HISTORIQUE
Plusieurs Aristoloches sont européennes, et, comme l'odeur et le goût prononcés qu’elles possèdent devaient leur faire supposer des propriétés actives, il faut remonter très haut pour en retrouver la première mention. Déjà Hippocrate connaissait et employait une plante qu’il nommait æprotoloyua et que Sprengel ? dit être l'A. Cretica, mais il est possible aussi que ce nom désignât plusieurs espèces auxquelles la similitude des caractères organoleptiques pouvait faire attribuer des propriétés identiques.
Théophraste ne désigne pas non plus la plante ou les plantes dont il parle autrement que par le mot d’apiorohoyuæ. Sprengel * pense que c’est encore l'A. Cretica qui est en cause.
C’est Dioscoride * qui le premier distingue trois sortes
1 Abd-er-Rezzag, p.36 et 119; voyez aussi Ibn-el-Beïthar, II, p. 203, 205. 2-24 Sprengel, Hislor. rei herbariæ, X, p. 47-102-190.
LE Cr d'Aristoloches, la longue (uæxpa), la ronde (orpoyyvn) et la clématite (xAmuarrric).
Enfin l’Aristoloche dont Pline énumère les propriétés multiples serait, d’après Clusius ‘, l'A. Pistolochia. Pline est le premier à faire connaitre cette espèce.
Pendant toute la longue période du moyen âge, la plupart des auteurs ou commentateurs se contentent de répéter Pline ou Dioscoride. Les Arabes en particulier emploient souvent les Aristoloches longue et ronde Massih, Badigorius, Isaac ibn Amran, Masserdjouih de Bassora, Ibn Semdjoun, Sérapion, Avicenne, Rhazès ? et tant d'autres, connus ou plus souvent tout à fait inconnus, vantent les vertus de l’Aristoloche dans telle ou telle maladie. Ibn-el-Beïthar est d’ailleurs le seul, ainsi que le fait observer Sprengel qui, sur ce point, comme sur bien d’autres, n’ait pas embrouillé la matière médicale au lieu de l'éclaircir.
Vers le milieu du XVI: siècle, Léonart Fuchs discute lonœuement pour savoir si nos espèces sont bien celles des anciens auteurs : il pense que lAristoloche longue, malgré de grandes différences dues peut-être au milieu ou à la culture, peut bien être celle de Dioscoride, mais que notre rotunda n'est point « la vraye et naïsve Aristoloche », et que l'herbe que les apothicaires allemands vendent sous le nom d’Aristoloche ronde est le Pistolochia déjà décrit pas Pline *.
A peu près à la même époque, Pierre Belon rapporte entre autres choses de ses fructueux voyages l'A. Bætica que Clusius nommera un peu plus tard, et Rauwolf décrit l'A. Maurorum (Rhazut et Rumigi).
Puis viennent la description successive des espèces améri-
1 Clusius, Hispan., p. 317.
? Ibn-el-Beithar, Traité des simples, trad. Leclerc. 3 Fuchs, Aist. PI., p. 68-70. I! faut dire que Fuchs est ici fort obseur.
Le M caines : l'A. anguicida par Morison, l'A. arborescens par Hernandez, l'A. ringens par Marcgraff et Pison, l'A. Serpentaria par Banister. En Asie, van Rheede fait connaître l'A. indica, tandis que Sloane récolte aux Antilles l'A. odoratissima, que Plukenet dessine et décrit les diverses sortes de Serpentaire de Virginie, et que le P. Plumier trouve les A. bilabiata, peltata, punctata et bilobata. Plus tard, Jacquin augmente encore le nombre des espèces nouvelles avec les À. Surinamensis, caudata, maxima, pentandra , puis les voyages vont en se multipliant, les travaux de botanique descriptive se pressent. Linné coordonne d’abord les données éparses jusqu à lui, puis la liste des espèces s’allonge de plus en plus pendant notre siècle et la fin du XVIII. — Linné en 1753 connaissait 13 espèces d’Aristoloches, 21 en 1763 (éd. IT); Murray (1781), 21 également, Gmelin (1796), 26; Willdenow (1805),,39; Sprengel (1826), 62 * ; Lindley (1853)%,43D: M. Duchartre, dans sa Monographie du Prodrome (1864), en décrit 171, et 14 autres insuffisamment connues. Le nombre s'élève aujourd’hui à 200 environ.
Ce résumé très rapide de lhistoire de nos connaissances sur les Aristoloches a pour complément la longue liste bibliographique qui termine le présent travail et les indications spéciales qui accompagnent l'étude de chaque espèce.