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Les caractères généraux des drogues fournies par les Aristoloches lisneuses sont les suivants :
La présence du suber est constante dans certains types, mais l'épaisseur et la disposition peuvent changer. Souvent ce suber forme des crêtes élevées, longitudinales, sur les tiges. La couleur est différente parfois sur deux pieds de la même espèce. Au-dessous est une écorce, tantôt à peine visi-
- ble sur la coupe, tantôt, au contraire, très épaisse, ordinaire-
ment noirâtre en dehors et très dure, car elle contient de nombreuses cellules sciéreuses. L’adhérence plus ou moins grande de l'écorce avec le bois est peu importante, car elle varie souvent dans des échantillons voisins, probablement suivant l’époque de la récolte ; elle peut diminuer au point qu'un vide se creuse entre le corps ligneux et la zone corticale. Des vides du même ordre se produisent souvent dans les rayons médullaires, dont les débris restent accolés aux secteurs du bois. Celui-ci présente souvent la disposition typique en éventail déjà décrite, et les pores du bois sont d'ordinaire très gros et nets : on peut cependant trouver des exceptions (A. maxima, etc.).
Lorsque l'écorce est adhérente, on voit que sa zone interne est souvent en continuité avec les rayons méllullaires.
L’odeur aristolochique si spéciale se retrouve très longtemps dans les drogues, surtout si on sectionne ou si on gratte l'écorce. Elle présente ainsi que le goût quelques légères différences dont il faudra tenir compte, mais elle existe partout, fait important pour distinguer facilement les Aristoloches d’autres lianes analogues.
| p Les racines sont parfois assez difficiles à distinguer des tiges. En général, les racines âgées présentent les caractères te] D suivants qui n'ont rien d'absolu et pour chacun desquels on trouverait des exceptions nombreuses, mais dont l'ensemble , permet souvent de reconnaitre l'organe.
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Les racines sont d'ordinaire :
— moins subéreuses que les tiges et à suber plus uniforme, sans crêtes et sans crevasses longitudinales, parallèles ;
— crevassées transversalement, circulairement par la dessiccation, et dans ce cas la crevasse est souvent profonde et va jusqu au bois ;
— plus où moins sinueuses;
— à diamètre diminuant plus rapidement que celui des tiges;
— à écorce plus épaisse et contenant moins d'éléments scléreux et plus d’amidon;
— à rayons médullaires plus développés;
— à moelle très réduite ou absente;
— à bords moins poreux que celui de la tige;
— plus accentuées de goût que la tige, ce qui tient à lépaisseur plus grande de l'écorce.
Ces caractères ne s’appliquent, bien entendu, qu'aux Aris-
toloches ligneuses, et tout spécialement au groupe important des Guacos.
GUACOS
Le nom de Guaco ou Huaco est donné dans l'Amérique tropicale depuis le Mexique jusqu'au Sud du Brésil à des plantes très diverses qui semblent avoir comme lien commun des propriétés analogues, etune efficacité (réelle ou supposée) contre la morsure des serpents venimeux.
Le sens du mot Guaco est très vaste. Spruce (d’après Guibourt:), dit qu’on donne ce nom à toute plante volubile à feuilles
1 Guibourt, Recherches sur les plantes nommées Guaco (Journ. de pharmacie et de chimie, 1867).
To cordiformes blanches ou vertes en dessus, pourpres (?) en dessous. Cette définition est évidemment fausse de deux façons, car beaucoup de plantes dont les feuilles répondent à l'aspect indiqué ne sont aucunement nommés Guacos dans le pays et beaucoup de vrais Guacos (A. maxima, etc.) ont des feuilles toutes différentes.
La réputation du Guaco est des plus anciennes : comme en toutes choses la lécende doit avoir sa part, on en attribue la découverte à une sorte de faucon (un héron d’après d’autres), dont le mot Guaco exprime le .cri désagréable. L'oiseau, qui fait la chasse aux serpents venimeux, emploie ces plantes, disent les indigènes, pour se guérir des morsures reçues dans le combat. Oiseau et plante ont reçu le même nom.
Ilexiste deux groupes principaux de Guacos:
1° Les GUAGOS DEL RASTROJO ou Guacos des chaumes (parce que les plantes en question rampent autour des chaumes abandonnés). Ce sont des plantes du genre Mikania appartenant à la famille des Composées, et voisin du genre Eupatorium avec lequel il était autrefois confondu.
2° Les GUAGCOS DEL MoNTE qui sont des Aristoloches ordinairement grimpantes et volubiles.
Les Mikania sont forts différents des Aristoloches. C’est à eux que Mutis attribuait les merveilleuses vertus du 'Guaco, mais Guibourt a démontré que ces plantes étaient complètement inertes ‘. Cependant M. White, de la Salada (Nouvelle- Grenade) a dit, il y a quelques années *, que le vrai Guaco était le Mikania, qu'il en existait deux variétés, l'une à tige verte, l’autre, plus estimée à tige pourpre, et que l'infusion
! Guibourt, Loc. cit.
? Pharmaceut. Journal, 3° série, 11-369, d'après Yearboock pharmac., 1881, 156. |
SE
de feuilles fraiches ou la teinture, accompagnées de l’application locale de cataplasmes de feuilles et de tiges guérissait la morsure des serpents les plus venimeux.
Les raisons données par Guibourt de la non-activité du Mikania semblent fort concluantes.
Le plus connu de ces Mihania est le M. Guaco. Mais il en est d'autres qui fournissent également des drogues appréciées dans leur pays : c'est ainsi qu'on distingue entre autres; le Guaco du Guatemala ‘ qui est fourni par le Mikania Guaco Kunth; le Guaco de Vera- Cruz que donne le M. Houstoni Willd.; le Guaco de Tampico, etc., etc. *?.
Je ne puis m'arrêtersur ces plantes intéressantes, bien que leur étude touche de près au sujet de ce travail.
Beaucoup d’Aristoloches font partie des Guacos. Ainsi dans a seule République de San-Salvador, on trouvait à l'Exposition de 1889, de 8 à 10 Guacos différents. Il est vrai que plusieurs (on le verra plus loin) peuvent parfois être rapportés à la même espèce.
Martius attribue aux Aristolochia cymbifera, macroura, galeata, Brasiliensis, labiosa, rumicifolia, Theriaca, antihysterica, des propriétés antiseptiques, diurétiques, diaphorétiques et alexitères. Mais toutes ces espèces qui méritent assurément le nom du Guaco ne le portent pas dans le pays. Nous pouvons donc admettre parmi les Aristoloches américaines à propriétés alexitères:
1° Les Mil-homens dont le type est l'A. cymbifera ;
2° Les Guacos vrais dont le type est l’A. maxima ;
3° Les espèces ,qui sans porter le nom de Guaco, peuvent
{ Le nom de Guaco du Guatemala risque de faire confusion avec une Aristoloche que j'ai trouvée à l'École de pharmacie de Paris sous le nom de Guaco, Gualemala. On prendra garde à cette cause d'erreur.
2 Jahresbericht der Pharmacognosie de Bekurst, 1885, p. 29.
LE être substiluées aux autres, comme par exemple l’A. grandiflora, ou bilobata, etc., etc.
Il ne faudrait pas prendre cette distinction comme une véritable classification : ces dénominations vulgaires de Guacos, de Mil-homens, etc., sont très vagues, souvent impossibles à délimiter exactement, à cause des termes de passage qu'offrent la structure et l'aspect d'une foule d'espèces entre Îles types nettement distincts. (
Les principales espèces citées par les auteurs comme Guacos sont les suivantes:
A. cymbifera, qui semble être l’espèce la plusrépandue dans les droguiers. Avec les espèces voisines, elle constitue la drogue connue des Brésiliens sous le nom de Mil-homens". La dénomination de Guaco est donc beaucoup plus vaste que celle de Mil-homens. Les Mil-homens sont un groupe de Guacos caractérisés surtout par la tige volubiie, recouverte d’un suber épais crevassé, souvent en crêtes longitudinales, et dont le bois présente la structure typique des Aristoloches, rayons en éventail et gros pores béants.
A. labiosa qui n’en est qu'une variété.
A. galeata, À. Brasiliensis, A. ringens, A. macroura dont les caractères diffèrent peu.
A. maxima; elle forme un groupe important de Guacos, très nettement caractérisé à la fois par la structure des racines, des tiges et des feuilles. On nomme souvent Guaco simplement les produits de cette espèce (ou d'espèces dont les organes végétatifs ne peuvent être distingués ).
A. geminiflora, variété de la précédente.
A. antihysterica, que Guibourt a vu dans le Guaco commercial.
1 Je ne sais à quoi il faut attribuer cette dénomination de Racine de mille Hommes.
ER
A. fragrantissima, qu’on appelle Guaco dans les environs de Colima (Mexique), et qu’on nomme aussi « Guaco de terra caliente*. »
A. pentandra, qui constitue dans le Yucatan le Guaco de San Cristobal.
A. ovalifolia, appellé dans Duchartre «Flor de Guaco. »
A. anguicida ”, elc.;etc.
Enfin on peut ranger dans les Guacos, sans qu’on leur ait, à ma connaissance, attribué ce nom autrement que par analogie, les À. grandiflora Sw., bilobata L., trilobata L.., odoratissima L., cordiflora Mutis, arborescens L.
Il est donc certain que beaucoup d’Aristoloches portent en Amérique le nom de Guaco. Il est certain aussi que le produit de ce nom, apporté en Europe par le commerce, a souvent contenu plusieurs de ces espèces. La composition du Guaco commercial en France a été étudiée avec grand soin par Guibourt dans un excellent mémoire: il y montre que, parmi les plantes vendues sous le nom de Guaco, les unes sont complètement inertes : ce sont les Mikania auxquels il ne faut certainement pas attribuer les propriétés alexitères du Guaco; les autres, sans pouvoir évidemment accomplir les cures miraculeuses qu'on leur attribue, sont des plantes actives appartenant au genre Aristolochia. Il décrit ces drogues et en distingue six formes ou espèces : A. cymbifera Martius; A. maxtima Linné, volubile et non volubile (ces deux formes ne peuvent être distinguées en réalité); A. geminiflora Kunth, qui n’est qu’une variété de la précédente espèce; À. antihysterica Martius ; enfin, une Aristoloche fragile, dont le rapprochement avec l’antihysterica est douteux. Ce sont là,
{ Aimer. Journ. of Ph. 1855, p. 601, d'après le Jahresberichl der Pharmacognosie de Bekurls 1885, p. 29.
2 Nueva farmacop. mexicana.
* Baron de Villafranca, Notes sur les plantes utiles du Brésil, 1879.
et
UT d'après Guibourt, les éléments fondamentaux du Guaco, qui contient aussi une certaine proportion de Mikania.
Fristedt, d'Upsal, appelé à s'occuper d’une liqueur de Guaco employée par Bjürken contre la syphilis, arrive aux mêmes conclusions que Guibourt, relativement au Guaco, et l’attribue aux À. cymbifera, maxima et antihysterica, et non au Mikania'.
Mais je dois dire que, depuis l’époque où Guibourt a écrit son Mémoire, le Guaco commercial ne contient plus d’Aristoloches, en France du moins. J’ai pu m’assurer que, dans nos grandes maisons de droguerie, à commencer par la pharmacie Centrale, on ne connait plus d'autre Guaco que le Mikania : les Aristoloches ne s’y rencontrent plus du tout.
Cependant aujourd'hui encore, les États de l'Amérique centrale ou méridionale envoient à nos Expositions, sous le nom de Guaco, plusieurs espèces d’Aristoloches, et, comme du temps de Guibourt, ces drogues peuvent le plus souvent être rapportées, ainsi qu’on le verra plus loin, soit à l'A. cymbifera, soit à l'A. maxima, ou aux espèces voisines de ces deux types, qui n’en différent pas parles organes végétatifs.
D'une façon générale, ce sont des tiges ou des racines, taniôt réunies, tantôt séparées, souvent aussi mêlées de feuilles. Elles sont fréquemment volubiles, mais semblent d’autres. fois dressées (maxima, etc.). Le diamètre de la base atteint parfois 3 1/2 ou 4 cent., mais exceptionnellement. La forme est cylindrique, plus rarement aplatie. Toujours ligneuses, elles sont recouvertes d’une couche extérieure subéreuse qui peut atteindre une épaisseur assez forte, et dont la couleur varie du fauve très clair au brun foncé. Ce suber est généralement mou, en couche parfois uniforme, mais bien plus
1! Fristedt, Upsala Läkareforenings Fürhandlingar, NI, 312, d'après Jahresbericht der Pharmacognosie de Wiggers et Husemann, 1863, p. 49.
NOT ES souvent disposé en crêtes longitudinales sur les tiges; souvent aussi, dans les échantillons de droguier, ce suber tombe par places, entraînant avec lui l'écorce sous-jacente. Celle-ci est extérieurement de couleur assez sombre, lisse ou cannelée, et porte fréquemment en dedans la trace, colorée ou non, des lignes alternatives du bois et des rayons médullaires. Cette écorce, souventtrès dure, à cause des zones fibreuses et pierreuses qui s'y rencontrent, contient d'ordinaire beaucoup d'oléo-résine et d'amidon. Elle est habituellement plus épaisse dans la racine que dans la tige. Sur la section, la couleur varie; souvent elle est blanchâtre. C’est l'écorce qui est la partie la plus active. Tantôt elle est solidement unie au bois, tantôt, au contraire, elle s’en sépare avec la plus grande facilité, et l’on voit à l'œil nu une fente irrégulière entre l’axe central et l’enveloppe. En même temps aussi, les rayons médullaires qui séparent les rayons ligneux tendent souvent à se fendre. Le bois est très important à étudier. Tantôt, comme chez les Mil-homens, il présente la structure typique en éventail, tantôt il diffère suivant qu'on l’examine dans la tige ou dans la racine (groupe de l'A. maxima). La moelle, souvent absente, est parfois assez volumineuse.
Les rayons médullaires complets ou incomplets peuvent varier de largeur, de nombre et de direction.
Ces fragments sont quelquefois fort durs et résistants, quelquefois au contraire, très faciles à briser (Aristoloche fragile, etc.). Les rayons ligneux se cassent assez difficilement en travers, mais par contre se séparent d'ordinaire fort bien suivant la longueur, en donnant à la drogue un aspect spécial.
Le plus souvent de densité très faible, ils peuvent être assez lourds, mais exceptionnellement.
L'odeur a parfois disparu dans les vieux échantillons, mais d'ordinaire elle réapparaît par le grattage ou la section. Cette odeur est souvent rutacée, en tout cas spéciale, aromatique,