SCÈNE III
LUCETTE
Non.
DUVAL
J'ai reçu une lettre foi't tendre de la fille de ce gros paysan.... Comment l'appelez- vous donc?... qui a l'honneur de vous appartenir.
LUCETTE
Qui, mon oncle Thomas?
DUVAL
Justement. Sa fille, qui n'est pas trop mal, en vérité, m'écrit ({u'elle m'adore, que mon amour pour vous la lait mourir de chagrin, qu'elle est fille unique et fort riche, qu'elle s'estimera la plus heureuse des femmes si je veux bien.... (iis'aperçou
que Mathuriiie rcooute, et il s'interrompt pour lui dire = ) MoU Onclc
m'a recommandé de vous dire, au sujet de ce titre, que son frère, procureur à Paris, vous servira de tout son cœnr. Et c'est un homme sur lequel on peut compter, un honune du plus grand mérite; il a ruiné plus de vingt familles avec bien moins de moyens que ce titre-là n'en fournit.
MATHURINE
Oh ! je le crois.
DUVAL
Je vous conseille de vous en occuper. (ALucette.) J'ai répondu que mon cœur était piis; que je la plaignais de loiilc mon Mme. mais qne j'avais déjà
riiahitiiclc de vous f;iii-e des sacrifices, puisque enliii vous seule m'empècliiez de retourner à Paris, où cinq ou six femmes de la première volée sont malades de mon absence.... (a Maiburine.) Que faudrat-il dire à mon oncle?
MATHLRINE.
Vous le remercierez de ma part, et vous lui direz qu'avant toutes choses je serais bien aise do voir le titre dont il s'agit. Si vous voulez me l'apporter tantôt, nous en raisonnerons ensemble.
DUVAL
Écoutez : c'est aujourd'hui dimanche : tout le inonde est déjà assemblé sur la place pour danser; je -^ais y mener mademoiselle Lucette, et de là je cours chercher le titre, que je vous apporte dans l'instant.
LUCETTE
Mais vous reviendrez danser après?
DUVAL , à demi-voix.
N'en doutez pas. (Haut.) Mademoiselle, il faut que les affaires marchent avant les plaisirs : mais on peut tout arranger en s'y prenant bien.
MATHURINE
Je vais vous attendre ici.
LUCETTE , à sa mère.
Comme il est raisonnable pour son âge, et connue il est poli !