‹ Les arlequinades de FlorianChapitre 106 sur 133 · SCÈNE 1. J · texte numérisé non relu

SCÈNE 1. J

Hé bien , je suis fâché de vous dii'e que ^ oiis ne risquez rieu d'avoir du chagrin.

MATHUIUNE.

Peul-ètrc aussi t'afllig-es-tu sans sujet. Les amoureux et les enfants pleurent souvent à propos de rien : tu es bien amoureux , et tu es un peu enfant.

Je suis oïdjhé de votre fille, et voilà ce qu'il y a de pis. Depuis que ce M. Duval, le neveu de notre bailli, est arrivé de Paris avec son catogan', son gilet à Heurs , sa petite badine , et son air d'importance et d'inqiertinence , votre fille n'est plus la même. Elle est toujours avec M. Duval; elle apprend toutes les chansons qu'il dit; elle rit de tous les contes qu'il fait. Dimanche dernier, ils ont toujours dansé enseml)le : moi je pleurais derrière le joueur de violon ; elle ne s'en est seulement pas aperçue. Le soir , on a joué à colinmaillard; c'était moi qui étais le colin-maillard ; je l'ai resté toute la soirée , parce que vous sentez bien qu'on n'a plus ni bras ni jambes, quand on est sûr de n'être plus aimé. J'entendais tort ])ien que mademoiselle Lucette et M. Duval se moquaient et riaient ensemble de moi : et ([uand je

1. Le catogan était une sorte de coiffure alors en usage; il consistait en un nœud f|ui réunissait les rlicvcux sur le cliignoii.

Ja8 LA BONNE MERE.

l'ai voulu reprocher à mademoiselle Lucette , pour toute justification , elle m'a dit que j'avais triché , puisque j'y avais vu clair. C'est-il clair, madame Mathurine?

MATHURINE

Tout cela peut être un enfantillage que tu auras pris trop au sérieux. Au lieu de gronder Lucette , il vaudrait mieux faire semhlant de ne l'apercevoir de rien , et redouhler d'efforts pour être aimable.

Mon Dieu ! madame Mathurine , je ne la gronde jamais : je pleure quelquefois, parce que je ne peux pas empêcher les larmes de venir; mais sitôt que mademoiselle Lucette me regarde, je me mets tout de suite à rire , de peur que cela ne l'impatiente. Quant à être aimable, dame! je fais ce que je peux, madame 3Iathurine : je mets tous les jours mon hahit des dimanches : vous le voyez bien. Ma mère m'a donné tous ses joyaux ; je ne les tiens pas dans mon coffre, je les porte tous sur moi : je me fais le plus brave que je peux ; mais je n'ai point de catogan comme M. Duval ; je ne sais pas siffler tous les petits airs qu'il siffle. Il a appris à Paris je ne sais combien de chansons qu'il compose ensuite dans le moinent pour mademoiseUe Lucette; je n'en sais point, moi; j'ai voulu essayei- d'en composer une,

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