CARACTÈRES DU GENRE
Porr. — Les Aristoloches sont des plantes tantôt herbacées, tantôt sous-frutescentes, dressées parfois, comme notre A. Clematitis, mais souvent étalées sur le sol et plus souvent
‘ Sprengel, Loc. cit.
2 Kickx, Bull. ac. roy. sc., Brux., 1839.
À Veget. Kingdom, p. 794, édit.
Re CAE
encore grimpantes, sarmenteuses ou volubiles dextrorsum, atteignant le sommet des plus grands arbres et contribuant pour leur large part à former l'inextricable réseau de lianes de forêts vierges. Souvent les feuilles larges, persistantes, d'un vert agréable, deviennent vraiment ornementales. Dans la région mé literranéenne même, l’A. altissima sert en Algérie à recouvrir des tonnelles et à former des berceaux de verdure. Malgré la dimension de certaines fleurs et la vigueur de végétation de bien des espèces, les Aristoloches sont plus souvent bizarres que vraiment belles, et excitent plus de curiosité que d'admiration. Mais elles inspirent à qui les étudie un vif intérêt par leur étrangelé même, par l’originalité de leurs formes, la singularité de leur mode de fécondation et par les curieuses propriétés qu’on leur attribue à tort ou à raison.
La TIGE aérienne est, tantôt dressée (Clematilis, maxima, arborea, etc.), tantôt sarmenteuse (caudata, Indica, tricaudata, etc.), tantôt volubile (anguicida, cymbifera, pandurata, Sipho, etc.), tantôt enfin couchée sur le sol (bracteata). La forme ordinairement cylindrique peut être plus ou moins aplatie, surtout dans les espèces volubiles (macrocarpa, etc.). Très souvent elle est striée en long à l’état jeune (bracteala, odoratissima, trilobata, etc.), quelquefois renflée aux nœuds (ovalifolia, etc.) Chez les espèces dont les parties aériennes sont vivaces, ilest fréquent de voir la base des tiges se recouvrir d’une couche épaisse de suber souvent crevassé, fort important à connaître et dont il sera question plus loin (Mil-homens, etc.). Mais même dans ce cas, la tige n’atteint jamais un diamètre très considérable ; souvent elle reste grêle et disparaît chaque année (Clematitis, rotunda, etc.). La couleur à l'état jeune en est verte ou glauque, à moins que la teinte n’en soit masquée par des poils persistants ou caduques (grandiflora, etc.). Les tiges subéreuses ont une
LAON couleur plus ou moins foncée, variant peut-être dans la même espèce, en tout cas dans des espèces très voisines. Toutes présentent l’odeur caractéristique des Aristoloches.
Les tiges peuvent en outre présenter des parties souterraines et constituer de véritables RHIZOMES. C’est le cas de notre À. Clematitis, et des Serpentaires de Virginie, par exemple, l'une à rhizome allongé avec quelques fibres radicales, l’autre au contraire à souche petite, très courte, et chargée de racines.
On a diversement interprété la valeur morphologique des tubercules renflés et gorgés de fécule qui caractérisent certaines espèces et tout spécialement nos À. longa, rotunda, pallida, Fontanesii, etc. Les uns leur donnent le nom de racines, d’autres y voient des rhizomes, d’autres enfin les désignent sous quelque dénomination plus vague, telle que tubercule, souche, pivot, etc. Il faudrait pour résoudre cette question étudier la formation du tubercule à son début, ce que je n’ai pu faire en temps utile. Il est fort probable qu'il en est de ces tubercules comme de ceux des carottes, par exemple, chez lesquels la racineet la tige entrent chacune pour une part dans la formation du pivot. Une sorte de petite crête circulaire (non constante) semble même indiquer ici la limite entre les deux organes. Généralement ces tubercules portent à l'extrémité supérieure un certain nombre de tiges menues, eten bas ou sur les flancs quelques radicelles assez peu nombreuses.
Chez les espèces dont le rhizome est bien caractérisé, il est défini (Serpentaria, etc.). La direction en est verticale, horizontale ou oblique.
Si l'on sectionne transversalement une tige d’Aristoloche, on voit que le corps ligneux central présente une disposition caractéristique, souvent décrite et que l’on peut résumer en quelques mots: du centre, pourvu où non d’une moelle, partent des faisceaux ligneux séparés par des rayons médullaires
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TRES de largeur variable. À peu de distance du centre, chaque faisceau est divisé en deux par un rayon médullaire de deuxième ordre qui part de l'Écorce et n’atteint pas le centre. Plus loin encore, chacune des deux branches ainsi formées se bifurque à son tour de part et d’autre d’un rayon médullaire de troisième ordre. La dichotomisation s’arrête là d'ordinaire, mais elle peut aller plus loin. On voit que le Cambium, dont la face interne formait du bois sur presque toute la circonférence et du parenchyme seulement en quelques points, arrête au bout d’un certain temps la formation du bois sur un point nouveau au milieu de chaque faisceau. Lorsque les rayons médullaires sont larges, cette disposition est très nette à l'œil nu. Un phénomène analogue, mais bien moins visible, se produit du côté du liber.
Les rayons médullaires peuvent devenir énormes, les cellules, dans ce cas, se gorgent d’une fécule blanche, et les faisceaux vasculaires sont noyés dans cet abondant parenchyme. C’est le cas de nos Aristoloches tuberculeuses, dont le parenchyme cortical subit aussi la même hyÿpertrophie.
L’ A. Sipho, par une exception rare, présente des zones soncentriques dans le bois.
Quant à l’écorce, elle est assez variable d'épaisseur. Elle contient très fréquemment des cellules pleines d’une oléorésine jaunâtre ou rougeûtre, et très fréquemment aussi de l'amidon en abondance. Une zone plus ou moins épaisse et plus ou moins continue de cellules scléreuses et de fibres protèce d'ordinaire les parties profondes. Les cellules sclérifiées et les fibres péricycliques à paroi jaune sont fréquentes entre le parenchyme cortical et l’axe ligneux. On trouvera d’ailleurs les détails sur la constitution anatomique des Aristoloches dans la deuxième partie.
Racine. — Elle est fréquemment fibreuse (Clemalitis, Pis-
tolochia, Serpentaria, reticulata, etc.), souvent aussi épaisse
mi et pivotante (fragrantissima, hirta, etc.), ou cylindrique, simple et verticale (bracteata) ou rameuse (Indica, trilobalta, anguicida, etc.). Chez certaines espèces, ces racines partent d'un même point et se renflent bientôt en un tubercule ovoïde ou turbiné, que l’on compare immédiatement aux renfiements de la filipendule (tenera, filipendulina). Les parties extérieures de ces racines peuvent être couvertes d’un suber plus où moins épais (anguicida, beaucoup de Guacos, etc.) et contiennent parfois un suc coloré odorant (anguicida, maxima). Les racines un peu âgées, telles qu’on les rencontre ordinairement dans les droguiers, ressemblent souvent beaucoup à des tiges, et la distinction n’est pas toujours facile. Chez certaines, l’aspect de la section transversale est le même ; chez d’autres, au contraire, les tiges et les racines de la même plante ont un aspect tout différent. On en trouvera des exemples dans la description des drogues.
FEUILLES — Toujours alternes mais simples, elles -présentent de nombreuses variétés de forme et diffèrent souvent sur le même pied. Elles ont une divergence de 1/2 et cette divergence se conserve d’une branche à l’autre, la première feuille du rameau étant opposée à la feuille mère ’.
La feuille peut être sessile ou subsessile (reticulata), mais d'ordinaire elle est pétiolée, souvent longuement, et le pétiole peut même être plus ou moins tordu (macroura, ringens, barbata, etc.). La base en est très souvent un peu engainante, en tout cas dilatée et protégeant les jeunes bourgeons. Ceuxci sont fréquemment multiples à l’aisselle de la même feuille et superposés en ligne verticale au-dessus du milieu de l’attache foliaire.
. Les dimensions sont parfois considérables, mais on trouverait tous les intermédiaires entre les larges feuilles de
1 Van Tieghem, 1%. de bot., éd. I, p. 330.