‹ Les aristolochesChapitre 30 sur 36 · HASTATA Duch. {loc cit., p · texte numérisé non relu

HASTATA Duch. {loc cit., p

— A. Polyrhizos auriculatis foliis Virginiana Plukenet, Phytogr., t. 78, fig. 1 ; Almagest. bot., p. 50; — J. Ray, Hist. pl., III, p. 393 ; — Morison, Hist. pl., III, 510.

— A. Serpentaria 8 Willdenow, Spec. plant., IV, pars I, n 459

— À. sagittata Muhlenberg, Catal. (ex Sprengel).

— À. hastata Nuttal, Gen., II, p. 200 (nec H. B. K.).

— À. polyrhizos Sprengel, Syst., IV, pars 2, p. 310.

— À. Serpentaria, var. hastata Guibourt, Hiz. des droques, éd. 6°, t. II, p. 374. |

— Endodeca polyrhizos Klotzsch, Monatsb., 1859, p. 601.

Noms vulgaires : Serpentaire’ — Serpentaire de Virginie. — Aristoloche Serpentaire. — Vipérine. — Colubrine. — Couleuvrine de Virginie. — Contrayerva de Virginie ', etc. — Virginische Schlangenwurzel (Allemand). — Virginia Snakeroot. — Serpentary root (Anglais). — Virginische Slangenwortel (Hollandais). — Slangroed (Danois). — Ormrot (Suédois). — Radix Serpentariæ (Offic.).

C’est probablement aussi le Radix Snagroel dont parle Cornuti *.

DESCRIPTION DE L’ESPÈCE. — L’A. Serpentaria esi une

{ Pomet dit encore qu'on la nomme Serpentine de la Virginie, ou Dictame ou Pouliot, ou Contrayerva de la Virginie.

2 « Missa quoque est ad me ex notha Anglia radix quam Serpentariæ vocant, vernacule Snagrôel cum hac inscriptione. Hæc radix alexiterium præsentissimum est, contra morsum serpentis ingentis, pernitiosissimique in notha Anglia, cujus morsus intra duodecim horas interficit, nisi hujus radicis sumatur potio, qua sumpta nullus unquam auditus est periclitari de vita.» {Cornuti, Canadens. plant. Histor., p. 214.)

petite plante herbacée, vivace, assez humble, atteignant tout au plus ?5 ou 30 cent.

Elle nait d’un petit rhizome souterrain, horizontal ou plus souvent oblique, défini, portant sur les côtés et en dessous des racines allongées, et à la face supérieure la base des tiges tombées les années précédentes. Les racines adventives sont longues, fines, chevelues, de couleur un peu jaunâtre, for-

tement odorantes, de saveur très aromatique. Ces racines

constituent avec le rhizome la drogue connue sous le nom de Serpentaire de Virginie; elles ont été déjà décrites (voy p. 49).

Tiges faibles, flexueuses, parfois géniculées en zig-7ag et même noueuses au niveau de linsertion des feuilles, (1e sorte), parfois droites, simples ou peu ramifiées, souvent un peu rougeâtres et dénudées en bas, feuillées en haut.

Feuilles de forme extrêmement variable. En général ovales, cordiformes, à sinus plus ou moins marqué, quelquefois presque nul, tantôt très larges, tantôt au contraire allongées et longuement acuminées, parfois hastées et auriculées à la base, très polymorphes, variant parfois sur le même échanülion. Il est donc difficile de baser des variétés sur les seules formes des feuilles. La couleur est verte, plus ou moins foncée: ellessont pétiolées, glabres ou légèrement pubescentes, surtout sur les nervures et les pétioles. Toutes sont alternes, distiques, planes, très minces, presque papyracées, à nervures peu saillantes en général, à bord très entier.

Feuilles inférieures réduites à des écailles à l’aisselle desquelles naissent les fleurs.

Fleurs peu nombreuses, solitaires à l'extrémité de pédoncules plus ou moins longs, garnis de quatre à six petites bractées, subcordées, alternes, parfois pubescentes. Ces pédoncules naissent à l’aisselle des feuilles écailleuses, tout près du collet de la racine. Rarement dressés, ils se recourbent d'ordinaire

vers le bas comme pour cacher la fleur au milieu des feuilles sèches qui entourent d'ordinaire la plante. Les fleurs sont petites, formées d’un périanthe de couleur pourprée brunâtre, fortement courbé en $, avec un utricule renflé oblong, un tube rétréci et un limbe irrégulier, concave, trilobé, à ouverture vaguement triangulaire.

Six anthères biloculaires connées avec les faces du style charnu à trois lobes. Ovaire infère, poilu, hexagonal, oblong. Stigmate étalé au-dessus des anthères, empêchant toute fécondation. Ovules nombreux sur deux rangs.

Le fruit est une petite capsule à six angles peu saillants, courte, parfois un peu déprimée au sommet, de couleur grise ou brunâtre. Graines aplaties, triangulaires, petites.

L'espèce ainsi comprise est bien limitée, mais elle présente des formes dont on a quelquefois cherché à faire des espèces. Comme les termes de passage sont assez fréquents, et comme les feuilles sur lesquelles on s’est souvent basé sont extrêmement variables de forme, ces espèces sont mauvaises et ne doivent être acceptées que comme des variétés. On à pu voir par la synonymie que déjà Plukenet les avait fort bien distinœuées sous trois noms différents et que Ray, Morison, etc., l'avaient suivi dans cette voie. Linné réunit toutes ces formes sous son espèce Serpentaria Willd.; Gronovius'les considère comme trois simples formes qui ne diffèrent que par la station ou la culture. Willdenow les désigne comme des variétés B, y de l’une des formes prise comme type spécifique. Klotzsch admet un genre Endodeca crée par Rafinesque*. Il y fait rentrer la Serpentaire que Rafinesque n'y mettait qu'avec doute, et le divise en 3 espèces qui correspondent d'ailleurs aux 3 plantes de Pluckenet. Cette division en 3 est aussi celle

1 Flora virginica, p. 140.

2 Med. flor., t. I, p. 62.

de Guibourt d’après les drogues (car il faut mettre à part sa fausse Serpentaire qui constitue une espèce particulière) : c'est cette division qui sera suivie également ici. En somme, VA. Serpentaria de Linné présente de nombreuses formes que l'on peut grouper sous trois chefs :

PREMIÈRE FORME. — Variété à feuilles larges de Guibourt. — C’est le type de l’espèce, auquel par conséquent se rapporte la synonymie générale et la description.

Elle est caractérisée surtout par sa tige flexueuse, géniculée, souvent renflée aux nœuds, parfois rameuse, par ses feuilles généralement assez larges et cordiformes, glabres. Il est vrai que le plus souvent les feuilles sont plus larges que celles de la 2 sorte, mais il ne faut accorder qu’une valeur secondaire à ce caractère, qui varie beaucoup et parfois sur la même plante. Je n’ai jamais trouvé de feuille aussi large que celles que représente Guibourt. Dans le droguier même, les feuilles sont assez rares et aucune n’a la forme de celle de l'Histoire des drogues simples.

Cette Serpentaire de Virginie était la seule que l’on connût dans le commerce avant 1816. Elle a été souvent décrite et figurée, mais des erreurs fréquentes se sont glissées dans plusieurs dessins, et l'on me permettra de passer rapidement en revue les principaux d’entre eux.

La figure la plus ancienne que j'en aie vue est celle de Pomet * (1694). Les fruits sont trop haut placés, mais la figure est assez bien celle de la 1" sorte, avec les feuilles cordiformes élargies à la base, et un petit paquet de racines fin, tortueux, chevelu; les tiges se voient mal et l'ensemble est trop touffu.

La figure de Plukenet *, à laquelle d’ailleurs Guibourt ren-

Pomet, Hist. gén. des drogues, livr. IL, chap. mn, p. 49. 2 Phytographia, tab. 148, f, 5.

voie, est tout à fait caractérisée. Les feuilles sont semblables à celle du dessin de Nees, sur lequel cependant Guibourt a commis une erreur, Comme on le verra plus loin.

Morison ‘ n’a qu'une fiscure assez primitive, où le fruit est représenté à tort comme pentagonal; c’est sa 14° espèce.

Jacquin a donné de cette plante une figure ? que Guibourt a rapportée, comme on va le voir, à la fausse Serpentaire, mais qui certainement est la représentation de la 1° sorte, avec la tige noueuse, géniculée, etc. L'ensemble des racines est plus volumineux que dans les spécimens que j'ai vus en dro- ‘ guier.

La figure de Plenck * est médiocre. Le rhizome n'y est pas représenté ; les feuilles en sont élargies à la base au point d'être presque trilobées et de former une sorte d’intermédiaire entre la 1" et la 3 sorte de Guibourt. Les unes sont cordées, les autres non. Les fleurs laissent à désirer, et les fruits, trop gros et trop rouges, sont représentés, au moins celui qui est coupé, avec cinq carpelles.

Chaumeton ‘ représente une plante dont les feuilles acuminées larges à la base sont à peu près celles de Plukenet et de Nees, et à peu près aussi celles que j'ai vues dans les droœuiers. La tige est moins coudée, et comme le reste de la plante très légèrement poilue. La racine est chevelue, mais représentée trop petite. Il y a deux fleurs violettes.

La planche de Bigelow * a été rapportée par Guibourt à la 2e sorte, ce qui est probablement une erreur. Duchartre la range dans le type, avec raison, je crois. Cette figure ne re-

t Plant. Hist., I, p. 510 : « Hæc », dit-il, «pro Serpentaria majori, in officinis fortasse venundatur. »

2 Hortus Schœnbrunn., tab. 385.

3 Icon. plantar.medic., cent. VII, tab. 647.

# Flore médic., livr. 84, pl. 325.

5 Amer, meéd. bot., XII. 82, f. 49.

présente malheureusement pas les racines, ou les représente mal, (peu nombreuses bifurquées, ete.) La tige est nettement noueuse et géniculée. Mais les feuilles acuminées, non auriculées, à peine cordées, assez longues, ressemblent davantage à celles de la seconde sorte. Il reste quelques doutes, et c'est là un exemple de ces fréquents intermédiaires qui réunissent les deux types extrêmes.

Malgré des feuilles un peu longues, la petite plante de Rafinesque ‘, avec ses tiges très anguleuses, appartient bien à la 1"e sorte.

La figure de Nees d'Esenbeck * est fort intéressante ; on y voit un paquet de racines assez nombreuses, longues de 10 à 15 cent. et partant d’une souche commune (représentée à tort comme arrondie).

Des fleurs rougeâtres ou violacées, et des fruits un peu allongés, arrondis, sans angles nets, marqués seulement de six lignes méridiennes blanches, sont portés à la base de deux branches d’abord droites, puis anguleuses, pourvues ainsi que les pétioles de quelques poils courts, épars. Les feuilles sont distiques, vert clair en dessus, un peu blanchâtres au dessous, cordiformes, acuminées; ce sont évidemment les feuilles de la l'° sorte, très analogues à celles de la figure de Plukenet.

Je ne puis m'expliquer comment Guibourt à fait reproduire ces feuilles comme le type de sa fausse Serpentaire. L'échantillon de fausse Serpentaire du droguier Guibourt contient des feuilles toutes différentes qui sont, sans doute possible, celles de l'A. reticulata Nuttal ; d'autre part, les feuilles de la figure de Nees ressemblent tout à fait à celles que j'ai trouvées dans l'échantillon de Serpentaire vraie étiqueté de la main de Gui-

1 Medic. flor., t. I, p. 61.

? Beschreib. offiz. Pflans., tab. 1453

bourt. Nees a donc représenté fort exactement le vraie Serpentaire, la 1" sorte, et Guibourt a reproduit une réduction de son dessin en l’attribuant à tort à la fausse. Il est vrai que cette figure, il le reconnait lui-même, diffère en quelques points de sa description. Cette erreur est d'autant plus étonnante de la part du méticuleux Guibourt que tous les éléments pour lacorriger se trouvaient dans son droguier. Quant à la forme de feuille qu'il dessine comme typique de la vraie Serpentaire, je ne l’ai trouvée à peu près nulle part, et elle devait manquer depuis longtemps dans le droguier même, car elle est dessinée sur un papier joint à l'échantillon. Il est probable que c’est là une forme exceptionnelle, élargie et très raccourcie, que Guibourt a décrite comme la forme normaleet qui lui a fait méconnaître l'exactitude de la figure de Nees et de celle de Jacquin.

Mais ce n'est pas encore tout. Berg et Schmidt dessinent dans leur ouvrage',une bonne figure de l'A. Serpentaria vraie, avec des feuilles dont l’inférieure plus petite est de la forme latifolia de Guibourt, tandis que les autres ont la forme de celles de Plukenet, Nees, etc : en un mot c'est la dre sorte, le type. Mais les racines représentées à côté sont, sans doute possible, celles de la fausse Serpentaire, de l'A. reticulata. Ce dessin a dû être fait sur des racines sèches mal nommées, ce qui n'est pas étonnant vu la fréquence actuelle de PA. reticulata dans les pharmacies. Enfin le dessin de Bentley et Trimen*, me semble entaché de la même erreur, car le rhizome représenté est gros et long, et les racines également plus grosses que celles de la vraie Serpentaire. Il est vrai qu'elles sont plus chevelues que ne l’est d'ordinaire la fausse.

1 Darst. und Besch. der Offis. Gew., IV, pl. XXV, a. ? Medicinal Plants, IV, n° 246.

Une bonne représentation de la plante est donnée dans la Botanique médicale de M. Baillon'.

Cette discussion un peu longue s’explique, on le voit, par la confusion qui s'était faite sur ce point.

DEUXIÈME FORME. — Variété à feuilles étroites de Guibourt. — Ce n'est certainement pas une espèce, car on trouve bien des termes intermédiaires entre elle et la première forme. Plus élancée, plus grêle, plus haute, moins ramifiée que la première sorte; les fleurs sont dressées au lieu d’être penchées, les bractées moins nombreuses et plus petites, les feuilles moins cordiformes et proportionnellement moins larges. Mais c’est un caractère essentiellement variable.

La figure de Plukenet représente (avec des fleurs d’ailleurs complètement inexactes) une Serpentaire que rappelle tout à fait la figure de Guibourt. Les feuilles en sont lancéolées, très légèrement cordées. La racine est fine et fibreuse. * Morison lui attribue des racines très fines et blanches ?.

Une très bonne figure a été donnée par Nees d’Esenbek; c'est celle que Guibourt a fait copier pour son livre: elle répond donc exactement à la deuxième sorte. Le rhizome y est à peine indiqué et les fibres radicales y sont bien moins nombreuses, et portent beaucoup moins de chevelu que dans la réalité. La tige s’élargit un peu au-dessus de la base, ce qui est, en effet, le cas ordinaire dans cette forme. Les feuilles sont exactes, mais ne représentent qu'une forme, fréquente ilest vrai; dans la nature, elles sont très souvent bien moins régulièrement atténuées de la base au sommet, souvent même la largeur maximum est au 1/3 supérieur. Elles sont glabres, peu ou pas cordées à la base. Cette ficure de Nees, avec sa tige droite, mince, peu anguleuse, en tout cas non noueuse, est

t Baillon, Bof méd., be 172:

? Plant. Hist., II, p. 150,

le type à retenir pour la, deuxième sorte. Il faut se fier au port de la plante et à l'aspect de sa tige bien plus qu’à la forme variable des feuilles. Celles-ci sont toujours très entières, très minces, presque transparentes, mais ce sont aussi les caractères des autres formes du vrai Serpentaria. Les rhizomes et racines ont été étudiés.

L’échantillon de l’herbier du Muséum est un intermédiaire entre la première et la deuxième sorte: la tige le rapproche plutôt de la deuxième ; il a des feuilles de forme variée parfois sur le même pied.

Par contre, l’herbier de la Faculté de médecine de Montpellier offre les deux sortes nettement distinctes : vues ainsi à côté l’une de l’autre, et avec les caractères bien tranchés, on serait tenté de les séparer spécifiquement. Dans l’une, la tisce est très anguleuse, striée en long, coudée à chaque feuille, à nœuds de plus en plus rapprochés; les feuilles sont aiguës au sommet, cordées à la base, larges ; c’est la première sorte très caractérisée. Dans l’autre, étiquetée: « Snakeroot, Witmington... près des champs à riz dans les bois », la tige est plus longue, moins chargée de feuilles, plus fine, moins anguleuse ; les feuilles très minces, plus que dans la première, tout à fait papyracées et à nervures moins visibles, et de forme assez variée, sénéralement acuminées. C’est absolument la deuxième sorte du droguier de Guibourt. On en trouve aussi dans les herbiers des échantillons beaucoup plus petits. Dans l’un d’eux, venant de la Caroline (Herb. fac. méd., Montpellier), quelques feuilles montrent une tendance à devenir auriculées et se rapprochent ainsi de la forme n° 3, haslala.

L’A. Serpentaria de Bigelow, dont Guibourt fait le type de sa deuxième sorte, doit probablement, cogme on l’a vu, se rapporter à la première.

PATT Er

TROISIÈME FORME. — Variélé à feuilles hastées. — Cette variété semble plus nettement séparée des autres, si j'en juge du moins par les figures et les descriptions, car je n'ai pu trouver nulle part dans le droguier de l'École de pharmacie de Paris l'échantillon décrit par Guibourt'. Plukenet en donne sous le nom de A. Polyrhizos auriculatis foliis virginiana une figure bien spéciale par la forme auriculée des feuilles. Il ajoute : forte Polyrhizos virginiana Parkinson, Serpentaria allera virginiana vulgd. La tige en est droite comme dans la deuxième sorte, les racines en un faisceau dans lequel le rhizome n’est pas nettement dessiné. J. Ray lui donne la même synonymie. D’après Klotzsch *, elle offre les caractères suivants: un pied de hauteur, légèrement pubescente, très feuillée en haut, à feuilles hastées lancéolées, longuement atténuées, très finement pubescentes, à marge glabre, vert foncé en dessus, vert pâle en dessous ; les pétioles sont courts, pubescents, etc... Ces feuilles sont, d'après Guibourt, très minces et transparentes, analogues par ces caractères aux deux premières sortes.

Elle a dû être de tout temps rare dans le commerce, car on la voit peu dessinée et peu décrite. Certains auteurs disent pourtant qu'elle est souvent mêlée à la Serpentaire officinale dont le rhizome diffère à peine *.

Elle habite l’Arkansas et la Caroline.

HisroriQuE. — Jusqu'au X VIT siècle, les médecins européens ont ignoré l'existence de la Serpentaire, et se servaient

uniquement des Aristoloches de nos pays. La première mention de la plante nouvelle, qui devait détrôner les espèces

1 Il est même probable que cet échantillon a disparu depuis longtemps, car

il n'en est pas fait mention dans le Trailé pratique de la détermination des

drogues simples de G. Planchon, rédigé d’après les échantillons de Guibourt. ? Klotzsch, loc. cit., p. 601.

3 Wood et Bache, The dispensalory of the U. S., p. 1301-1304.

indigènes, a, dit-on, été faite par Thomas Johnson, apothicaire à Londres, en 1632. Thomas Johnson assure que c’est la racine d’une plante nommée Aristolochia Pistolochia altera Jean Bauhin, Pistolochia Cretica C. Bauhin, Pinax; Pistolochia sempervirens.— Jean Ray, qui avait accepté cette idée dans son 1°" volume de l'Histoire des plantes, en doute dans le second, et change enfin d'avis dans le 3°, d'après lopinion de Plukenet'. En réalité, Johnson a confondu cette plante avec l'A. sempervirens, que Gérarde (dont il publia une édition) avait appelé À. Cretica seu virginiana.

Cornuti la désigne probablement en 1635 sous le nom de Radix Snagroël, et Parkinson, en 1640, l'appelle d’après Ray Pistolochia Virginiana. La plante entra dans la pharmacopée de Londres en 1650 °. Dale, en 1693, en exalte les vertus contre la rage etles serpents. Pomet, Plukenet, en donnent d'assez bonnes figures dans leurs livres. Mais la première description de la plante est dûe à Banister dans les «philosophical transactions » *. Jean Ray * déclare avoir reçu la description de la plante de Banister, et l'avoir simplement traduite en latin.

La plante une fois connue se trouve décrite dans la plupart des livres, et jouit en Europe d’une grande réputation. En 1710, Gockelius et Wedelius publient à Iéna des dissertations de Serpenlaria virginicà *. Morison, Catesby, Gronovius en parlent dans leurs ouvrages, et dès lors la Serpentaire est hautement appréciée dans tous les traités de matière médi-

1 Geoffroy, Mat. med., IT, 245.

2? Fluckiger et Hanbury, Hist. des drog. végét., IN, 357.

3 Dans l'A brégé des transact. phil. de Gibelin, Botanique, t. I, 391, 1790 on trouve : « Sur La Serpentaire de Virginie, par M. J. Banister, année 1698, no 247. »

4 J, Ray, Hist. plant., III, 394.

5 D'après Baiïllon, Aristol, médicinaux, p. 21.

cale. Il n’en est pas de même aujourd’hui ; ce médicament, trop complètement oublié, n'est plus dans les officines qu'un objet de curiosité, et même l'A. Serpentlaria vraie n'y existe plus du tout : la seule Serpentaire qu'on y rencontre encore est l'A. reticulata, comme on le verra plus loin.

Hagirar.—Maloré son nom de Serpentaire de Virginie, la plante est loin d'être spéciale à cet État. On la trouve en effet dans la Virginie, la Caroline, la Floride, la Tennessee, le Kentucky, l'Indiana, l'Ohio, le Pensylvanie. Moins fréquemment dans le Michigan, le New-York, le Connecticut. Elle abonde dans les monts Alleghanys et les montagnes du Cum-

.-berland.

Elle recherche l’ombre et les bois humides, surtout sur les montagnes ; elle cache ses fleurs dans les feuilles mortes, et est même, dit-on, assez difficile à trouver, et par conséquent toujours chère, parce qu’elle pousse fort tard, çà et là, toujours isolément, au milieu des herbes assez hautes du sousbois. De plus, les feuilles sont souvent mangées par la chenille d'un papillon ‘, ce qui rend la récolte plus difficile encore. Elle fréquente rarement les sols calcaires.

La marchandise expédiée fréquemment par Wheeling et Pittsburgs est exportée de New-York et de Boston en balles, sacs ou caisses. Les balles sont d'environ 100 livres et contiennent souvent des tiges et de la terre adhérente ?.

CONSTITUTION CHIMIQUE.— De toutes les Aristoloches, c’est encore la Serpentaire dont on a leplus étudié la composition. J'ai dit plus haut que je n’avais pas l'intention d’aborder dans ce travail le côté chimique de la question. Je me contente donc de rappeler que la première analyse est due à Bucholtz (1807), et que d’autres ont été successivement faites par

‘ Bosc, art. Aristoloche, in Nowv. dict. d'hist. nat. appl.,t. I], p. 527-529, 2 Wood et Bache, The dispensatory of U, S.

Chevallier (1820), Peschier (1823), Grassman, etc. La plus récente est due à Spica (1887)'. On y a trouvé, entre autres choses, une huile volatile odorante jaune; une résine; une substance amère, l’Aristolochine, précipitable par le tannin, peu soluble dans l’eau, un peu plus dans l'eau froide, soluble dans l’alcool; du sucre, etc. Le camphre serait intéressant à étudier comparativement dans plusieurs espèces.

SUBSTITUTIONS. — La plus importante de beaucoup est celle qui consiste à remplacer l'A. Serpentaria par l'A. reticulata ; aujourd'hui même, comme on l’a vu, celle-ci est la seule que l'on trouve en France dans le commerce. Elle sera l’objet d'un chapitre spécial.

Mais d’autres substances ont pu être parfois données comme Serpentaires, et les journaux américains ont fréquemment signalé ces substitutious.

Ce sont d’abord d’autres Aristoloches ; mais aucune, sauf le reticulata déjà indiqué, ne peut être facilement confondue avec l'espèce. On cite souvent l'A. tomentosa comme substitué à la Serpentaire. J'avoue ne pas comprendre cette substitution. Les deux plantes n’ont aucun rapport ; les racines, les tiges, les feuilles, l'aspect général, tout est dissemblable profondément. Ce seraient iciles racines que l’on mêlerait à celles des autres espèces.

L’A. hastata, souvent indiquée aussi, est une variété probablement : c'est la troisième sorte de Guibourt, et par conséquent son mélange à la Serpentaire ordinaire n'a rien de frauduleux. Les feuilles la feraient reconnaitre au besoin.

L'A. hirsuta (voyez cette espèce) est mal connue. Je n'en puis décrire ici les racines.

Les Asarum Canadense L. et Virginicum L. ressemblent assez par leurs racines à la Serpentaire ; mais le rhizome

2 Spica, Gaz, chim. ilal., 1887, fasc. V, p. 313.

allongé de ces plantes est plus gros que celui de la Serpentaire, quadrangulaire, contourné, noueux, avec des radicules blanchâtres. L'odeur est forte et poivrée, la saveur très piquante, poivrée aussi. L’Asarum Canadense est souvent appelé Serpentaire du Canada.

L’Hydrastis Canadensis L., qu'on dit exister en grande quantité dans la Serpentaire, et que, pour ma part, je n’y ai jamais vu, se distinguera facilement à son rhizome beaucoup plus gros et plus lourd, sans traces d'anciennes tiges, et qui, lorsqu'on le brise, présente une couleur jaune vif des plus caractéristiques. Les racines d’ailleurs sont un peu emmêlées il est vrai, mais non chevelues, assez aplaties et ridées en long par la dessiccation. Elles n’ont ni le goût, ni l’odeur de la Serpentaire. Un peu piquantes et très amères, mais non camphrées.

Les racines du Panax quinquefolium L. se rencontrent, dit-on, à l’état de mélange accidentel. Ce n’est pas une falsification.

Les racines des Collinsonia scabriuscula et præcox, indiquées parfois comme une substitution réelle, n’ont jamais été trouvées par Guibourt. Je n’en ai jamais vu non plus. D’ailleurs, je dois dire qu’en France j'ai toujours trouvé la Serpentaire assez pure. C'est toujours, il est vrai, le reticulata, mais les racines étrangères qu’on y rencontre çà et là n’y sont pas mises comme falsification. Il y a souvent de la terre, et la récolte doit s’en faire sans beaucoup de soin.

Le Rhizome d’Asclépiade (Vincetoxicum officinale Münch) a un peu l'aspect de la fausse Serpentaire. Mais il est cependant très facile à distinguer : la souche, grosse de 5 mm. de diamètre et plus, allongée, porte les bases des anciennes tiges, assez grosses, courtes. Les tiges sont grosses, dures, ligneuses, de 3 à 5 mm. de diamètre, très différentes de celles de lAristoloche. Les racines forment un paquet qui

ressemble un peu à celui de la fausse Serpentaire par le diamètre, la couleur et l’arrangement parallèle des racines : mais celles-ci sont beaucoup plus longues (elles atteignent 20 cent.) et l'ensemble est beaucoup plus volumineux. L’odeur et le goût ne permettent d’ailleurs aucune erreur.

La confusion avec le Spigelia Marylandica L. pourrait, si elle se produisait, avoir les conséquences les plus graves. II y a bien entre les deux drogues quelques rapports ; ainsi, les racines adventives, fines et brunätres, emmêlées, se ressemblent un peu. Elles partent aussi d’un rhizome dont la partie supérieure porte des bases de tiges. Mais celles-ci sont plus rares et bien plus grosses que dans la Serpentaire. Le rhizome, lui aussi, est plus gros, plus long : sur la tranche, une zone blanche entoure une moelle centrale assez volumineuse. Enfin l'odeur de la Serpentaire manque, et la saveur amère de la Spigélie n’est aucunement camphrée n1 aromatique.

Le Cypripedium pubescens Willd. (ou Valériane dAmérique) serait, d'après Maisch, une des substances les plus employées pour falsifier la Serpentaire aux État-Unis, et la fraude se ferait sur une grande échelle. La sophistication est dans tous les cas bien facile à constater. Le rhizome du Cypripedium est beaucoup plus gros que celui de la Serpentaire, et présente, au lieu des bases detiges, des cicatrices larges et profondes, creusées dans le rhizome lui-même. En outre, les racines sont ici plus grosses, fortement sinueuses, un peu ridées en long, non chevelues et de couleur brun jaunâtre, différentes de celle de la Serpentaire.

On ne saurait confondre dans les droguiers le rhizome et la racine de Serpentaire avec celui de la Primevère, plus gros et sans bases de tiges, avec des racines brun jaune, d’un blanc éclatant sur la section, ridées en long, et n'ayant mi le goût ni l'odeur de la Serpentaire.

AE . PROPRIÉTES. — Si l'usage de la Serpentaire de Virginie n'a pas encore complètement disparu, du moins peu s’en faut. Déjà beaucoup de pharmacies sont complètement dépourvues de ce médicament, et dans beaucoup d’autres on ne l’a conservé que comme curiosité. Encore toute la Serpentaire actuellement vendue en France est-elle fournie non par la plante authentique, mais par l’A.reticulata. Mais la Serpentaire n'est vraiment digne ni de l’immense réputation d'autrefois, ni du méprisant dédain d'aujourd'hui. C’est, à n’en pas douter, un stimulant actif et un diaphorétique puissant, qui, à ce double titre, pourrait être souvent et utilement employé. Il suffit de sentir et de mâcher un fragment de racine pour y reconnaître une plante active. Mais on en a fait si souvent un remède à tous les maux que, par une réaction naturelle, on ne l’emploie plus jamais.

La morsure des serpents est, d’après les anciens auteurs, œuérie par l'usage de la Serpentaire, et cette croyance remonte haut, car le nom même de Serpentaire est très ancien. D’après un vieux préjugé, la plante serait même nuisible au serpent.

? « Les Anglois..... s’en servent contre toute sorte de venins, en ayant éprouvé les bons effets dans les lieux où elle croit, et surtout contre la morsure d’un certain serpent assez gros, long de 5 pieds, de couleur brune mêlée de aune, ayant les dents longues et pointuës, portant certaines sonnettes sous la queue, rampant avec une extrême vitesse et fort redoutable aux voyageurs qui seraient beaucoup plus sujets à en être attaqués et mordus, si le bruit de sonnette qu'ils entendent de loin ne les obligeait à se tenir sur leurs gardes et à suivre les avis de ceux du pays qui leur font porter un long baton fendu par un bout, et dont la fente est remplie de vipérine écrasée et débordante hors de la fente du bâton ; pour s'en servir à avancer la pointe fendue contre la gueulle du serpent s’il vient à eux et l'en faire mourir, ou l’obliger à s'éloigner d'eux ; et d'autant que ceux du pays prennent ce serpent pour une espèce de vipère, et que cette racine guérit les morsures, on lui a donné le nom de Vipérine.

Les Espagnols ont donné à ce serpent le nom de Cascavel à cause des sonnettes

qu'il a sous la queue. » (Pomet, Hist. génér. des drogues, p. 49.) D'après d'autres, ce serpent à sonnette est appelé par les indiens Boïciminga (voy. Chomel, Hist. pl. usuell., I p.418, etc.

On l’employait, en mâchant la plante, en avalant le suc et aussi en appliquant Jes feuilles contusées sur la plaie (Murray). Bosc, qui l’a employée fraîche pour guérir un nègre mordu par un serpent, pense qu'on peut la mettre au nombre des plus actifs sudorifiques connus. Quelques gouttes de l’eau d’infusion ont suffi pour déterminer chez lui-même une abondante sudation ‘. Cette propriété diaphorétique étant admise de tous, on peut dire que la Serpentaire rendra quelquefois service comme adjuvant dans les cas de morsures. Mais elle a beaucoup d’autres usages.

Dans les fièvres, sa réputation était fort grande; Murray la recommande tout spécialement dans les fièvres putrides, malignes, adynamiques, quand le pouls a besoin d’êtrerelevé. Mais on la donnait aussi (Sydenham, etc.) contre les fièvres intermittentes, le typhus et en général les maladies qui demandent des antiseptiques : scorbut, gangrène, etc., etc. Comme elle est fort excitante, on l’a fréquemment ordonnée avec succès dans les maladies atoniques, accompagnées de prostration et de stupeur. Il est certain qu’elle ranime les forces assez énergiquement, et que son action la plus marquée est de combattre l’adynamie partout où elle se montre. Beaucoup de médecins recommandaient de ne jamais l’employer pendant la période inflammatoire des fièvres.

La faiblesse et l’irrégularité du pouls, la stupeur, l’abattement, la prostration en sont les principales indications.

La Serpentaire est un antiseptique que l’on a employé même dans la gangrène, et auquel on a eu recours dans la variole confluente, l’urticaire, la scarlatine, certaines angines même graves, etc.

Comme diurétique, anthelmintique, purgatif même, on dit en avoir obtenu de bons effets.

1 Bosc, art, ARISTOLOCHE, in Nouv, dict. d'hist. nat. appl., t. Il, p. 527-529.

ERP On

Comme emménagogue, elle a été moins souvent employée que beaucoup d'autres, assez fréquemment pourtant; on la aussi préconisée contre plusieurs névroses (hystérie, épilepsie, paralysie, etc.).

Comme stomachique on l’emploie dans les dyspepsies.

Chaumeton déclare qu’elle peut parfois être plus nuisible qu'utile, et qu’elle n’a nulle action contre la rage ni contre les serpents.

En résumé, un stimulant, diaphorétique, antiseptique.

Certains médecins en font encore assez souvent usage et regrettent justement que ce médicament vraiment actif soit délaissé avec tant d’autres. M. Délioux de Savignac, par exemple, déclare en avoir retiré de grands avantages dans les adynamies de la fièvre typhoïde et dans les débilités et anémies des maladies chroniques ‘.

A petites doses, la Serpentaire amène une excitation assez vive, augmente la fréquence du pouls, excite l'appétit, détermine une hypersécrétion urinaire et sudorale. Cette action est rapide.

Si l’on augmente la dose, on obtient des nausées, des tranchées, des troubles cérébraux, de la céphalalgie, etc.

Elle n’est guère prescrite aujourd’hui, surtout seule. On l'associe parfois au quinquina dans les fièvres adynamiques. On en faisait souvent un extrait aqueux et surtout un extrait alcoolique plus actif, une infusion aqueuse, une décoction, une teinture, une boisson avec 15-20 grammes d’infusion par litre ; enfin on l’administrait fréquemment en poudre, dans l'eau-de-vie ou sous forme de pilules ou d’électuaires *. On en retirait par distillation une eau et une huile odorantes.

1! Voy. Dict. de Dechambre, t. VI, p. 118.

? Voici quelques anciennes formules :

Racine de serpentaire, 1/2 scrupule. Pattes noires d’écrevisses préparées,

La Serpentaire entrait dans beañcoup d'anciennes préparatons: poudre antiépileptique de Londres, poudre d’écrevisses de Charas ou de la comtesse de Kent, lOrvietan præstantius, l'eau générale, l'eau thériacale, etc., etc.

À reticulata Nuttal, Trans. Amer. Phil. soc ; nov. ser. V:, p. 162 (ex Duch.}:— Duch., Prodr.; XV, p.48?

Siphisia reticulata Klotzsch, Monatsb., 1859, p. 604.

A.pseudo-serpentaria Guibourt, Drog.simpl. (la figure qu'il donne ne s’y rapporte pas) (excl. syn. Jacquin et Nees), édite 6,4 11, ph 915:

Noms vulgaires: Serpentaire du Texas, — Serpentaire de la Rivière-Rouge,— fausse Serpentaire de Virginie.

Cette plante est fort importante à connaître parce que c’est elle qui donne aujourd'hui, en France du moins, à peu près toute la Serpentaire du commerce, sinon toute. Rhizome assez long et épais, pourvu de radicelles plus grosses que celles du Serpentaria; rhizome et racines sont décrits avec détails dans la deuxième partie de ce travail (voy. p. 54.)

Les feuilles décrites aussi sont très importantes pour distüinguer la vraie Serpentaire de la fausse. Leurs principaux caractères sont d'être subsessiles, dures, coriaces et réticulées, d’où le nom de l'espèce.

Fleurs petites, portées sur des pédicelles courts, naissant eux-mêmes près de la base sur des pédoncules articulés et poilus, à l’aisselle de bractées tomenteuses à l'état jeune;

1 scrupule. Sirop d'œillet de jardin. S. Q. (Un bol contre la fièvre maligne pour empêcher la putréfaction.) Serpentaire de Virginie en poudre, XX grains. Vieille thériaque, 3 scrupules. (Un bol pour exciter la sueur et les fièvres d’un mauvais caractère.) Serpentaire de Virginie, racine de Contrayerva, poudre de vipère, ââ 1/2 dragme. (Fièvres malignes, poisons froids, fièvres intermittentes, au début du paroxysme) (Geoffroy.)

pourprées, pubescentes surtout à la base, elles donnent naissance à de petites capsules hexagonales, surmontées des débris du périanthe et portant des poils épars.

La plante est sauvage au Texas et à la Louisiane, dans Arkansas probablement, en un mot le sud-est des Montagnes Rocheuses jusqu'au Mississipi. Peut-être aussi la Virginie ?

Ainsi qu'on l’a vu l'A. reticulata est aujourd’hui la seule Serpentaire vendue en France. La Pharmacie Centrale, les erands droguistes de Paris, n’en fournissent pas d'autre au commerce. En faisant des recherches pour m’assurer du fait, je n'ai rencontré nulle part l'A. Serpentaria vraie, sauf dans quelques pharmacies très anciennes, dans lesquelles ce produit peu demandé s'était transmis de successeur en successeur, et se trouvait relégué d'ordinaire au fond des caves ou au rayon supérieur de la pharmacie.

La substitution de l'A. reticulata au Serpentaria est déjà ancienne de cinquante ou soixante ans; dans un article de Bridges, de 1843", l'apparition de cette fausse Serpentaire sur le marché est déjà signalée.

La proportion de fausse Serpentaire a augmenté depuis lors d'année en année, au point que plusieurs auteurs ont décrit cette espèce comme la vraie. Guibourt, il y a longtemps déjà, en constatait l'abondance dans le commerce. Aujourd'hui, on chercherait en vain la vraie.

Bedford* constate, en 1874, qu’en Amérique la Serpentaire du Texas supplante largement la vraie, et ajoute qu'on doit la considérer comme inférieure.

En 1887, on constale encore que l’A. reticulata est la dro-

1 R. Bridges, Amer. Journ. phar., 1843, p. 118. Il constate que c’est bien là l'espèce de Nuttal, identique à l'échantillon d'herbier étiqueté de la main de l’auteur.

? Bedford, Rep. of the com. of the Drugs Market, in Proceed. of the Amer pharm. Assoc., 1874, p.441,

gue usuellement employée en Amérique comme Serpentaire*. M. Trelease a bien voulu m'adresser 3 échantillons pris chez 3 droguistes différents de Saint-Louis (Missouri). Tous les trois appartenaient à l'A. reticulata. Par contre, toujours à la demande de M. Trelease, M. Schneck m'a envoyé de Mont- Carmel (Illinois) deux pieds frais d'A. Serpentaria, deuxième sorte, très caractérisée. Il parait d’ailleurs que la fausse est officinale aux États-Unis, comme la vraie. Elle arrive à Philadelphie en balles de 50 kilos.

L'action est la même que celle de l'A. Serpentaria, et ce serait s’exposer à des redites que de donner ici les usages auxquels on a employé cette espèce. J’ajouterai seulement que l'analyse détaillée en a été faite, et que J.-A. Fergusson * y à trouvé un alcaloïde, l’Aristolochine, qui est probablement le « principe amer » de Chevalier et Feneulle.

Pour tout ce qui concerne la matière médicale de l'A. reticulala et ses usages, on voudra bien se reporter à l’article Serpentaire.

J'ajoute seulement que, si l’on en juge par l'odeur et le goût, l'A. reticulata ne semble pas inférieure à la vraie Serpentaire.

À. hirsuta Muhlenberg, Catal., p. 81. .

Cette espèce est donnée à peu près partout comme un synonyme de l'A. tomentosa de Sims, et Duchartre, lui aussi, l'indique comme telle. Mais, d’après un article déjà ancien de Bridges *, cette plante, que Muhlenberg a nommée, serait tout à fait diflérente. La description du manuscrit de Muhlenberg et les échantillons examinés le montrent. Le fomentosa est, en eflet, une plante grimpante atteignant le haut des arbres

4 Pharm. Journ., octobre 1887.

2 James-Adams Fergusson, Amer. Journ. phar., octobre 1887, p. 481-483, 3 Americ., Journ. phar., 1843, p. 118-121.

les plus élevés. L'hirsuta, au contraire, serait (d’après l’article de Bridges) voisin des espèces à pédoncule presque radical (Serpentaria, etc.). Plante herbacée à souche noueuse, donnant de nombreuses fibres grèles simples, quelques-unes de plus de 6 pouces de long, jaunâtres, d’odeur et de goût aromatiques. Tiges articulées, flexueuses, pubescentes avec 1-2 bractées et quelques feuilles grandes, cordées, arrondies, obtuses, les supérieures brusquement acuminées, pubescentes sur les deux faces, pétiolées. Pétioles pubescents et bractéolés, nervures principales plus proéminentes que dans la Serpentaire et très pubescentes sur les deux faces.

Près de la racine naissent quelques pédoncules solitaires, avec 3-4 bractées et une fleur ; toutes ces parties sont pubescentes.

Cette espèce peut être confondue avec la Serpentaire. La pubescence seule peut en faire prendre les feuilles pour celles du tomentosa.

Si l'on en croit cette description qui est à peu près celle de Bridges, les deux plantes sont fort différentes en effet, et le port seul suffirait déjà à les distinguer amplement. Il est bon, dans ce càs, de signaler l’A. hirsuta comme une substitution possible à la Serpentaire. Maïs je n’ai vu moi-même aucun exemplaire de la plante de Muhlenbere.

Le pays d’origine de la plante serait le nord de la Géorgie.

A Sipho Lhéritier, Stirp. nov. fasc., I, p. 13, t. 7 et 7 b. (ex Duch.) ; — Decaisne, in Dict. univ. d'hist. nat., t. I; — Duchartre, Prodr.; XV, p. 435.

A. macrophylla Lamarck, Encycl., I, p. 255.

Siphisia glabra Rafinesque, Medic. fl., I, p. 65.

Siphisia Sipho Klotzsch, Monatsb., 1859, p. 602,

A. frutescens Marsh.

Noms vulgaires: Aristoloche Siphon — Dutch Pipe — Dutchman’s-Pipe — Pipe-vine, etc.

Belle plante ornementale ‘ à tige ligneuse, ramifiée, grimpante, volubile dextrorsum, d’un vert grisâtre, avec des stries longitudinales, vert plus ou moins foncé dans le jeune âge. Les tiges ont été décrites dans la deuxième partie, ainsi que les racines Jigneuses assez grosses, longues, ramifiées, tortueuses. La structure de ces parties, qui par exception dans le cenre présentent des zones concentriques, a été également étudiée. Feuilles très belles, atteignant 25 cent. de diamètre, larges, amples, cordées à la base, à sinus profond, peu large, séparant 2 auricules arrondies ou subaiguës au sommet, glabres et d’un beau vert en dessus, glauques et garnies de quelques poils en dessous, à nervures proéminentes. Ces feuilles, comme celles de beaucoup d’Aristoloches, portent plusieurs bourgeons à leur aisselle. Pétioles longs, tortueux, glabres.

Fleurs petites, axillaires, ordinairement cachées sous le feuillage; munies ou non à la base d’une bractée cordiforme. Le périanthe forme d’abord un utricule oblong, puis un tube étroit, puis un limbe étalé brusquement, le tout recourbé en U à partir de l’utricule et ayant tout à fait l'aspect d'une pipe ou d’un siphon, d'où les noms vuloaires de ia plante. Le limbe arrondie à 3 lobes courts, larges, subacuminés. Le périanthe est verdâtre en dehors, brun violacé, noirâtre en dedans, le limbe porte un réseau pourpre noir. Odeur urineuse.

La capsule est grande, elle a 10 cent. de long sur ? 1/2 de diamètre, à peu près cylindrique, légèrement hexagonale.

Delpino a montré qu'ici les poils internes du périgone n’existaient pas, mais que la fleur emprisonnait tout de même les

1 Figurée dans Duhamel, Traité des arbres el arbustes, éd. 1825 tome IV, f, 10, p. 39-42, |

insectes fécondateurs ; ceux-ci restent captifs parce qu'ils ne peuvent grimper sur la paroi interne lisse du tube incarcérateur, qui demeure toujours parfaitement vertical.

L’A. Sipho habite l'Est des États-Unis, dans les bois épais, surtout au pied des montagnes, depuis la Pensylvanie jusqu’à la Géorgie ; on la trouve dans le Kentucky, la Caroline, etc.

Elle est siimulante et partage certainement les propriétés de ses congénères. En Amérique, on en fait usage comme détersif. Je ne crois pas qu'on l'ait expérimentée en Europe. De toutes les espèces exotiques, c'est celle que l’on pourrait avoir le plus facilement à l’état frais.

La plante est rustique: on cherchera à la multiplier plutôt par marcottes que par boutures, car celles-ci reprennent mal et lentement. :

A. tomentosa Sims, in Botan. Magaz., t. 1369(ex Duch.);— Duchartre, Prodr., XV, pars I, p. 435 (exclus. syn. Muhlenberg).

Siphisia tomentosa Rafinesque, Med. fl., I, p. 65; — Klotzsch Monatsb., 1859, p. 602.

Tige grimpante atteignant le sommet des grands arbres et rappelant celle de l'A. Sipho. Feuilles assez grandes mais plus petites que celles du Sipho. Racines épaisses, grosses, à odeur assez forte, aromatique. Plante fort velue, tout spécialement sur les parties jeunes et les fleurs. Le tomentum d’un gris jaunâtre. Les feuilles âgées sont beaucoup moins velues.

La fleur a assez la forme de celle du Sipho.

L'aspect et la structure de la tige ontété étudiées, page 115.

Forêts épaisses et bords des rivières de l'Amérique du Nord; Chapmann l'indique dans la Floride et les montagnes du Nord de la Caroline, Asa Gray dans le Sud de l'Illinois ; en somme, le Sud-Est des États-Unis. Propriétés analogues. *

L'rE

A. Kaempferi Willd., Spec. pl., IV, pars 1, p. 152; — Duch;,:Prodr.,'XV,\p.#499;

Clematis, immensum scandens ac repens, flore striato et variegato Kaempf., Amœnit., p. 884. ;

Noms vulgaires : Ma-teou-ling (Pen-tsao). — Ma-dou-lin (Tatarinov, Hanbury) — Ma-tan-ling (F. P. Smith) : — San Kakso (Kaempfer.).

Tatarinov * la rapporte à l’A. contorta de Chine, mais les deux espèces semblent fort distinctes et la classification établie par Duchartre les sépare complètement.

C’est une plante du Japon (Nagasaki, Yokohama, etc.), dont les fruits et surtout les graines sont seuls employés contre les aflections pulmonaires. Ces fruits sont l’objet d’un certain commerce, car le catalogue des douanes chinoises de PExposition de 1878 les indique à Tientsin, Chefoo, Hankow et Ning-Pô. Les graines du droguier de la Faculté de médecine de Lyon, données par le Jardin de Kew, viennent de Formose et sont étiquetés Ma-tou-ling. On emploie de préférence les graines. Voy. la description des fruits p. 124.

A. pentandra Linn., Spec. plant., éd. II, 2, p. 1361; — Willdenow, Spec., IV, pars 1, p. 152; — Jacquin, Amér., p- 293, tab. 147; — Lamarck, Encycl., I, p. 252; — Du- Chartre, Prodr., XV, p. 440.

À hastata H. B. K., Nov. gen. et spec., 2, p. 117, tab. 116. (Pour Duchartre, c’est la varielé B HASTATA.)

Einomeia pentandra Rafinesque, Medic. fl., I, p. 62; — Klotzsch, Monatsb., 1859, p. 605.

Espèce construite sur le type 5. La tige, volubile et rameuse de 7 à 8 pieds de haut, porte des feuilles de forme spéciale, cordées, hastées ou à peu près trilobées, à lobe médian

1 et ? J.-L. Soubeiran, Mat, méd. Chin., p. 159.

plus ou moins lancéolé, à auricules larges parfois spatulées. La figure de H. B. K. montre des formes de feuilles un peu différentes les unes des autres. La fleur petite, de la grandeur de celle de nos espèces indigènes, est violacée en dehors, jaunâtre ou verdâtre en dedans ; 5 étamines, 5 lobes au stigmate, 5 loges au fruit. La plante est pubescente, probablement à poils cadues, car Jacquin la dit glabre (Duchartre).

Elle habite les forêts de la Havane, et je ne la trouve indiquée nulle autre part. Cependant la Farmacopea mexicana, p. 67 dit que « dans le Yucatan on appelle, selon Dondé, Guaco de San Crislobal l'A.pentandra.» Est-ce bien la plante ? Bien

Que je n’en eusse pas la certitude, en labsence de toute des-

cription, j'ai cru devoir signaler l'espèce en passant.

A. fœtida Kunth, in H. B. Nov. Gen. et spec., 2, p. 116, pl. 114; ——- Duch., Arodr., XX, p. 440.

Howardia fœtida Klotzsch, Monatsber., p. 619.

Noms vulgaires: Yerba del Indio.

Plante grimpante à feuilles grandes, cordées à la base, à sinus assez étroit, acuminées au sommet. Celles de l’herbier du Muséum sont plus allongées, moins arrondies que ne le représente la figure du Nova genera.

Fleurs violettes extérieurement, verdâtres en dedans, d’après la figure, avec des côtes et des poils. Limbe ouvert, et prolongé en une queue étroite aussi longue que la fleur.

La plante habite le Mexique, où elle remonte assez haut en altitude, puisque Humboldt et Bonpland l'ont trouvée à Ario à 1950 m. Elle habite les montagnes de la Cordillière, dans les lieux ombragés, et y fleurit en octobre.

L'A. fœtida est donnée parfois comme stimulante, à l’intérieur, mais, sa grande réputation lui vient de ses propriétés détersives. La racine est employée en décoction pour laver les ulcères, et, paraît-il, avec grand succès. 11

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