SCÈNE II
MATHURINE
C'est bien aisé à comprendre. Quand le seigneur du village m'a donné sa ferme, il m'a dit : Madame Mathurine, je vous donne tant de journaux' à laire valoir, et vons me rendrez tant d'écus par an. Si au moment de la moisson il venait me dire : Je vous rends vos écus et je reprends mes journaux, n'est -il pas vrai qu'il agirait en malhonnête homme, puisque c'esl la moisson qui doit me payer, non-seulement de mes écus, mais de mes [)eines et de mon travail?
LUCETTE
Snns doute.
MATHURINE
Hé bien, quand tu auras choisi ton amoureux, et que tu lui auras dit : Je reçois votre amitié et je vous donne la mienne; si au moment où il compte t'épouser, tu vas lui diie : Je vous rends votre amitié, et je veux reprendre la mienne, lu fais le même trait que le seigneur, c'est-à-dire une trèsgrande injustice.
LUCETTE
Vous avez raison , ma mère. Ah ! mon Dieu , comme il est difficile d'être juste!
MATHURINE
Pas tant que tu le crois.
I, Ancienne mesure de icrrc , qui est encore en usage (Jans quelques d(^partenirnts.
LUCETTE
Mais ma mère, vous me faites penser à mie chose : j'avais déjà donné mon amitié à Arlequin.
MATHURIXE.
Je le sais bien : apparemment que lu as de lionnes raisons pour la reprendre.
LUCETTE
Non, je n'en ai point de raisons; et voilà ce qui me facile.
WATHURINE.
Consulte bien ton cœur.
LUCETTE
Mon cœur est pour Arlequin, ce n'est pas là l'embarras; mais c'est que, si je congédie M. Duval, il deviendra l'amoureux de quelque tîlle du village, qui croira me l'avoir enlevé, et à cause de cela être plus jolie que moi : cela n'est point agréable, ma mère.
MATHURIXE.
N'as-tu que cette raison?
LUCETTE
Oh ! j'en ai encore une autre ; c'est que j'ai tort avec Arlequin : il faudrait en convenir; et je ne peux pas souffrir cela. Cependant.... Mais j'entends quelqu'im, c'est M. Daval (pii m'appoi-te un bouquet.