‹ Les Aristoloches: Étude de Matière MédicaleChapitre 19 sur 33 · GROUPES VOISINS DU MAXIMA · texte numérisé non relu

GROUPES VOISINS DU MAXIMA

A) A. geminiflora ? — Le n° IV des Guacos de Guibourt est rapporté par lui à l'A. geminiflora Kunth. Bien que les caractères des feuilles sur lesquels il s’est surtout basé pour faire ce rapprochement ne soient plus bien visibles aujourd’hui, et ne soient pas d'ailleurs suffisants pour se montrer affirmatif, on peut accepter sous réserves cette détermination.

Je n'ai vu de ce produit que l’échantillon de Guibourt, qui le dit d’ailleurs rare dans le Guaco. Il est étiqueté : « Aristoloche Guaco à feuilles larges et odorantes, pubescentes ou velues à la face inférieure. Bois solide non percé de pores, à structure rayonnée ? À. geminiflora H. B. K. »

L'un des fragments est des plus oros parmi les Aristoloches, car il atteint 5 cent. de diamètre. L'écorce en est mince (1 mm.), brun fauve, avec quelques lignes longitudinales irrégulières. Sur la tranche, on voit un suber mince, puis une zone corticale alternativement blanche et brunâtre, à cause de l'alternance des faisceaux libériens et des rayons médullaires. Le bois forme la presque totalité de la surface : il est formé de rayons ligneux à pores très fins, visibles pourtant à l’œil nu avec un peu d'attention et bien nets à la loupe; ces rayons entourent une moelle de 2 mm. de diamètre environ, d'un blanc jaunâtre.

La couleur du bois est fauve.

Les rayons médullaires sont fins et nombreux, un peu sinueux. Les uns atteignent la moelle, les autres non, de sorte que l’on retrouve ici encore la structure typique des Aristoloches. Ils se prolongent dans l'écorce sous forme de petits points blancs.

Les petits fragments qui accompagnent le précédent ont une écorce striée, tantôt luisante et fauve, tantôt mate et noirâtre, suivant que l’épiderme est ou non tombé. Sur la tranche, la moelle est très volumineuse, blanchâtre. Le bois qui l'entoure est ordinairement grisâtre, peu développé, mais la structure est loin d’en être nette, même à la loupe, et semble se rapprocher de celle des tiges du maxima. Les pores et même les rayons médullaires, sont presque invisibles, même à la loupe.

La limite de l'écorce est peu nette.

Les feuilles sont très détériorées et l’on n’en peut voir la forme. Elles sont grandes, à nervures saillantes, surtout la nervure médiane ; face supérieure lisse, comme vernissée, de couleur brun chocolat: face inférieure gris verdâtre, tomenteuse ; les nervures ont une légère pubescence fauve.

L'’odeur est nulle partout.

Le goût est assez âcre, non aromatique.

STRUGTURE.— Pour les fragments de tige examinés, elle est absolument identique à celle des organes correspondants du groupe maxima, auquel on se rapportera.

Le gros fragment, qui doit être un fragment de racine (?) manque, comme l'écorce des racines du maxima, de zone scléreuse, mais le parenchyme contient un grand nombre d:éléments épaissis sans être vraiment scléreux. Ce parenchyme contient en outre une très grande quantité des gros cristaux déjà vus chez le maxima, mais ici beaucoup plus abondants, surtout entre les cônes libériens.

L'examen macroscopique adéjà montré que les rayons médullaires étaient beaucoup plus fins que les rayons du bois; c'est le contraire pour la racine du maxima.

On voit qu'en somme il existe entre cette plante et la précédente des rapports anatomiques évidents, qui, si les déterminations maxima et geminiflora sont bien exactes, viennent confirmer le rapprochement et la fusion des deux espèces en une seule, dont le maxima est le type et le geminiflora une variété.

B)A ?.— La République du Salvador a envoyé à l'Exposition de 1889 deux échantillons de Guacos, appelés Guaco aigre et Guaco noir de la Côte, semblables l’un à l’autre et ressemblant au groupe du maxima par les caractères de la tige tandis qu'ils s’en éloignent par ceux de la racine. D’autre part, l'École de pharmacie de Paris possède un échantillon appelé sur l'étiquette : Ypemi-patito, Paraguay, A. antihysterica *. Ce dernier appartient peut-être à une autre espèce,

! On voit que les mêmes noms sont souvent attribués à des choses diverses. C'est la troisième fois que nous retrouvons le nom d’A. antihysterica. J'ai dit

car il vient d’un pays fort éloigné du Salvador, et de plus il présente quelques petites différences avec les deux autres. Mais il est difficile d’en séparer la description de celle des deux premiers, auxquels il ressemble beaucoup par l’ensemble des caractères de la racine.

Racines.— Ce sont des fragments de 15 à 25 cent. de long, et atteignant 17 mm. de diamètre, recouverts extérieurement par un suber fauve ou brunâtre, disposé en crêtes longitudinales peu saillantes ; ce suber est brunjaunâtre sur les saillies; Pécorce est noirâtre au-dessous. Les sillons sont assez courts, un peu irréguliers. Des fissures transversales, souvent presque circulaires, profondes, qui intéressent, non seulement le suber, mais aussi l'écorce jusqu’au bois, se montrent assez rapprochées, à 1 ou ? cent. l’une de l’autre.

Quelques radicelles apparaissent çà et là.

Sur la coupe transversale on voit une région corticale très épaisse, (2 à 3 mm.), limitée en dehors par les petites crêtes subéreuses, d’une couleur blanc jaunâtre, adhérente ou non au bois ; elle manque souvent autour du bois aux extrémités des fragments. On y voit d'ordinaire à la loupe un piqueté jaune très fin, et dû aux cellules résinifères ; le piqueté se détache sur le fond blanc de l’écorce, et rappelle un peu celui de VA. longa.

Le bois, de couleur claire, café au lait, a la structure en éventail normale chez les Aristoloches. Les faisceaux sont peu nombreux, souvent séparés, avec des pores très visibles à l'œil nu. La moelle manque tout à fait. Les rayons médullaires, assez semblables au bois comme couleur, sont peu visibles;

souvent remplacés par une fissure.

pourquoi la détermination la plus certaine semblait être celle de l'échantillon décrit p. 86.—M. Bocquillon-Limousin, attribue le nom d'Ypémi-patito aux

À. Brasiliensis et macroura.

Le goût est d’abord amylacé, peu aromatique, très âcre à la gorge.

L'odeur ne se développe guère qu'à la section.

Les tiges n'existent que dans le Guaco noir de la côte. L’écorce en est également subéreuse, un peu luisante parfois, semblable sur la coupe aux tiges du groupe maxima. Il est donc inutile de les décrire à nouveau. Par ces tiges, il faut rapprocher ces Guacos de l'A. maxima : les différences sont dans les racines qui ont: des pores visibles, une structure en éventail, un aspect particulier du suber, une écorce très épaisse.

STRUCTURE. — Les rapports avec le groupe du maxima sont très évidents, surtout par la structure des tiges qui sont absolument identiques, et dont il est inutile de répéter la description.

Les racines ont une écorce extrêmement épaisse, mais dont la structure ne diffère guère non plus de celle du maxima. Sous le suber peu abondant se trouve un parenchyme très épais, constitué par des cellules à parois très minces et corgées d’amidon. Tout près du suber se trouvent de loin en loin quelques îlots scléreux, peu nombreux et à petit nombre d’éléments. Quelques sclérites isolés ou en petits groupes peuvent exceptionnellement se rencontrer dans le parenchyme. Des cellules irrégulièrement distribuées dans le parenchyme contiennent de l’oléo-résine jaune ou orangée. On rencontre aussi de l’amidon abondant et de l’huile dans les rayons médullaires, qui sont, ainsi que le bois, identiques aux éléments correspondants du maxima. Je n'ai vu de cristaux que dans les tiges.

Une différence à indiquer entre les trois échantillons, est que l’Ypémi-patito du Paraguay est plus riche en huile, et que les éléments scléreux, déjà rares chez les autres, semblent

en être complètement absents. De plus, les fibres ligneuses M sont toutes également épaisses. Il est possible qu’il n’y ait pas identité absolue. Ce sont, en tout cas, des formes bien voisines. . L'amidon est en grains assez gros relativement, souvent composés, avec un hile étoilé non toujours visible.

G) Guaco long (san Jacinto). — Les racines envoyées par le San-Salvador à l'Exposition de 1889 sous le nom de Guaco long ont un aspect particulier ; elles ont jusqu’à 24 mm. de diamètre et portent souvent des radicelles plus petites. Extérieurement, elles sont à peu près dépourvues de suber, ou du moins la couche en est fort mince. La couleur générale est foncée ; la surface est parcourue par une striation longitudinale très fine, très peu visible ; des fissures transversales peu nombreuses et profondes se montrent quelquefois.

Sur la section on voit une écorce épaisse grisâtre, de ET vers l'extérieur, adhérente et mal limitée vers l’intérieur.

Le bois est volumineux, à structure ordinaire d’'Aristoloche, avec des pores bien visibles, d’un gris plus clair que celui de l’écorce. Les rayons médullaires, dont la couleur est semblable à celle du bois, sont peu nets, à moins qu'ils ne prennent une coloration jaune brun par les cellules résineuses qu’ils contiennent.

L’odeur à la section et le goût d’Aristoloche sont forts, très caractérisés.

STRUCTURE. — Elle n’a rien de spécial et ne diffère pas de celle de beaucoup d’autres sortes. L’écorce consiste en un parenchyme épais, très riche en amidon et en oléo-résine jaune foncé. Les éléments scléreux manquent, sauf un petit amas de cellules pierreuses placé à l'entrée de chaque rayon médul- laire. Le suber est presque absent.

A. odoratissima ??. — Je n’ai nulle part trouvé une description authentique et complète. des tiges et des racines de cette espèce importante, et les échantillons que j'ai eus sous ce nom diffèrent complètement.

L'un, sous le nom de « Tlacopatli, A. mexicana, Mistéca 1866, collect. Boucard », est au Muséum. Il est formé par de petits paquets de racines et de tiges, repliées plusieurs fois et attachées en une petite botte de 5 à 6 cent. de long sur 3 ou 3 1/2 de diamètre. Les plus grosses racines qui les constituent ont 6 à 8 mm. de diamètre. Il en part des racines plus petites et de petites tiges menues, ramifiées. La couleur est brun noirâtre extérieurement. Il n'existe à peu près pas de suber. Les jeunes tiges sont un peu jaunâtres ou rougeâtres et portent quelques restes de feuilles.

La section présente au-dessous d'une très fine enveloppe une écorce épaisse, blanc grisâtre et un axe lisgneux plus jaunâtre, où la loupe permet de distinguer des faisceaux. Entre l'écorce et le bois est une zone circulaire formée de points jaune orangé, visibles à l’œil nu, et rapprochés sans se toucher. La loupe montre quelques pores dans le bois.

L'odeur se développe à la section, elle est plutôt agréable. Le goût est celui de lAristoloche, mais non trop fort. C’est peut-être là la véritable espèce.

STRUCTURE. — La racine présente sous un suber peu abondant un épais parenchyme dépourvu de tout élément scléreux mais rempli d’'amidon. Les cellules à oléo-résine sont surtout abondantes dans la région interne de l'écorce, et externe des rayons médullaires. Ceux-ci séparent des rayons ligneux rarement dichotomisés et de taille souvent inégale, les uns allant au centre, les autres s’arrêtant plus ou moins loin.

Le deuxième spécimen venant aussi du Mexique, sous les noms de Tlacopatle, Raiz del Indios, Radix Aristolochiæ

Tlacopatli, diffère assez du premier par la couleur extérieure fauve très clair, un diamètre souvent plus grand et l'absence de points jaunes. Comme dans le premier il n’y a pas de suber, l'écorce est fort épaisse relativement, les faisceaux peu nets.

L’odeur est à peu près nulle et le goût très âcre, surtout pour l'écorce.

Est-ce la même plante? Je n'ai eu de la seconde que des fragments peu descriptibles. a

Le deuxième échantillon a une écorce qui ne diffère de celle du premier que par le peu d’abondance de l’oléo-résine. Mais le corps ligneux est très irrégulier, contourné, sinueux, les vaisseaux se présentent sous le rasoir dans les positions les plus variées et l’arrangement de ces faisceaux est difficile à voir. On en trouve pourtant qui sont dichotomisés. æ

Enfin, sous lenom d'« A. odoratissima Yucatan », j'ai eu de M. Bocquillon-Limousin, deux fragments qui, non seulement diffèrent complètement des deux premiers, mais encore diffèrent entre eux. Ils ont, surtout l’un d’eux, l'aspect extérieur et la structure de certains Mil-homens. L’un est encore recouvert de l’épiderme luisant, de couleur chocolat, soulevé et craquelé par le liège, et présente une écorce mince très remarquable par le grand développement des paquets fibreux qui sont ici plus volumineux que dans aucun Mil-homens : il y à aussi des cellules scléreuses, mais moins nombreuses, quelques-unes dans les rayons médullaires. L'autre fragment a un suber en crêtes assez fines, fauves, peu hautes, avec une écorce dure et noire en dehors, mais épaisse (2mm.), et de couleur blanc grisâtre en section. La structure de cette écorce est assez homogène ; les cellules en sont pleines d’amidon et les sclérites forment quelques paquets dont les uns sont en zone interrompue, et les autres épars dans le parenchyme. Partout

le bois a des pores bien visibles, et la structure normale. La détermination que je ne puis contrôler autrement, faute de données précises, me paraît fort douteuse. Sans pouvoir rien affirmer, je crois plutôt que le vrai A. odoratissima serait l'échantillon du Muséum.

A? — Dans l'un des flacons du Muséum, on trouve un échantillon d’Aristoloche assez spécial, Il porte sur l’étiquette : « Triana, nouvelle Grenade ». Il comprend:

1° Un fruit gros, un peu arqué, de 8 cent. de long sur 4 à 4 1/2 de diamètre, ovoïde, brun, composé de 6 carpelles allongé; chaque carpelle marqué d’une forte côte médiane saïllante. Les placentas sont presque isolés à Pintérieur, et les cloisons ont disparu sauf les faisceaux vasculaires parallèles qui relient les placentas à la région dorsale des carpelles, par autant d’arcs réguliers. De nombreuses graines triangulaires, empilées les unes sur les autres, se trouvent dans ce fruit. J’ai retrouvé des fruits analogues, sans nom, dans plusieurs collections carpologiques ; ils me paraissent ressembler à celui que Jacquin a dessiné pour son A. maxima.

2° Des racines allongées de couleur brun foncé, ayant normalement 6 à 7 mm. de diamètre, tandis que certaines se renflent sur quelques points en sortes de tubercules ovoïdes atteignant ? cent. de diamètre sur 4 1/2 de longueur, tantôt ridés, tantôt non.

L’odeur et la saveur sont celles des Aristoloches, accentuées.

STRUCTURE. — La racine cylindrique a une écorce épaisse avec un suber peu abondant, beaucoup d’amidon et d'assez nombreuses cellules à oléo-résine jusque dans les larges rayons médullaires. Les éléments vraiment scléreux manquent, mais

on trouve dans cette écorce beaucoup de cellules épaissies. Celles-ci font à peu près défaut dans la partie renflée, qui se distingue en outre par des rayons médullaires extrêmement épais et larges, riches en amidon, contenant aussi de l’oléo-résine, surtout vers la partie externe. Les faisceaux du bois sont petits, noyés dans ce parenchyme et généralement simples.

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