres, tant en parchemin qu’en papier, ainsi que de bulles, instruments, rôles , etc.

Les cent cinquante-sept registres se répartissaient comme suit :

2 de Nicolas IIL 7 de Clément V.

49 de Jean XXÏL 9 de Benoit XII.

52 de Clément VI.

(1) Ce MS. porte le n° 671.

Nous avons donné, dans les Bulletins de la Commission royale d’histoire, 3 1- 2 série, t. Xf, p. 27, une notice assez étendue sur la bibliothèque des princes Corsini.

(2) Copia inventarii librorum et scripturarum habilarum ex archivio civitatis Avenionenis et ad urbem, jussu sanctae memoriae Pii papae quinti, per Marium Zazarinum, commissarium ad hoc spccialiier deputatum, delalarum anno M. D. LXVI.

12 d’innocent VI.

10 d’Urbain V.

6 de Grégoire XI.

10 de Clément VII.

Sazarino reçut les jours suivants :

Soixante-dix registres concernant des affaires diverses du sainl-siége, principalement en matière de schisme;

Cent manuscrits dont l’inventaire donne le détail,

El une charge (unius hominis omis) de lettres, bulles, écritures, livres, documents et fragments divers.

Les cent cinquante -sept registres des papes étaient écrits sur grand et beau parchemin ; ils furent placés à la Bibliothèque Vaticane, où une inscription consacra le souvenir de ce dépôt. Les autres documents passèrent dans les archives de la chambre apostolique.

Sazarino n’avait pas tout emporté d’Avignon : car, en 1583, il en vint encore deux tomes du registre de Grégoire XI; on reçut à Rome un grand nombre d’autres titres sous les pontificats d’Urbain VIII et de Paul V, et, sous celui de Pie VI, peu de temps avant que le Comtat-Venaissin fut enlevé au saint-siège, on en retira cinq cents gros volumes formés des minutes de tous les registres des suppliques et des autres affaires des papes qui avaient résidé en France : ces registres, sous Clément XI (1700-1721), avaient été extraits du fond d’une tour du palais où ils étaient relégués. C’est par cette raison, dit Gaetano Marini, que les Archives du Vatican sont mieux fournies de registres, de livres de tout genre et d’écritures du temps des papes avignonais qu’elles ne le sont de ceux des papes qui résidèrent à Rome ou en Italie.

Le manuscrit de la Bibliothèque Corsini dont nous avons

parlé tout à l’heure contient, des archives du château Saint-Ange et des écrits qui se gardaient dans la Bibliothèque secrète Yaticane, des inventaires que nous n’avons vus cités nulle part. Ils sont au nombre de trois et portent les titres suivants :

I. Index privjlegiorum, bullarum et scripturarum quae sunt in arce Sancti Angeli de urbe. Exemplum mihi dono datum ab Ill mo et Rev mu domino D N0 Guglielmo card. Sirleto , bibliothecario, die xxvm mensis septembris 15 77. (Fol. 9- 31 .)

II. Invenlarium scripturarum in castello Sancti Angeli de urbe , transcriptum exemplo habilo a I { . P. I). Joanne Andrea Caligario , prothonotario apostolico et nuntio apostolico ad regetn Poloniac , die xi mensis aprilis M. D. LXXVIII. (Fol. 56-79.)

Cet inventaire diffère du précédent; il est formé par sacs : sacculo tclae viridis, sacculo telae lineae , alio sacculo telae viridis, alio sacculo telae violatae, etc.

III. Invenlarium scripturarum quae sunt in Bibliotheca sécréta Vaticana , transcriptum ex exemplari habita a R. P. D. Joanne Andrea Caligario, prothonotario apostolico et nuntio apostolico ad regem Poloniae, die dominica vi aprilis M. I). LXXVIII.

Les archives du château Saint-Ange avaient reçu de notables accroissements depuis le pontificat de Sixte IV; le local qu’elles occupaient était devenu insuffisant. Clément VIII, en 1392, les fit transférera l’étage supérieur de la grande tour, dans une vaste salle circulaire, richement décorée et garnie de magnifiques et profondes armoires. Le 29 janvier de l’année suivante il proposa en consistoire qu’une bulle fût publiée commandant à tous ceux, anciens ministres, anciens secrétaires, ou leurs héri-

tiers, qui possédaient des papiers de la secrétairerie d’État, de les remettre dans le terme de quinze jours, pour qu’ils fussent déposés dans ces archives; la même bulle aurait enjoint aux gouverneurs des provinces d’extraire des archives des villes et d’envoyer au dépôt susdit les mandements d’obédience des princes, les décrets consistoriaux, les constitutions originales des papes, les actes de leur élection, les investitures, les concessions de châteaux qui s’y trouveraient; enfin elle aurait prescrit qu’on transcrivît, dans les registres qu’il y avait à la chambre apostolique et à la Bibliothèque, tout ce qui avait rapport aux mêmes objets, et que ces copies fussent également conservées là. On ignore si la proposition du pape souleva des objections au sein du consistoire; mais ce qui est certain, c’est que la bulle préparée par ses ordres ne fut pas fulminée. Les archives du château Saint-Ange s’augmentèrent seulement d’un certain nombre de registres qu’on y apporta de la guctrdarobba et de copies qui furent faites, à grands frais, de documents existants ailleurs. Sous Benoit XIV on s’aperçut que beaucoup de titres avaient souffert de l’humidité du local où les archives étaient placées; ce pontife lit construire deux nouvelles chambres à côté des anciennes, avec des armoires où la plupart des documents furent rangés.

Nous arrivons à la création des Archives du Vatican. C’est à Paul V (Camille Borghèse) qu’elle est due; elle lui avait été conseillée par le cardinal Bartolomeo Cesi, qui , avant d’être revêtu de la pourpre, avait été préfet des archives du château. Ce pontife commença par assigner au dépôt qu’il voulait ériger l’appartement qu’occupaient les cardinaux bibliothécaires; par des brefs du 20 décembre 1611 et du 23 février 1613 il y lit transférer, de la

Bibliothèque secrète Valicane et des archives de la chambre apostolique, tous les registres des bulles depuis Innocent III jusqu’à Sixte-Quint; il ordonna, dans le même temps, que quantité de registres, parmi ceux qui se gardaient au château et à la guardarobba, y fussent apportés. Sous Urbain VIH (1625-1644) on y déposa les bulles enregistrées par la voie secrète que, depuis Sixte IV jusqu’à Pie V, tenaient les secrétaires apostoliques; tous les livres, registres et minutes des brefs, depuis Alexandre VI jusqu’à l’année 1567, qui se gardaient à la sccrétairerie des brefs; plusieurs registres de lettres des nonces écrites au XVII e siècle, et un nombre considérable de volumes qu'on lit venir d’Avignon. Alexandre VH ajouta beaucoup à l’importance des Archives du Vatican en y réunissant, en 1656, les papiers de la secrétairerie d’État comprenant, entre autres, les correspondances des cardinaux secrétaires d’État avec les nonces, les légats, les évêques, les prélats, les gouverneurs, les souverains, les princes, etc. Sous ses successeurs, le dépôt du Vatican s’enrichit encore des actes consistoriaux, des Diarii des maîtres des cérémonies, des manuscrits des bibliothèques Pio,Carpegna et Ciampini.

Un mémoire présenté au cardinal Corsini, vers l’année 1740, par Philippe Ronconi, coadjuteur du préfet des Archives du Vatican (1), nous fournit d’intéressants détails sur les collections dont ce dépôt était composé alors.

« Trois archives, y est-il dit, forment le corps des Archives secrètes du Vatican.

> Les premières, dites d’Étal, sont celles où se conservent lesdépèches, les registres, les chiffres de la secrétairerie

(1) Il est dans le MS. 1173 de la Bibliothèque des princes Corsini.

d’État, les mémoires et les correspondances des ministres apostoliques, et divers traités et concordais du saint-siège.

b Les secondes, dites de la chambre , comprennent les bulles, les brefs communs, ceux adressés aux princes, les donations, les acquisitions, les récupérations de l'Étal pontifical, les serments de fidélité, les investitures, les vicariats, les payements de tributs, les dévolutions, les affaires de limites, les revenus et les dépenses de la chambre, les actes de la visite et du concile de Trente, les assemblées et diètes faites en Allemagne, et un grand nombre d’écritures, de défenses, de réponses et de documents originaux concernant les affaires anciennes et modernes du saintsiège.

a Les troisièmes, dites d'Avignon, renferment tous les documents qui se recueillirent lorsque le saint-siège revint d’Avignon à Rome, avec beaucoup d’autres écritures relatives aux débats de Parme, Plaisance, Comacchio et Ferrare (1). D

(!) « Tre sono gli archiva clie compongono il corpo dell’ Archiva) segreto Vaticano.

» Il primo vien delto di Stato, cd è quello in cui si conservano i dispacci, i registri c le cifre di segreieria di Stato, le memorie ed i carleggi dei minislri apostolici e vari traltati e concordati délia sauta sede.

» 11 secondo, detto camerate , comprende le holle, i brevi commuai e quelli direlli ai principi, le donazioni, gli acquisli, le ricupcre del principalo, juramenti di fedelta, investiture, vicariati, pagamenti di tribuli, devoluzioni, conGni dello Stato ecclesiaslico, entrata et uscita délia caméra, alti délia visita e dei concilio di Trento, comilii e diele fatle in Germania e moltissime scritture, difese e risposte, e documenli originali, che riguardano le antiche et le moderne vertenze délia santa sede.

» Il lerzo, detto d’Avûjnone , contiene in se lutte le materie che raccolte furono nel tempo delta restituzione délia santa sede da Avignone a Honia , con molle allre scritture concernenli le controversie di Parma, Piaceuza, Comacchio e Ferrara »

Le premier préfet des Archives du Vatican fut Baldassare Ansidei,de Pérouse, qui, depuis plusieurs années, était garde ( custos ) de la Bibliothèque Vaticane : Paul V avait trouvé convenable que les deux emplois fussent remplis par la même personne. Urbain VIII en jugea autrement : il décida, en 1650, qu’à l’avenir la préfecture des Archives serait séparée de la garde de la Bibliothèque; mais l’une et l’autre restèrent subordonnées au cardinal bibliothécaire. Felice Contelori, de Cesi, dont Marini loue grandement l’habileté et les travaux, était à la tête des deux dépôts; il demeura préfet des Archives, et Orazio Giustiniani fut fait garde de la Vaticane. Ce n’était pas une défaveur pour Contelori, car le pape venait de lui donner le commissariat de la chambre.

Le dépôt du château Saint-Ange était demeuré distinct et indépendant de celui du Vatican. Cet état des choses subsista jusqu’en l’année 1759 où Giuseppe Garampi, de Rimini, qui, depuis 1751, était préfet des Archives du Vatican, le devint aussi, par la volonté de Clément XIII, des archives du château. Ayant été appelé, en 1772, à la nonciature de Pologne, Garampi conseilla à Clément XIV de réunir les deux dépôts en un seul, mais en les laissant dans les lieux où ils étaient, et en plaçant à la tète de chacun d’eux un préfet, avec les mêmes émoluments et les mêmes attributions. Clément XIV n’adopta pas entièrement cette idée : il nomma Marino Zampini, de San Marino, préfet de l’un et de l’autre dépôt, en lui donnant deux coadjuteurs avec future succession : l’abbé Callisto Marini, de Pesaro, et l’abbé Gaelano Marini, de San Arcangelo.

Lorsque, à la suite d’événements que nous n’avons pas à rappeler ici , les troupes françaises furent entrées dans

Rome le 15 février 1798, leurs chefs ne voulurent reconnaître, comme préfet des Archives, que le seul Gaetano Marini; le général Sain t-Cyr lui donna en outre la surintendance de la Bibliothèque Vaticane. Un détachement français occupa le château Saint-Ange; l’officier qui le commandait voulut un jour avoir les clefs des archives : Marini se refusa à les lui donner. Craignant que cette demande ne se renouvelât et qu’on n’eût même recours à la violence, il sollicita et obtint du général Saint-Cyr l’autorisation de transférer au Vatican les titres et documents qui étaient au château ; il mit une telle diligence dans cette opération qu’elle s’accomplit en un seul jour.

Le 15 janvier la république avait été proclamée à Rome : elle n’eut pas une longue durée; mais, sans la fermeté de Marini, elle aurait été fatale aux Archives. Le 5 novembre le président du gouvernement républicain envoya à Marini l’ordre de lui remettre tous les sceaux en or et en argent qui étaient appendus à des diplômes conservés au Vatican ; l’archiviste fit une réponse évasive. Le lendemain les troupes napolitaines entraient dans la ville éternelle, et les chefs de la république prenaient la fuite.

A cette époque désastreuse, Gaetano Marini rendit de signalés services aux Archives et à la Bibliothèque Vaticane. Aussi Pie VU, quand il eut pris possession du siège pontifical, le confirma-t-il dans les fonctions qu’il remplissait auprès des deux établissements.

Dans les premiers temps qui suivirent l’exaltation de Pie VII, les rapports entre ce pontife et Napoléon furent

excellents. Ils conclurent ensemble le concordat du i5 juillet 1801 ; le premier consul fit rendre au saint-siège les provinces de Bénévent et de Ponte-Corvo; le pape alla sacrer à Paris le nouvel empereur. Ils commencèrent de se brouiller à l’occasion des articles organiques du concordat et des prétextes que Pie VII prit pour s’excuser d’aller sacrer à Milan, comme roi d’Italie, celui qu’il venait de sacrer comme empereur des Français. Au mois de novembre 1805, les troupes impériales, en évacuant le royaume de Naples, occupèrent, sans avertissement préalable, la ville et le port d’Ancône. Un peu plus tard Napoléon conlisqua les principautés de Bénévent et de Ponte-Corvo. Ce n’étaient là que les préludes des mesures qu’il projetait contre le pape. Le 2 février 1808 le général Miollis entra , par ses ordres, dans la ville de Borne, où il s’établit militairement, en ne laissant au souverain pontife que l’exercice ou plutôt l’ombre du pouvoir administratif. Le 17 mai de l’année suivante, un décret impérial, daté de Vienne, réunit les États de l'Église à l’empire français. Ce décret ayant été publié à Rome le 10 juin, le lendemain Pie VII lança une bulle d’excommunication contre l’empereur. On peut juger de l'effet que produisit sur Napoléon, alors dans toute l’ivresse de la puissance, la nouvelle d’un acte aussi hardi. Sa réponse ne se fit pas longtemps attendre. Dans la nuit du 5 au 6 juillet, le pape fut enlevé, du Quirinal par le général de gendarmerie Radet et conduit prisonnier jusqu’à Grenoble, d’où on le dirigea ensuite sur Savone près de Gênes.

Quoique pris à l’improviste, Pie VII avait eu le temps de jeter au feu des écrits qu’il lui importait de ne pas laisser tomber aux mains des agents du gouvernement

impérial (1). Le général Radet se saisit de ceux qui se trouvaient sur sa table de travail et parmi lesquels étaient :

Les minutes, écrites de sa main, de lettres qu’il avait adressées à l’empereur, au cardinal Fesch et au cardinal de Bayane, dans le cours des dernières négociations;

Deux, cahiers d’instructions données au cardinal de Bayane lors de son envoi à Paris, en qualité de légat extraordinaire, au mois d’octobre 1807, avec des corrections de la main du pape ;

Un écrit sur la question suivante : « Si, dans les pré- » sentes circonstances critiques, le pape doit rester à * Rome ou s’en éloigner. » Une liste des papes qui avaient pris la fuite pour s’arracher à la persécution était jointe à cet écrit, au dos duquel on lisait que la question énoncée plus haut avait été discutée en 1800, quand les conséquences de la bataille de Marengo donnèrent lieu de craindre l’occupation des Étals de l’Église par les Français. La conclusion en était que le pape ne devait s’éloigner de Rome que dans le cas où les Français voudraient, en s'assurant de sa personne et en dispersant les cardinaux, obtenir des choses contraires aux principes de l’Église et aux intérêts des souverains pontifes : alors, selon l’auteur, le pape pouvait s’enfuir, en laissant les instructions nécessaires pour que, en son absence, les relations du monde chrétien avec Rome continuassent d’avoir leur cours ordinaire (2).

Les Archives pontilicales demeurèrent, après le départ du

(1) On remarqua que la cheminée de son cabiuet était remplie de cendres de papiers brûlés récemment.

(2) Pièce intitulée Sommaire des papiers trouvés dans l'appariement du pape.

pape, dans les locaux qu elles occupaient et sous la garde de ceux qui y étaient préposés; mais ce ne fut pas pour longtemps : Napoléon, revenu à Paris (1) lorsqu’il eut conclu la paix avec l’Autriche, fil, au mois de décembre, transmettre des instructions au général Mioilis, afin qu'il envoyât les archives en France. Quelques jours avant la signature du traité de Schônbrunn (2), il avait ordonné l’enlèvement de celles de l’empire germanique, de la Gai* licie, du duché de Salzbourg, du Tyrol, qui étaient conservées dans les chancelleries de Vienne, et leur transport à Paris.

Dans la nuit du 1 er janvier 4810, des commissaires que le général Radet avait désignés se présentèrent au palais du cardinal Àntonelli, où siégeait le tribunal de la pénitencerie, à celui du cardinal di Pielro, où la secrétairerie des affaires ecclésiastiques avait ses bureaux, a la secrétairerie des brefs pontificaux , à la dalerie, à la chancellerie apostolique; ils saisirent tous les papiers qui s’y trouvaient et qui étaient des années 1807, 1808 et 1809.

Le 23 du même mois, d'autres commissaires se livrèrent à la même opération dans le palais de la congrégation de propaganda fide. Là les archives remontaient à l’année 1622; elles se suivaient jusqu’à 1808.

Nous n’avons pas la date précise de la saisie opérée au Vatican; mais elle doit coïncider avec celle des premières saisies pratiquées dans les palais des congrégations apostoliques. Les personnes qu'en chargea le général Radet furent le lieutenant de gendarmerie Pesci, le commissaire de police Rotoli et l’imprimeur Paolo Salviucci.

(1) Le 1 4 novembre.

(2) Du 14 octobre 1809.

L’inventaire qui fut dressé des Archives du Vatican par ces commissaires, avant qu’ils en fissent l’emballage, pré-

sente les divisions et les nombres qui suivent :

Registre*.

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